CHAPITRE IV
Prodictioni.
Règne animal.
Les productions indigènes du territoire chilien sont plus abondantes que variées. Réservant - à la science tous ses droits à l'étude et à la description comparative des produits de la création^ nous nous bornerons i énumérer les productions chiliennes que {^industrie, le commerce et les besoins de l'homme exploitent aujourd'hui, et celles qui, se trouvant dans leurs mains sans être pourtant prises en considération, peuvent beaucoup contribuer à augmenter le bien-être.
Quoique la faune indigène du pays soit la source la moins importante de ses richesses naturelles, rhomme en tire un secours notable pour son alimentation, et le commerce, une exportation lucrative. Les fourrures chiliennes sont remarquables par leur beauté et par la délicatesse de leur pelage soyeux.
On trouve, depuis l'archipel d*Ancud jusqu*aux lies du détroit, un grand nombre de NutridS '), dont les
*3 Lutra felina. Gay, Faun. chil. Tome l^r^ pt^fr, 45.
dépouilles sont très estimées dans la chapellerie et dans les fabriques de vêtements d'hiver. La longueur de ces peaux ne dépasse pas deux pieds en général^ et elles se vendent à 75 centavos; mais comme on ne s'est encore livré à la chasse que par amusement^ on en voit rarement dans le commerce d^exportation. On trouve aussi dans les rivières et dans les lacs quelques fililliBes ^)9 dont la peau, douce comme de la soie, accepte toutes sortes de couleurs et a l'aspect et le luisant du velours. Elle est plus petite que celle de la natria, mais le prix en est le même.
Les Chingnes habitent le Chili occidental ^) et la Patagonie ^). Il y en a en grande quantité dans cette dernière région, et ils s'étendent jusqu'au détroit. Leurs peaux, qui n'ont, en moyenne, que 10 pouces de longueur, sont pour les Indiens une source dindustrie dont ils tirent un grand partie en les réunissant pour former de petits tapis de sofa et des couvertures qu'ils vendent cher aux étrangers qui les visitent. Ils en font autant des peaux de renard et de Puma ou Pagi ^)^ qui ont jusqu'à 6 pieds de longueur; mais elles n^ont pas une aussi grande valeur, parce qu'elles sont trop communes, surtout dans la Patagonie, où ces' animaux, abondent et sont faciles à chasser, à cause du manque de forêts où ils puissent s'abriter.
LuCra huid^bria. Mulina, Hiit nat duChili, T. l«r, pag.dSt .
Me]»ytis Chiknslf. G. St. Hil. Cat. du Musée d*II. IV. de Paris.
') Canrpatut llamboldtii. Gray. Lond. Mac.
*) Félix concolor. Lihii.
Le finasaco^), que les Indiens appellent Chili- Imeqne, est le quadrupède chilien le plus important par la bonté de sa chair et par les qualités de sa peau 9 qui a de 4 à 5 pieds de longuelir. Elle est recouverte d'une laine fine et déliée qui la fait rechercher pour les tissus et qui remplace avec avantage la laine de mouton. Les Indiens fabriquent de larges tapis de guanaco, en unissant entre elles les peaux des petits, qu*ils exterminent sans pitié. Ils les vendent aux habitants des colonies de Magellan et del Carmen, et ils s*en servent également pour leurs habillements d^hiver. Le nombre des guanacos dut être immense du temps de la conquête; car quoiqu'on les ait persécutés sans relâche depuis trois siècles, et qu'on en ait tué par milliers, sans égard ni à Tàge des individus ni à l'époque pendant laquelle on se livrait à la chasse, il eo reste encore des troupes nombreuses, qui couvrent retendue orientale des Andes, depuis le 34"^® ^ lat S. jusqu'au dédroit de Magellan et aux lies de la Terre de Feu. Quant à la région occidentale des Andes, elle en a presque été dépeuplée; aussi ne voit-on figurer les peaux de guanaco dans le commerce d'exportation que dans les colonies que nons venons de mentionner.
La chasse du chincilla^) est, sans doute, celle qui a donné, jusquMci, les résultats les plus lucratifs. La dépouille de ce petit quadrupède, dont la longueur moyenne est de 10 pouces, est si remarquable par la délicatesse, la beauté et le soyeux de son pelage, que du temps même de la conquête on voyait
') Lama Guanaco. Guv.
') Chinchilla laniger. Gray. Spîcil. Zoolug.
en EspagDe figurer le chincilla comme le plus bel ornement des robes de la baute noblesse. Ces animaux rivent dans les contrées du nord ^e la République^ et j'en ai même vu dans le désert d'Atacama, où ils se creusent de profonds terriers, à l'abri des rocbers. Le cbincilla était déjà connu dans le commerce anglais en 1832, et on l'exporte en outre aujourd'hui pour l'Amérique du Nord, pour la Sardaigne et pour la Chine. Cependant l'usage de cette fourrure a bien diminué par suite des caprices de la mode; aussi a-t-on seulement exporté pour différents pays, depuis 1844 jusqu'au commencement de 1853, 327,192 peaux de chincilla. £lles se vendent deux, piastres 50 centavos la douzaine.
Parmi les espèces nombreuses d'amphibies qui peuplent les côtes du Chili, nous n'en signalerons que deux: le Lobô larino (loup marin) et le Leon dei lar (lion de mer), dont le commerce et l'industrie tirent les avantages les plus immédiats.
Les lobos marines ^j, qui étaient autrefois très répandus sur tous les points du littoral, ont été poursuivis avec un tel acharnement par les pêcheurs du nord^ qu'ils se sont réfugiés dans les recoins les plus solitaires des régions australes, où Ton en tue encore par milliers. Cçtte race sera bientôt anéantie au sud, comme elle Ta été au nord, si quelques lois protectrices ne viennent à son secours. L'époque de la chasse n*étant fixée par aucun règlement^ le lobo est poursuivi dans toutes les saisons, et surtout lorsqull a des petits. J'ai été plusieurs fois témoin de
'} Otaria Purcina. Desin. Mein. pa^^. 252.
cette destniction criminelle et inutile d'une source de richesses qui se perpétuerait, si l'on y apportait les ménagements que réclame sa conservation. M. Gay rapporte ^) que Vergara ^ un des nombreux pêcheurs de lobos, lui avait assuré que dans le mois de février il avait tué, avec le secours de 38 camarades, 6500 lobos, dans l'Ile de la Mocha. Or, c'est précisément dans ce mois que les femelles mettent bas. Les peaux de ces amphibies ont de 4 à 5 pieds de longueur et sont très recherchées par les tanneurs, à cause du cuir excellent qu*elles fournissent pour la doublure des malles et pour la chaussure. Outre la peau, on retire 4 gallons d*huile du mâle, et 2 de la femelle. Malgré les grandes pêches qu'on en fait, leurs peaux ne figurent que très faiblement dans le commerce extérieur. Cet article se consomme presque exclusivement dans le pays et se vend, à l'ordinaire ^ de 50 centavos à une piastre la pièce.
Le leon del mar ou marino ^), remarquable par sa grandeur exceptionnelle, joue aussi un grand rdie dans le commerce des peaux. Ayant été persécuté comme le lobo, il a presque totalement abandonné les côtes de l'île de Juan Femandez,- où il se présentait en très grande quantité du temps de lord Anson. Il a également quitté les côtes comprises entre le le 33™^ et le 42">«® pour chercher un asile dans les archipels patagoniques, où il est encore en butte à la persécution active des baleiniers de toutes les nations. Sa longueur est de 4 à 6 mètres^ sa circonférence de 2 à 3, l'épaisseur de sa graisse est de 1{
») Faun. chil. T. 1er. P. 75.
^ Macrorhinuf proboicideuf. Cuv. T. 89. die Me, aat
à 2 décimètres, et on retire de chaque individa de 100 à 126 gallons d'huile, qai est, comme celle du lobo, fréquemment employée dans la consommation intériedre, dans les tanneries et pour l'éclairage.
Les c6tes méridionales ont été renommées par le nombre et la bonne qualité des baleines qu'on y trouvait. Les facilités qu'offrait cette pêche et la valeur de ses produits appelèrent une foule de navires de toutes les nations dans ces parages, dont l'approche était interdite du temps des Espagnols, et quoique la quantité de ces énormes habitants des mers ait considérablement diminué, les ports du Chili sont toujours fréquentés par les balemiers étrangers, qui viennent y renouveler leurs provisions pour suivre après leur dangereuse carrière.
Il y a plusieurs espèces de baleines; mais celle qui attire les pécheurs français, anglais et, surtout, ceux de ^Amérique du Nord, est la baleine que Klein appelle antarctica. Malgré le grand nombre qu'on en a pris, les naturalistes, ne s'accordent pas encore sur son vrai nom. La pèche se fait au sud du Chiloé. Chacun de ces formidables cétacées produit^ d'après les renseignements les plus exacts, pour un individu de 19 mètres de longueur, de ô à 6 mille gallons d'huilé et de 350 à 450 kilogrammes de fanons, de 14 2 mètres de longueur.
Les cachalots ^) sont devenus fort rares; cepen-* dant on en roicontre encore dans les archipels, où j'ai eu occasion d'en observer plusieurs fois. Il y en
') Pbyseter macrocephalus. Desm. maram.
a aussi dans les environs de Ttle de la Mocha. Ils sont très recherchés à cause de leur adipocire ou blanc de baleine, qui sert à la fabrication des bougies. L'huile quils fournissent est plus estimée que celle du cétacée antarctique, et ils en donnent à peu près autant. Il paraît que Tambre gris est aussi un des produits du cachalot. Les habitants des côtes, au sud de la Conception, trouvent quelquefois sur la plage des morceaux d*ambre gris que les marées y déposent et qui ont un poids de quelques kilo« grammes.
Pour se former une idée de Hmportance que les nations maritimes attachaient à cette pèche sur les côtes chiliennes, il suffit de remarquer que TAngleterre, en 1830, avait dans les mers de la République 91 navires baleiniers comptant 30,083 tonneaux de capacité et 2750 marins. Il est vrai que ce chiffre a décru, dans les années suivantes, en proportion de la diminution des baleines, dont les Américains du Nord surtout ont fait et font encore aujourd'hui une grande destruction.
Nous ne nous sommes que fort peu occupés de cette pèche; il n'existe pas non plus chez nous une association bien organisée pour la chasse du lobo marino, bien que les produits qu'on retire de cet animal ne suffisent pas pour les besoins de l'intérieur. La ville de Valparaiso^^ dans les années de 1852 à 1854, a importé, à elle seule, 60,235 gallons d'huile de cétacée pour la consommation du pays, et depuis 1849 on ne voit pas figurer un seul gallon d'huile dans le tableau d'exportation; il est vrai qu*auparavant
la pèche chilienne n*a jamais eu une importance digne de remarque , car de 1845 à 1849 on ne mentionne que !X)34 gallons d'huile de baleine parmi les articles d'exportation.
Tels sont, en général, les avantages que la lanmalia indigène présente à l'industrie et au commerce. Ceux que Talimentation en tire ne sont pas moins considérables. Outre le guanaco, qui est le principal aliment de l'homme dans la Patagonie et des Indiens dans les contrées occidentales des Andes entre la Conception et Valdivia, on trouve: le Hnemill ^), le Tertadito ^) des régions australes, la yiscacha du nord '} et le lièvre *).
La conquête a apporté au Chili un des premiers éléments de sa richesse, en y introduisant et acclimatant les mammifères européens. Les facilités que le climat et l'abondance autant que la variété des moyens de subsistance offrent, en général, en Amérique, à Tacclimatisation des animaux domestiques , se réunissent, au Chili, à un tel degré, que les races bovine, ovine, caprine, porcine et chevaline se sont multipliées et répandues dans tout le pays en une quantité si étonnante, qu'elles en sont devenues sauvages dans quelques localités. Il y a plusieurs endroits où on se livre
') Cerrtis cliilensis. Gay et Gerr. in Ano. Sec. nat. feb.
*) Gervus humilis. Benuet. — Gapra Puda. Molina. *) Lagotis criniçer. Less. rVoar. Tab. du Règne Anioi.-Gaj.
Faun. Chil. T. 1er.
^) Lepof.
à la chasse de ces animaux avec le même acharnement que l'on met à poursuivre les animaux indigènes. A Test de la province de Valdivia et dans la colonie de LIanquihue, on voit des troupes de vaches et de porcs vivant et se multipliant en sûreté au fond des bois, qui les défendent des atteintes de Thomme. Les chèvres sont assez répandues dans nos montagnes; il y en a des troupeaux considérables dans les tles de Juan Fernandez, où on les chasse avec succès. L'a» bondance et le bas prix de tous ces mammifères ont été les raisons principales qui ont empêché les Chiliens de s'adonner à Tamélioration des races. Aujourd'hui, que la valeur des terres s'est accrue d^une manière exceptionnelle, et que les demandes pour l'exportation ont donné une importance bien marquée aux productions animales, on commence à voir dans nos campagnes le cheval de trait, les vaches suisses et anglaises, la chèvre du Thibet, le mérinos et le cochon chinois amélioré par llndustrie anglaise. Les animaux domestiques du Chili fournissent depuis longtemps de riches chargements de retour au commerce extérieur, soit qu'on les emporte vivants, ou préparés pour l'exportation dans les grandes boucheries qui sont établies dans presque toutes les propriétés territoriales où Ton s'adonne à l'élève du bétail.
C'est à l'intrépide conquérant du Chili qu'on est redevable des races d'animaux domestiques qui vivent dans ce pays; et quand on songe au petit nombre d'individus de chaque espèce que les Espagnols y conduisirent à l'époque de la conquête, en 1540, et au peu de soin qu'on a pris ensuite de l'augmenter, on doit s'étonner de la grande influence du climat et
des pâturages de cette section privilégiée de TÂmérique BUT la multiplication de ces races d'animaux si utiles et si nécessaires à Thomme civilisé. C'est du Pérou qu'on les apporta, et quelques années après le Pérou était le principal débouché des produits vivants du Chili.
Le cheval chilien est issu de la race andalouse. Il n'est pas dîme stature remarquable, mais il est nerveux et rempli de feu, d'agilité, d'audace, de force et de noblesse. Il est d'une sobriété extraordinaire et p€ut*être le seul cheval du monde qui puisse ré* sister à de longues fatigues, avec le peu de soins qu'on lai donne. Il vit en 'entière liberté dans les compagnes, en hiver comme en été, et on ne le prend que pour s'en servir immédiatement. Il fait très fréquemment des courses de 2ô à 30 lieues en une seule journée sans prendre la moindre nourriture, sans même se rafraîchir la bouche dans les ruisseaux et les torrents qa^il est forcé de traverser. Son sabot est si dur qu'on ne voit des chevaux ferrés que dans les villes. Sa dextérité et son obéissance au frein sont remarquées avec une juste surprise par tous les étrangers: il se tourne en tout sens et avec légèreté sur ses pieds de derrière, selon que le cavalier penche le corps à droite ou à gauche^ et il s'arrête tout court, au milieu de la course la plus rapide, à la moindre pression des rênes sur le frein. Cheval de guerre comme de promenade et de travail, il est très estimé et recherché dans toutes les républiques de l'ancien domaine espagnol, où la même race paraît avoir dégénéré; aussi on en importe au Pérou, à la Bolivie» à la Nouvelle Grenade, à Buenos -Aires même, oâ l*abondance des chevaux est si grande qu'on en tue
par milliers, à cause de leur peau et de l'hnile qu'on en retire pour l'éclairage. Il n'y a pas encore de haras au Chili, excepté celui de l'Ecole spéciale d'agriculture; les races se multiplient dans les grandes campagnes ou sur les plateaux des Cordillères, où on relègue les grandes masses de juments^ qu'on ne réunit que pour battre les blés et pour marquer les poulains au fer chaud, afin qu'ils ne se confondent pas avec ceux des autres propriétaires. On voit dans les. provinces de Valdivia et de ChUoé une petite race de chevaux que leurs formes gracieuses et élégantes font rechercher pour l'usage des enfants. Malgré leur petitesse, ils sont remplis de feu, et ils supportent, eomipe ceux du nord, les plus grandes fatigues.. 11 y a dans ces- contrées des marécages qui n'ont d'antre chaussée qu'un tronc d'arbre abattu et que les habitants traversent au grand trot sur ces petits animaux, dont le pied est aussi ferme sur ce pont dangereux que dans une plaine large et unie. Le prix des chevaux est très variable au Chili : on peut en acheter depuis la valeur de 10 à 1000 piastres. Cela seul prouve le grand avantage qu'il y aurait à établir des haras pour augmenter les belles races. On n^a pas encore vaincu tout -à- fait la répugnance de chevaucher sur les juments; ce préjugé prive le pays des services d'une grande quantité dindividus de la race chevaline. Le prix des juments varie de 5 à 100 piastres; mais il est très rare qu'il atteigne ce dernier chiffre. Le prix moyen est de 10 piastres, et celui des chevaux est de ÔO.
Les vaches furent introduites de nouveau au Chili par Alvarado, en 1548, après la destruction de celles qu'y amen9 Pedro Valdivia. Le nombre n'en était
que de dix, et telle fat Tattention qu'on apporta d'abord à leur propagation, qu'un siècle après elles étaient assez répandues dans le pays pour que la valeur n'en excédât pas une piastre par tête. Les vaches chiliennes ne sont pas grandes; elles ont le corps gros, le dos large et^ ordinairement, de grandes cornes. La quantité en serait immense, si l'on donnait quelques soins à l'augmentation de l'espèce et à l'amélioration nécessaire de la race. Dans Tétat sauvage où elles vivent, les deux tiers des femelles restent chaque année stériles, car on ne soigne que les petits troupeaux qui se trouvent près des villes^ dans les enclos des prairies artificielles^ et dans les établissement appelés Qneterias (fabriques de fromage), où un seul propriétaire fait traire quelquefois jusqu'à quatre cents vaches par jour.
Quoiquil y ait des troupeaux de brebis dans tout le pays, et que le climat n'y rende pas nécessaire la sollicitude avec laquelle on veille- en Europe à les garantir du froid et à pourvoir à leur subsistance, la race chilienne produit des laines très mauvaises. On a tenté plusieurs fois de propager chez nous le mérinos d'Espagne et de la Nouvelle Hollande, qu'on a fait venir à grands firais; mais le perfectionnement de la race ne marche qu'à pas excessivement lents.
La race caprine, comme nous Ta vous déjà dit, vit même à l'état sauvage dans quelques parties du pays. C'est surtout au nord de Santiago, dans les provinces d'Aconcahua et de Coquimbo^ qu'on s'adonne le plus à l'élève des chèvres. Déjà celles du Thibet y sont introduites, et on a pu admirer, en 1854, à l'exposition de Santiago, le poil doux et soyeux de cet utile quadrupède qui, par sa propagation facile,
ne tardera pas à venir augmenter le nombre de nos riches productions. Le bénéfice principal qu'on retire aujourd'hui de la chèvre chilienne, c'est la peau; la chair sert à- fabriquer du savon; quelquefois on la sèche pour Talimentation des habitants de la campagne; mais elle trouve seulement des consommateurs dans la classe la plus pauvre.
Quant à la race porcine, il n'est pas étonnant qu'elle se soit tellement généralisée, attendu la facilité prodigieuse avec laquelle elle se multiplie* £lle existe à Tétat sauvage dans les lies de Tarchipel d*Ancnd, sur la côte occidentale de la Patagonie et dans l'intérieur des bois de Llanquihue et d'Osomo. Comme les porcs trouvent partout des fruits et des racines, on n*a pas à s^occuper de leur alimentation ni de leur reproduction. Au contraire^ par un intérêt mal entendu, on les proscrit des endroits où l'on s'adonne à l'agriculture: on craint leurs ravages; et au lieu de prendre la peine de faire des enclos pour les retenir, on les poursuit à mort La loi même autorise cette proscription dans certains cas.
Ces animaux^ malgré leur utilité, n'ont pas encore fixé Tattention des éleveurs, bien qu'il ne soit pas nécessaire d'employer les grains et les racines cultivées pour les faire vivre, car ils ne demandent que du gazon vert et de Teau pour nourriture. Aussi, presque tous les porcs que Ton met en vente dans les marchés n'ont eu d'autre engraissement que les gazons et les fruits que leur fournissent les campagnes, où ils vivent en liberté. L^élève des porcs pour la vente en nature et pour les salaisons est encore une branche d'industrie à introduire, et il n'est pas douteux qu'elle Reviendra très lucrative, du moment qu'on y con-
sacrera les soins qu'elle réclame. La consommation de la viande de porc est très grande dans rintérieur; elle figure encore très faiblement dans Texportation . Il n^est pas nécessaire de dire que tous les navires qui fréquentent nos côtes sont forcés, en général, d'apporter d'Europe ou de l'Amérique du Nord une double provision de barriques de porc salé, pour l'aller et le retour. On voit, depuis quelque temps, les meilleures races européennes dans les environs des villes ; mais ceux qui devraient chercher à les rendre plus cornmunes, c'est-à-dire les fermiers, ne le font pas encore . Le prix des porcs varie beaucoup, selon les localités, Tége et l'état de Tindividu. Un porc de 18 mois vaut de 1 à 12 piastres.
Les productions omithologiques du Chili jouent un grand rôle dans Valimentation de ses habitants. Presque chaque espèce de la grande classe des oiseaux y a son représentant, et, malgré Tabsence de lois de chasse et l'augmentation de la population, on ne remarque aucune diminution dans le nombre de ceux qui y peuplent les airs et les eaux. L^abondance en est telle, surtout celle des colombes sauvages et des perroquets, qu'elle devient quelquefois très nuisible à l'agriculture. On compte quatre espèces différentes de perroquets ^)9 6 de colombes sauvages^, 11 degallinacées') et un nombre infini de canards et d'autres oiseaux de rivage, dont les lacs, les rivières et les étangs des régions centrales sont quelquefois littéralement couverts. Lps oiseaux étrangers de basse-cour se sont aussi
') 3 Canurus, 1 EnicogiiAtliiui.
*) Colombidées.
') 3 Tioainidëes, 8 Quionidées,
généralises dans tout le pays d^une manière extraor* dinaire. On en exporte beaucoup pour le Pérou.
Le commerce des peaux et des plumes d'oiseaux n'a pas encore Pétendue qu'on pourrait attendre avec une source aussi bien pourvue. Nous n'avons à signaler que les produits du cygne ^.) et de Tautruche^), qui figurent sur les marcfrés étrangers. Les peaux de cygne, qu'on dépouille des grandes plumes avant de les livrer au commerce, ont une longueur moyenne de 6 décimètres. Elles sont très recherchées à cause du bel édredon qui les couvre et qu'on emploie fréquemment pour l'ornement des robes; on les vend à 23 centavos la pièce. Les Indiens de la Patagonie font de beaux tapis de sofa des dépouilles de l'autruche attachées ensemble: ces tapis sont un grand objet de luxe, et ils se paient quelquefois jusqu'à 16 piastres la pièce. On emploie aussi les plumes choisies pour des panaches et pour la fabrication des ombrelles et de plumeaux. Le principal commerce de plumes d^autruche se fait par ces mêmes Indiens; ils les portent en grandes quantités, à Tépoque de la fonte des neiges, à la colonie du détroit et aux marchés au sud de la Conception. Presque toutes les plumes se consomment au Chili; cependant je trouve dans les documents officiels de la statistique commercia le que, en 1850, on exporta pour la Californie 113 douzaines de plumeaux, qui furent payées 6 piastres la douzaine.
La classe des reptiles est non seulement peu
variée, mais les individus mêmes en sont peu nombreux.
Le Chili occidental se distingue par Tabsence absolue
Gygnus nigrocolis. Gmel. — Ana melano corypha. Mol. >) Rhea americana. Lath. — Rhea pennala. d'Orbigoy.
de reptiles venimeux ou nuisibles. On peut s'enfoncer en toute sûreté dans les forêts vierges et y séjourner au milieu des broussailles, sans qu*on ait à redouter la morsure de la vipère, dont le nom seul effraie le voyageur qui traverse les régions lointaines de TAmérique. On peut se jeter dans toutes les rivières sans crainte des crocodiles, et se reposer sur l'herbe des prairies naturelles sans être inquiété par aucun animal malfaisant. Les serpents du Chili^ qu'on peut prendre dans la main sans le moindre danger, sont poursuivis malgré leur extrême innocuité et tués sans pitié: telle est l'horreur quinspire leur race. Ils sont pourtant très utiles, car ils poursuivent les rajts de campagne et détruisent beaucoup d'oiseaux nuisibles à l'agriculture, en mangeant leurs petits lorsqu'ils sont encore dans leurs nids. Le commerce et les arts ne retirent des reptiles aucun autre bénéfice.
11 y a dans les mers du territoire chilien une richesse qui est encore entièrement à exploiter: c'est le poisson. La pêche ne se fait dans presque tout le pays que pour les besoins de la consommation immédiate, et c'est seulement lorsqu'elle est trop abondante, ce qui arrive souvent, que le pécheur se donne la peine de sécher le poisson à l'air, pour le livrer après au commerce. Un grand nombre d'espèces, d'un goût exquis, sont toujours étalées dans nos marchés pour l'usage journalier de la table. Les eaux douces de tout le pays fournissent la Trucha^) et le Pejerrei; les eaux des mers, la Jerqnilla '), le Robalo '), la Cor-
') Perça truclia. Cuv.
') Aplodactylus punctatus Cut.
*) Pin^îpet Chilèosii. Cuv. et Valeuc.
binilla de Juan Fernandez ^), lePichiglen de Coqaimbo^), la GorfiBa de la Conception, de Valdivia et da
Chiloé '), la Lisa^), la Sardina^j la Pescada^), le LeiigSaio^), le CôBgrio^9 1 anguille^, le Pejegallo ^^'J, le Bacallao de Juan Fernandez ^^), et une foule d'antres espèces de plus ou moins dimportance et dont Ténu* mération ne peut avoir lieu ici. On voit figurer, de temps en temps, dans le commerce extérieur la sardine, la pescada, le congrio, le pejegallo et le bacallao, quand la pèche de ces poissons a été trop abondante pour quils puissent être consommés dans le pays même. On ne connatt pas encore l'art de saler et de fumer le poisson. Les opérations auxquelles on le soumet pour le conserver sec sont de lui enlever la tête, les nageçires, les intestins et Tépine dorsale; ensuite on le suspend à l'air, enfilé sur une corde ou sur un brin d^arbre; quelquefois on jette du sel dessus ou on se contente de Tasperger d'eau de mer. Cette industrie, comme tant d'autres, n'attend que la concurrence des bras pour devenir une branche notable d*exportation. Le poisson chilien qu'on trouve dans le commerce est connu sous le nom de Pescado seGO* Les navires en partance en prennent toujours une
TrispînOM CorTina. Cut. et Valenc.
*) IJmbrina ophicephala. Voyage du ^Beagle^^.
^ Pmtipoma Gonccptionîs. Voy. du r'Beagle./i
^) Rlujil Liza» Gay. A t. zool.
') Eograulit Vingent. Voy. du r»Ileagle.'i
*) Meriua Cayi. Gay, Fauo. Ghil. T. a. P. 329.
"*) Hippoglossus Kingii. Voy. du r/Bcagle./«
^) Conger Cliilensia. Gay. Fauii. T. 2, P. 339.
*) Ophiiurus remîgcr. Valenc. d'Orbîgny. Gay T. 2, P. 344.
'^) CaUor hyuchuB antarcticui. Guv.
") Parca Fernandluana. Gay, Faun. Chil. T/ 2, P. 369.
quantité pour leurs voyages. C^est le Pérou et la CaliforDie qui ont été, jusqu'ici , les deux principaux débouchés de cette marchandise, dont le prix, par 50 kilogrammes, varie de 10 à 14 piastres. On s'occupe si peu de cette spéculation, que Texportation comprise entre 1844 et 1854 n a pas excédé 136,100 kil., malgré l'abondance de la pêche, le peu de frais que demande la préparation du poisson et sa valeur presque toujours au même taux.
Les annélides, les crustacées, les mollusques et les insectes fournissent leur contingent aux besoins de rhomme. On connaît le grand usage que fait la médecine de la sangsue ^) et les quantités qu'on en exporte d'Europe pour toutes les contrées du monde, ce qui en a accru la valeur en raison de la diminu* tion du nombre. Le Chili en possède plusieurs espèces; mais étant très petites, elles sont d'un emploi plus gênant que les sortes européennes. Cependant le nombre supplée à la petitesse. Nous trouvons à Valdivia la sangsue des prés humides, qui n'a que 4 à 9 lignes de longueur, L'e£fet en est aussi efficace que celui de la sangsue d'Europe, et la quantité en est si considérable, qu'on n'a pas besoin de conserver les sangsues après s'en être servi, ni de les économiser. On commence déjà à exporter cet annélide pour Valparaiso.
Les crustacées et les mollusques qui peuplent nos cAtes sont une ressource précieuse par leur nombre et par la délicatesse de leur goût. Les habitants des côtes d'Ancud se nourrissent en grande partie de crabes, de homards, d'oursins et de coquilles uni-
Hirudo. Linn.
▼alves, bivalves et multivalves, dont les plages restent couvertes lors des grandes marées, qui coïkicident avec la nouvelle et la pleine lune. Les tles de Jaan Fernandez sont renommées par Texcellehce et la grandeur de leurs LangOttai; M la Conception, par les moules de l'ile de Quinquina, et le Chiloé, par ses huîtres et par une foule d'autres mollusques très estimés. Tous ces objets de subsistance forment une branche assez importante du commerce intérieur.
Il existe au Chili plusieurs variétés de cantharides, possédant au plus haut degré la propriété cor* rosive qui les fait rechercher pour Tusage de la médecine.
L'abeille melliflCâ exotique s'est prodigieusement multipliée depuis son introduction, et^ en présence des grandes facilités qu'offrent à cette race d'insectes le climat et les fleurs,* qui se succèdent dans toutes les saisons, tout porte à croire que, dans quelques années, non seulement Timportation de la cire et du miel sera exclue de nos ports, mais que les produits chiliens en ce genre pourront faire concurrence aux produits européens sur les côtes de la mer Pacifique.
^} PalinuruB froiiUlii. Ed\T.
Règne végétal.
(Jest surtout « dans le règne végétal, grâce à un sol incomparable et aux différents climats, que Thabitant dtt Chili trouve la première source de sa prospérité. De sages et nombreux naturalistes, ^) malgré leur constance et leur activité, n'ont fait qu'effleurer cette partie intéressante de Thistoire naturelle. Depuis le Copiapô jusqu'au Chiloé, et à partir des lies jusqu'aux mers du cap, tout est, pour ainsi dire, encore vierge dans cette branche, qui offre à la science une large moisson.
Les descriptions scientifiques n'étant pas du domaine de cet Essaie nous allons signaler ceux des végétaux chiliens dont on tire déjà un bénéfice immédiat pour le commerce intériem* et extérieur, sans nous écarter pour cela de Tordre que la botanique Jeur a assigné.
Le Canelo,^) ce beau magnolia, se trouve même dans le détroit de Magellan, où il fiit longtemps connu sons le nom de Winteriana. Son écorce très aromatique, dont on faisait autrefois un grand usage comme succédané de la cannelle, n'est employée aujourd'hui que dans les tanneries et dans la médecine. Le bois du Canelo n'est jamais attaqué par aucune espèce de ver, et^ mis à l'abri de Thumidité, il semble être indes-
^) Molina, Ruiz et Pavon, Frezicr, Bertcro, Bridges, Guming, Darwin, Meyen, Poeppig et une foule d^autres royageurs, et surtout Gay, qui a publié, en 1845, Touvrage le plus complet que nous ayons sur la botanique du Chili.
Drimis Chilentis. de C.-R. V. syst. T. 1.
tructible. On admire encore aujourd'hui le bon état des poutres de canelo avec lesquelles on construisit, à Santiago, la première maison, celle de Pedro Valdivia, dans Pannée 1544.
Le Toqnil, ^) dont les branches sarmenteuses grimpent en s'entortillant autour des arbres, et retombent jusqu'au sol comme des cordes et des câbles, produit un fruit de deux. pouces de long, très délicat, doux et aromatique. Ses branches fortes et flexibles, qui ont quelquefois plusieurs mètres de longueur, sans dépasser la largeur de quatre lignes, sont d'un grand usage pour la fabrication des paniers et pour les amarres des toits des chaumières. Elles remplacent avec économie les cordes de chanvre en Valdivia et au Chiloé.
Le Hichai est un berberis, dont les espèces sont si nombreuses au Chili que, selon Gay, toutes celles du monde réunies ne les égaleraient pas en nombre. Le bois flexible et dur du Michai était employé pour la confection des arcs des Indiens. La belle couleur jaune du tronc et des racines fait rechercher cet arbre pour la teinture, et le fruit, quoique petit, en est si doux, si aromatique et si abondant, qu*on en fait une boisson spiritueuse très appréciée dans les campagnes du sud.
Les crucifères existent en si grande quantité, qu'on en rencontre même sous les neiges de la Terre de Feu. Le nombre en est varié. Cette famille^ si utile pour les arts et pour Talimentation, n'a pas besoin d'être cultivée avec soin pour donner de grandes
') Lardisabala bitemata. Roit et Paron.
récoltes en semences oléagineuses, dont on tire aujourd'hui quelque profit pour fabriquer de Thuile à briller qui remplace avantageusement celle des cétacées. Il est difficile de trouver une contrée au monde où le navet, le sénevé et le radis se produisent plus facilement qu'au Cliili. Ces plantes sont considérées comme de vrais fléaux des champs cultivés, et, bien que sur quelques points, tels que Valdivia et Osorno, le prix du boisseau, de 80 kilogrammes, de graine de navet soit supérieur à celui du blé, personne ne s'est encore adonné à cette culture; il n*est donc pas étonnant qae nous payions encore un tribut à l'industrie étrangère pour une denrée qui devrait concourir avec avantage dans les marchés extérieurs.
Les malvacées indigènes sont aussi très nombreuses, et il y a plus de 50 ans que le coton fut introduit* Cette plante, ^) qui craint les pluies et les gelées, se produit très bien dans les vallées du Coquimbo, du Huasco et du Copiapô; mais elle n'est cultivée que comme plante d'ornement.
Le Haqui,^) une des meilleures vulnéraires que l'on connaisse au Chili, est répandu dans tout le pays. Son bois sonore est employé pour les 'instruments de musique; de son écorce, qui se détache avec une grande facilité à Tépoque de la sève asTcendante, on fabrique des cordes d'une force éprouvée. Ses feuilles possèdent, au plus haut degré, des facultés dépuratives et cicatrisantes, et son fruit abondant, quoique petit, sert à faire des liqueurs fermentées. On le sèche aussi pour la consommation en hiver.
^) Gosupîum herbaceuni. Liim.
') Ariftotelia Maqui. LUerm. stirp. p. 31.
La Patagva ^) est on arbre volamineiix qu'on ne trouve pas au sud de la Conception. Le bois en est fréquemment employé, dans les provinces du nord, pour la fabrication des planches. L'ëcorce en est tanine. On a remarqué que le ver-à-soie mange avec avidité les feuilles de cet arbre; mais la soie qui en résulte est inférieure à celle du ver nourri de feuilles de mûrier.
L'Dlmo ou. Haemo ^) est un des arbres les plus vigoureux que nous ayons dans les provinces de Valdivia et de Chiloé, d^où on Texporte en grandes poutres que l'on fabrique de la partie du bois ronge qui forme le centre de son tronc. Cette partie est incorruptible et porte le nom de pellin de Hnermo.
L'ilflleriUo ') est le premier fourrage des bestiaux. Il y en a dans toute l'Amérique. Jouissant de propriétés très nourrissantes, saines et aromatiques, il est mangé avec avidité par les herbivores, qufle préfèrent à toutes les autres plantes des prairies naturelles ou artificielles. L'alfilerillo est la plante qui leur rend la santé et la vigueur après les pénuries des hivers. Il est à regretter qu'il dure si peu de temps. On le voit, au printemps, couvrir les vallées et les montagnes les plus arides, et il embaume toutes les campagnes, n y a au Chili, comme partout ailleurs, des localités entièrement dénuées de végétation à cause de leur sécheresse. L'alfilerillo, au printemps, donne même à ces terrains Paspect dlm jardin, et y fait affluer de nombreux troupeaux; mais ils s'en éloignent
>) Fricuspidaria dependeni. Ruis et Pavon.
*) Eucripliia cordifolia. Cavan. Icod. pL *) Erodium mocliatom. Willdenow.
lorsque rapproche de l'été sèche et fait disparaître cette géranée.
Le nombre des oxalidées est assez grand pour inciter lindustrie à en extraire, avec profit et presque sans frais, le sel acide pour Tusage des teinturiers.
Le lin ^) n'est pas une plante indigène; mais elle est si commune, surtout dans les provinces australes , que les Indiens tirent de ses graines de la farine pour leur alimentation. Ils ne font aucun cas de la tige. C'est encore une plante qui n'attend que la main de llndustrie pour obtenir au Chili, par le peu d'attentions que sa culture exige dans ce pays le degré d'importance qu'elle a atteint en Europe. Toutes les fois quil s'agit de cultiver des terres dans cette section de rAmérique, il ne faut pas perdre de vue que la bonté du sol rend, en gt^néral, inutile, et, quelquefois, très nuisible, l'emploi des amendements, qui entraînent toujours de grandes dépenses presque partout ailleurs, et surtout en Europe. Après cette indication, superflue pour celai qui a éprouvé la fertilité du sol chilien, on doit s'étonner qu'il n'existe pas chez nous un seul fermier s*occupant de la culture du lin, même pour en obtenir les graines, dont le prix est toujours élevé, et qu'on ne songe pas même à llmportance de la belle filasse que fournissent les longues tiges de cette plante. La fanega de graine de lin vaut 7 piastres. Le rapport en est, à Valdivia, de 25 à 40 pour 1.
Il croit au Chili plusieurs plantes mé^cinales de la même famille: celle qui porte le nom de RetamiUa ^)
Liimm ntilissiinum. Lion.
Uauii. seUgiaoïdes. Lan. Diet. Encydo.
a des propriétés adoucissantes et fébrifoges; elle est, en outre, d'une beauté remarquable.
Le fluayacan ^)^ qu'on appelle aussi palo santo,
à cause de ses vertus antisyphiiitiques, est un arbrisseau d'un bois excessivement fort. Sar couleur jaune, veinée de teintes bleuâtres, et sa texture unie et susceptible d'un beau poli le font recbercher par les tourneurs. On n'en exporte pas encore.
Les tanneurs et les teinturiers du pays tirent un grand parti du petit arbrisseau nommé Deu ^) et connu par ses propriétés éminemment astringentes. Il vient dans les basses vallées de la Conception, du Valdivia et du Cbiloé.
Le Maiten ') est, sans doute, un dies plus beaux arbres du Cbili; il a les formes du saule pleureur, et il ne se dépouille jamais de ses feuilles, qui sont l'antidote des éruptions cutanées produites par les exhalaisons du Litre, arbre que nous signalerons bientôt. Il porte un grand nombre de graines oléagineuses; mais bien que la récolte en offre de grandes facilités, et qae Phuile qu'on peut en extraire soit excellente, même pour la table^ on n*a pas encore essayé de l'utiliser. Les animaux ruminants tirent, en hiver, un aliment très nourrissant de ses branches tombantes et de peu d'épaisseur.
Le Tralhnen ^) nest qu un arbrisseau de moyenne grandeur; le bois en est dur et incorruptible. Il est très recherché pour les échalas des vignes et pour les
1} Porliera hygrometrica. — Ru» et Putod.
^) Coriaria ruscifolia. — Feuille. Journ. des Observ. phys.
') Maitenufl Ghilensis. — Dec. Podrom. Tome 2.
^) GoUetia qidnqueiierTia. — GiU. et Hook.
ouvrages des tourneurs. On retire de sa décoction une teinture rouge.
Le Huingan ^) fournit une résine très balsamique pour Itisage de la médecine]^ et l'on obtient de son fruit très aromatique une boisson spiritueuse et de l'eau de yie.
Le Litre ou Liti ^) est un arbre à aspect sombre et à feuilles persistantes et coriaces dont les exhalaisons, quand on séjourne sous leur ombrage, produisent sur quelques personnes de fortes éruptions cutanées qui ont leur antidote dans les feuilles du maiten, dont nous avons déjà fait mention. On n'a pas encore étudié, que je sache, le phénomène extraordinaire des éruptions que le litre provoque sur quelques constitutions, car toutes les personnes qui séjournent sous son feuillage ne sont pas également atteintes de cette maladie. On ne saurait donc apprécier jusqu'à quel point l'humanité pourrait, tirer parti de cette singulière puissance éruptive, ne sachant pas si les exhalaisons du litre occasionnent une maladie dont les principes n'existaient pas dans Tindividu, ou si elles ne font qu'attirer sur Tépi derme ceux qui existent déjà dans sa constitution, -^ ce qui serait un avantage incontestable. Le bois du litre est notre bois de fer; on s'en sert non seulement pour les ouvrages qu demandent une grande consistance^ mais les ébénistes le recherchent, à cause de son grain uni et susceptible du plus beau poli, pour les objets de luxe qu'ils en fabriquent et qui se vendent toujours à un grand prix.
Le HoUe ^ est un très bel arbre à feuilles per-
') Duvanna dependens. — Dec.
') Litrea Venenosa. — Mlers, Trar. in Ghile.
3) Litrea MoUe. Gay. Ror. ChlL
sistantes et odoriférantes d*an vert gai et luisant. Le bois en est aussi très dur et très estimé pour les roues de chariots et de voitures. Les entailles faites dans récorce de cet arbre laissent transpirer une résine odorante qui - possède des propriétés antispasmodiques très marquées. Son fruit doux et savoureux donne aux gens de la campagne des liqueurs spiritueuses.
La grande famille des légumineuses, qui renferme des plantes si utiles à Thumanité, est représentée au Chili par un grand nombre d*espèces indigènes et exotiques.
L'Alfalfa ') est le fourrage par excellence , tant pour élever que pour engraisser nos herbivores. On ne cultive que cette légamineuse dans nos vastes prairies artificielles. Elle se platt sur les terrains les plus arides, si elle est aidée par Tirrigation. Je l'ai trouvée dans les hautes vallées de la Cordillère du Planchon, à plus de 8000 mètres d'élévation, sans que les couches de neige dont elle est couverte en hiver portent atteinte à sa croissance, au retour de la belle saison. C'est à l'alfalfa que le Chili doit, en grande partie, le profit quil retire du règne animal. Outre les services qu'elle ren^ à la consommation, il s'en fait une exportation assez considérable en graines et en plante sèche.
Le commerce de graines d'alfalfa avec la France, l'Allemagne et les républiques baignées par les eaux du Pacifique, a offert une moyenne annuelle de 206,640 kil. dans les années de 1844 à 47; mais il a sensiblement diminué depuis cette époque. Le prix pourtant s'est soutenu entre six piastres et demie et sept
^) Mendica^fo fiottT«. Linn.
piastres par fanega. «La moyenDe de Texportation de rherbe sèche, abstraction faite des quantités nécessaires aux liesoins des ports de Coquimbo^ du Huasco et de Copiapôj est de 1789545 kiL, et le prix a varié entre trois et six piastres par 100 kil. jusqu'à l'année 1851 ; mais en 1852, 53 et 54 il s'est aiTermi dans le dernier chiffre. On peut calculer quelle importance cette branche secondaire de Hndustrie rurale atteindra, lorsqu'on pourra fournir cette denrée^ à des prix plus bas^ à la consommation de tous les ports de la mer Pacifique, depuis le 35°^® ^ de latitude j]isqu'à l'isthme de Panama.
Le Cnieil ^) est un arbrisseau très estimable par ses propriétés stomachiques et vulnéraires. On en sèche les feuilles et les fleurs, qui ont une odeur très agréable, et on en fait du thé. En grattant les branches après les avoir dépouillées de leur épiderme, on obtient des rognures de bois très estimées dans la pharmacie. Le culen crott dans tout le Chili, le long des rivières et des ruisseaux et dans les vallées humides. Ses qualités médicinales sont très appréciées au Pérou et dans l'Equateur, et on Texporte, quoique en petites quantités encore, pour ces deux contrées. Le prix moyen en est de 4 piastres par balle , de 100 kilogrammes.
On trouve dans la province de Conception la Gljcifrita astragalia, de Gillies, dont la racine sucrée est un succédané de la réglisse.
Le Oarbanxo ^) vient partout et abondamment; il suffit à la consommation intérieure, et la moyenne
') Psoralea GlanduloM. — Linii.
*) Cicer ureetiniuo. — Linn.
de Texportation poar le littoral dm Pacifiqae, correspon* dante aux dix dernières années, est de 500 fanegas par année. Le prix moyen revient à 4 piastres la fanega. La culture du garbanzo ne se fait pas encore par les grands fermiers.
Il en est de même de TAnreJa 0* Ce légume si délicat, et si estimé en Europe, se produit avec profusion; mais on n^en sème que les quantités nécessaires pour la consommation immédiate et pour le fourrage des animaux domestiques. C'est Texcédant éventuel que Ton exporte jusqu'à présent. Il est de 270 fanegas par année; le prix moyen ressort à 4 piastres.
La Lenteja^) est dans ie même cas que le petitpois quant à la culture en grand, quoiqu^on en exporte davantage. Ainsi , dans le même nombre, d'années , on trouve une moyenne de 9016 fanegas pour l'exportation annuelle des lentilles, au prix moyen de 4 piastres.
La Haba ^) est un des principaux aliments des campagnards des provinces méridionales. {lUe se plaît et crott partout, et elle ne demande que des soins insignifiants pour produire une récolte abondante. On ne la sème que pour la consommation immédiate; aussi, chaque année, il ne reste à Tagriculteur que le peu de graines nécessaires pour renouveler le même semis l'année suivante. C'est surtout en Valdivia, au Llanquihue et au Chiloé que cette plante très nourrissante atteint de grandes proportions, et il n'est pas rare de voir la tige succomber sous le poids de son fruit.
'} Pisum sativum. — Linn.
') Erviini lens. — Linn.
'} Faya yul£;ari8. ' — Linn.
Cependant cela n'empêche pas le fruit dé mûrir. La faaba n'entre pas encore dans le nombre des produits qai s'exportent*
Le Poroto ou Frijol ^) est, sans doute, le légume le plus estimé au Chili^ par les grandes ressources qull offre à toutes les classes de la société. On le voit sur la table du riche comme sur celle du pauvre. 11 ne réussit guère dans les provinces australes au sud de la rivière du Maule, en conséquence de Teffet destructif que les gelées exercent sur sa croissance; mais il est difficile de trouver un pays au monde où il rende au cultivateur de plus amples récoltes qu*au nord de Talca, jusqu'aux .environs de Coquimbo. Onze années d'expérience personnelle, dans la province de Colchahua, m'autorisent à dire que, pour peu qu'on se donne de peine dans la culture du frijol, on en récolte toujours 100 pour un. Dans les II années consécutives que je semai cette légumineuse, il n'y en eut qulme où j'obtins seulement 80 pour un ; deux années donnèrent un rapport de 112, et les autres^ plus de cent. On en compte des variétés innombrables. Le principe nutritif est si prononcé dans le frijol du Chili^ qu'il est reconnu que rien ne peut. le remplacer pour la nourriture des gens de la campagne: aussi, pour Texécution de tous les travaux demandant la force directe Ses brasj l'acquisition de cette substance alimentaire, si nécessaire au Chilien^ figure toujours en première ligne dans les dépenses à faire. On exporte le frijol pour les côtes de l'Amérique des deux Océans. La quantité exportée en moyenne jusqu'à Tannée 1853 a été, dans les 10 années d'observation^ de 2141 fa-
*) Phtceolus Tulgaris. — Unn.
negas par année, au prix moyen de 4 piastres 48 centavos. Aujourd'hui, il est de 6 piastres.
L'Algarrobilla ^) de Coquimbo et du Huasco est fort remarquable. Le péricarpe de ses fraits se trans- * forme en une résine dure, cassante et douée de principes astringents si prononcés, qu'on la demande beaucoup pour les teinturiers et pour les fabricants d'encre. Ces propriétés ont attiré sur cette production indigène les regards du commerce extérieur. L'Angleterre l'exportait déjà du Huasco en 1844; mais les quantités exportées sont si petites qu'à peine méritent -elles d'être mentionnées. Dans les dix années observées on ne trouve que 84300 kil.. de résine exportée, au prix moyen de deux piastres cinquante centavos par 100 kil.
L'Algarrobo ^) est un arbre à bois si dur, et il a dans Teau une durée si éprouvée, qu*on l'emploie toujours, avec un plein succès, dans les parties des constructions les plus exposée's aux variations atmosphériques. L'algarrobo remplaçait autrefois, au Chili, le fer pour les cercles des roues des chariots, et il sert encore pour les charrues de labourage^ dans lesquelles on ne voit, quelquefois, pas une seule pièce en fer. C'est de son fruit broyé, très sucré, mais filamenteux, que les indigènes font de gros et pesants gâteaux que quelques personnes mangent* avec plaisir.
La famille des drupacées, quoique exotique, s^est répandue dans tout le pays avec une telle profusion, que le prix de leurs fruits, très bas dans les villes,
>) Balsamocaqioii breyifoliiim. — G«7,'f*lor. Chili. ') Prosapb siliiiaastniiiL — Dee.
est tesctaellement nul dans la plupart des campagneft du sud. C'est pourquoi on ne s'est pas adonné à les cultiver pour obtenir les variétés précieuses qu^on eq trouve en Europe. L'amandier ^) et le pêcher ^) sont les seules plantes de cette famille qui aient appelé en c[uelque sorte l'attention des fermiers des environs de Santiago^ où Ton en voit des plantations assez considérables. Un fait digne de remarque c'est qu'au Chili l'amandier, le pêcher, le prunier ^) et le cerisier ^) n'ont pas, comme en Europe, besoin d'un grand nombre d'années pour être mis en plein rapport. L'amandier, dans la vallée centrale de la province de Colchahoa, semé de pépins, porte des fruits la troisième année de sa naissance: j*ai fait l'expérience personneUe de ce fait. Le pêcher en porte dès la seconde; il en est de même du prunier et du cerisier, qui se reproduisit avec une telle rapidité, que le fermier est souvent obligé de les éclaircir et même de les arracher avec leurs racines — car if ne suffit pas de les abattre — pour qu'ils n'envahissent pas les champs. On emploie ces deux derniers pour former des haies et des enclos. Après les avoir plantés, on les couvre seulement de quelques branches d'arbustes épineux pour les préserver, dans le premier période de leur existence^ des atteintes des bestiaux. Le pécher se trouve à Tétat sauvage dans 111e de Juan Femandez et dans une foule de localités des vastes propriétés territoriales des fermiers chiliens. J'ai mangé le fruit de quelques uns qui croissaient au
^) Amîgdaloi communia. — Linn.
*) Persica Tolgarif . — Mill.
') Prunus domettica. — Linn.
O Ceretnt atitta. — Hoench.
milieu des bois épais avoisinant le chemin de la Cordillère da Planchon, à une hauteur de plus de 1500 mètres au-dessus du niyeau de la mer. Il y a des amandiers devenus sauvages dans les montagnes de Tiltil, appartenantes à la chaîne centrale^ au N. 0. de Santiago, et les habitants de cette capitale voient sur la pente méridionale du mont San Cristoval^ sitaé dans les faubourgs de la même ville, plusieurs groupes d'amandiers lever leurs tètes isolées sur les rochers arides qui leur servent de base, et se couvrir de belles fleurs à rapproche du printemps, sans que ces exempies répétés et le prix de Tamande tentent aucnii cultivateur de faire partout de grandes plantations de ce fruit. On croit généralement chez nous qu'il n'y a que certaines localités où Tamandier puisse échapper aux gelées du printemps, et on prétend que ces localités se présentent seulement sur les flancs des Cordillères. Cette erreur^ qui n'est fondée que sur la tradition et SUT quelques faits isolés et mal compris, est la cause principale du petit nombre d'arbres de cette espèce que Ton rencontre dans un pays'dont le climat paraît, à lui seul, avoir pris à tâche de les multiplier. J'ai trouvé Tamandier partout, et partout il portait, sans exiger aucun soin, des fruits à profosion^ Je ne pois passer ici sous silence un fait moral quil ne faut jamais perdre de vue, lorsqu^il s'agira dlntroduire au Chili de nouvelles indastries ou de multiplier les anciennes: le Chilien, en général, n'aime pas les spéculations à résultat tardif; il , est capable de tout entreprendre, si le terme du bénéfice ou de l'échec ne dépasse pas une année, et il se moque des entreprises qui tendent à Técarter de son système, ou il les méprise comme des folies.
Voici de qaelle manière chacune des drupacëes da Chili a concouru dans le commerce extérieur pendant I«s dix années d'observation.
Noyau d'amande:
Exportation moyenne par année: 7790 kil.; Prix moyen de 100 kil.: 56 piastres 66 centavos.
Pèekes sèches avec leurs noyaux, appelées Hnesillos:
Exportation moyenne par année: 540,6 fanegas; Prix moyen par fanega: 5 piastres*
Pèches sans noyaux, appelées Orejones:
Exportation moyenne par année 27555^7 kil.; Prix moyen par 100 kil.: 24 piastres.
Cerises sèches, appelées Gnindas secas:
Exportation moyenne par année: 256,6 fanegas; Prix moyen par fanega: 9 piastres 23 centavos.
La prune commença seulement à entrer dans le commerce extérieur en 1849, et après 1850 elle ne figure que nominalement dans les listes statistiques. L^exportation des deux années en question n'atteignit que 892 fanegas, qui furent vendues à 6 piastres chacune*
Parmi les rosacées indigènes, nous avons à signaler le Qnillai '), qui est notre savon végétal. Ce bel arbre, qui croît généralement sur les chaînes des montagnes du centre et de la côte, dont il fait le principal ornement, n'est pas répandu dans tout le pays. 11 paraît craindre le froid austral, autant que les chaleurs du nord. C*est dans l'écorce qu'on trouve les principes savonneux qui font employer le quillai, avec un si grand résultat, dans le lavage des laines et des étoffes de soie, auxquelles il imprime un beau
') QuiUiy* saponaria. — Molin.
luisant Les habitants s'en servent pour se laver la' tète, et on attribue à cet usage les longs et beaux cheveux des indigènes. Le quillai n'est pas employé au dégraissage du coton et du lin; il imprime à ces deux produits végétaux une teinte jaunâtre. L\itilité de cette écorce était connue au Chili bien avant l'époque de la conquête. Aujourd'hui, Tindustrie même est venue en prendre sa part, et, pour épargner les frais de transport, on fabrique des extraits de quillai, lesquels, dans un petit volume, en réunissent les qualités utiles. On l'exporte, cependant, en nature comme en extrait.
La moyenne de l'exportation annuelle du quillai en écorce (en cascara) a été, jusqu^en 1853, de 68685 kil. par année, au prix moyen de 4 piastres 10} centavos les 100 kil.
L'extrait de quillai, quoiqu'on ait commencé a en fabriquer en 1846, ne figure que très faiblement dans l'exportation. Il se vend par gallon, au prix moyen de 9 piastres 7 centavos.
La fraise^), qu'on appelle Fratilla, est indigène, et si commune, surtout dans les provinces de Valdivia et de Chiloé, qu'on peut en cueillir partout dans les prés. Il paraît qu^elle fut introduite en Europe^ en 1715, par le voyageur français Frezier. La fraise européenne fut introduite au Chili par l'auteur de cet Essai, en 1829: elle n'est, à beaucoup près, ni aussi grosse ni aussi sucrée que la fraise chilienne, mais elle est plus aromatique.
Fragrwia Ghikniii. — Elirli. ^ Dec.
Qaant aux poiriers^), aux pommiers^) et aux cognassiers^), Tabondance en est telle, qu'on ne fait presque aucun cas de leurs fruits. Cependant Tintro- (laction des belles espèces de poires européennes, depuis quelques années qu'on s'adonne à leur multiplication, a produit de très beaux résultats, et il y en a déjà d'excellentes partout. Le coing sert, en général, à faire des confitures, quelquefois on l'exporte séché, ainsi que les pommes, dont la qualité est excellente et la variété extraordinaire. La pomme est devenue sauvage dans la province de Valdivia. On y voit des bois épais de pommiers, et le nombre des fruits est tel, que les branches se brisent très souvent sous leur poids. Quelle ressource pour cette section de la République, si, au lieu de faire de ce fruit une boisson détestable, ou fabriquait le cidre à la manière nordaméricaine! Ces trois plantes servent, comme le cerisier et le prunier, à former les haies vives des enclos, et à séparer les propriétés des chemins vicinaux, dans presque tout le Chili. Leurs fruits séchés et réunis forment une denrée qu'on exporte sôus le nom de Fmta seca. Dans Tannée 1849, ^exportation de cette denrée atteignit 3114 sacs, qui furent vendus 31,072 piastres. , L^exportation moyenne de chaque année a été de 709,9 sacs, au prix moycR de 9 piastres 20 centavos.
Le PangniO est une plante qui crott dans les basses vallées et dans les lieux humides de presque
') Pims eommanis. — Linn.
*} Pirus malus. — Linn.
*) Cydonîa vulgaris. — Pers. Encli.
*') Cunera Chilensis. — Lam. Dtc. Encyclo.
toate la R^pabliitae. Ses feuilles atteignent, an sad, des dimensions prodigieuses. J'en ai mesuré le périmètre: il est quelquefois de 9 mètres au Llanquihue, sur les ravins du lac. Leur largeur ordinaire dans cette contrée est de un à deux mètres.* Cette belle plante, dont la tige tendre et succulente guérit la dyssenterie, a une saveur aigre et douce en même temp!!, ce qui fait qu*on la mange avec plaisir. Elle rend de grands services aux teinturiers et surtout aux tanneurs, qui en achètent les tiges sèches et découpées, à cause du principe tannin qu'elles renferment et qui remplace avantageusement toutes les écorces précieuses du pays. Le Pangui n'est pas encore au nombre des articles d^exportation, par suite de la grande consommation qu'on en fait dans Pintérieur.
Les cucu^bitacées se produisent au Chili comme dans nulle autre partie du monde. ' Outre leur utilité comme substance alimentaire, les dimensions prodigieuses que quelques espèces atteignent les font généralement employer, avec une économie incontestable, à la place des petits vaisseaux en bois qui, dans les ménages, servent à contenir de l'eau et à faire fermenter des liqueurs. C'est dans le département du Rio-Claro et dans la province d'Aconcahua qu'on en cultive une toute petite espèce dans laquelle on exporte le piment rouge, appelé Aji dans le commerce et, quelquefois, Chile en Europe.
Le Chili produit un grand nombre de cactées indigènes. Lintroduction de la Tana^), oà croît et se multiplie la cochenille, date de très longtemps. Elle se voit partout La culture de cette espèce est très
^3 Opuntia viJgaris. ~ Mill. Dict.
facile sous le climat chilien, et pourtant personne n'a encore essayé â*y porter le préQJ^ux insecte qui fournit aux peintres et aux teinturiers leur plus belle couleur. La tuna sert à faire des haies et des clôtures.
La ParriUa^) est si fréquente dans les provinces de Conception, de Valdivia et de Chiloé, et le long de la côte jusque près du territoire de Magellan, qu'on n'en fait aucun cas. La groseille européenne^ greffée sur la parrilla, se développe avec une grande facilité et produit des fruits très estimés. J^ai eu occasion de l'introduire au Chili, en 1829, et elle s'est tant multipliée, qu'on la voit aujourd'hui partout.
Nous avons aussi une foule d'ombellifèfes, parmi lesquels Panis et, surtout, le fenouil sont devenus entièrement sauvages. On cultive Tanis pour la consommation intérieure; on ne l'exporte pour les républiques américaines du littoral du Pacifique qu'en petites quantités. En 1819, on exporta pour la Califorpie 11,800 kil. d'anis, au prix de 8 piastres les 100 kil.
Le Relbnm^) est une rubiacée très remarquable. Elle est fort ordinaire au Chili; on en tire une belle teinture rouge qui sert aux Indiens à donner aux grossiers tissas de laine qu'ils fabriquent une de ces couleurs qu'on admire à l'étranger. Cette plante ne s'exporte pas encore.
Les végétaux à fleurs composées sont si abondants^ même dans les latitudes des terres de Feu, que, d'après le professeur Gay, elles caractérisent la Flore Chilienne. Nous ne signalerons que quelques
') lUbes glandulosum. — Ruiz et PavoD.
^ Gallium Rdbum. — Endl. Gen.
tiiies des plantes principales dont la médecine, l'alimentation et les arts^iirent profit aujourd'hui.
La Bréa ^y^ arbuste particulier aux provinces da nord, et surtout au Copiapô, produit une grande quantité de résine, connue dans le commerce sous le nom de bréa. Elle remplace la poix minérale. La bréa était auparavant une des branches. notables du commerce de Copiapé, avant que la découverte de ses riches mines de cuivre et d'argent vint attirer sur cette province toute Inattention des habitants du nord. Le mouvement commercial de cet article était alors de 50,000 kil. par an, au prix de 16 à 20 piastres les 100 kil. Aujourd'hui, la fabrication de cette résine est considérablement diminuée. La bréa ne figure pas dans le commerce extérieur.
Je signalerai encore: la Tira-vira^), si importante par ses propriétés vulnéraires et fébrifuges; la camomille; l'absinthe, qu^on trouve à l'état sauvage dans quelques localités du sud ; le Poqnil '), qui s'étend de la Colchahua jusqu'à TArauco, et d'où Ton tire une couleur jaune pour la teinture des fils de laine; la ■ansaniUa del Campo ^), qui a les mêmes qualités médicinales que la camomille, et dont les branches souples servent à faire des balais dans les ménages de toutes les campagnes; le Hadi ^), dont Texcellente huile, qu'on retirait de ses graines pour les besoins domestiques avant l'introduction de l'olive^ est encore
>) Tessai'ia absînthoïdes, — De. Podré
'} Gnaphalium vira-Tira. — Mol.
') GepluJophora Glauca. — CaTan. le. pi.
*") Gephalophora aromatica. — Sclirad.
') Madia sativa. — Mol.
très estimée des Indiens; la CoBtrayerba ^), employée dans la médecine, et donnant une couleur jaune pour la teinture des laines; et le Carde ^), qui s'est extraordinairement propagé, non pour devenir un vrai fléau dans les propriétés rurales/ comme le fait entendre le professeur Gay, dans sa Flore du Chili; mais pour constituer une vraie richesse pour Tentretien des bêtes à cornes en hiver, car il fournit un fourrage permanent dans les vallées de la côte, où le manque d'eau fait qu'on ne peut conserver des pâturages nourrissants dans cette saison. Le cardo n'est pas mangé par les troupeaux lorsqull est vert; mais, à la première pluie d'hiver, ils se jettent sur le calice rempli de graines huileuses, et mangent avec avidité jusqu'aux tiges. Il est vrai qu'on l'arrache dans les campagnes où il crott du blé, des légumes et de l'alfalfa; mais pas ailleurs: au contraire, on fait beaucoup d'efforts pour lé répandre sur les collines et dans les vallées qui ne sont pas encore aujourd'hui susceptibles d'irrigations.
La Lncnma ^) est un arbre fruitier croissant spontanément dans les provinces d'Aconcahua et de Coqoimbo. Le firuit en est ovale, jaune, farineux, doux et aromatique. Il a de 5 à 6 centimètres de largeur- On rappelle aussi lucuma. Il est très en faveur, et autant estimé dans la capitale que les fruits des tropiques.
L'olivier ^) s'est généralisé aux environs de Santiago plus que partout ailleurs dans le Chili. Quoiqull ait été fort peu soigné, il a atteint une corpulence surprenante dans la vallée centrale. Cet arbre,
') FJaverîa Contrayerba. — Pers. Ench.
') Cynara Gardanculus. — Linn.
S) Luciuaa obovata. — Humboldl; Bonplaodi Knuth.
*") Olaea europea. — Linq.
remarquable sous tous les rapports, n*est pas répanda comme il pourrait Tètre, tu le peu [de frais quil demande pour prospérer. L'huile qu'on en fabrique est détestable, à quelques petites exceptions près, et l'olive conservée Test encore davantage. Cependant Thabitude fait que l'une et l'autre ont de grands partisans parmi les consommateurs; malgré cela, llmportation de ces deux articles paraît augmenter, et nous rend encore tributaires de l'étranger. L'Aceitnna aprensada commença à s'exporter en 1848 pour la Californie. On voit, de temps en temps, cet article reparattre dans le commerce ; mais d'une manière si insignifiante, qu'il ne mérite pas la peine d'être mentionné.
La Cachanlahaa ^) est la gentianée la plus précieuse que nous possédions. Cette petite plante est considérée avec justice comme un antidote contre les fièvres intermittentes et comme un de nos plus forts toniques. Elle fut en grande vogue en Espagne, au Pérou et à Buenos Aires, et l'on a pendant longtemps exporté ce médicament pour ces contrées. Actuellement, on l'exporte encore pour la France et pour l'Angleterre. Le chiffre d'exportation correspondant à chacune des dix dernières années est de 1190 kil., au prix de 15 piastres 20 centavos les 100 kil. Aujourd'hui, il est de 40 $ par 100 kil. , et l'exportation dépasse 4000 kil. C'est la France qui en fait la plus grande consommation.
La yanille du Pérou ^) se cultive facilement dans nos jardins.
La iHentha ^), dont les espèces les plus précieuses
') Erythraea Cachanlahua. — Fcuill.
') Heliotropicum heruyianum. — Linn.
') Mentha. — Linn.
et aromatiques viennent partout dans les vallées hu« mides et au bord des ruisseaux, mérite encore d'être mentionnée, de même que la sauge ^}, la mélisse ^) et plusieurs autres plantes de la grande famille des labiées, que Ton rencontre même sur les plateaux les plus élevés des Andes.
Dans les verbénacées, nous trouvons la Lippia Chilensis, de Schauer, connue sous le nom de Salvia blanca, et très usitée dans la médecine à cause de ses. propriétés odoriférantes et stimulantes, et le Cedron ^), dont les feuilles ont un arôme que rien n'égale. Il est employé comme boisson, comme stimulant et comme tonique.
Parmi les solanées, nous avons à signaler le tabac, ^) dont on voit plusieurs variétés au Chili, et on en cultive quelques unes plutôt pour Tornement que pour le produit, car par suite de l'existence du monopole de PEstanco, il est expressément défendu de se livrer à cette culture. Le tabac chilien est très aromatique.«L'abolition prochaine du droit de PEstanco le rendra sans doute à Tindustrie.
Le Capnli ^) est une petite plante, dont les baies jaunes, de la grosseur d\ine cerise, sont très recherchées pour leur parfum et pour leur goût aigrelet.
Le Pimiento ou Aji, ^) connu en Angleterre et dans quelques parties de TAUemagne sous le nom de Gkile, forme une branche très importante de la petite
'3 Salvia. — Linu.*
') Mclissa oflicinalis. — Uiid.
') Verbena gratissima. Hook et Gillics.
^) Nicotiana tabacum. Linn.
^) Phjpsalis pubescens. Linn.
*} Capsiciun annuam, Linn,
culture dans toutes les provinces duChilî^ notamment entre Curicô et Raneahua. Ces capsules odorantes, qui ont quelquefois un piquant dont la force pimenteuse est insupportable pour des palais qui n'y sont pas habitués, entrent dans le commerce en nature ou en poudre. On les enferme dans de petites cncorbitesqu'onappelle calabasitos, et qui sont un peu plus grandes qu'un oeuf de poule. Elles se vendent de 10 à 15centavos la douzaine. Jusqu'en 1844, on en exportait plus de 1000 grosses par an; mais peu en nature* En 1853, l'exportation de Taji en poudre n'excéda pas 486 douzaines; en échange, on en exporta dans la même amiée jusqu'à 1231 fanegas en nature. Le prix qui, il y a dix ans, n'atteignait pas deux piastres par fanega, est parvenu à huit dans les dernières années, et se soutient jusqu'à présent sans faiblir.
De toutes les productions végétables dont nous avons parlé jusquUci, la pomme de terre ^) est sans contredit la plus précieuse que la nature ait pu créer, après le blé, pour le soutien alimentaire de Thomme. Ce tubercule, qui, au dire du savant naturaliste Claude Gay, est la plus belle conquête que l'Europe ait pu faire sur le nouveau monde, est indigène au Chili. C'est là qu'on le trouve à Tétat sauvage^ tant dans les plaines inhabitées que sur les hauts plateaux des Andes. La pomme de terre était, du temps de la conquête, un des premiers aliments des aborigènes, et lorsque la culture vient un peu à son aide, elle donne au laboureur d'abondantes et faciles récoltes^ dans quelque latitude du Chili que ce soit. En 1852, je fis mettre le feu aux bois inaccessibles qui environnaient le
') Sulanum toberosom. Linn.
grand lac de Llanqaihue; Tincendie se soutint pendant trois mois, et le sol^ transformé en une plaine de cendre, offrit à mes yeux, une année après, un champ de fleurs, parmi lesquelles on voyait à chaque pas des plantes luxuriantes de cette estimable solanée. Il est inutile d'énumérer les avantages et les divers produits que rhomme en tire: ils sont déjà trop connus dans le monde. Parmentier donna un repas qui ne se composait que de mets fournis par la pomme de terre: le pain, le café et Teau de vie qu*on y servit en avaient été fabriqués.
La pomme de terre, que les Indiens appellent Poni, contribue aussi à augmenter d'une manière sensible le contingent de Texportation dés produits agricoles. Dans l'année 1850, on en exporta jusqu'à 24210 fanegas; Tannée suivante, le chiffre de l'exportation fut de 20379; mais ces années étaient exceptionnelles, par suite des demandes pour la Californie. Cependant il est constaté, que dans les deux années qui précédèrent 1854, on n'en exporta pas moins de 15000 fanegas, par an, au prix de 2 piastres à 2 piastres et demie la fanega. Le prix de 3 piastres que la pomme de terre a obtenu en 1855 et au commencement de 1856^ en conséquence de la hausse générale des blés, est trop élevé pour pouvoir se soutenir. Il doit m'ètre permis de faire une réflexion qui tendra à mettre dans tout son jour le besoin excessif de bras dans lequel se trouve le Chili, pour quil puisse mettre à profit les richesses que la nature y a versées à pleines mains. La valeur d'une cuadra de terrain, ^) dans la province de Valdivia, était nominale il y a
^') Une cuadrii &= 460 piedt de coté.
quatre ans^ puisqu'on pouvait en acquérir des milliers à 25 sous de France la cuadra, et la pomme de terre, dans son sol natal, dans le pays où elle réussit le plus aisément, se vendant alors à trois piastres la fanega, n'était pas suffisante pour la consommation.
Parmi les chénopodées^ nous avons encore quelques productions précieuses à mentionner, quoiqu*elIes soient exotiques. La betterave ^) se produit partout au Chili; la culture en demande très peu d'attention, et les racines, d'une grosseur étonnante, en sont si sucrées, qu'elles n'attendent que l'impulsion de industrie pour devenir chez nous une source de prospérité aussi importante qu'en France. La fabrication du sucre de betterave fut quelque temps considérée comme ne devant être qu'un supplément dans les grandes disettes de sucre; à présent, elle est non seulement devenue praticable en tout temps; mais encore en voit -on les produits faire une concurrence active à la canne à sucre. On n'avait pas encore songé, au Chili, à tirer de cette racine d'autre parti que pour la consommation en nature; cependant il vient d'être établi une fabrique de sucre de betterave à Santiago.
La Qainoa ^) est cultivée dans les provinces du sud comme aliment. Elle y est très fréquente, mais n'a pas pris place au nombre des articles d'exportation.
La Sosa ^) offre encore une nouvelle branche
d'industrie agricole à exploiter; cette plante, qui pro-
duit une si grande quantité de carbonate de soude par
^) BeU vnlgaris. Moq.
') Chenopodium. Willd, sj SalsoU. Kali.
rincinération, existe en profusion le long de toute la cAte, depuis Talca jusqu'à Gopiapô. On n'en a pas fait usage jusqu'ici.
Le Liagne ^), dont Pécorce et le bois sont également en faveur parmi les tanneurs, les constructeurs riverains et les ébénistes, est abondant dans les provinces australes. Le bois en est très durable ; il a la texture du cèdre, et il est susceptible d'un si beau poli, d'après les derniers essais faits par les colons allemands établis à Valdivia et à Puerto Montt, qu'il peut prendre sa place à côté de l'acajou^ tant par la beauté de sa fibre que par la transparence qu'il acquiert. L^écorce en est reconnue comme une des premières pour l'efficacité de ses principes tannins. Le lingue atteint, en Valdivia et au Chiloé, les grandes dimensions des plus beaux arbres de la République* On l'exporte, tant en poutres et en planches qu'en écorce, surtout pour les côtes du Pérou, malgré la grande consommation qu'en font les tanneries nationales. Après plusieurs essais d^exportation d'écorces, on voit déjà figurer cet article dans le commerce en 1849. Dans cette année-là, on en vendit 149,700 kilogrammes pour 1,297 piastres. Aujourd'hui, la valeur mo. yenne de cette denrée, qu'on n'exploite que faiblement est d'une piastre par ôO kilogrammes.
Il en est du Penmo ^) comme du lingue. L'écorce en est très estimée dans les tanneries. Il produit, en outre, avec profusion, un fruit carminé de la grosseur d'une cerise moyenne. La pulpe douce, odoriférante, blanche et onctueuse de ce fruit est fort demandée
') Persea Lingue. Nées.
') GrypCoearia Peumuf. Nées.
dans les marchés des villes, et particulièrement par les campagnards, qui en font une grande consommation* Le bois du peumo est dur et résiste très bien à Taction de Teau.
Le Hna-hnan ^)9 que les habitants de Valdivia et de Chiloé appellent aussi Laurel, est un bel arbre très aromatique, dont le bois en poutres et en planches forme, dans les provinces du sudj une branche très importante d'exportation et' d'importation. Le bois, après avoir été travaillé, conserve son arôme, ce qui empêche l'action destructive des vers dans les meubles qu'on en fabrique.
Le peu de protées que nous possédons s'emploient dans les arts, dans la médecine ou comme plantes à fruits alimentaires. H y en a beaucoup dans les provinces australes. Le bois du Cirnelillo ^ , d'une beauté remarquable, est fort apprécié des ébénistes; Técorce en est médicinale: elle sert dans les affections glanduleuses.
Le bois du Ralral, qu'on appelle aussi Hogal ^) est très estimé dans la fabrication des rames pour les embarcations et dans la menuiserie.
La dernière plante que nous ayons à signaler de cette charmante famille, et qui, par la beauté de ses formes et de ses fleurs, ainsi que par ses feuilles persistantes d'un vert transparent , peut devenir un bel ornement des jardins, c'est TAvellano ^). Cet arbre est appelé à être, dans peu de temps, une source lucra-
'} Adeiiosleroum nitidum. Persoon.
') Embotrium cocineam. Forster.
') Lomatia obliqua. R. Brown.
^} GuevÎDJi AveUana. Mol,
tive de revenu pour les provinces australes, où il erott en quantités prodigieuses. Son fruits très ressemblant à la noisette européenne , couvre le terrain au pied de TarbrC) qui a en même temps des fleurs, des fruits vert8 et des fruits mûrs presque toute l'année. L'avellana est très nourrissante et savoureuse. C'est seulement dans la province de Conception qu'on se donne la peine de la recueillir pour la consommation des provinces du nord et pour l'exportation au Pérou, où elle est très estimée; mais en Valdivia et au Chiloé on foule les fruits aux pieds, sans qu'on daigne les ramasser, si ce n'est pour s'en servir comme d'objet d'amusement ou pour envoyer des présents aux habitants du nord. L'arrivée d'émigrants allemands dans ces provinces si importantes^ et si incultes par suite du manque de population, commence à donner l'essor à cette branche d'économie agricole. En abattant les bois, ils ont eu le bon esprit de conserver les avellanos^ et la culture des terres qui les environnent en double la production surprenante. On en exporte des quantités très insignifiantes pour le Pérou et pour le Mexique, et tel est le mépris inconcevable qu'on fait de ce produit naturel que, malgré son abondance et la facilité de la récolte,. on a vu vendre à 8 piastres la mesure de 50 kilogrammes, en 1854. Si l'on avait vendu à une piastre, le bénéfice aurait toujours été énorme.
La famille des euphorbiacées nous fournit encore un nouvel exemple d'abandon. La fabrication de rhuile de ricin n'a pas été tentée, bien que le Ricinus COUlUllis croisse spontanément dans plusieurs provinces du nord, et qu'il porte, dans les jardins, où on le cultive pour la grandeur de ses feuilles, une quantité
énorme de semence, que l'on jette sans- en faire auemi usage. Nous payons pourtant à l'industrie étrangère un tribut forcé pour un article qui se détériore dans les longs voyages, tandis que nous pourrions ]*obtenir frais et à meilleur compte, s'il était Tobjet, comme il doit le devenir, de la fabrication chilienne. On en introduit plus de 1000 douzaines.de bouteilles par an, dont le prix moyen, par douzaine, varie entre 4 et 5 piastres.
Le Laurel ^), que Ton confond quelquefois avec le hua-liuan, dont nous avons déjà fait mention, est, comme ce dernier, extrêmement répandu, et a les mêmes propriétés odoriférantes. Son bois, qu'on exporte en poutres et en planches, n'est pas distingué dans le commerce de celui du hua-huan.
Le chanvre (Canamo) ^) vient partout et prend un développement étonnant. L'Espagne eut occasion d'apprécier les qualités excellentes de sa fibre pour les cordages de la marine, et elle en favorisa la culture dans les provinces du sud, d^oû on l'exportait encore dans les dernières années avant Témancipation politique. Mais c'est particulièrement la province d'Aconcahua qui en a fourni les meilleurs échantillons; ils se signalent, dans le commerce extérieur, par leurs qualités supérieures. L'époque n'est peut-être pas éloignée où on verra, le chanvre chilien disputer, dans les marchés d'Europe et d'Amérique, la préférence à celui de toutes les nations qui en exportent jusqu'à présent.
^ Laitrelia aromatica. SprengeL '} Cannabis saliva. Linn.
Les transactions en chanvre da Chili, tant en nature que mnnafactnré, sont très restreintes, et Ton peut dire que cette industrie, longtemps oubliée^ est de nouveau à. créer; mais l'exportation montre déjà quelle en sera l'importance future, car elle se fait pour les contrées qui importent annuellement du chanvre pour les besoins de la marine chilienne,. et ce produit en nature est mieux payé que le chanvre manufacturé, poids égal.
n en est de même de la culture du Lnpillo, (houblon) ^). Cette plante, quoique exotique, se platt au Chili, surtout depuis la latitude 33 jusqu'à celle de Chiioé. C'est seulement depuis six ans qu'elle est introduite dans le pays comme un objet de spéculation, par les efforts patriotiques de M. Silvestre Ochagavia, ex-ministre de la Justice, et les résultats en ont été si satisfaisants, que les récoltes de lupulo sont retenues d'avance et payées par les fabricants de bière à un taux plus élevé que le houblon étranger. La généralisation de cet important végétal mettra bientôt le Chili à même de suffire à sa propre consommation et de l'exporter avec profit.
L'introduction des mûriers ^) n'est pas aussi récente; mais elle a seulement précédé de quelques années celle du houblon. C'est aux soins de M. Salas — ce vieillard aussi modeste qu'instruit, et dont la
passion de servir et d'améliorer son pays ne s'est jamais démentie — que nous devons les premiers échantillons de soie, qui nous ont révélé une nouvelle source de prospérité future. Plusieurs espèces de
') Hamulus Lupulus. Lînn.
*) Morui. Tournef.
mariera^ le lonis alba, le lonis nigra at, surtout, le lulticaulis de la Chine, si -renommé pour l'abondance de ses feuilles et la beauté de la soie que produisent les vers qui s* en alimentent, commencent à se généraliser dans le pays, mais llndustrie séricicole n'y est pas établie, et c'est encore la pénurie de bras qui nous impose une contribution onéreuse payée aux nations qui devraient, au contraire, trouver chez nous un objet si précieux pour les chargements de retour. £t rien ne serait plus facile, grâce au climat de ce beau pays et à la puissance avec laquelle les végétaux, quelque tardifs qu^ils soient dans leur accroissement-, se développent sous le ciel chilien. Aussi, la province de Mendoza, qui jouit des mêmes avantages, éleva des vers-à-soie, et en exporta de beaux produits une année après Tintroduction en grand du mûrier, sans que les belles plantes, qui en existent encore, aient eu rien à souffrir pour avoir été dépouillées de leurs feuilles dans le premier période de leur existence.
Le figuier ') atteint au Chili de très grandes dimensions. Il crott depuis la province d'Atacama jusqu*à celle de Conception. Ses fruits nombreux et sucrés, séchés au soleil, sont d'un grand usage pour la nourriture des ouvriers en général, notamment de ceux qui travaillent aux mines du Coquimbo, du Hnasco et du Copiapô, où il s'en fait une grande consommation. On exporte la figue sèche pour la Bolivie, le Pérou, la Californie et les lies de la Polinésie; mais, jusqu'ici, en petites quantités, et au prix moyen de 5 piastres la fanega. 'Lors de la dé-
^3 Ficus carrica. Lion.
couverte de Tor en Californie^ et dans les deux années 1849 et 1850 qui la suivirent , l'exportation atteignit le chiffre de 5007 fanegas^ vendues au prix de 24081 piastres.
^e noyer ^) est un des arbres exotiques qui atteint le développement le plus extraordinaire. Il se produit seulement dans les provinces au nord de la Conception. Il parait que c'est la province de Colchahua qui lui est la plus favorable, car j'ai mesuré l'envergure des branches d'un noyer à Comalle, et j*ai trouvé qu'elles donnaient un diamètre de près de 200 pieds. Cet arbre avait trente années d'existence; il rapporte annuellement 13 fanegas de noix. Il est vrai que j'avais choisi le plus bel arbre; mais tous les autres individus de la même espèce^ dans le département de Curicô, étonnent également par leur grandeur. On exporte d'assez fortes quantités de noix, et déjà dans les années 1852 et 1853 on vit Texportatioii s'élever à 32820 fanegas, dont la valeur se montait à 150811 piastres.
Le peuplier, qu'on apporta comme plante d'ornement après la guerre de l'indépendance ^ s'est tellement multiplié, qu'on le voit partout en forme d'allées, de haies et de bois. La consommation intérieure que l'on fait des poutres et des planches qui s'en fabriquent devient de jour en jour plus forte.
Les plantes chiliennes qu^il nous reste à citer, avant d'entrer dans la grande section des monocotylédones^ sont toutes d'une grande utilité pour l'industrie, et forment la richesse principale des provinces du sud .
^) «lagUuf Regia. Linu.
Le Roble ^)j dont on distingue les qualités de jeunesse ou de vieillesse par les dénominations de Hualle ou de Pellin, croit depuis la province d'Aconcahua jusqu'aux régions australes. Le bois du pellin, d'une force et d'une dureté extraordinaires^ est ausfti un des plus employés dans la construction des maisons et des navires. Les courbes en sont très recherchées. On se sert toujours du pellin pour les objets qui doivent avoir une longue durée et opposer une grande résistance à l'action de Phumidité. C'est de ce bois qu'ion fabrique les dormants des chemins de fer, les roues hydrauliques et la charpente des grandes chaussées riveraines. Le sage professeur Gay dit, en parlant de ce fagUS, quil y a des exemples de poutres de pellin^ travaillées il y a plus d'une siècle, qui non seulement sont encore dans un état parfait de conservation, mais qui conservent même leur humidité primitive, comme si Ton venait d'abattre Parbre. Le roble pellin est un de nos plus beaux arbres du sud; on pourra en apprécier la hauteur par les belles quilles de navire qu'on a extraites de ceux de la province de Valdivia: il y en a qui sont formées d'une seule pièce et qui atteignent la longueur de 82 pieds, avec une largeur et une grosseur proportionnelles à l'usage auquel on les destine. Les vastes forêts d'Osorno et du nord de la colonie de Llanquibue sont les limites méridionales de la croissance spontanée de cet arbre. L'exportation du roble pellin ainsi que du roble hualle est comprise dans l'exportation générale des bois, dont il sera fait mention dans le rémusé de cet Essai.
1) Fagus obliqua. Mirbel.
Le Coihlie ^) est un arbre d'une grande dimension^ et entre dans la composition des immenses forêts du sad. Il crott depuis le nord de la province d'Aconcahua jusqu'au sud de celle de Chiloé. On l'emploie comme le roble pellin, mais il lui est très inférieur eo qualité. C'est de son tronc énorme, simplement creusé au feu et avec des instruments très imparfaits, qae les pauvtes font des embarcations qu'on appelle CUOAS. Ces bateaux chargent très souvent jusqu'à âOOO Jdl. de marchandises.
Le ReQli ^) est un arbre des provinces méridionales. Il n'est pas d'une grande valeur, parce qu'il craint Thumidité; on en fait néanmoins beaucoup de meubles et des ouvrages de menuiserie de moindre dimension. 11 n'a pas de noeuds dans sa texture. On en fabrique des tonneaux à la Conception.
Le châtaignier ^), quoique exotique, vient parfaitement bien; mais on s'est très peu adonné à sa culture^ malgré la masse de fruits qu'il porte et le prix élevé qu'on en retire dans la vente pour la consommation intérieure. C'est seulement dans ces trois dernières années qu'on a commencé à en faire de grandes plantations.
Le laniu ^), qui augmente le contingent des arbres du sud, atteint une hauteur moyenne de 45 pieds. Le bois en est employé pour les ouvrages de menuiserie. Il a une texture unie et luisante. Dans les provinces de Valdivia et de Colchahua, les bûche-
^) Fagus Dombeji. Mirbel.
*) Faguf Procera. Pœppig;.
') Castanea vulgaris. Lam.
^3 Podocarpuf Chilena. Ricliard.
rons rappellent aussi Plno (pin), et le vendent au même prix que le bois de cyprès.
Le cyprès, qu'on nomme Leu ^), est un bel arbre à dimensions très bautes et très élégantes. Le bois en est des plus utiles, tant pour les grandes constructions que pour les travaux de menuiserie; aussi le paie-t-on presque aussi cher que le bois d'alerce. Il est très fréquent le long des pentes de la Cordillère, où on le trouve, d'après le professeur Gay, depuis le3ii°® degré jusqu'à Vaidivia. J'en ai rencontré même au sud de Tarchipel de Chonos et à Guaitecas, dont les îles en sont textuellement couvertes. Les habitants du Chiloé en font une grande exploitation. Malheureusement, on se contente d'en faire des poutres et des planches, qu'on travaille à la hache, et qu'on livre dans cet état à l'exportation. La quantité de bois que l'on coupe ainsi est énorme, et on ne peut voir sans peine abattre un bel arbre qui pourrait fournir un mât de navire magnifique, et qu'on démolit à grands coups de hache pour le réduire en morceaux chétifs de bois qu'on voit dans le commerce. La durée du cyprès n'est pas encore connue. On montre encore à San Carlos de Chiloé, dans de vieilles maisons datant de plus d'un siècle, des dormants de cyprès posés dans un sol humide, à demi couverts de terre et de gazon, et dans l'état le plus complet de conservation. Lorsque les lois forestières se dicteront au Chili, il n'est pas douteux qu'on ne réserve pour la marine nationale, dans la partie sud du Chiloé, un chantier naturel et inépuisable dans ces belles forêts
') Thuia Aodina. Poeppig.
vierges de cyprès qu'on est en train d'entamer au«* joard'hui sans aucnne considération pour Pavenir.
Dans la ligne des bois précieux du pays, TAlerce^) prend assurément la première place. Ce géant de la végétation chilienne, dont la tige droite et pyramidale s'éléye à plus de 125 pieds au-dessus du niveau du sol, a, à quelques pieds de sa base^ une telle largeur, que six hommes et quelquefois sept peuvent à peine Tentourer les bras étendus. Quelques uns de ces voyageurs qui ne font que se copier les uns les autres, prétendent que cette largeur était double du temps de la conquête, et qu'en abattant les bois, on a enlevé ces énormes échantillons. Je dois confesser que je n'ai jamais trouvé des alerces dépassant de beaucoup la largeur générale que leur assigne le professeur Gay. Cependant, une seule fois, dans mon long séjour au milieu de ces forêts, j'en ai mesuré un qui avait ÔO pieds de circonférence. M. Gay indique à ces végétaux une limite plus étroite qu'ils n'ont en réalité, à moins que le sage professeur ne comprenne dans le domaine des alerces la province même de Chiloé, car on exploite cet arbre dans la partie continentale de la latitude de l'archipel de Guaitecas, et il croit même en Magellan, quoique dans des proportions réduites. L'alerce constitue le principal revenu du Chiloé. On l'exportait déjà de cette province du temps de la conquête; et, aujourd'hui, sans cette industrie, le Chiloé perdrait beaucoup de sou importance mercantile, car presque tous les bras y sont occupés de la coupe de l'alerce pour la fabrication- de poutres et de planches. Cet arbre si utile réunit à peu près tous
*} Lîboeedrus tetragona, Endl. Pinus cuprenoïdes. Mol.
les avantages qui prédominent dans les différents bois chiliens. La texture n'en est pas solide, mais le bois n'a aucun retrait après qu1l a été travaillé; il est très flexible, et les fibres longitudinales en sont si continues, qu'une fois qu'on a équarri le tronc avec la hache, on n'a besoin que de coins en bois pour en détacher des planches de la dimension qu'on désire* L'écorce de Talerce est enveloppée d'une espèce d'étoupe souple, fibreuse et incorruptible dans l'eau, qu*on détache simplement avec la main, et qui s'emploie pour cal* feutrer les jointures des embarcations. Les entailles faites au tronc sur pied produisent une masse de résine très parfumée dont on ne tire aucun parti. La durée du bois d'alerce, exposé à l'eau ou au soleil, ou plongé totalement dans la boue, n'a pas encore été calculée^ attendu qu'il n'existe, dans les constructions anciennes ou modernes, aucun échantillon décomposé qui puisse en donner une idée. J*en ai vu beaucoup de troncs convertis en humus végétal; mais on ne peut assigner aucun âge à ces décompositions. Dans l'année 1852, les vents abattirent sur les plateaux des montagnes de la chaîne de la cAte, dans la province de Valdivia, un vieux coihue, qui est aussi un arbre d'une corpulence remarquable. Ce coihue était à demi décomposé par le temps, et sous la terre soulevée par ses fortes racines on découvrit trois bouts carrés de quelques poutres ensevelies probablement lors des premières exploitations des alerces du Corrël. Ces poutres, de la longueur de 27 pieds, sur lesquelles un arbre monstrueux par sa grandeur avait pu croître, se développer et mourir de vieillesse, étaient de bois d'alerce. Elles se conservaient dans toute leur bonté, sans qu'on pût les distinguer, quelques jours après,
des autres poutres nouvellement fabriquées. Les planches que l'on faisait du temps des Espagnols étaient plus grandes que celles d'aujourd'hui: les bouts de troncs qui ne donnaient pas la longueur nécessaire étaient abandonnés, et ce sont ces bouts qu'on déterre à présent de la couche épaisse d'humus végétal qui les couvre depuis plus d'un siècle. Ils forment dans la Chamisa^) la source du commerce de planches de cette petite contrée, sans que la qualité du bois puisse en révéler l'origine avant qu'il ait été exposé au soleil, autrement que par sa pesanteur passagère. L'exportation de l'alerce devient de jour en jour plus considérable; mais la statistique commerciale ne s'étant pas encore occupée des détails et de la désignation des espèces de bois qu'on livre au commerce extérieur^ nous nous référons aux indications que nous allons faire plus loin sur l'exportation du bois en général. Le Pehuen ou Pi2on est la fameuse Araucaria imbricata du célèbre botaniste Pavon. Ce bel arbre, déjà très connu en Europe par les nombreux individus transportés du Chili, atteint quelquefois la hauteur de l'alerce. Le tronc en est parfaitement droite et le bois, jaunâtre et susceptible d'un beau poli, en a été reconnu excellent pour servir de mâts aux navires, mais ces arbres sont trop éloignés dans l'intérieur pour pouvoir être utilisés dans l'industrie et dans les constructions navales, du moins quant à présent D'après le professeur Gay, qui a eu l'occasion d'examiner de près cette plante intéressante, les pehuens résisteraient à un froid de 12 degrés centigr. au-dessous de zéro. Us
*) Plateau det montages maritimes qui euTironuent le golfe de ReloncaYi et longent la rivière de la Cliamita» dans U colonie de LIanquihuc,
«ont réunis en groupes dans les Cordillères de Santa Barbara et del Nahuelbuta, et ils s'étendent jusqu^à Villarica. Ils portent un fruit sec d^nn pouce et demi de long^ dont le goût approche beaucoup de celui de la châtaigne sans être aussi sucré. Les Indiens récoltent ce fruit et le livrent au commerce, mais en parties très insignifiantes. La difficulté qu'on a de se le procurer et la forte demande dont il est Tobjet lui donnent de la valeur.
C'est la grande section botanique des dicotylédones qui fournit le bois qu'on exporte. Le sud du pays, à partir de la province de Conception, est le siège principal de cette branche commerciale.
Le safran ^) appartient encore an domaine des jardins; on n'a pas encore essayé de le planter en grand.
Il n*en est pas de même de l'oignon,^) de Tail et de Téchalote. Ces trois liliacées sont cultivées avec succès dans tout le pays. Tenu, dans le département de Curicô, est renommé par la bonté et la dimension de ses oignons. L'ail et Téchalote se cultivent de préférence dans les provinces australes, ou les oignons demandent un peu plus de soins; cependant ceux d'Osomo sont extrêmement savoureux et atteignent quelquefois une grosseur monstrueuse. Le commerce extérieur tire à peine quelque bénéfice de Tail; on le vend de 2 à 3 piastres le millier, et la valeur de la plus forte exportation a présenté, une seule fois, le chiffre de 5,662 piastres, dans l'année 1853. Le reste se consomme dans
^) Crocas satÎTus. Liiui.
') Allium cepa.
Ilntérieur, où chaque particulier en confectionne, avec des oignons, des échalotes et du vinaigre, des prépa* rations pour Ihisage de la table.
Les asperges se sont propagées sans aucune culture. On les trouve ordinairement dans les vignes, et on se contente d*en couper les tiges tendres pour les porter aux marchés des villes.
Le palmier ou cocotier, qu'on appelle simplement Palma ^), était auparavant très ordinaire au Chili. Il y en a encore quelques uns sur les collines maritimes de Valparaiso. Cette plante ne croit spontanément que dans les provinces centrales, entre le 33 "^^ et le 34"^^ degré lat S., dans la vallée de la côte, où l'on en voit encore des bois épais. Le palmier chilien est très estimé, à cause du parti qu'on tire de tout lindividu. Le stipe, abattu^ laisse échapper par le noeud vital une grande quantité de sève si sucrée, quil suffit de concentrer le liquide par la chaleur pour en obtenir un miel infiniment meilleur que celui de la canne à sucre, tant, par sa saveur que par ses puissantes facultés digestives. Le fruit du palmier est de la grosseur d'une cerise; il se dégage sous les feuilles dans la forme d'énormes grappes, et il est rempli d'une substance blanche et huileuse d'un goût délicat. Il est souvent employé par les confiseurs. Les feuilles ont une beauté élégante; elles servent dans les f%tes religieuses, et fournissent aussi des toits aux maisons des campagnards. On exporte le Coqnito, nom que l'on donne au fruit, pour toute la côte du Pacifique, bien qu'en petites parties. L'exportation correspondante aox années 1852 et 1853 s'élève au chifi*re de
* *) Jiibea.
21S70 piastres, valevr de 4274 fanegaa de coquilos, qui trouvèrent un dëboaché dans les républiques du littoral, et Ton peut ajouter que le ternie moyen annuel n'excède pas de beaucoup la valeur de 8000 piastres. Comme le fruit du palmier vient, ainsi que Pavellana, sans aucun effort particulier, ce chiffre, quelque indifférent quil paraisse, pourra atteindre des proportions plus larges, si^ on ne se livre, par l'appât du miel, k l'anéantissement de cet arbre, dont la croissance tardive demande plus d*un siècle pour quil puisse atteindre Tâge de la production.
C'est avec plaisir que nous arrivons à la riche famille des graminées, de laquelle l'homme et la plupart des animaux tirent leur principale subsistance. Le Chili, qui est la patrie de la pomme de erre, paraîtrait être aussi celle du blé, si on n'en con« naissait pas Torigine. Le maïs % blé de Turquie ou d'Inde, était cultivé par les Indiens avant le temps de la conquête, et les récoltes qu'on en fait aujourd'hui constituent avec le haricot et la pomme de terre les trois aliments presque indispensables des classes moins aisées. Il réussit très bien depuis la latitude de Valdivia jusqu'à celle de Copiapé; plus au sud, la plante devient chétive, et, quoique le grain en soit bien nourri, le rapport en est insignifiant. A partir du 37°>« degré lat. S., vers le nord, elle devient de plus en plus vigoureuse. Elle dépaiSse en hauteur un homme à cheval , et elle se couvre de gros épis que Ton garde sans les battre et qui donnent toujours au laboureur plus de cent pour un. La tige est un excellent fourrage pour les animaux domestiques, et de
1) Zea.
llnvolncre des épis on fait cette enveloppe délicate dont on fabrique les cigarettes et qni est si snpérieare au papier. La fabrication de ces enveloppes constitue une vraie industrie chez nos femmes de la campagne^ et les enfants, comme les vieillards et les invalides, s'y livrent avec aisance et profit On exporte cet article pour le Pérou, et il n*est pas douteux qu'il ne puisse être envoyé avec le temps dans tous les autres pays où l'on fume des cigarettes.
Mais c'est surtout dans la production du froment % de l'orge^), de Pavoine'), du seigle^), de toutes les céréales enfin, que le Chili excelle. On ne peut qu'admirer la fertilité de son sol et Tinfluence bénigne de son climat, en considérant les récoltes, en présence des faibles moyens qu'on emploie pour les obtenir. L'amendement dea terres y est inconnu. La charrue chilienne est le type de l'invention primitive faite par liiomme pour arriver au perfectionnement des instruments agricoles. Un morceau de bois d'un mètre de longueur sur 12 centimètres d'épaisseur, et dont une des extrémités est taillée en coin pour servir de soc; une lance d^attelage formant avec ce coin un angle de 15 à 25 degrés; et un manche, également en bois, appelé timon et servant à diriger les lignes que trace le soc et à tenir l'appareil droit, — voilà les trois pièces principales qui constituent le premier des instruments aratoires les plus importants, et au perfectionnement duquel on attache, ailleurs qu'au Chili, un si grand prix. C'est avec cet instrument qu'on laboure les
^) Tridcam satimm.
') hordeam bargore.
') arena saliva.
^) sccale céréale.
terres. La faucille — car la faux est rarement employée — sert pour couper les récoltes, et le battage se fait par les pieds des animaux. Dans les provinces du nord, on adapte au bec en coin de la charrue une petite plaque en fer acéré, au moyen de trois gros clous aussi grossièrement travaillés que le reste de l'instrument, pour empêcher que le gravier ne détériore le bec. Dans celles du sud, y compris les provinces de Taica, de Maule et de Conception, cette mesure de précaution commence à se généraliser. En Valdivia, elle n*est mise en pratique que près des villes et par quelques grands propriétaires. Au Chiloé, la charrue même, quelque imparfaite qu'elle soit, est non seulement inconnue, mais proscrite comme inutile pour l'amélioration de la cultare. Elle y est remplacée par un bâton dont le bout est durci au feu, et avec lequel on gratte laterre,ens^aidant du ventre et des bras. Malgré ces faibles moyens, la fécondité du sol, la masse et la bonté des grains et la renommée des farines sont telles, que le Chili est devenu le grenier du Pacifique.
Déjà, on voit quelques Chiliens patriotiques faire des efforts pour introduire les instruments agricoles usités en Europe, quoique, malheureusement, ils soient contraints de lutter contre la routine, le manque d'hommes spéciaux pour le maniement de ces objets et les diiBcultés presque insurmontables des réparations. Mais leur constance et le concours des étrangers viendront à bout de tout, et la reconnaissance de la population moins aisée saura élever des autels à ceux qui auront, les premiers, contribué à améliorer son
sort On a \n avec plaisir la protection que le Goayemement Chilien accorde à l'indastrie agricole; et bientdt l'Ecole spéciale d'Agricalture de Santiago, dans laquelle on a admis les meilleurs instruments adoptés en Europe, répandra les connaissances dont . l'agriculture a tant besoin pour devenir au Chili ce qu'elle doit être un jour, la première et la plus solide de ses richesses. Aujourd'hui mème^ le rendement des céréales suffit non seulement à la consommation intérieure; mais il en reste encore pour pourvoir, en grande partie, à celle de l'Australie et de la Polinésie, de la Californie, de TAmérique Centrale, de la !Nouvelle-Grenade, de TEquateur, du Pérou, de la Bolivie, de' Buenos Aires, de l'Uruguai et du Brésil. En 1855, on en exporta même pour TAmérique du Mord, et Ton vit arriver à Marseille le premier chargement de blé chilien, dont Texcellente qualité attira Tattention de tous les agriculteurs du midi de la France ').
La canne à sucre ^) est seulement cultivée dans les jardins des provinces d'Aconcahua et de Santiago . Elle vient très bien au Copiapo; mais le manque d'eau 'et la cherté des terrains réunissant les conditions d^humidité nécessaires en ont empêché jusqu'en ce moment la culture comme moyen d'exploitation.
Le Colea (Chnsqaea) et la Qnila, plantes dont on fait une grande consommation dans la construction des édifices, et dont les belles tiges donnent à l'Européen des cannes et des bâtons à parapluie, à l'Indien des
') V* pour les détails de rcxportalion des céréales le
Tableau qui accompagne les Obseryations générales. *) Saccbarum officioarum.
hampes en même temps fortes et flexibles pour ses lances, sont si ordinaires au sud du Chili, quils remplissent presque partout les vides que laissent entre eux les troncs des arbres de ses vastes forêts.
La nor de Piedra '), qui se trouve sur les rochers, au bord de la côte de la province de Coquimbo^ est entrée dans Texportation depuis très peu de temps. On en exporte particulièrement pour la France, où sa belle couleur a immédiatement attiré l'attention des peintres et des teinturiers.
Parmi les algues marines, nous trouvons encore le Lacki et le Gnchayajn, qui croissent attachés aux rochers maritimes, et qui, recueillis et séchés au soleil par les pécheurs, sont un mets très recherché par les habitants du pays, notamment par la classe pauvre.
Pour ne pas dépasser les bornes que nous nous sommes prescrites, nous omettons une foule d'autres productions végétales, tant alimentaires qu'utiles à l'industrie. Elles n'offrent pas, du moins aujourd'hui, des avantages aussi immédiats et d^une aussi grande con-. séquence que celles que nous venons de parcourir.
^) Roccella tincCoria.
IfiO
Minéraux atiles.
Le règne minéral est aussi riche au Chilij mais moins varié dans ses productions, que le règne végétal. U est aussi infiniment moins connu, et Pon peut dire que, malgré les travaux de tant de célèbres voyageurs qui ont parcouru le pays, la minéralogie chilienne, sans les recherches de Tinfatigable professeur Domeyko, ne serait encore connue dans TEurope scientifique que par quelques précieux échantillons que le luxe et, quelquefois, la science ont fait parvenir à ses cabinets.
Les beaux bénéfices qu*ofirent aux spéculateurs les mines de cuivre et, en particulier, celles d'or et d*argent, lorsque ces métaux se trouvent presque à l'état natif, ont absorbé tous les capitaux et tous les bras disponibles qui concourent à en augmenter l'extraction; et le fer, l*étain, le plomb, le cuivre, lorsque le minerai n'est pas très riche, Targent même, lorsquil demande quelques opérations compliquées, on qu'il ne donne pas un résultat immédiat à l'entrepreneur, sont foulés aux pieds comme des substances méprisables. Le manque de travailleurs et la cherté de la main-d*oeuvre qui en résulte en rendent l'exploitation impossible, et expliquent notre peu de connaissances sur le nombre de ces mines, leur nature, leur gisement et les avantages qu'on pourrait en tirer comme chargement de retour dans nos transactions mercantiles avec l'étranger. Je dois donc me borner à la simple indication des minéraux utiles dont Texistence est constatée , et à
A leo
fixer mes regards sur leur action plus ou moins prononcée sur le commerce et l'industrie.
La seule présence des Andes révèle l'existence de roches éruptives, dont on tire, ailleurs que dans TAmérique méridionale, un si grand parti pour les constructions, pour les ornements et pour les arts. Le granit et le porphyre existent en grande abondance et en beaux blocs dans les Andes et dans- la chaîne de la côte. Le professeur Domeyko a observé, aux environs du petit lac de Mondaca, des masses de piliers réguliers de porphyre, de 8 à 10 pouces de diamètre et de 3, 4 et 5 faces, aussi symétriquement taillés que s'ils avaient été ciselés par la main de l'homme.
On voit figurer la serpentine chilienne dans quelques collections; mais le gisement n'en est pas indiqué. Le professeur Pissis dit Tavoir trouvée dans les montagnes de Durasno, province de Santiago.
De superbes colonnes de basait ornent partout les crevasses gigantesques des Andes. J'en ai vu dans celles de Curicô et dans la gorge maritime des montagnes de Reloncavi. Ces colonnes formidables, dont les faites élevés soutiennent d'énormes rochers prêts à s'ébranler, sont quelquefois séparées de leurs faisceaux et offrent des fractions intactes ayant encore 14 mètres de longueur sur un d'épaisseur.
Dans les stratifications des terrains sédimentaires, Tindustrie n*est pas encore allée chercher les jaspes et les marbres; on en trouve pourtant, et j'en conserve de beaux échantillons recueillis dans la chaîne - centrale de la province de Santiago et sur la pente des Andes, près de Cauquenes.
Mais ce sont surtout les variétés nombreuses de silicates d'alumine qui prédominent dans tout le pays . J"en ai vu . des couches considérables depuis TAconcahua jusqu'au Chiloé, et il est à présumer qu'elles s^étendent jusqu'au détroit, diaprés l'aspect géologique de la contrée. Les ardoises et les argiles occupent, en général, la zone, comprise entre la chaîne centrale et la mer Pacifique. On n'a fait aucun essai pour utiliser les premières; mais, longtemps avant l'époque de la conquête, les Indiens tiraient un grand parti des secondes, pour la confection des ustensiles de ménage. Xi'argile rouge de Santiago est celle qui a toujours été la plus employée, à cause de sa singulière compacité; car quelque mince que soit l'objet travaillé, une fois qu'il a été façonné et soumis à la calcination, il ne laissera plus passer aucun liquide, pourvu qu'on ait eu la précaution d'y verser un peu de lait pendant l'incandescence. C^est de cette argile qu'on fabrique encore presque toute la vaisselle de cuisine, dans laquelle on fait bouillir des liquides et des graisses sans avoir besoin de la rendre imperméable par le vernis. Les habitants du littoral des Provinces Argentines attachent plus de prix aux ustensiles d'argile de Talagante qu'à ceux de fer étamé, par suite du danger que les condiments font nattre en corrodant les métaux.
Le kaolin est très connu au nord et au sud ; mais jusqu'ici on n'a pas, que je sache, découvert le moyen de l'utiliser comme substance^ réfractaire, malgré les essais qui ont été faits, surtout dans les fonderies de cuivre de Coquimbo.
Les terres à foulon existent aussi en abondance; mais on n'en fait aucun usage.
La fabrication de la faïence est inconnue ^); celle de la poterie est encore dans son enfance, et Ton fait des briques et des tuiles détestables avec d'excellents matériaux. Une chose qui paraît incroyable, c'est Timportation des briques ordinaires au Chili: on les apporte d'Europe en réalisant de beaux bénéfices.
Le lapis-lazuli (Laxnlita) se montre daifs les provinces du nord. Cette substance, précieuse pour les beaux arts, est encore regardée comme ne méritant pas qu'on lui dédie un travail formel. Déjà, en 1712, Tillustre voyageur Frezier en avait indiqué l'existence dans la relation de son Voyage de la Met du Sud, où il s'exprime ainsi: „I1 y a aussi (aux environs de Copiapô) quantité d'aimants et de lapis-lazuli, que les gens du pays ne connaissent pas pour une chose de valeur." Ce fut seulement en 1850 qu'on présenta à la Faculté des Sciences physiques de l'Université Chilienne les premiers échantillons de ce minéral^ qu'on venait de découvrir dans la province de Coquimbo. L'importance quHl y avait de mieux faire connaître cette nouvelle richesse, détermina M. Aracena à se porter personnellement au lieu de son gisement, et je me fais un devoir de transcrire ses propres paroles: „Le lapis-lazuli, dit-il, se trouve sur les Cordillères d'Ovalle, à très peu de distance de la ligne de division du versant des Andes, et près du chemin conduisant aux Provinces Argentines, dans les sources des ruisseaux Cazadero et Vias, deux petits affluents du Rio^ Grande. Son gisement offre deux ^ manières d'être bien distinctes: il se présente
^) Nous venons d^apprendre qu^un a orgauiië une association pour établir une fabrique de faïence k Santiago.
ou sous la forme d'une couche épaisse, quelquefois blanche et d'autres fois grisâtre^ qui parait formée de carbonate de chaux, et dans laquelle le lapis-lazuli existe en agglomérations de différente grandeur, accompagnées d'une petite quantité de pyrites; ou bien sous la forme d'un dépôt alluvial produit par la déformation du filon et par son entraînement sur un plateau de moyenne grandeur courant dans la direction du S. O. On trouve sur ce plateau des blocs de lapis-lazuli entassés entre un amas de fragments de granit, de schistes et de minerais de fer dont on ne connaît pas encore l'épaisseur/' D'après le même observateur, la couche serait enchâssée entre un mur de schiste argileux, sur lequel elle repose, et un toit de minerais de fer renfermant une forte quantité de grenats.
L'exploitation de cette mine, quelque séduisante quMle soit, n'a été entreprise ni avec les connaissances nécessaires, ni avec les capitaux que son importance réclame. De simples essais, de légères excavations ont à peine versé dans le commerce étranger quelques centaines de milliers de kilogrammes, dont le mérite pour les ouvrages artistiques est considérablement diminué par le mode d'extraction, qui tend à briser les blocs. Voici l'analyse du lapis-lazuli de Coquimbo faite par le minéralogue H. Field:
Silice ^ 37, 60.
Soufre ^ 1, 65.
Alumine 11^ 21 •
Fer 0, 08.
Manganèse 0, 36.
Soude 9, 66.
A reporter 60, 56.
Report 60, 56.
Acide carbonique T7. .. 15, 05.
Matière inattaquable par les acides 24^ 10.
99, 71 Perte —, 29
Il y a peut-être peu de pays plus approvisionnés de soufre que le Chili. J'en ai trouvé en belles masses, à Tétat natif et presque pur, sur plusieurs points de la ligne des Andes, où les solfatares sont fréquentes. Le soufre du Plahchon pourrait être livré au commerce dans . son état naturel. Nous devons à M. Domeyko les descriptions intéressantes des solfotares du Cerro Azul et du Chillan. La première, située dans les Andes de la province de Talca, a une élévation de près de trois mille métrés au-dessus du niveau de l'Océan; c'est, d'après lui, la plus grande peut-être que Ton connaisse dans le monde. Voici ses propres mots: r/Le vaste champ occupé aujourd'hui par la solfatare embrasse une région ayant plus de. 1200 mètres de distance verticale et plus de deux lieues de longitude, d'une de ses extrémités à l'autre, sur une largeur de deux, de trois et, peut-être, quelquefois de huit cuadras.^' ^) La solfatare de Chillan, si intéressante par les phénomène qui Tenvironnent, est située sur la montagne appelée Ceno de! AzHfre; elle est si riche, que le professeur Domeyko dit en parlant de cette solfatare: f^Des milliers de quintaux
') Cuadra: ancienne mesure de longitude qui ëquÎTaut k 450 pieds.
de ce minerai pourraient être recueillis de la superficie, et il n'aurait besoin que d^n raffinage pour pouvoir être employé dans les arts.'' Pourrait -on croire, après ce qui vient d'être dit, que le soufre d'Europe s^importe pour la consommation intérieure du Chili? et que la Sardaigne, et ce qui est encore pins singulier, la France et TAngleterre vendent avec avantage cet article dans le pays des solfatares? Il n'est donc pas surprenant qu'on voie encore arriver dans nos ports des chargements de poudre à canon pour l*usage de nos mines, quoique, pour pouvoir en fabriquer, l'industrie européenne soit obligée d'aller chercher dans des pays très éloignés le soufre et le salpêtre, que nous méprisons dans le nôtre.
Il en est de même de la galène ou plomb sulfuré, dont les immenses filons croisent le pays du nord au sud et se montrent dans toutes les provinces. Quoique la galène soit argentifère, elle ne contient, du moins que je sache, que très peu d'argent. Les échantillons que j^ai essayés, même ceux qui ont été tirés des deux grands centres de mines d'argent, Copiapé et Goquimbo^ me donnent lieu de croire que la galène ne mérite pas à présent d'être considérée comme procurant un bénéfice raisonnable à celui qui entreprendrait d'en extraire l'argent Mais si les filons de galène s'exploitaient simplement comme mines de plomb, il ne serait pas douteux que le prix de ce métal éprouverait une baisse très sensible sur les marchés européens. Nos mines de galène n'ont pas besoin de cette énorme dépense pour les machines de broiement et de lavage dont on se sert en Angleterre, ni de l'emploi des engins à vapeur pour l'extraction de l'eau des galeries, ni de ces nombreuses
usines établies pour les travaux des mines de galène de France, d'Espagne^ de Savoie et d'Allemagne. On trouve, au Chili, la galène exposée à l'action du soleil, en masses considérables, et dans un tel état de pureté? qu'on pourrait la livrer aux fondeurs ou en extraire le plomb du commerce, sans avoir à payer les frais qu'entraînent les profondes excavations et le mélange du métal avec la pierre et la pyrite de fer, pour pouvoir le réduire à Tétat de schlich.
D'après le docteur Schwarzenberg, de Copiapô, il paraît qu'il y a aussi dans cette province du sulfate de plomb cuivré, qu'on n'avait découvert jusqu'à présent qu'en Ecosse, et qui est connu sous le nom de Llnavite de Brook. Malgré Tabondance des riches filons de galène et les forêts qui les environnent dans les régions australes, depuis le 33 "*<^® 30^ lat. S., le plomb, tant en lingots que travaillé, continue à être importé de l'étranger. L'exploitation de ce métal est une in* dustrie entièrement à introduire au Chili. Les gisements des filons de galène ne gardent pas chez nous, comme Tor et Targent, cette prédilection presque régulière pour certaines localités. J'en ai remarqué dans toutes les latitudes, quelquefois dans les montagnes maritimes, quelquefois dans celles du centre, et très souvent sur les plateaux les plus élevés des Andes.
Le cinabre se trouve dans quelques endroits des provinces du nord, particulièrement aux environs d'Andacollo, province de Coquimbo, où quelques indigènes^ notamment les femmes et les enfants, se livrent à son exploitation, en employant, pour extraire le mercure, une espèce de cornues en terre grossièrement travaillées. Le rendement ne suffit pas même pour les besoins du minéral d'or d'AndacoUo.
On ne fait aacan usage de Tarsenic ni de Tantimoine, qui existent en gros fiions dans les provinces du nord* Le fer oligiste, dont les fiions aboutissant à la superficie de la terre égrènent de si beaux échantillons, le zinc, le i^ckel, le cobalt et le platine n'appellent encore que faiblement l'attention. Les sels minéraux, si abonr dants, si variés, si utiles, n'engagent personne à les soulever de leur gisement tranquille pour les opposer à Timportation et les offrir aux arts. Il n'y a que le charbon minéral, le cuivre, Tor et, surtout, l'argent qui, comme nous l'avons déjà indiqué, attirent les regards. Tant que ces substances précieuses conserveront leur abondance, tant qu'elles s'offriront avec la même facilité qu^aujourd'hui à l'entrepreneur, on ne peut espérer que les autres minéraux utiles soient exploités, à moins que l'augmentation des bras n'en fasse jaillir les sources nombreuses de prospérité de l'état d'amortissement où ils se trouvent.
La nature, en douant le Chili d'une foule de mines très considérables de charbon de terre, a donné une nouvelle preuve de sa prédilection pour cette contrée. Cette richesse, comme tant d'autres, réclamait depuis longtemps l'impulsion de Tindustrie pour atteindre le degré d'importance qu'elle a acquis en si peu de temps. L'existence du charbon minéral était constatée^ et connue même en Europe du temps de Frezier, qui en brûla lui-même à Talcahuano, en 1712. r/A Talcahuano: dit-il, à Lirquen, et dans la ville même, on trouve de très bonnes mines de charbon de terre, sans creuser plus d'un ou deux pieds. Les habitants n'en savent pas profiter; ils étaient môme fort étonnés de nous voir tirer de la terre de
quoi faire du feu, lorsque nous en fîmes provision pour notre forge.^^ Combien d'années n'a-t-il pas fallu pourtant pour que cette richesse fiit ramassée! Le charbon de terre se montre non seulement à Lota, n Colcura et à Lirquen, qui sont maintenant J^s sièges principaux d^une forte exploitation; il existe dans un grand nombre de localités, et toujours exposé à la vue, particulièrement sur tout le littoral du Pacifique, à partir de la baie de Conception jusqu'au détroit de ISlagellan^ Il est notamment à découvert sur les ravins du Talcahuano, de Lota, de TArauco, de Tembouchure du Tolten, près du Chanchan, dans le port du Corral, dans le district de Catamutun, qui est quelques lieues à llutérieur, au Rio-Bueno, dans le territoire de Mauilin, de Chiloé, de Reloncavi et de Magellan. En outre, il est très probable, d'après la structure de la région inexplorée entre ces deux dernières localités, que les couchés de ce minéral n'y perdent pas leur continuité, autant qu'un terrain houiller peut la conserver dans une grande étendue de pays.
Lota, qui n^était, il y a quelques années, qu'un désert où l'on apercevait de temps en temps quelque hutte misérable de berger, est devenu aujourd'hui le grand centre de la production du charbon pour la consommation de toute la mer Pacifique. La qualité de la houille chilienne a été trouvée supérieure à celle de la meilleure houille anglaise, et voici ce qu'en dit At- F. W. Rea, ingénieur en chef de la Compagnie du Chemin de Fer occidental d'Angleterre, après l'essai qu'il eut l'occasion d'en faire :
;f J'ai fait plusieurs expériences très satisfaisantes sur une dç nos machines à vapeur avec le charbon venu de Valparaiso. Il en résulte que la force en
est beaucoup plus grande que celle du charbon de Forest Of Dean, que nous employons dans cet établissement comme un des meilleurs et des plus purs d'Angleterre.
Expérience comparative:
Charbon de Forest of Dean. Charbon de Lota.
Quantité d'eau évaporée 270 livres 450 livres.
Charbon consumé 82 t, 80 tr
Temps 6 heures 6 heures.
Cendres 17 livres 28 livres.
Il est donc constaté qu'une livre de charbon de Lota a évaporé 5 — 6^ livres d^eau, ce qui prouve qa*il a un tiers de plus de force que le charbon anglais de Forest of Dean.
Signé: J. W. Rea, premier ingénieur du Western R&il-way. Swindow, Angleterre, le 23 mars 1855.
L'existence des houillères n'est pas accumulée dans les régions boréales, comme -on le croyait; il paraît, au contraire, que ces mines, si utiles à l'homme, sont, comme lui, répandues, avec plus ou moins de profusion, dans tout le monde.
En 1848, on exporta un seul tonneau de charbon de terre: quatre années après, Pexportation atteignit 5788 tonneaux, outre ce qu'il avait fallu aux besoins du pays et à la consommation du chemin de fer de Copiapô.
Quant aux minerais de cuivre, d'argent et d'or, il n'est pas exact de leur assigner des zones de gisement très régulières, comme on a l'habitude de le faire. 11 est vrai que la plupart des riches filons de cuivre et d'or sont sur la chaîne granitoYde de la côte, et que ceux d'argent occupent, à l'ordinaire, celle du
centre; mais on en* rencontre aussi ailleurs. J'ai observé que les mines d'or et de cuivre gisent presque partout près du granit, et que celles d'argent cherchent de préférence les terrains stratifiés. Voilà les seules règles générales que Ton puisse donner sur leur gisement géographique. J'ai trouvé sur les plateaux de la Cordillère de San Guillermo, dans la province de Copiapô, des mines de galène argentifère; j'en ai remarqué aussi sur les versants orientaux de la Cordillère d'Agua Negra, au Coquimbo; en-deça et au-delà des hautes vallées de celle d'Aconcahua; dans les Cordillères de la province de Santiago, et sur le versant oriental de celles de la Patagonie, par 42^ â(y lat. S. Dans mon expédition à la Qnebrada de! Gebr^ sur les Cordillères de Curicô, en 1840^ j^ai fait une marche de plus de trois lieues en foulant presque toujours les débris des filons de cuivre qu'on apercevait sur les hauteurs; et sur un ravin gigantesque, situé au sud du sentier étroit conduisant aux passes des Leuas Amarillas, près du passage de las Damas,
on voyait un immense filon du même métal qui allait se perdre dans un banc de neiges perpétuelles, à près de 4000 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. En 1847, M. M. Smith et Moraga, de la province de Colchahua, firent descendre plusieurs centaines de quintaux de minerai de cuivre d'un aloi de 65 pour cent. Ce minerai avait été recueilli sur un plateau des Andes, dans la ligne culminante située au N. E. du passage du Planchon. H y a aussi des mines du mcme métal au nord de Santiago et dans la chaîne centrale de Colchahua et de Talca. J'ai remarqué que le quartz et l'amphibole constituent ordinairement la gangue des minerais de cuivre. C'est au Copiapô et
au Coquimbo que ces mines sont les plus étendues et les plus riches. Elles seronit encore inépuisables pendant des siècles. Jusqu'ici, on n'exploite, notamment au Copiapô, que celles qui sont près des ports et des grands chemins. Le manque de combustible? d*eau et d'ourriers fait qu^on n'ose pas encore fouiller dans le désert d'Atacama, où le voyageur s'arrête à ebaque pas devant le minerai que la nature étale sur son passage. La plupart des minerais de cuivre extraits de nos mines sont apportés en Europe pour y être traités. Le Chili possède, dans ses gttes métallifères, les cuivres gris et la pyrite cuivreuse, qu^on n'exploite point; les cuivres natifs, qui se présentent quelquefois sous des formes dendroïdes de la plus belle apparence; les cuivres carbonates; les chlorurés; les argentifères et plusieurs autres combinaisons, qu'il n'est pas de mon propos d'énumérer. Il est à espérer qae le soin apporté par le Gouvernement de la République à la multiplication et au perfectionnement des voies de communication, appellera bientôt à une exploitation facile et lucrative les bras et les capitaux, dont le besoin se fait sentir davantage de jour en jour. La FVance, qui consomme beaucoup moins de cuivre chilien que TAngleterre, et bien moins encore que l'Amérique du Nord, en a exporté, en un seul semestre de 1855, cinq fois plus que dans l'année 1834. On a eu raison dé dire que les Andes du Mexique et du Chili présentent le type de la formation argentifère. Le Chili, pourtant, n'a été renommé par ses richesses en minerai d'argent que depuis la découverte des mines d'Arqueros et de Chanarcillo, dans les provin^i ces de Coquimbo et de Copiapô. Le professeur Domeyko, qui a étudié ces deux provinces, en a par-
faitement décrit les gttes' argentifères. D*après lui, la richesse des filons est en proportion indirecte de leur puissance avançant du sud vers le nord, où se trouvent généralement les minerais les plus chlorurés, tandis que le soufre prédomine dans les minerais du sud. On est dans l'erreur lorsqu'on prétend que les Ihines de TAmérique ne sont productives qu'en raisoo de leur nombre et de la niasse de minerai extraite: cette assertion n'est pas exacte quant aux mines du Chili; car c*est leur richesse, et non pas leur puissance et la facilité d'obtenir de grandes masses de minerai, qui les fait exploiter. Les mines qu'on appelle gaias au Chili n'ont, à peu près, qu'un demi-pouce de puissance et quelquefois moins, et le minerai est enchâssé entre le mur et le lit d'un rocher sur lequel on ne peut avancer d'un pas sans l'aide de la poudre et sans une forte dépense de fer et d'acier; mais le minerai qu^on en retire est une plaque d'argent natif. Ces sortes de mines ne se présentent pas comme de rares exceptions; on en rencontre souvent. Au Copiapo, avant l'établissement du chemin de fer, nne mine d'argent située dans le district de Cha'narcillo et ne donnant que 12 marcs par cajon^), ne payait pas les frais qu'elle causait, et on n'a l'habitude de donner le nom de mine riche qu'à celle, qui produit, par la simple amalgation, mille marcs et plus encore par cajon. 11 est vrai que cette richesse ne se soutient pas toujours; mais il est vrai aussi que parmi les filons argentifères auxquels leCopiapô doit sa renommée, il n'y en a pas un qui n^it offert dans son exploitation
'} Cajon, mcture de poids de 3200 kil.
des époques pareilles, et ces époques reviennent souvent. Les minerais d'argent les plus productifs sont, au Copiapô, les chlorurés, Pargent natif, les sulfurés et l'argent rouge antimonial ; dans PArqueros, province de Coquimbo, on trouve l'argent amalgamé. Les arseniures d'argent et le mispikel argentifère sont généralement répandus dans tout le pays, particuli<^rement au sud de l'Aconcahua et sur les versants les plus élevés des Andes. Mais ce sont surtout les sables du désert d'Atacama qui, selon toutes les probabilités, recèlent les plus grands trésors minéraux du pays. C'est en cherchant des racines, qui servent de combustible dans ces régions arides, qu'on a fait les grandes découvertes qui ont versé des milliers dans le commerce. Ces collines sablonneuses ont quelquefois une partie de leurs flancs mise à na par le vent ou par la pluie, laquelle tombe rarement dans cette contrée, et lorsque cela arrive , on voit les cateadoies s'y porter avec avidité, et très souvent leurs espérances ne sont pas déçues. On peut appliquer au Copiap<3 et au désert d'Atacama ce que les habitants de Salta, dans les Provinces Argentines, disent de leurs terrains aurifères: dès qu'il pleut, l'or pousse comme le gazon, dans le sol de la Rinconada^).
M. Uomeyko, en parlant d'un minerai d'argent nouvellement découvert dans le territoire de Très Puntas, et dont la composition est identique, selon lui, avec celle du Polibasit de Oaiisamey analysé par Rose, dit: jvOn n*a tiré d'aucune mine du Chili, et peut-être du
Chercheurs de mines.
*) Petit district situé k Torient et sur la frontière d'Atacama. On8*j occupe du larage des terres pour en obtenir Tor.
monde, des masses plus considérables d*argent rouge antimonial pur et d'argent sulfuré aussi massif que de cette localité." Ce minerai, que le professeur de! Rio
appelle Plata agria kojosa, est un des plus riches du pays; mais, malheureusement, comme les moyens employés pour le traitement des minerais d*argent se bor- .nent en général à l'amalgamation, on le vend à vil prix aux étrangers, qui l'exportent pour le faire traiter en Europe. Tous les autres minerais d'argent auxquels on ne peut pas appliquer immédiatement ie procédé de l'extraction par le mercure, sont dans le même cas. Cependant les progrès que fait l'exploitation deviennent de jour en jour plus sensibles, comme on aura l'occasion de s'en convaincre, en examinant le tableau d'exportation des produits du règne minéral.
Quant aux mines d'or, il y en a dans un grand nombre de localités; mais elles ne sont pas, à beau* coup près, aussi importantes que celles de cuivre et d'argent.
L'or se trouve au Chili dans deux gisements bien distincts: en filons réguliers, comme les autres métaux, et en couches alluviales.
La situation géographique des Biens aurifères est ordinairement entre la chaîne centrale et celle de la côte. On en remarque, mais rarement, sur la pente de la chaîne andine, ce qui a fait dire aux mineurs du Chili que l'or recherche la chaleur; et l'argent, le froid. Il y a pourtant quelques exemples en contradiction avec cette règle: tel est le gisement d'or situé sur le penchant des Andes de Chillan et connu sous le nom de Cato. Sa richesse et le nombre de ses travailleurs, qui ont improvisé une petite ville de 4 à 5 mille habitants ^ méritent d'attirer les regards
et les ressources des spéculateurs. On y trouve de l'or en filons et en couches alluviales, mais on n'y a exécuté aucun travail de considération.
C'est sur des rochers granitoïdes qu'existent les filons aurifères dont la gangue n'est d'habitude que le quartz ferrifère.
Le Copiapô est encore la contrée qui, la première, a répandu la renonmiée de Tabondance de Tor qu'on a trouvé au Chili, car c est elle qui présenta aux Espagnols, du temps du conquérant Almagro, les premiers échantillons de ce précieux métal recueillis par les indigènes dans les terrains limitrophes du désert d'Âtacama. Les grandes excavations aux environs de l'ancien port de Copiapô, celles qui sont près de la ville capitale de cette province, celles de Jésus Maria et tant d'autres, qui ont été abandonnées, particulièrement après la découverte des mines d'argent de ChaSarcillo, prouvent qu'on dut se livrer auparavant avec beaucoup d'ardeur à Textraction de Tor. Chaque province comptait Tor de ses filons plus ou moins riches, plus ou moins travaillés, au nombre de ses richesses territoriales; aussi, en parcourant le pays du nord au sud, le long de la zone comprise entre la chaîne du centre et de la côte, on voit partout des traces des anciens travaux. Aujourd'hui, on s'adonne encore à l'exploitation des filons aurifères; mais jamais le rendement n'en a amené les énormes changements de fortune qui souvent ont été dus au produit des filons argentifères. Les districts aurifères les plus renommés sont AndacoUo et Petorca, dans la province de Coquimbo, Jaquil, en Colchahua, Chivato et Chuchunco, en Taica, et Cato, dont nous avons déjà fait mention.
L'or renfermé dans les couches d^alluvion est bien plus répandu sur la surface du territoire que celui qui a son gisement dans des filons, et on peut dire qu'il y a peu de terrains de cette nature qui ne recèlent, sous la couche d'humus végétal ou sur les détritus de sables et de rochers qui les couvrent, des parcelles d'or plus ou moins abondantes: La richesse relative de ces dépôts règle naturellement le degré de Texploitation, à laquelle les gens de la campagne se livrent quelque fois avec assez de succès. Pour obtenir l'or, ils écartent la couche supérieure, et lavent les sables et les terres gisant sur le sol qui a précédé le dépôt alluvial. Ces dépôts, que Ton connaît sons le nom de lavaderos ^), ont toujours donné le plus d'or. Dans les premières cent années après Tarrivée des Espagnols au Chili ^ l'or s'exportait en bien pins grande quantité qu'aujourdliui; ce n'est pas qu'il ait diminué considérablement, mais les moyens employés pour l'extraire ne sont plus les mêmes. Les conquérants, qui avaient en partage un grand nombre d'Indiens, leur imposaient comme capitation une contribution journalière d'une quantité déterminée de poudre d'or, et le propriétaire avait au bout de chaque mois, sans aucune dépense, une ample provision de ce métal précieux, objet de tant de peines et de larmes pour ceux qui le cherchaient. La province de Valdivia offre une preuve très convaincante de cette vérité. On y voit encore des collines entières dont la couche supérieure a été renversée, et l'on assure même qu'il existait dans ie village de Valdivia une
^) Localité où on te lirre au lavage.
maison où l'on battait l'or que la province produisait. «Tai vu ces excavations, j'ai fait examiner les terrains, et j'ai trouvé de Tor partout; mais l'extraction n'en paie pas la main- d'oeuvre.
On prétend qu'il existe beaucoup de mines de métaux précieux dans les montagnes de Villarica ^); jusqu'ici je n*ai rien pu savoir de positif à cet égard, parce que les indigènes cherchent à écarter tout soupçon de l'existence de ces trésors, qui leur deviennent toujours funestes.
Nous avons décrit,. en simple voyageur, les productions du Ghili dans les trois règnes de la nature. Nous avons signalé celles dont on fait usage actuellement et quelques unes de celles qu'on abandonne, et dont on pourrait tirer un parti avantageux. C'est au savant de faire des applications des objets déjà connus, d'en chercher d'autres qui doivent en être les annexes, et de dévoiler à l'humanité les richesses inconnues que la nature s*est plu à accumuler pour la science, pour l'industrie et pour le commerce, dans cet angle lointain de l'Amérique méridionale.
Nom que les Espagnols donnèrent» k cause de ses richesses minérale, \ une ville qu'ils fondèrenf» en 1552, sur le bord du lac du même nom.