INSTRUCTION HYGIÉNIQUE
Si l’action de ces remèdes a eu une influence favorable sur le colera-morbus , soit en régularisant la sensibilité , opprimée ou exaltée, soit en faisant cesser l’état rapide d’inflammation , il s’ensuit que les conseils d’hygiène que nous allons donner, pour être utiles, devront mettre en œuvre des moyens propres à agir dans le même sens, c’est-à-dire, en égalisant la faculté nerveuse, et en détruisant les prédispositions inflammatoires. Ils devront aussi modifier les airs et les lieux susceptibles d’être infectés ou de développer spontanément l’épidémie. En conséquence, peur s’en garantir, on doit, dans le cas encore fort douteux de son invasion, se conformer aux mesures de précaution suivantes :
l.° Être bien convaincu , à la ville comme à la campagne, que ce qui concourt le plus à l’entretien d’une grande végétation est précisément ce qui devient pour l’homme, le plus délicat de tous les êtres, un poison, une source de maladie; que toute la matière végéto-animale, en général, si favorable par son travail putride au développement des animalcules et des insectes, que tous les produits des animaux, dès qu’ils ne sont plus en possession de la vie , sont pour l’homme des foyers de destruction; qu 'ainsi on doit être très-exact à observer et à faire observer les lois sanitaires concernant les voiries, les boucheries, les marchés, les rues , les hôpitaux, les pr isons , lesroutoirs, les mares, les eaux croupissantes, etc. , tous ces endroits pouvant être l’occasion de maladies infectantes (1). Mais ceci est du ressort de l’autorité, elle doit être prévoyante;
(i) A cette occasion , je puis, après mille autres, citer tout ce qu’ont de malheureux pour les populations , les infractions aux règlemens de
2. " S’éloigner des lieux infectés, s’il est possible, et se retirer dans une contrée élevée, exposée aux vents, et d’un terrain sec et sabloneux. Pour ceux qui ne peuvent se déplacer, et ceslle plus grand nombre, le peuple, qu’il ne sorte de la maison qu après le lever du soleil , jusqu’à dix on onze heures, et depuis trois heures jusqu’à son coucher; la méridienne est bonne;
3. " Renfermé chez soi aux heures les plus dangereuses du jour; on tiendra fermées portes et fenêtres exposées au courant d air qui vient du lieu susceptible d infection, d’une mare à rouissage, d’un fumier, d’un dépôt de matières végétales tassées , d’une fabrique de produits de substances animales, etc Si le tems est pluvieux, ou l’atmosphère chargée de brouillards , on entretiendra du feu soit dans les chambres, soit aux portes et aux autres ouvertures; le feu neutralise les mauvais airs. — Dans toute autre circonstance,
l’hygiène publique. Dernièrement , je fus invité par le préfet du département à me rendre dans l’arrondissement de la Réole pour y observer une maladie épidémique qui sévissait depuis quelques tems dans la commune de Fon (et. Je me convainquis que la cause principale du mal (fièvres rémittentes pernicieuses) provenait de la malpropreté du bourg; des immondices placés presque sur le seuil de chaque porte ne pouvaient qu’infecter les maisons , aussi y avait-il des malades dans toutes. Dans les années à constitution épidémique aussi fortement prononcée que dans celle-ci , l’autorité doit redoubler de vigilance et de rigueur pour faire exécuter les ordonnances relatives à la salubrité publique. Le salut de tous en dépend. Ce n’est pas au moment du danger qu’il faut songer à l’éviter ; les moyens de précaution doivent être pris de longue main. C’est dans une grande et populeuse ville comme Bordeaux, et soumise aux influences des marées , qu’il faut de la prévoyance de la part des officiers publics chargés de veiller à la santé de tous.
i! faudra renouveler de teros en tems l’air de la maison, a no* ser souvent avec l’eau vinaigrée ou chargée d’un peu de chlorure de sodium. Mais cet arrosage ne devra point laisser d lmmidité; on pourra encore faire des fumigations, soit avec des plantes aromatiques , soit avec le gaz acide nitreux, ou toute autre substance, comme le goudron , la résine, etc. (»);
4. ° Le paysan évitera donc de travailler pendant l’ardeur du soleil ; mais il faut aussi qu’il ne remue pas une terre humide , qu’il ne creuse pas de fossés marécageux, ni qu’il aille couper du bois dans un lieu insalubre ;
5. ° Son travail ne sera point forcé comme dans une saison non-maladive; il prendra beaucoup de repos ; il ne dormira, lui ni personne, en plein air, ni la nuit, ni le jour, et particulièrement sur la terre humide : c’est après un sommeil fait lans ces circonstances , que se déclare ordinairement la maadie;
6. ° Eviter autant que possible le refroidissement , soit par
(i) Il est sans doute utile d’indiquer ici le moyen désinfectant le plus . ifir et plus simple que l’on connaisse, et que l’on se procure en même tems à peu de frais.
Prenez : 4 onces de sel de cuisine , i once de per oxide de man- •onè se que vous broyez ensemble ;
Versez sur ce mélange 2 onces d’acide sulfurique concentré , auquel /ous aurez ajouté préalablement 2 onces d’eau commune.
Cette combinaison faite, il s’élève une vapeur d’une odeur piquante, pii neutralise promptement les miasmes délétères qui se trouvent dans ’air qu’on respire.
Ou observe qu’il ne serait pas prudent de s’approcher trop du vase où ■e fait ce dégagement de vapeur ; on s’exposerait à contracter une toux ipiniàtre. — Ou conçoit , dès-lors , que l’opération doit se faire dans un ingle du lieu qu’on veut désinfecter , auprès d’une croisée ou dans une :heminée. .
la pluie ou par l’humidité; se tenir assez chaudement: la laine est bonne; changer souvent de vêtement et de chaussure; il faut ne pas laisser accumuler la poussière et les miasmes sur ses hardes , et avoir toujours les pieds secs et chauds;
y.° On fuira les grandes réunions ; le voisinage des étables est malsain; les cours, les écuries, les parcs, les poulaillers, etc., seront déblayés de leurs immondices tous les jours;
8. ° La propreté, si essentielle à la santé, et tellement négligée par les classes pauvres, doit devenir une obligation rigoureuse; se laver , se nettoyer le corps, les cheveux, changer de linge, sera un devoir de tous les jours; se baigner trèssouvent , se parfumer même avec des essences aromatiques, sont précautions utiles. — S’il y a des malades dans une maison, redoubler de soins pour les tenir propres ; placer les lits au milieu des appartemens, sans rideaux, fenêtres ouvertes aux heures convenables ; empêcher de cracher par terre , et emporter de suite les vases de nuit qui viennent de servir au malade;
9. ° Le régime alimentaire et des boissons doit être observé avec la dernière rigueur, surtout dans les étés chauds, comme celui qui se prépare , et qui se trouve sous l’influence d’une constitution épidémique. — On ne se surchargera point l’estomac d’une trop grande quantité d’alimens ; on se privera notamment d'alimens indigestes : en conséquence, on ne mangera point de poires, pommes , prunes , melons, concombres, champignons, navets crus et autres légumes de même espèce : les fruits de cette année sont du reste de mauvaise qualité. On pourra cependant s’en nourrir, avec la précaution de les faire cuire. — La nourriture sera bonne, mais sous un petit volume ; il faudra éviter les viandes fortes et trop faisandées, les viandes salées en trop grande abondance,
;t le poisson fumé. — On usera avec sobriété des mets épicés;
10.° On fera un grand usage d’eau pure, en boisson et en Dain. A Montpellier et dans la Piovence, où le colera-mor- : aus s’observe quelquefois, on emploie beaucoup et avec succès ce que les médecins de la faculté appellent limonade vi- ’ieuse , ici eau rougie. L’eau acidulée avec le vinaigre est en- :ore préférable : on pourrait en faire une boisson habituelle ; .1 corrige singulièrement l’eau qui est chaude ou de mauvaise qualité. Les autorités devraient prendra des mesures pour jue les pauvres n’en manquassent point. — Un peu de vin pur et une petite ration de café conviennent de loin en loin;
11.0 On ne sortira jamais à jeun le matin , et l’on ne se fatiguera point jusqu’à l’accablement par les travaux journaliers. = Dans le moment du repos , on s’abstiendra du plaisir le respirer le frais après le coucher du soleil , encore moins le se promener le long des eaux dormantes et sur un sol vaseux ;
12. ° Il serait bien qu’on fumât trois ou quatre pipes par i°ur : les hommes du tabac, les femmes de la sauge, ou toute autre substance aromatique. On établit "utour de soi une atmosphère qui peut neutraliser les modules d’air infectées;
13. ° On ferait bien de ne se permettre aucun des rapports qui jettent le système nerveux dans un état convulsif: les passions vives et la satisfaction outrée des sens sout dans ce cas ;
14. Cas spéciaux. — l.° Les individus atteints de phlegmasie chronique des voies digestives devront faire usage de lavemens et appliquer quelques sangsues au creu de l’estomac , ne boire que de l’eau pure , et s’abstenir de viande et de bouillon et soupe grasse; 2.° les individus à tempérament sanguin devront se faire saigner une et même deux fois ; ils se soumettront du reste à touf ce qui vient d’être
prescrit; 3." les individus à tempérament bilieux se feront appo^ei des sangsues sur le centre épiga-'trique ( creux de l’estomac), et pourront prendre un peu de sel neutre pour s’évacuer légèrement; 4.° les individus h tempérament nerveux prendront des bains et des lavemens frais, et s’abstiendront de tout ce qui pourrait le moins du inonde les surexciter.
J ai du établir ce paragraphe 14, parce que les sujets dont il est question sont, dans toutes les épidémies à forme pernicieuse, les plus mal traités.
15 ° Mais un moyen fort important pour éloigner le mal, et celui-là est le plus difficile dans une grande affliction, ce serait de ne point se laisser aller au découragement et au chagrin. Les malheureux, les pauvres, en sont peu capablesi c’est aux riches, aux forts, aux âmes pieuses à venir à leur secours.
Oui, les heureux de la terre, dans ces affreuses calamités , doivent, s’humaniser , doivent fraterniser avec les douleurs et les misères du peuple; car du peuple peuvent s’élever jusqu à eux les germes de la mort. Quand le mal vient d’en bas, il est terrible, il est implacable : personne alors ne peut s’en croire à l’abri. Ainsi, par sympathie et par amour de la conservation, que la classe supérieure soit prodigue de soins , de conseils, de secours de tous genres au profit de la classe inférieure : elle est pauvre et ignorante. — Le règne paisible des lois et l’aisance devenue spontanément générale , voilà les meilleurs préservatifs contre un fléau dont la crainte, il faut l’espérer , ne sera que chimérique.
iîorpeaux, imprimerie it lithographie de h. tays , ru* nu cahsrha5.