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DZ LA SATURE DE SA ZROPAG ATIOTf.
Il est inutile de rien préjuger sur la nature de sa propagation ; car, que le colera-morbus, à forme épidémique, soit contagieux ou non, les mêmes précautions sanitaires sont indispensables dans l’une et l’autre alternative. Cependant, comme il n’est pas essentiellement contagieux, quoique, dès qu’il est parvenu à un certain degré d’exaspération , il finisse par y faire croire, il est bon que les individus qui , à raison de leur santé et des lieux qu’ils habitent, sont à l’abri de ses atteintes, demeurent bien convaincus qu’ils n’ont réellement rien à craindre. On connaît les effets de la peur : le désordre où elle jette le système nerveux et les organes de la digestion, donnerait de la vraisemblance, ferait même croire à un danger à-peu-près imaginaire; par suite, les esprits, saisis de terreur, prédisposeraient réellement le> corps à subir les influences de la constitution épidémique. A Moscow, ceux qui ne se laissèrent pas aller au découragement, et qui ne suspendirent pas leurs affaires, échappèrent au fléau, à trèspeu d’exceptions près; les domestiques, les médecins et les soldats, chargés d’ensevelir les morts, ne furent nullement
ttaqués ; cette remarque s’est faite partout où l’épidémie s’est sncontrée. Ainsi donc, il importe beaucoup que chacun oit convaincu que la maladie n’est pas contagieuse, c’est -à ire de nature à se communiquer d’individu à individu par es rapports médiats ou immédiats , tels que l’attouchement es malades ou de leurs vêtemens , ou l’exhalaison infecte ui se dégage de leurs corps.
Les affections qui se gagnent de la sorte ( par contagion ), nt une pénétration franche et directe , et ne font excepion ni des lieux ni des personnes, quant au genre de vie u’elles mènent. Elles peuvent trouver des résistances, mais lies finissent par les vaincre. Lorsqu’elles ont une tension à e propager au loin, elles ne franchissent pas les distances, •ar elles n’ont rien d’irrégulier dans leur mode d invasion, ’our quelques-unes, il faut un certain état de l’atmosphère ; nais l’atmosphère , pour cela , n’a rien de malfaisant ; elles l’exigent aucune prédisposition morbide. Quant au coleranorbus, et à toutes les épidémies qui lui ressemblent, sous e rapport des symptômes, et surtout par la nature des canes , c’est antre chose. On va voir que sa marche n’indique ias le caractère contagieux.
Aux différentes époques de l’épidémie colérique , les Indigènes seuls furent atteints, et les Parias, généralement plus faibles et plus misérables, périrent en grand nombre, foudroyés pour ainsi dire au début, tant le mal était violent. Les Européens, en général, doivent leur salut à la commodité de leurs maisons, et surtout à un régime meilleur ; car ceux ]ui vivent à l’Indienne ne sont pas exempts. L’âge, ni le sexe n’établissent de distinction , s’il y a prédisposition. Dans Asie Mineure, en Russie, et partout où elle a pénétré, ce sont toujours les indigens qui ont été frappés ; et quoiqu’on
ait pu penser, le colora n’est pas capricieux dans le choix de ses victimes. En cela encore, il diflère des affections contagieuses qui atteignent indistinctement tous les individus. Le mal indien attaque de préférence les infirmes, les valétudinaires et les porteurs de gastro-entérites chroniques; si ceux que semble garantir une santé forte ne sont pas épargnés, cest que chez eux il y a un haut degré d’inflammabirlité. Les villes et les villages pauvres, populeux et défavorablement situés, devenaient de véritables foyers d’infection. Les positions topographiques qui ont paru les plus aptes au développement et aux progrès du mal, sont, nous l’avons déjà signalé, le lx»rd des fleuves, le littoral des mers et le voisinage des marais. Ainsi, négligeant de parler de sa marche vers l’orient, on a vu le colera-morbus suivre opiniâtrement le cours de 1 Indus, du Gange, et celui de toutes les rivières de l’Inde. Il gagne la partie occidentale du Coromandel , en longeant les rivières qui viennent aboutir au Gange; on le voit éclater à Madras et à Pondichéry , suivre la côte du Malabar , et arriver à Bombay; de là, se jeter sur le golfe Persique, et remonter l’Euphrate et le Tigre, pour sévir plus tard sur les bords de la mer Caspienne, où débouche le Wolga , à rembouehure duquel est bâti Astrakan, et sur les bords putrides de la Mer Noire, où se rendent le Don et le Dnieper. Par la voie de ces grands fleuves, et par l’embranchement des rivières qui s’y jettent, on peut concevoir l’invasion du sol marécageux de lu Russie par le fléau indien. Une maladie contagieuse suivrait-elle une marche semblable, et pour ainsi dire systématique? Non ; jamais la contagion ne fut l’objet d’une pareille remarque, et ce qui suit ne saurait s’appliquer aux maladies de ce genre.
On a vu le colera-morbus franchir plusieurs points sur la
'ne de son trajet, ou décrire un cercle complet autour d un ?u sans y pénétrer d’abord, puis s’éloigner; de sorte qu’on >uvait se croire hors de danger , lorsque , dans l’un et l’aue cas , il revenait tout-à-coup , plusieurs semaines et même usieurs mois après, ravageant uniquement les alentours, à L’on s'était déjà réjoui d’avoir échappé à ce fléau. On l’a icore vu remonter et descendre assez loin une des rives d’un euve, puis s’arrêter subitement, sauter l’autre rive , et là ^commencer ses ravages.
N’est-il pas évident que les localités épargnées d’abord, ne avaient été que parce qu’elles n’étaient pas suffisamment réparées pour développer les germes de l’infection colérique? L’est— il pas évident que d’autres localités intermédiaires peuent être invulnérables , telles que celles qui sont dans une égion élevée , lors même que la base est assise dans une alrtôsphère malsaine?
Expliquons maintenant ce qu’on doit entendre par infecion , et ce qu’il faut penser de son mode de transmission.
Si des lieux si des villes , si les bords marécageux des fleu- /ès,si des plages marines, aidés de causes fortuites , recèlent es conditions propres à faire naître spontanément le eoleramorbus et à lui donner le caractère épidémique, il faut reconnaître aussi que les grandes réunions d’hommes contiennent des élémens plus susceptibles encore d’augmenter sa gravité , sa violence. Comment, d’abord , garantir ces grandes agrégations des inconvéniens qui y sont attachés? Commeut faire que la malpropreté, des exhalaisons putrides , les veilles, les fatigues, les bivouacs, les excès, les privationsde tout genre, ne marchent à leur suite? La vie ne peut s’accommoder de ces misères ; elle est à la gêne là où les individus sont obligés de vivre pêle-mêle; là où tout s’altère, jusqu’à l’air qu’on res-
pire , les élémens de maladie ne tardent pas à naître : c’est ce que l’on voit encore trop souvent dans les camps , les prisons et les hôpitaux , que l’on entoure cependant des précautions les plus sanitaires. A plus forte raison doit-on considérer les armées et les caravanes qui circulent sur le continent asiatique comme ayant contribué puissamment à la propagation du mal colérique. C’est par Orem bourg , ainsi que nous l’avons déjà dit , qu’il s’est introduit en Russie , avec une caravane nombreuse d’hommes et de chameaux , qui venait de l’intérieur de l’Asie ( i ) ; et si cette tribu nomade n’a point été suspectée sur le territoire russe comme atteinte du mal dont elle portait le principe, c’est que ses haltes n’étant pas longues, ni ses marches forcées, le développement n’avait pu s’en opérer. C’est sur les bords de la mer Caspienne, sur une terre marécageuse, que ce principe devait porter ses fruits, que l’épidémie devait écl ater , et que son infection devait grandir et rayonner vers l’Europe.
Mais c’est au milieu des armées surtout que se forment les fovers d’infection les plus actifs. Ces corps ambulans les portent partout , en créent partout , et les disséminent au loin. Aujourd’hui, plus que jamais, c’est par les armées que se propage le eolera-morbus. Nous lisons que les anciennes épidémies furent moins générales que celles de 1817 , parce que, dans le teins qu’elles régnèrent , toute l’Inde n’appartenait pas comme aujourd’hui à un souverain ; de grandes armées
(l) Ces caravanes sont établies depuis l8i3 , entre Bouldiara , entrepôt commercial du centre de l’Asie, et la ville d’Orembourg. Ccg populations voyageuses sont de trois à quatre mille âmes, et d’autant de chameaux ; elles transportent dans les provinces de la Russie occidentale les marchandises du Thibet , du Caboul et de l’indoustan.
ne traversaient pas le pays dans toutes les directions; les communications étaient bornées; on ne voyait pas, comme aujourd’hui , des olïiciers anglais avec leurs suites , qui sont toujours nombreuses, partir de Calcutta pour aller à Bombay. C’est sur de tels faits, et il serait facile de multiplier les citations , qu’est fondée l’existence des loyers d’infection et leur manière de s’étendre à d’autres lieux. N’avons-nous pas vu précédemment que c’est par un corps de cavalerie russe que le colera-morbus a pénétré en Wo!hinie,en Podolie et dans la Gallicie autrichienne?
Puisque le colera-morbus ne se transmet pas par contagion, en vertu de quel moyen gagne-l-il des populations entières, franchit-il de grandes distances? Nous l’avons déjà dit , c’est par infection ; c’est-à-dire, par la propagation d'un principe matériel d’une nature inappréciable, qu’il soit répandu dans l’air ou qu’il soit dégagé d’un corps qui en est souillé, et , dans les deux cas , susceptible de se développer là seulement où les conditions nécessaires existent; de même que les semences d’une plante ne peuvent germer que là où le sol est approprié. Les conditions nécessaires sont l’humidité et la chaleur , conditions absolument inutiles pour les effets delà contagion. Le froid et la sécheresse n’arrêtent pas les maladies essentiellement contagieuses , mais certainement celles qui ont lieu par infection ; aussi ces dernières n’éclatent-elles que vers la fin de l’été et le commencement de l'automne, époques presque toujours chaudes et humides. Si pourtant le colera-morbus a persévéré en Russie, malgré le froid, ce n’est que par un cas exceptionnel qui s’explique par l’entretien de la chaleur artificielle, au moyen des poêles, dans l’intérieur des maisons, et des pelleteries dont toutes les classes font usage.
L’existence d’un principe infectant matériel ne peut être
révoquée en doute : ce n’est que par lui qu’on peut expliquer certains phénomènes. Une armée anglaise , dans l’Inde, campée sur les bords du Betoah, est décimée par le colera-morbus; elle traverse le fleuve , le mal cesse aussi promptement que son invasion avait été subite : elle avait déserté l’air qui le tenait en suspension. Les phénomènes météorologiques peuvent le chasser d’une localité ravagée par l’épidémie , ou bien le porter sur une autre, où cette maladie ne tarde pas à éclater. A Kulladjy , elle régnait parmi les canonniers à cheval de la compagnie; un orage violent survint, il n’y eut plus un soldat qui tombât malade. Le lecteur n’a pas oublié que nous avons relaté qu’à Manille, trois jours après un ouragan terrible, elle se déclara et fit une quantité énorme de victimes. La matière contagieuse n’est pas ainsi à la merci des perturbations de l’air.
Dégagé d’un corps souillé, ce principe d’infection peut pénétrer d’autres corps et être transporté, par toutes sortes de hardes , dans un lieu fort éloigné de celui où la pénétration s’est faite : ainsi, cette importation est constatée par l’attérage des bâtimens. S’il est rare que la maladie se manifeste à bord des navires, la vivacité de l’air de la mer et d’autres circonstances s’y opposent sans doute; et si, au contraire, elle éclate le plus ordinairement en touchant la terre, c’est que là les germes tombent au milieu des conditions que nous avons si souvent signalées comme propres à les féconder.
D’après cela , faut-il considérer comme contagieuse l'épidémie colérique qui désola l’île de France et qui pénétra à Bourbon en 1821 ? Non, sans doute ; et quoiqu’on ait pu penser de la manière dont elle déborda dans ces localités , les individus qu elle frappa décélèrent uniquement le caractère de l’inludion. Les gens riches, sobres, d’une bonne santé et logés
sainement, furent généralement épargnés ; la classe pauvre fournit seule les victimes, et la mortalité fut grande : elle l’eût été bien davantage si le mal se fût communiqué par le contact et avec la même vivacité; car les maîtres et les escla* ves ne manquent pas d’avoir des rapports très-fréquens.
En dernière analyse, que le colera-morbus puisse acquérir un assez haut degré de virulence pour prendre des semblans contagieux, ce n’est pas douteux, surtout lorsqu’il est arrivé que , par l’activité énergique des causes , les animaux euxmemes ont été atteints, ou lorsqu’il vient à coïncider avec des maladies pestilentielles , comme cela s’est passé dernièrement à Bombay et à Madras, et aujourd’hui aux environs de Téflis, où , dans un rayon de quelques lieues, il a péri , dans un an, 30,000 individus; mais sa nature n’est pas réellement contagieuse ; cela nous paraît démontré. Je conçois, néanmoins, que quelques médecins se soient mépris sur son véritable caractère : prévenus en faveur de la contagion, ils ne manquaient pas de motifs plausibles pour se laisser aller à cette croyance ; ils en étaient convaincus, ils l’ont écrit, et leur autorité a fait foi. Quand un homme, sans s’inquiéter de la manière dont il observe, dit j’ai vu, il n’en faut pas davantage pour établir dans son esprit la conviction la plus
I absolue; et cette conviction , il finit par l’imposer aux autres avec plus d’assurance.
Enfin , nous voilà arrivés à nos conclusions : déduites en toute rigueur de l’interprétation des faits nombreux que nous avons mis sous les yeux du lecteur, nous devions arriver inévitablement a considérer la matière sous un point de vue d’économie politique; tel a été , en effet , notre but dès le commencement de ce Mémoire : pour lors, tout ce qui pouvait
nous détourner de cette pensée devait être écarté avec soin. Par là , se trouve justifiée la réserve que nous avons eue à l'égard d’une foule de détails et de développemens techniques , relatifs , soit à la nature , au siège et aux symptômes du colei a-moi bus , soit meme aux moyens curatifs et préservatifs qui ont été indiqués et employés toujours avec si peu de fruit. Le moindre des inconvéniens qui aurait pu en résulter, c’eût ele leui inutilité. Mais, si nos craintes, pour le moment assoupies, venaient à se réveiller, si elles devenaient plus pressantes, alors nous reviendrions avec empressement sur ce sujet, car nous n’aurons pas oublié que l’Europe n’est pas entièrement affranchie de ce fléau , et qu’il peut, comme le phénix , renaître de ses cendres (i).
Puisque le colera-morbus ne peut exister épidémiquement que là ou se trouvent les causes essentielles à son développement , puisqu’il n’atteint que les individus qui sont dans un état de prédisposition nécessaire (et ces circonstances lui font perdre son caractère contagieux, la contagion n’admettant aucune différence dans les lieux et les personnes ) ; puisque sa propagation a lieu par continuité et similitude de localités , et à de longues distances , par le transport d’un principe matériel infectant, et que ce principe ne peut germer que là ou se rencontrent des causes fécondantes et des organisations prédisposées , il est évident que, dans les lieux où aucune de ces conditions n’exi-te, les populations doivent être rassurées, dans le cas où les progrès de l’épidémie ne connussent point de limites. Elles ne doivent rien craindre : le feu , poussé par le vent , n’est fatal qu’aux substances inflammables. Mais que la maladie ait éclaté dans l’Inde, là est le berceau des éléinens
(i) On conçoit que ce Mémoire a été composé avant que le coleramorbus n’ait pris un nouvel élan.
i qui l’engendrent ; qu’elle ait parcouru dans tous les sens la grande et la petite Asie et ses terres insulaires , nous avons vu que tout y favorise ses dévastations et sa virulence ; qu’elle soit venue en Russie et en Turquie; qu’elle ait touché à la Gallicie autrichienne et à quelques provinces de l’est de la Pologne, et, aujourd’hui meme, qu’elle soit dans les troupes russes et dans l’armée polonaise , au sein de Varsovie et à Dantzick , il n’y a rien d’étonnant : ces contrées sont les plus marécageuses de l’Europe , la fonte des neiges y entretient un ciel humide , des mares immenses et des fleuves nombreux et u considérables. L’industrie humaine n’ayant rien fait pour assainir les terres, les eaux y croupissent et les forêts y croissent à corrompre l’air ; les populations y sont pauvres, misérables et ignorantes , et conséquemment incapables de sentir distinctement la nécessité de sortir d’un état si contraire au libre développement des facultés humaines.
Ainsi, la propagation du colera-morbus se conçoit aisément à travers les provinces orientales de l’Europe, puisque i tout ce qui l’a favorisée au Bengale s’y trouve réuni : tout , i excepté ce soleil du Gange, qui donne aux causes génératrices du fléau cette activité âcre et dévorante d’où naît la faculté malheureuse, inhérente à l’infection, qui la fait rayonner sur les régions les plus éloignées.
Mais qui garantira doue les autres contrées européennes de l'épidémie colérique, si des circonstances extraordinaires , si des perturbations atmosphériques insolites , ou une longue guerre et toutes ses misères, en secondaient l’invasion ; si lélan epidemique qui lui a été donné à son origine avait reçu assez d’énergie pour la faire déborder sur tous les pays? Car j ces contrées sont éclairées par le même soleil qui luit sur les ! plaines de Moscow ; car elles sont liées parles mêmes rivières
qui se rendent dans laoner Noire et la Baltique. Qui les garantira? La main de l’homme; cette main , que nous avons vue tout-à-l’heure faible et stupide, parce qu’elle était esclave , à-présent est forte et intelligente , parce qu’elle a rompu ses entraves.
L’Europe occidentale est couverte par des peuples en qui l’instinct de la conservation a révélé progressivement le but de la civilisation. A des degrés dilférens , ils ont , par leurs lois , leurs lumières et leur industrie, affaibli ou détruit sur le sol toutes les conditions qui , dans une circonstance donnée, pouvaient développer parmi eux des germes de mort. Ils ont desséché des marais , abattu des forêts , travaillé la terre; ils ont exercé leur intelligence , et se sont rendus propices des localités qui les repoussaient ; ils ont amélioré le matériel de l’existence pour corriger des défectuosités organiques qui leur venaient des airs , des eaux ou des lieux ; ils ont cultivé dans leur ame tous les sentimens d’ordre et de liberté , seule voie qui conduise l’homme vers tous les genres de prospérités , et les peuples vers la civilisation , qui n’est que la garantie et l’accroissement de ces prospérités. Les efforts humains ne sont donc pas illusoires ; ils agrandissent donc le bien-être de l’homme. Oui , les nations les plus policées de l’Europe , c’est-à-dire, les nations libres, par une prévoyance qui est toujours en raison de la liberté dont ils jouissent , se trouveront armées contre le fléau épidémique. Il n’est, sans doute, au pouvoir de personne de l’arrêter ; mais la calamité passant sur des pays assainis et sur des populations heureuses , s’usera et s’éteindra faute d’aliment. Ou il y a des effets sans cause, ou tel sera le résultat auquel on doit s’attendre dans le cas d’évènemens possibles.
Ainsi, l’Europe du XIX. c siècle, l’Europe policée, pour-
rail être envahie par une de ces épidémies vastes , par 1 étendue et la durée, comme il en survenait dans le moyen âge, qu’elle serait aujourd’hui à peine effleurée ; tandis que , dans ses tems de ténèbres et d’esclavage, elle se voyait dévastée, province par province, avec une lenteur ordonnée et terrible. Il est vrai qu’alorsla même misère , la même stupidité régnaient également en tous lienx. Aucun coin de terre n’etait à l’abri des affreux malheurs qui ont pesé sur elle à différentes époques. On a conservé la mémoire d’un épidémie pestilentielle du VI.® siècle, qui, partie des côtes d’Afrique, la visita pendant cinquante-deux ans. Dans ce tems, la police médicale et l’hygiène publique étaient sans vigueur-, elles étaient impuissantes , si même elles étaient connues ; car aucune mesure sanitaire n’empêcha dans la suite que plus j sieurs autres épidémies n’envahissent l’Europe; et l’on a notamment une histoire très-détaillée de la peste qui la ravagea en 1450. Elle commença dans l’Asie-Mineure , et de là gagna successivement l’Italie, la Hongrie, l’Allemagne , la Belgique, la France et l’Espagne; en deux mois de tems, elle enleva 1 60,000 individus à Paris. — Comme on le voit, c’est toujours l l’Orient, c’est toujours l'Afrique , qui répandent en grand la mort sur la terre d’Europe. Mais nulle fraction du globe n’a été aussi fatale aux populations que l’Egypte, vaste foyer de fermentation putride , où s’engendre la peste , et d’où ses miasmes infects sont importés par la Méditerranée. Oui , l’Égypte, qui, aux beaux jours de sa gloire, de sa prospérité, de sa civilisation , ne connut jamais cette plaie, aujourd’hui en est dévorée , et cela depuis quelle est tombée sous le joug fanatique de Mahomet, c’est-à-dire, depuis qu’elle a cessé I d'être policée : exemple éclatant, qui, seul, doit suffire pour prouver à ceux qui sont chargés de la destinée des
hommes, qu’on ne luit pas rétrograder une nation sans lui faire perdre tous ses biens , et jusqu’au sentiment de sa conservation , puisqu’elle peut voir avec indifférence se développer dans son sein des principes de mort , tels que ceux qui se manifestent par des calamités épidémiques ; exemple éclatant, qui prouve aussi que c’est aux progrès de la civilisation qu’il faut rapporter , sans nul doute , la destruction des causes qui sont incompatibles avec l’existence , la santé et le bonheur des peuples.
Finalement, l’induction la plus directe h tirer des considérations précédentes, celle qui doit le plus concourir à raffermir la sécurité publique et à calmer les craintes qui peuvent agiter la population française à l’idée d’une invasion du roleramorbus , rendue tous les jours moins impossible par la prolongation de la guerre d’indépendance des Polonais; c’est que, dans cette cruelle supposition , l’épidémie colérique trouverait en réalité très-peu de prise sur une terre remuée, travaillée, assainie par des mains libres, par l’industrie agricole et par une longue civilisation toujours en progrès; sur des hommes dont les habitudes sont bien entendues , dont les goûts, réglés par un instinct bien senti de la vie , ne prédisposent jamais les organisations d'une manière lâcheuse , et dont l’action gouvernementale s’est montrée constamment prévoyante, et éclairée. Que si, cependant, le mal pouvait avoir une activité assez pénétrante pour atteindre quelques localités , quelques individus , c’est seulement sur les bords des fleuves, sur des terrains bas , humides et marécageux, qu’il pourrait d’abord se montrer. L’embouchure de la Gironde, de la Loire , du Rhône , etc. , et plusieurs lieues de côtes sur l’Océan et la Méditerranée , seraient favorables à son développement ; Rochefort, Aiguemortes, ou des localités seni*
blables , deviendraient alors des foyers d’infection -, car l’assainissement des lieux n’y est pas complet ; et leurs habitans , la plupart d’une nature en quelque sorte maladive , puisqu’il en est peu qui n’aient éprouvé, à dilférentes époques , plusieurs accès de fièvre ( là elles sont endémiques) , seraient infailliblement les premiers frappés.
Mais cette atteinte, toujours fâcheuse , ne serait pas mortelle : des mesures sanitaires prises d’avance en auraient affaibli l’acrimonie. Cependant cette prévoyance ne serait encore qu’humaine , et le fléau peut la déborder Il n’est
point contagieux (i); les migrations, moyennant quelques précautions , seraient facilitées : dans un pays libre et heureux, les hautes plaines , les contrées montagneuses battues par les vents et arrosées par des eaux vives et courantes , sont hors de la portée du colera-morbus.
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(l) Tous les jours les preuves de la non-contagion du colera-morbus se multiplient. Les médecins français qui se sont rendus à Varsovie mettent ce fait hors de doute par les expériences qu’ils ont faites. Ils ont ouvert et disséqué un grand nombre de colériques , se sont piqués plusieurs fois, et ont respiré 1 haleine de plusieurs centaines de malades sans être contaminés ; enfin le docteur Foy s’est inoculé le sang d’un individu infecté, il a goûté des matières vomies, et sa santé n’a été nullement altérée. Comment concevoir , d’après cela , que le colera-morbus soit contagieux ?
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