‹ Essai sur le ChiliChapitre 9 sur 32 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Chili considéré sous le Point de Vue politique.

Noas ayons considéré le Chili comme simple région géographique, et tâché de tracer, dans un tableau bref, sa situation, sa forme, les inégalités de son sol et la nature du climat qu'elles y déterminent, ses rivières et ses productions principales dans les trois règnes de la nature. Envisageons-le à présent comme domaine de Thumanité. Voyons à quel peuple il est échu en partage; quel est le caractère dés hommes qui le composent; par quels liens ils se sont réunis pour former aussi une de ces grandes associations humaines qu'on appelle nations; ce que cette nation fait pour le progrès des sciences, de Tindustrie et des arts, et quels sont ses rapports d'amitié et de commerce avec le reste des pays civilisés.

D'après le dernier recensement fait par ordre du Gouvernement, au mois d*avril 1854, la population du Chili, sans y comprendre les Indiens, dont le dénombrement n'a jamais pu se faire qu*approximativement, atteignait le chiffre de 1,439,120 âmes. Dans ce nombre l'élément étranger n'entre que pour 19,669: tout le reste des habitants appartient à la race

européenne née an Chili et aux crëoles, qui sont le résultat du croisement des Indiens avec les Espagnols. Cette dernière section compose la presque totalité de la population de la République.

Au Chili il n'y a pas de nègres. Valparaiso, dans ses rapports maritimes avec toutes les nations du monde, était la ville qui en avait exclusivement, et n'en comptait que 90 en 1842. Aujourd'hui, Madagascar et la Guinée ne sont représentés que par 31 individus qui, réunis à quelques vieux nègres nés au Chili et à un nombre très réduit de vrais mulâtres, rappellent la race africaine.

Quelques peines qu'on se soit données pour le perfectionnement statistique du dernier recensement, il a été impossible d'assigner à chaque groupe un nombre fixe d'individus.

On n'a jamais connu avec exactitude le chiffre des habitants indigènes. La mobilité extraordinaire des Indiens, en temps de guerre, les a toujours Aiultipliés jusqu'à llnfini aux yeux de leurs ennemis. La terreur qu'inspirait leur nom faisait qu'en comptant leurs hordes guerrières, on ne s'informait pas si celle qu'on avait devant soi n'était pas la même qui, la veille, avait détruit une bourgade lointaine; si celle qu'on avait aperçue le matin à Torient, comme un essaim descendant des Cordillères, n'était pas la même qui^ quelques heures après, poussait des hurlements à l'occident. D'après les données que nous empruntons des lettres et des documents du comte de Superunda, gouverneur de la colonie chilienne vers la

moitié da siècle dernier, les Indiens comptaient 150,000 individus. Si ce calcul approximatif mérite quelque créance, on peut juger de leur diminution par le recensement fait, sur les indications de leurs propres chefs, en 1843; car le nombre des Araucaniens ne dépassait pas alors 15,000. Connaissant le caractère des Indiens et riiabitude qu'ils ont d'exagérer leurs forces, pour se préserver des invasions, je suis porté à croire que, en 1843, leur nombre n^était pas même aussi grand. Aujourd'hui, il doit être moindre encore, en conséquence de Tassimilation, de leurs guerres intestines continuelles et du rapprochement des hommes civilisés, dont la présence est toujours si funeste à Thomme de la nature, dans les pays tempérés.

La race des Araucaniens a beaucoup d'analogie avec celle des Maures, dont le type se conserve encore dans TAndalousie, d'où la plupart des Chiliens européens tirent leur origine. Les Araucaniens ont des traits finement dessinés, le nez fin, quelquefois aquilin, les yeux noirs et fendus, la bouche bien proportionnée, les cheveux noirs et d*une longueur remarquable; leurs pieds et leurs mains attirent l'attention par leur petitesse^ surtout chez les femmes^ et leur couleur générale est plutôt celle de Thomme du midi de l'Europe fortement basané^ que jaune, rouge ou bronzée. Les difi'érences bien marquées que je trouve dans la comparaison de ces deux races sont que TAraucanien a les pommettes plus proéminentes, les cheveux plus forts et très peu de barbe: il est vrai aussi qu'il a l'habitude de s'arracher celle qui pousse au-dessus de la lèvre supérieure et au menton. Ces différences disparaissent, en grande partie, par le mélange des

races dans la première génération, et dans la deuxième Tassimilation paraît complète. Aussi le voyageur qui connaît le midi de TEspagne^ remarque au Chili, dans le créole, outre Taspect général de la race européenne, le caractère et même les défauts de langage de l'Andalou. Il ne doit donc pas paraître étonnant qu'on n'ait pu, dans le dernier recensement, établir une ligne de séparation entre TEuropéen né au Chili et le créole. Il ne restait, au surplus, chez nous, lors du rétablissement de la paix avec la mèrepatrie, que très peu d'Espagnols nés en Espagne. Aujourd'hui même, y compris la récente immigration espagnole, on ne compte dans tout le pays que 915 péninsulaires.

Ainsi, soustraction faite du nombre des étrangers, qui est de 19669, comme nous Tayons indiqué, il resterait, pour la race européenne née au Chili et pour la race mixte, 1,419,451 habitants. Quant au chiffre des Araucaniens qui ont conservé la pureté de leur race, on peut le fixer à 10,000. Je laisse sans mention les habitants des archipels de Cfaonos et de Guaitecas, dont le nombre est si petit et si difficile à évaluer, qu'on ne peut pas même émettre une présomption à cet égard. 11 en est de même pour les Fuegains. Les Patagons qui vivent aux environs de la colonie chilienne de Magellan, ont été portés, par un des gouverneurs de cette colonie , M. de la Rivera, au chiffre de 750.

Nous formons donc avec ces données, qui datent du mois d'avril 1854, le tableau suivant de la population totale du Chili divisée par nationalités.

Bues:

EtraDgèn

Nationales

Européens ......

Asiatiques

Africains

Océaniens

Etrangers des Etats- Unis 1)

Américains du Sud . .

d*origine mixte et Espagnols nés au Chili

Araucaniens

Hommes:

698,513 (incer-

Femmes:

720,938 tain) . .

Total:

Total général: 1,449,120

N^ayant aucune connaissance de Pétendue générale du territoire, il nous est impossible d'indiquer dans quelle proportion se trouve la^ population par cbaque lieue carrée.

La province de Santiago, où est située la capitale de la République, a, d'après Pissis, une superficie de 24016 kilomètres carrés, dont 10150 sont occupés par les Cordillères. Sa population monte à 272,499 habitants, ce qui donnerait une proportion de 11 habitants et plus d'un tiers par kilomètre. Mais c'est la province la plus peuplée, du Chili, et aussi celle qui .offre le plus de terrains accessibles aux travaiLx agricoles.

Il nous est également interdit d'avancer, par l'absence d'un recensement préexistant, des observations sur le mouvement de la population et 1^ proportion

') Sons la dénomination d'étrangers des Etats-Unis, je comprends ceux qui appartiennent k la Confédération nordaméricaine; sous celle d'Américains du Sud, ceux qui appartiennent aux républiques d^origine espagnole.

De 7 à

tt 80 n

annuelle de son accroissement Bornons donc nos indications aux seules données constatées que nous possédons.

Voici Tordre de notre population par catégorie d'âge: Jusqu'à 7 ans: 294727, ou en chiffres ronds 20 (^o

n 8 ir

N 0, ir 39

D'après le savant statiste moderne, M. A. M. de Jonnès, les enfants jusqu'à 15 accomplis forment le tiers seulement des populations sans accroissement marqué, et ils constituent près dç la moitié dans les autres. La population de la France, qui, sous le rapport de Taccroissement^ est ravant-dernière de toutes celles de l'Europe, n'est pour cet Age que d*ttn sur 3,20. Au Chili, les individus jusqu'à Page de 15 ans composent près de 42 % de la population, tandis qu'en Angleterre et dans le pays de Galles les habitants de moins de vingt ans ne figuraient en 1841 dans le nombre total que pour 46 % à peu près.

La population Virile comprise entre 15 et 50 ans compose au Chili près de la moitié du total général, car elle atteint 49,3 pour cent, tandis qu'aux Iles Britanniques celle de 15 à 60 dépasse à peine la moitié du total de leurs habitants; de manière que le Chili aurait, toute proportion gardée, presque autant d'individus de 15 à 50 ans que les Iles Britanniques de 15 à 60.

La proportion des personnes mariées est moindre que celle que l'on observe dans plusieurs populations européennes, car elle n'est que de 27,6 <^o-

La femme chilienne se marie très jenne. 11 n*est pas rare de trouyer chez nons des femmes de 31 ans devenaes grand' mères, et partageant, en même temps, leurs caresses entre leurs nouveaux*nés et les enfants de leurs filles.

Leur fécondité est non seulement précoce; elle continue, en moyenne, jusqu'à l'âge de 38 ans dans les Tilles, et jusqu'à 40 ans dans les campagnes. Oest un fait très commun de voir une mère faire asseoir douze enfants à sa table, sans compter que souvent elle en a perdu plusieurs autres par la mort ou par des enfantements avant terme. Les enfants élevés dans les villes principales ne sont à charge qu'à des opères indigents ou à ceux qui ne possédant qu'une fortune modeste, sont forcés cependant, par égard pour leurs liens de famille, de soutenir un rang trop dispendieux pour leurs ressources. Ceux qui sont élevés dans les villages et dans les campagnes des provinces centrales commencent de fort bonne heure à rendre des services utiles à leurs parents, et dans les provinces méridionales ils sont considérés comme une véritable richesse. En effet, plus les habitants des tles d'Ancud ont d'enfants au-dessus de 7 ans, plus ils ont de moyens pour mettre à la portée du commerce les produits de Pexploitation des forêts. Le père stationne dans le bois, où il s'occupe de la fabrication des planches^ tandis que le reste de la famille, petits et grands, hommes et femmes, se charge de les transporter, au travers des précipices, jusqu'au point où elles doivent être chargées et expédiées. L*habillement des hommes se compose d'une simple chemise, d'un paletot et d^une culotte de drap grossier; celui des femmes, d'une chemisci d'une jupe et d'un châle

de laine ordinaire. Les habitants de cette partie du pays ont la plus grande facilité p our subvenir à lenr nourriture, et, de même qu'àValdivia, les premières dépenses qu'entraine le mariage n'y sont pas un empêchement à sa réalisation conditionnelle entre les basses classes, qui constituent au moins les deux tiers de la population. 11 suffit qu'un homme promette à sa fiancée de Pépouser lorsquHl en aura les moyens, pour qu'il devienne son époux de fait; la jeune femme reste chez ses parents^ prend le nom de patrona, mot qui peut se traduire par fiancée, et, tôt ou tard, ces alliances singulières, qui n'annoncent pas une civilisation bien avancée, mais qui sont consacrées par l'usage, reçoivent la sanction des lois et de Téglise. Voilà la raison qui explique Taccroissement sans exemple de la population des lies de l'archipel d'Ancud.

La longévité parait constatée au Chili. Dans une si faible masse d'hommes, il est^sans doute digne de remarque qu'ail s'en trouve 5641 entre 80 et 134 ans.

C'est seulement après le recensement de 1853 que les autorités des provinces ont commencé à devenir plus exigeantes dans Taccompiissement des lois prescrivant la remise périodique des actes de mariage, de naissance et de décès; voilà pourquoi, ne pouvant disposer d'un nombre suffisant de documents pour établir des «faits exacts sûr le mouvement de la population^ nous préférons n'en rien dire, plutôt que de déduire des conséquences de faits isolés et mal constatés qui ne peuvent nous conduire qu'à des résultats inacceptables.

On se demande, naturellement, comment il se peut qu'un pays si favorisé par la nature, doué de tant de moyens de subsistance, et n^étant exposé à aucune

de ces maladies endémiques qui sont le fléau de l'Européen dans les Indes Occidentales, ait une population si chétive, après une existence de plus de trois siècles. La raison, cependant, en est simple.

Nos relations intimes avec TËurope ne datent que de l'époque de notre indépendance. Exploré, en 1535, par Almagro, et acquis, après, à la couronne d^Espagne par le conquérant Pierre de Valdivia, le Chili fut considéré par les rois catholiques plutôt comme un poste militaire que comme une colonie qui pût apporter à la métropole les bénéfices qu'elle tirait du Pérou et du Mexique. La population n'y était pas appelée par l'appât de Tor, lequel en dépeuplant l'Espagne lui fit négliger les vraies sources de ses richesses et fut la cause de sa décadence. Les gloires militaires, jointes au désir d'acquérir du mérite pour arriver à des postes plus élevés, étaient les seuls avantages qu'on allât y chercher.

Les Araucaniens opposèrent ciux Espagnols une résistance sans exemple dans l'histoire des conquêtes du monde. Les villes n'étaient pas plus tôt fondées que détruites, et elles ne se refondaient encore que pour se voir détruire de nouveau par la vaillance devenue proverbiale de ces hordes patriotiques et indépendantes. Une colonie dont l'établissement fut marquée par une guerre à outrance qui dura 101 années sans interruption, et qui, après i^n moment de répit, fut reprise avec fureur et continuée pendant 80 autres années, pouvait seulement avoir des attraits pour les hommes belliqueux désirant se faire un nom par les armes. La population donc, loin de s'augmenter par l'élément étranger repoussé par la guerre, tendait plutôt à s'exterminer. Ce. n^est qu'à compter

de Taniiéa 1722, époque où la paix fut solidmnent établie, que la colonie commença à respirer; mais le souvenir de ses anciens désastres, chantés par les premiers poètes mêmes du siècle, continua dinfluer sur l'esprit des émigrants, et aujourd'hui encore la première demande de ceux qu'on engage à se rendre au Chili est de savoir si les terres qu'on leur offre sont loin de l'atteinte des Indiens. Ce sont là les causes principales de la faible population de ce pays ; les autres moti& doivent être cherchés et trouvés dans le système colonial adopté par la mère -patrie.

11 sufBt de se rappeler la sévérité des lois dictées pour empêcher le contact des étrangers avec la colonie; les Chiliens ne pouvaient négocier en Espagne que par rentremise des compagnies privilégiéeil ; il leur était défendu de se livrer à aucune industrie dont les produits pussent être importés de la F^éninsule, et les gouverneurs du Chili avaient ordre de traiter en ennemis* tous les navires étrangers naviguant sans une permission spéciale dans les mers de TAmérique, lors même quib appartenaient à des nations alliées.

La guerre, les impôts exorbitants et mal distribués, l'industrie en partie entravée» en partie annulée, le commerce monopolisé ^ les relations avec l'étranger défendues, Téducation vicieuse et n'atteignant jamais les masseSj la vente même des livres sacrés interdite sous des peines sévères, à moins qu'elle ne fût approuvée par le Consejo de Indias: voilà les véritables raisons du manque de population qu'on observe au Chili. On pourrait en ajouter d'autres qui, postérieures à l'époque de notre émancipation politique, tirent leur origine de l'ignorance en géographie de la plupart des Européens qui sont disposés à partir pour le nouveau

monde* Au nombre de ces dernières causes figurent les réyoltttions constantes auxquelles se' sont livrées les autres nations contemporaines nées de Tancienne Amérique espagnole. La renommée des trésors du Pérou et du Mexique a assimilé Tidée d'Amérique espagnole à ces deux malheureuses républiques , et comme on ne reçoit en Europe que la nouvelle de leurs convulsions et de leurs désastres, il s'ensuit, naturellement, aux yeux des Européens, que les nations d'origine espagnole n'offrent pas les garanties que demandent le laboureur paisible et l'artisan tranquille pour quitter le .pays qui les a vus maître. Aussi, malgré l'ordre constant qui a régné au Chili, malgré la sagesse de ses institutions et les efforts généreux de ses gouvernements pour attirer vers ce pays l'immi* gration étrangère, c'est seulement à présent que la République commence à fixer sur elle, d'une manière favorable, l'attention de l'Europe émigrante.

En 1813, on s'accordait à fixer à 960,000 le nombre de ses habitants; peut-être allait-il jusqu'à un million. C'est sur cette poignée d'hommes qu'il faut porter ses regards pour savoir ce qu^ls étaient, et pour apprécier le progrés de la population et de l'esprit himiain dans ce pays isolé et lointain.

Les Chiliens européens et mixtes qui existaient au Chili avant 1810^ n'étaient, pour la plupart, que de vrais campagnards fort pacifiques, à connaissances très bornées, vivant dans une aisance médiocre, et ne connaissant aucipi des besoins qu^engendrent le luxe et le bien-être matériel dont jouissent les Européens. On ne faisait aucune mention de l'éducation populaire^ et celle des gens aisés était si secondaire, que j'ai vu plusiem» pères de famille respectables s'opposer

à ravancement de Hnstraciion de leurs enfants, parce que étant riches, disaient-iLs, ils n'avaient pas besoin d'être instruits'). Heureux dans leur ignorance, et portant à leur religion et à leur roi un respect sans bornes, le monde pour eux n^étaient que les vice-royautés des Indes, l'Espagne et Rome: ils ne se rappelaient le reste des pays civilisés que pour les plaindre ou pour les mépriser. Aussi , lors de la chute de Ferdinand Vil d'Espagne, les Chiliens se hâtèrent de se former un gouvernement, pour mieux se conserver à la couronne de Casiille dans ce moment de crise; mais étant restés un instant abandonnés à euxmêmes, par suite de cet excès de loyauté, ils virent l'état où ils se trouvaient et celui auquel ils pouvaient prétendre. Mon objet n^étant pas de décrire Thistoire de leur rupture avec la mère-patrie^ il me suffit de dire qu'après une guerre acharnée de 16 ans, le pavillon espagnol fut chassé de sa dernière retraite en 1826.

Le Chilien est doué d*un esprit plutôt réfléchi que brillant, sauf quelques exceptions; il aime à penser avant que de répondre, et il se laisse rarement surprendre ou entraîner par les idées éblouissantes dont il ne peut apprécier la portée ou la convenance: de là son esprit éminemment conservateur. Il a des moyens tout particuliers pour apprendre les arts et les métiers* L'étude des sciences commence seulement aujourd'hui à exercer son influence sur ses dis-

^) Cela s'accorde parfaitement avac le proverbe espagnol:

Plata te de Dios, h^o, qae el saber poco te ?ale. (Dieu te

donne de' T argent» mon fils, parce que le savoir te rap* porte peu de chose.)

positions naturelles^ et le dësir de sinstraire sinfiltre de plus en plus dans tous les rangs de la société. On voit par là que son caractère a du éprouver de grands changements depuis Tépoque de son émancipation politique; mais la plupart des traits principaux s*y conservent encore dans tout leur état de pureté. Les Espagnols apportèrent au Chili la constance, Tesprit chevaleresque, l'amour de la patrie, la vaillance et le caractère gai, avenant et hospitalier, qui y ont pris un si grand développement par leur contact avec ces mêmes vertus si profondément enracinées dans le coeur des Araucaniens. Nul voyageur, quelque outré et ingrat quil soit dans la relation de son voyage sur le Chili, où tout étranger est généralement si bien reçu, n^a révoqué en doute cette vérité. Ce qui a donné lieu aux jugements téméraires portés sur le caractère chilien par quelques voyageurs irréfléchis, ce n'est pas l'absence de ces vertus, qui constituent c^ elles seules le plus bel ornement de mes compatriotes, mais leur excès. L'empressement que quelques familles respectables ont mis à recevoir les étrangers arrivés au Chili, et à les combler de leur bienveillance, a été traduit par quelques voyageurs sans coeur et sans conscience comme un acte d'une familiarité scandaleuse. L'excès d*amour pour sa patrie fait oublier très souvent au Chilien et la raison et les convenances; il ne souffrira jamais avec sang-froid des comparaisons défavorables à son pays, et c'est cette affection sans bornes qui lui fait quelquefois repousser comme de vraies futilités certaines industries étrangères qui serviraient à améliorer sa condition matérielle. Son courage^ devenu proverbial, est le courage que donne la conviction de sa propre force; mais la

râsistance le rend féroce et avide de carnage sur le champ de bataille. Une fois quHl est lancé, il est difficile de l'arrêter, et l'histoire des combats que les Chiliens se sont malheureusement livrés entre eux présente quelquefois l'exemple aifreux de la destruction de la moitié des combattants.

La générosité chilienne se montre partout, excepté dans les négociations commerciales, Un Chilien jettera mille piastres pour satisfaire un caprice qui n'en vaut pas une centaine, et il tardera beaucoup à en aventurer cent dans une affaire qui peut lui en rapporter mille, surtout si le terme de Tissue de Tentreprise dépasse une année. Cette disposition singulière de caractère explique suffisamment la non-initiation des Chiliens à une foule d'entreprises qui, malgré leurs bénéfices probables, et on pourrait même dire assurés, sont encore regardées comme des chimères, parce que la réalisation en est plus tardive. Voilà pourquoi la création des bois artificiels près des grandes villes et la multiplication aussi facile que lucrative des vignes, des oliviers et des amandiers, ainsi que celle des milriers pour les travaux de la sériciculture, ne sont encore du ressort que d'un nombre très limité d'agriculteurs. Il en est de même de Pintroduction et de Tamélioration des races d'animaux domestiques. La timidité du Chilien, ou plutôt sa méfiance dans le résultat favorable des nouvelles opérations mercantiles et industrielles, est telle, qu'il ne se livrera qu'avec une grande difficulté à une spéculation, si elle n'a été essayée par un autre avant lui. Ce sont là les traits saillants du caractère des hommes; quant aux femmes, sur lesquelles la nature a répandu toutes les perfections matérielles, elles peuvent disputer partout

la couronne d*excellente mère et de fidèle épouse. Jamais une femme chilienne , quel que soit son rang, n^envoie élever ses enfants loin de ses yeux, et on voit à chaque moment des dames renoncer à la société dont elles font le plus bel ornement, et abandonner les attraits des villes, de la commodité et du luxe dans lesquels elles ont été élevées, pour vivre un grand nombre d^années dans le recoin solitaire de quelque campagne lointaine, afin de conserver à leurs enfants une aisance dont elles-mêmes n'osent pas jouir.

L'esprit d'ordre et de bon sens prédomine au Chili dans toutes les classes de la société, et c'est ce même esprit, uni à Tamour de la liberté, qui se voit réfléchi dans les institutions politiques du pays.

Tout en combattant pour leur indépendance, les Chiliens faisaient des efforts étonnants pour créer une forme de gouvernement qui répondit aux besoins de leur pays et aux exigences de l'illustration; et c'est après un long travail d'indécisions et de tâtonnements qu'ils proclamèrent le seul gouvernement propre à séduire le coeur de Thomme qui vient de combattre et de vaincre pour sa liberté: la République. Cette transition si violente n'étant basée sur aucun support préexistant, et contrastant même avec les habitudes des nouveaux républicains, était d'autant plus dangereuse, que les anciennes lois, encore en vigueur, ne pouvaient être encadrées dans le nouveau système. Déjà les discussions démagogiques, les aspirations au tommandement suprême, les intrigues, les actes arbitraires, la démoralisation même, commençaient à faire ressentir leur influence funeste, lorsque la Constitution de 1833 vint mettre un terme aux bouleversements

politiqacs qui étaient sur le point de précipiter le nouvel Etat dans le gouffre qu'il s*était lui-même creusé.

Cette Constitution, objet de tant d'éloges de la part des écrivains les plus illustres, a sans doute ses défauts; mais c''est à sa sagesse générale et au respect qu^elle inspire que le Chili doit sa tranquillité et ses progrès. Dans ce pacte fondamental, religieusement conservé dans toute sa pureté jusqu'aujourd'hui, le peuple chilien adopta la forme de gouvernement

représentatif et populaire, déclarant TEtat un et indivisible, et la Nation la seule dépositaire du pouvoir souverain. C'est elle seule qui a le droit dVlire temporairement les deux grands pouvoirs constituant Taxe sur lequel roule toute notre machine sociale: le Congrès National et le Président de la République. De ce centre d'action, dont les devoirs sont expressément prescrits, naissent les lois, les règlements, les nominations des fonctionnaires publics, leurs droits et leurs devoirs. Point de fonctionnaire, pas même le Président, qui ne soit sujet à la punition, s'il dépasse les bornes de ses attributions, quand même il aurait été forcé de le faire par des circonstances exceptionnelles. Outre ces garanties, les Chiliens, en dictant' leur pacte social, ont su s'en réserver plusieurs autres, dont nous consignerons ici les plus importantes: Tabolition de l'esclavage, celle des classes privilégiées, l'égalité devant la loi, Tinviolabilité du domicile et celle de la correspondance épistolaire, la liberté de la presse, sans aucune censure de prévoyance. Nulle contribution ne peut être imposée, si ce n'est par le Congrès lui-même, et personne n'est contraint de vendre sa propriété^ à moins que le Congrès' ne déclare par

une loi que ce sacrifice est nécessaire à Tatilité publique, et même alors le propriétaire doit 'être loyalement indemnisé. Aucun citoyen ne saurait être arrêté autrement que par une autorité ayant le droit de le faire et qu'en vertu d*un ordre écrit, excepté dans les cas de flagrant délit. Le prisonnier ne peut rester en prison plus de 48 heures, sans qu'on lui fasse savoir le motif de sa détention. Aucune espèce de mise au secret ne saurait empêcher le magistrat chargé de la surveillance de la prison d'accourir à Tappel du prisonnier, de Tentendre et de transmettre au juge la copie de Tordre d'arrestation. La création de tribunaux spéciaux, pour quelque cause que ce soit, est proscrite. Personne ne peut être obligé à prêter serment dans sa propre cause. L'application de la torture est interdite. Le droit d'exiger que le juge obserye les formes légales dans l'instruction, et celui qu^a l'accusé de le faire punir, lorsqu'il dépasse les limites de ses attributions, sont consacrés.

Tel est le prix qu'on attache à la Constitution et à ses garanties, qu'il a été expressément arrêté qu'en cas de doute sur Tinterprétation d'un ou plusieurs de ses articles, nulle autre autorité que le Congrès n'a le droit d'en expliquer l'esprit. Pour ce qui a rapport aux réformes qu'il pourrait être jugé nécessaire d'introduire dans ce pacte sacrée il faut que les deux tiers du Congrès s'accordent à les exiger, et, dans ce cas, le Congrès qui en a fait la demande, n'est pas celui qui les opère; mais un autre spécialement convoqué à cet eflfet.

Trois pouvoirs principaux, connus sous les noms de pouvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire, exercent la souveraineté au nom de la Nation.

Leurs fonctions sont bien définies, et leur indépendance est effective.

Le pouvoir législatif est Tapanage d'un Congrès National composé de deux Chambres: celle des Députés, dont les membres, élus par les départements au moyen du suffrage direct, à raison d*un pour chaque fraction de 10 à 20 mille habitants^ se renouvellent dans leur totalité toutes les trois années; et celle des Sénateurs,, composée de vingt membres élus par la masse générale de la nation, et ne se renouvelant que par tiers au bout du même temps. Ces deux Chambres, conjointement avec le Président de la République, sont les seuls organes de la formation des lois. Chacune de ces trois entités politiques en a rinitiative; mais le veto ou droit de les repousser est du ressort exclusif des Chambres. Aussitôt que la loi est sanctionnée, c'est au Président de veiller à son exécution et de dicter des règlements pour en faciliter l'application.

Outre la rédaction des lois, le Congrès exerce d'autres attributions qui lui sont exclusives et dont les principales sont: de fixer les dépenses annuelles de Tadministration et d'approuver ou d'improuver le compte que le pouvoir exécutif doit lui en rendre; de supprimer ou d'établir des contributions, mais seulement pour la durée de 18 mois; de contracter des emprunts, en signalant les fonds avec lesquels ils doi* vent être remboursés; de suspendre temporairement l'empire de la loi, en concédant au Président des facultés extraordinaires; de donner ou de refuser son adhésion aux déclarations de guerre proposées par le Président; de permettre llntroduction de troupes étrangères dans le territoire de la République; de fixe» le

nombre de la force armée; de créer de nouveaux emplois publics; d'en supprimer d'autres; d'accorder des amnisties, des pensions, des honneurs, etc.

Le Président de la République, chef suprèmç de la Nation et de l'administration, exerce le pouvoir executif à Taide du Ministère et du Conseil d'Etat. Sa nomination est collective, comme celle des sénateurs, et la durée de ses fonctions est de cinq années; mais il peut être réélu une seconde fois. Jusqu'à présent le Ministère n'est composé que de quatre grands départements: celui de PIntérienr et des Relations extérieures, dont le titulaire est en même temps le chef du cabinet; celui de la Justice, des Cultes et de l'Instruction publique; celui de la Guerre et de la Marine et celui des Finances. Le Conseil d'Etat, qui est toujours présidé par le chef suprême de la nation, se compose des quatre ministres d'Etat, de deux membres des tribunaux de justice, d'un dignitaire ecclésiastique, d'un chef de la marine ou de l'armée, d'ua employé supérieur du bureau des finances, de deux ex-mtnistres d'Etat ou membres du corps diplomatique et de deux ex-intendants de Province, ex-gouverneurs de Département ou ex -membres de la municipalité. Ce corps, respectable comme son nom même l'indique, discute les propositions et les lois à soumettre au Congrès, et assiste de ses conseils le Président pour le seconder dans ses mesures administratives; mais ses procédés, comme ceux des ministres, sont sujets à un contrôle sévère. Aucun ordre du Président ne doit être exécuté, s'il n'est contresigné par le ministre du département resp,ectif, et chaque ministre est responsable pireonnellement des actes qu'il a signés en particulier, et in solidum avec ses collègues de

toutes les mesures qulls ont prises en commun. Lorsque les avis du Conseil d'Etat ne s'accordent pas avec les lois, ou quils sont mal intentionnés, les membres, de ce Conseil sont sujets, comme les ministres, à Taccusation et au châtiment.

Voici les attributions principales du Pouvoir exécutif: concourir à la formation des lois, les sanctionner et les promulguer, en dictant les décrets réglementaires et organiques nécessaires pour en faciliter ^exécution; convoquer le Congrès à des sessions extraordinaires, et proroger jusqu'à cinquante jours les sessions ordinaires; nommer les membres des tribunaux de justice, les archevêques, les évéques et les antres dignitaires du clergé; exercer le patronage des églises, des bénéfices et des personnes ecclésiastiques; accorder le pase aux décrets iconciliaires, aux bulles pontificales etc. ou le refuser; concéder des induits particuliers; déclarer la guerre, si le Congrès national l'approuve; mettre en état de sié^e un ou plusieurs points du territoire, et veiller à Tobservation des lois et des ordonnances dans toute la République. Outre ces attributions principales du pouvoir exécutif collectif, le Chef de TEtat a le droit de nommer et de destituer à volonté les ministres et les conseillers d'Etat, les agents diplomatiques, les intendants et les gouverneurs; il a la distribution et la disposition des forces de terre et de mer, dont il est le premier che^ et il conduit les relations politiques et diplomatiques avec les puissances étrangères.

Pour faciliter Taction administrative, le territoire de la République a été divisé en 15 grandes sections: 13 qu'on appelle Provinces, et 2 connues sous le nom de Territoire de Colonisation. Chaque province

est divisée en départements, dont le nombre total s'élève à 51; ceux-ci, à leur tour, se divisent en subdélégations, et les subdélégations en inspectorats.

Le gouvernement de chaque province, pour toutes les branches de l'administration, réside dans un intendant, qui, élu par le Président, est son agent naturel et immédiat dans la province.

Chaque département est régi par un gouverneur, nommé également par le Président et subordonné à rintendant de la province respective.

Les sub délégations sont à la charge de subdélégués, au choix du gouverneur, et les inspectorats, dont chaque subdélégation se compose, sont sous les ordres d'inspecteurs nommés par le subdélégué.

Les faibles attributions judiciaires dont chacune de ces deux dernières autorités administratives se trouve investie, seront désignées lorsque nous parlerons du pouvoir judiciaire.

Voici le tableau de la division politique da Chili, telle qu'elle existait à la ffai de Tannée 1856:

Proflaees.

Dépaitemeats

PopoIttlOB

Atacania • .

Copiapo Caldera

Goquimbo

*|Vallenar .

\ Freirina .

l Serena . 1 Elqni . .

< OvaUe .

J Conbarbali r lllapel . .

Aconcahua .

L Petorca

Ligua

Putaendo

J Santa Rosa de los Andes .

\ San Felipe

(Santiago Victoria Melipilla Rancahua

Valparaiso .

Ferro Carrîl Casa Dlanca Valparaiso . .

QuAlota . . .

Juan Femandez

Golcbahua .

Taica . . .

( Caupolican . .

* l Gurico . . .

( San Fernando .

iLontuë . . .

. Talca . . . .

Ittaule . . .

ÎLinares Parral . .

Constitution Itata . .

Cauquenes

^uble . . .

{San CbiJ

Carlos Cbillan .

ProTineei.

Dépaitem«Bte

Population

Goneeption • .

Araaco . . .

Laataro

Puchacai

Rere

Coelemu

Talcahuano

Conception

1 Arauco

I Nacimiento

^Laja

ValdÎTÎa . . ,

Territoire de Colonisation

Chiloé . . .

) Valdivia j Union .

\ Osomo.

Colonie de Ma- « (i;eUan • • . |

) Llanqnihue .

iAncud Castro Quinchao • Carelmapu

Magallanes

Ce qui fait en tout 13 provinces, deux colonies et 51 départements 9 comprenant une population de 1,439,120 habitants, sans compter les Indiens. La juridiction maritime, qui veille sur la police des mers de la République, sur la matricule des marins, sur les intérêts financiers et sur la défense des côtes, embrasse, sous le nom de Département Maritime , tout le littoral chilien de TOcéan Pacifique. Cette grande section territoriale, affectée au ministère de la Marine, se dU vise en autant de gouvernements quil y a de pro» vinces côtières, et se trouve sous les ordres immédiats d\ui*commandnnt général résidant à Valparaiso, qui en est la capitale.

La jaridiction douanière, dépendante du ministère des Finances, a aussi sa division territoriale, qu^il est important de faire connaître. Elle embrasse tous les ports de la République et les principaux' passages des Andes. Les premiers se divisent en potts majeurs, où sont situées les douanes qui prélèvent des droits; en ports mineurs, où il n*est pas permis de faire d'autre commerce que celui des articles déclarés libres, et en ports habilités, oA Ton a seulement la liberté d'importer et d'exporter certains articles désignés par la loi. Les passages des Cordillères qu'on désigne sous le nom de ports secs se divisent également en majeurs, destinés au commerce d'importation, d'exportation et de transit, en mineurs et en hal^ilités, où le transit est défendu et 'le droit dimporter et d'exporter considérablement restreint. Les douanes des ports mineurs et habilités sont sous la dépendance des administrations des ports majeurs, dans leur territoire respectif.

Le tableau suivant donne une idée de l'ensemble de la division douanière de la République.

Juridiction Douanière.

Ports Maritimes. Ports Terrestres.

Migears.

Caldera,

province

d'Atacaroa.

Mineors.

Baasco

Habilités qui en dépendent

Rarranqaillas .

Flamenco . . .

Cbanaral de las

Animas . . .

Pajonales . . .

Herradura. . .

Pena Blanca Cbanaral . . .

Majenrs.

MlBeors.

S. Guillermito.

Palido.

Palpote.

R. del Transito.

Ports Maritimes.

Ports Terreslres.

H^enrs.

Tsicabuano,

« provinces de

Noble, deCon-<

ception et

d'Araoco.

Coquimbo, province da même nom

Va]parai«o, provinces d'A-^ ^ concahua et de

Colcbahaa.

Constitution, /

provinces de i

Talca,deMaole)

etdeCoIcbabaa. \

Yaldivia, / province du I même nom. (

Ancud,

ftrovîncedfcChio^ et Llanqni h ne.

Minears.

Habilités qai en dèpend,ent

Totoralillo. . . .

Puerto Manso .

ilerradura de ("uqnimbo. . .

Tongoî

Zapallnr.

^Jnan Fernandez.

Picbidnnque.

Habas.

Papudo.

,San Ant? de las Bode{;as.

n H deVirbu-

M^ieiirs.

Transito

Vilos.

Algarroho.

Topucaima.

quen.

.Tunian.

Curanipe.

Llico.

iColcura.

Carampangue.

iTomé.

Le ta.

,Lirquen. Coronel, Penco.

Sa n ta R osai de los An-^ des, pro vinces de Colcbahua, de Santiago et d'A concabna.

Rio Bueno.

Castro.

Puerto Montt Chacao.

San Miguel.

Minears.

EInuî.

Calderon.

Valle del Cura.

Verbas Buenas.

Rio Colorado, f.os Patos.

Portîllos.

Planchon.

Qaant au pouvoir judiciaire, la faculté de juger les causes civiles et les causes criminelles réside exclusivemciit dans les tribunaux institués par la loi, et quoique les membres en soient nommés par le pou-

voir exécutif, ils exercent leurs fonctions aTCC la plus complète indépendance. Le juge une fois nommé ne peut pas être destitué sans cause et sans une sentence dûment prononcée par un tribunal compétent; mais, en échange, il est personnellement responsable de ses actes, s^il manque à ses devoirs: de cette manière, le juge chilien a le droit et le besoin d'être juste. Pour que l'administration de la justice soit plus à la portée du peuple, les organes du pouvoir judiciaire sont représentés dans chaque province par les tribunaux des juges lettrés (JQXgâdos 4e letras), qui décident les affaires contentieuses civiles et quelquefois les affaires criminelles. Les cours d'appel, auxquelles on peut avoir recours contre les slentences rendues par les juges lettrés, existent au nombre de trois. Les litiges ayant rapport aux personnes ou aux choses jouissant de privilèges ecclésiastiques, sont décidés en première instance par le vicaire -général du diocèse, et en dernière par le métropolitain. Ceux où figurent des personnes jouissant des droits militaires sont jugés, tant en matière civile que criminelle, par le commandant général d'armes, si, toutefois^ le crime n'est pas contre les règlements militaires, car, dans ce cas, c'est un conseil de guerre qui est appelé à en connaître. Les litiges sur les comptes rendus par les administrateurs des fonds publics sont portés devant le tribunal de la Contaduria layor. Outre ces tribunaux principaux, la loi en a institué d'autres pour hâter la décision des affaires demandant une prompte solution: tels sont les tribunaux de commerce; les jurys, pour les délits de presse; les tribunaux de Hacienda, établis dans toutes les provinces pour intervenir dans les causes financières; les Jniltafl de COmiSOB, dont la

mission est de juger et de punir les fraudes commises contre les lois et les règlements des douanes; les juges des mines, chargés de régler les différends qui peuvent se présenter dans cette branche d'industrie; les juges de CaminoïC distribués dans chaque département territorial pour vider les questions relatives aux chemins publics; les conseils de famille, tribunaux domestiques composés de cinq membres pris parmi les principaux parents, lesquels doivent entendre les plaintes des enfants mineurs, lorsque les pères leur refusent la permission de se marier; enfin, les municipaux, qui, à défaut du juge lettré, décident dans chaque département les affaires dont la valeur dépasse 150 piastres; les subdélégués, chargés de prononcer dans celles qui n'excèdent pas cette somme et à partir de celles de 40 piastres; et les inspecteurs, qui connaissent de toutes les autres d'une moindre valeur. Au-dessus de toutes ces sections du pouvoir judiciaire s'élève la Cour Suprême, première magistrature de TEtat, et dont la haute mission est de veiller sur tous les autres tribunaux, de décider dans les conflits judiciaires, dans les recours de nullité ou de force et dans les dénis de justice. Ce tribunal, composé d'hommes aussi respectables et honnêtes qu'instruits, est également investi de la surintendance directoriale, correctionnelle et économique des autres tribunaux de la République. Tels sont les organes du pouvoir judiciaire proprement dit. Le Conseil d'Etat assume aussi une petite partie de ce pouvoir; mais sa juridiction est purement administrative: aussi est-il seulement appelé à trancher les questions de patronage, à prononcer sur les conflits de Tadministration judiciaire, sur les contestations que peuvent susciter

les contrats administratifs, sar la légalité ou l'illégalité des élections des municipaux et sur l'opportunité de la mise en accusation de tel ou tel haut fonction* naire qui aurait manqué à son devoir. Cette dernière prérogative est plutôt réservée, et d'une manière fort efScace, à la Chambre des Députés, qui a aussi sa juridiction parlementaire, car une fois que Tautorisation de poursuivre est accordée, c'est elle-même qui traduit Taccusé devant le Sénats dont le jugement est discrétionnaire et la sentence irrévocable. C'est devant ce tribunal sévère et respectable que doivent comparaître, en cas d'accusation^ pour être jugés, condamnés ou absous, les membres des tribunaux supérieurs de justice, les intendants des provinces, les généraux» les amiraux, les membres de la commission conservatrice, les conseillers d'Etat, les ministres et le Président de la République lui même, dans la première année de la cessation de ses fonctions. On trouvera la division judiciaire de la République dans le tableau qui suit.

Cours d*Appel.

Provinces.

•«sa

Population.

Sercna

Santiago . .

Cour Suprême'

Conceptiun .

Atacama • .

Coquiinbo .

Aconcahua .

Valparaiso .

Santiago . • Colchahua .

Talca . . .

Chiloé . . .

LIanquikuc .

Magellan . .

Afaule . . .

Nubie . . .

Conception .

Arauco. . .

Valdivia • .

La sagesse de nos institutions politiques a été justement prisée par les plus grands hommes d^état de notre époque. La liberté, la sûreté et la propriété sont garanties par l'indépendance des trois grands pouvoirs et par la responsabilité effective qui pesé sur chacun des membres qui en sont investis. Cependant, comme ces institutions sont Pouvrage des hommes, elles ont encore plusieurs défauts; mais non pas ceux qu'on se plaît à signaler, comme par ex. Tintolérance religieuse. C'est une erreur; l'intolérance religieuse n'existe au Chili ni dans la Constitution, ni dans le coeur des Chiliens. C'est la liberté de Texercice public qui est interdite à tout autre culte qu'à celui de la religion catholique, — ce qui est bien différent, et parfaitement d'accord avec ce que fait la nation que le monde appelle illustre par excellence, l'Angleterre.^) L'Etat chilien paie les dépenses du service catholique, comme l'Etat anglais paie celles, du service protestant, avec cette différence qu'en Angleterre on impose aux catholiques une partie des frais d'un culte qu'ils abhorrent, tandis qu'au Chili on n'oblige pas les protestants à contribuer au soutien du culte qu*ils ne respectent pas. Mais ce n'est pas la tolérance des croyances religieuses que l'on exige, c'est l'ostentation, c'est le faste de ces croyances. Les catholiques accusent d'intolérance l'église anglicane, parce qu'ils ne peuvent pas promener leurs processions et les insignes de leur culte dans les rues de Londres; les protestants se plaignent de l'intolérance de la majorité des Chiliens, parce qu'ils ne peuvent pas ériger de somptueux monuments publics à leur culte et sonner

*) V. Note «.

le carillon. Il n'est pas moins vrai pourtant que. la tolérance possible existe dans ces deux pays.

Veut-on savoir quelles sont les obligations imposées, au Cbili, au petit nombre de dissidents qui y existent, car sur prés d'un million et demi d'habitants on compte à peine 5000 dissidents,? C'est de respecter en public les croyances d'une majorité si immense, et de se découvrir et de mettre un genou en terre, chaque fois que le sacrement se trouvera sur leur passage, comme le font tous les catholiques.. Voilà ce qu^on exige d*eux. Si les faiseurs de discours sur la tolérance religieuse ne s'écartaient pas si souvent du principe

d'équité: tolère, si tu veu être toléré, les discussions

en seraient moins fréquentes, et l'humanité n'y perdrait rien.

On peut citer, comme une preuve de la tolérance chilienne, l'existence de temples protestants à Valpa* raiso, la seule ville qui puisse aujourd'hui en avoir besoin.

Les difficultés qu'éprouve quelquefois la réalisation des mariages mixtes ne sont pas un reproche à faire à notre loi fondamentale; mais à nos habitudes, qu'il n'est pas possible de réformer tout d'un coup.

Le rapport des autorités religieuses avec les laïques est constaté par la Constitution» car le Patronage est un fait

L'ancien almanach, encombré de jours de fète et de demi -fète qui réduisaient presqu'à l'inaction notre chétive population, en fut purgé par le vicaire apostolique Muzi, en 1824, lors de sa résidence au Chili. Le modeste et sage chanoine Juan Maria Mastai, aujourd%ui Pape, était son secrétaire. On ne célèbre chez nous d'autres jours de fète que les dimanches et ceux qui sont rigoureusement prescrits. Le nombre

de ces derniers est réduit à douze. Même les fêtes patronales des villes qui ne tomberaient pas sur un dimanche, sont ajournées au dimanche suivant. La loi défend d'entrer définitivement dans la vie monastique avant l'âge de 25 ans , et tous les ordres religieux de réguliers sont assujettis au gouverneur du diocèse respectif.

L'Eglise catholique au Chili a maintenant un archevêque et trois évéques suffragants: Pétendue de leur juridiction, le nombre et la distribution des paroisses sont consignés dans le tableau stiivant

ArcheYêché

ETêckés

Proîinces et territoires

Paroisses

de Santiago.

de la Serenai deCoDceptiouA

d'Ancud .

Aconcahua Santiago .

Valpaiaiso Colchahua Talea . .

Atacama .

Goquimbo

Maule . .

^ublc . .

Conception Arauco

Valdivia .

Chiloé . .

Llauquihue Magallanes

Population

C'est en tenant à la main la Constitution de 1833, chérie et respectée du Chilien, autant qu\m homme peut respecter et chérir son propre ouvrage ^ que la

République, marchant d'un pas lent, mais ferme et constant, à travers le sentier difficile de l'amélioration et du progrès^ est venue prendre sa place dans le rang des nations civilisées.

On a soulevé plusieurs fois la question si l'existence des Républiques de rAmérique du Sud pouvait être de longue durée, en présence des malheureuses convulsions politiques qui tendent à la destruction de la plupart d^entre elles. On s'est même imaginé que Tétat prospère et tranquille dont jouit le Chili n'était qu'un état anormal lequel, tôt ou tard, devrait s'assimiler à celui qui prédomine dans les autre% nations d'origine espagnole. Cette question affecte trop directement les intérêts du commerce et de l'émigration, pour qu'il ne me soit pas permis de consacrer quelques lignes à combattre une erreur que le caractère réfléchi, modéré et éminemment conservateur des CJiiliens et 24 années de tranquillité et de progrès auraient déjà pu faire disparaître.

Pour mieux nous convaincre des faibles fondements sur lesquels reposent des craintes aussi puériles, jetons un regard sur Tépoque la plus critique que la République ait eu à affronter depuis 25 ans. Comptons les éléments de destruction accumulés contre elle, et voyons comment ils vinrent tous se briser contre la puissance invincible de notre loi fondamentale, appuyée sur Tesprit de sagesse et l'amour de Tordre qui ont toujours régné dans la majorité de la population chilienne.

La vie des républiques offre, lors des renouvellements périodiques du chef de l*état, des moments de crise qui compromettent assez souvent leur propre existence. Dans ces moments suprêmes, une lutte

désespérée de prétentions, d'intrigues et, quelquefois, de sang s'engage entre les partisans du pouvoir qui touche à son terme et entre ceux qui aspirent à ré« gner à leur tour. L'année 1850 était désignée par la loi pour l'élection d*un nouveau président: des aspirants et leurs affidés devaient y concourir, et ils y concoururent en effet. Trois partis entrèrent en lice.

La présidence avait été pendant 20 ans exercée par des militaires. 11 était donc naturel qu'ils désirassent conserver un pouvoir dont ils avaient joui si longtemps. D'autre part, l'esprit réactionnaire, qui, dans les derniers temps, a fait trembler quelques trônes de la vieille Europe, et qui compte quelquefois parmi ses plus ardents satellites le socialisme insensé, avait aussi ses échos dans l'extrémité lointaine de l'Amérique Méridionale.

Ces deux entités politiques et rivales étaient tenues en échec par ie parti modéré, connu au Chili sous le nom de parti conservateur, lequel ne voulait pas se décider pour les militaires, qu'il n'affectionnait pas, ni pour les réformateurs violents, dont les doctrines Teffrayaient. Ce furent les réformateurs qui commencèrent le combat. Trop peu nombreux au commencement pour entraîner l'opinion du peuple dans la voie des transitions violentes, ils eurent l'imprudence de grossir leurs rangs des mécontents, des prétendants déchus et de la plupart des malheureux auxquels la fortune n^avait pas souri. Bientôt des sociétés nombreuses, sous des noms plus ou moins spéciaux de bienfaisance publique, commencèrent la propagande réactionnaire dans toute retendue de la République. Elles étaient appuyées par la Chambre des Députés, qui leur était presque entièrement dévouée. Les dis-

cours falminants de ses membres les plus exaltés forent reprodaits et commentés par la presse, et répandus avec la plus grande profusion entre la classe ouvrière, si facile à émouvoir dans les moments de crise. Quel que fAt cependant le pouvoir des réformateurs, il leur manquait un chef qui pût les ralli^ en cas de besoin; ce fut en vain quils cherchèrent parmi eux un nom illustre qui voulût se charger d'une aussi grande responsabilité. Mais ib s*étaient trop engagés pour pouvoir reculer: il leur fallait un chef quand même, ne ftit-ce qu\m fantôme dont on pût se défaire facilement après s*en être servi. Pour l'obtenir, ils évoquèrent réiément militaire, qu'ils n'aimaient pas plus que les conservateurs. Comptant sur son appui, les clubs devinrent plus audacieux, et parcouraient même les rues en processions menaçantes. La hardiesse de la presse augmenta; bientôt ce ne fut plus de la hardiesse, ce furent des insultes et des provocations. Jamais des productions plus dégoûtantes ne souillèrent une des plus belles inventions de Tesprit humain: des diatribes sanglantes, des libelles diffamatoires, des chroniques scandaleuses, des placards in cendiaires inondèrent les villes et les campagnes. Tout fut mis en émoi. Les affaires furent abandonnées; on ne s'occupait que de la crise prochaine^ et telle fut la fièvre démagogique qui se communiqua aux coeurs les plus tranquilles et les plus honnêtes, que chaque maison devint un champ de discussions politiques: le père ne partageait pas les opinions du fils, et la mère pensait autrement que son époux. Le Gouvernement, en attendant, appuyé sur la base inébranlable de la Constitution, et fort du prestige que lui donnait Topinion des hommes sensés^ sans discon-

tinuer aucun des travaux d'amélioration auxquels il a toujours consacré toute sa sollicitude, suivait de l'oeil les menées des ennemis de Tordre; mais, malheureusement^ comptant trop sur la fidélité de la force armée, il lui confia les postes les plus importants, sans se douter quUl se livrait à un corps démoralisé par les nouvelles doctrines, et qui allait souiller son ancienne gloire par la trahison.

Tel ^tait Tétat où se trouvait le Chilt, lorsque le triomphe électoral du candidat conservateur vint mettre le feu à la mine formidable qui devait faire crouler l'édifice social, et engloutir sous ses décombres le bienêtre et la tranquillité du pays. La fureur s'empara des deux partis vaincus. Ils se haïssaient mutuellement; mais ils proclamèrent leur alliance^ car leur but commun était de détruire de fond en comble la puissance des autorités légales. Les militaires, moins scrupuleux que le reste des révolutionnaires dans le choix des moyens à mettre en action pour atteindre leur but, appelèrent à leur secours les barbares du sud, et les lances qu'ils avaient tant de fois victorieusement combattues pour soutenir la cause de l'ordre et de la civilisation, se joignirent à eux pour les détruire.

Dès que le masque eut été jeté, le combat électoral fit place à la plus violente insurrection. Le sang coula presque en même temps dans les provinces d'Atacama, de Coquimbo, d'Aconcahua, de Valparaiso, de Santiago, en Loncomilla et dans la colonie de Magellan. C'étaient les institutions, la propriété et Tordre qui se trouvaient aux prises avec la désorganisation et le pillage. Dans tous les coins de la République, c'était le particulier qui faisait spontanément face au soldat, ou qui se battait contre son frère, qu'une funeste hallucination acharnait contre lui.

Jamais autant d'éléments de destruction ne s'étaient associés pour bouleverser un Etat; mais c'est dans cette page funeste de notre histoire que Ton voit ce que peuvent Tesprit d'ordre, le patriotisme et le bon sens, lorsqu'ils se rallient à la loi pour repousser le génie de la subversion, quelque puissant et terrible qu'il soit. La République, a dit un de nos plus grands hommes d^Etat ^), présenta alors le digne spectable d'un pouvoir constitutionnel en lutte contre -une conflagration générale, attaqué en même temps par une armée rebelle et nombreuse, se défendant sans dépasser les limites que la Constitution prescrit au pouvoir, obéissant aux lois et les faissant observer.

Deux jurisconsultes distingués dont le monde civilisé a su apprécier les talents, M. Montt, qui venait d*étre élu Président, et M. Varas, son premier ministre, étaient chargés par la loi constitutionnelle de tenir tète à répouvantable bourrasque révolutionnaire dont rhorizon politique se trouvait obscurci, et ils surent répondre à la confiance que la nation avait mise en eux. Le général Bulnes^ qui venait de déposer le bâton présidentiel, fut chargé de conduire au fort de Tennemi des troupes improvisées, dont le contingent principal fut fourni par d^honnètes artisans; et tandis que cette fraction précieuse de la société s'éloignait des villes pour aller combattre la révolution, les fils des premières familles, organisés volontairement en corps de troupes, parcouraient nuit et jour les rues, pour la conservation de l'ordre et pour la protection de la propriété urbaine. Le palais présidentiel se trouva encombré de tout ce qu'il y avait d'hommes respectables

^ L*ex-nîni8tre de rintërieur. Don Antonio Varai.

et sages au Chili: des ex-présidents, des ex-ministres servaient, de conseillers au Chef de TEtat, et lui prêtaient leur appui moral, tandis que la propriété, llndustrie et le commerce lui offraient leurs personnes et leurs biens.

Mon objet n'étant que de faire sentir combien les bouleversements sont peu à craindre au Chili, il me suffira de dire que la révolution fut- écrasée sur tous les points où elle osa lever sa tête parricide, et que, pour étouffer! l'anarchie, on n'eut besoin d'employer d'antres ressources qu'une partie de celles que la Constitution même assure.

Nous avons à signaler quelques faits remarquables qui eurent lieu pendant Tépoque critique que nous venons d'esquisser; ils caractérisent encore davantage la nation.

Au moment du péril, les rancunes et les mesquineries des vengeances personnelles furent oubliées. Des soldats retirés du service vinrent offrir à la cause de la société leur bras presque invalide; des hommes q^ n'étaient pas disposés en faveur du Chef du Gouvemement, se présentèrent à lui pour lui amener leurs enfants, et dès que le péril fut passé, on les vit se retirer de nouveau dans la vie privée, non réconciliés^ il est vrai, mais contents d'avoir rempli leur devoir.

Le ministre de l'Intérieur, répondant aux griefs que Ton adressait au Gouvernement pour n'avoir pas décrété la suppression des clubs, depuis le premier jour de leur installation, prononça ces paroles remarquables: f/ Toute entrave mise à la liberté individuelle doit être pleinement justifiée pour pouvoir être acceptée. Ces réunions n^ayant pas encore été qualifiées par leurs propres actes ^ auraient pu , après leur destruc-

tion» être déclarées saintes et dignes de toute protection, comme tendantes à élever la condition du peuple. Leur suppression intempestive n'aurait pas laissé la conscience publique satisfaite."

Dans les moments les plus critiques, le Gouvernement ne perdit pas de vue ce qu'il devait au crédit dont jouissait la République à Textérienr, et malgré rénormité des dépenses extraordinaires quil était forcé de faire, il fit embarquer pour l'Angleterre, à Tétonnement général, des fonds destinés au paiement des dividendes et à Tamortissement de notre dette extérieure.

Enfin, la victoire des institutions ne fut souillée ni par les confiscations, ni par Téchafaud; et si nous avons eu des malheurs à déplorer sur le champ de bataille, c'est parce que le Chilien, quelle que soit la cause qu'il embrasse, ne sait se battre que pour vaincre ou mourir.

La manière dont nous sommes sortis de la rude épreuve à laquelle la tranquillité publique a été exposée au Chili, est une garantie de pl|^, offerte au monde civilisé, de la bonté de ses institutions et de Tesprit d'ordre qui régne dans la généralité de sa population. L'exemple récent de cette perturbation momentanée du repos public a fait prendre de nouvelles mesures de prévoyance, assurant davantage la tranquillité future, et on «en voit déjà l'heureuse confirmation par le développement de Tesprit d'association, la télégraphie électrique, les chemins de fer et une foule d'autres entreprises industrielles, qui ne se montrent jamais qu'à Tombre de la stabilité.

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