‹ Essai sur le collectionnismeChapitre 11 sur 54 · Bonnafé, Causeries, p · texte numérisé non relu

Bonnafé, Causeries, p

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fait que les objets recherchés, pour faire partie d’un ensemble, et n’existant que pour lui, n’en conservent pas moins leur individualité. Ils ne sont pas entassés pêle-mêie, au moins dans l'esprit de leur proprié. taire, et chacun possède son signalement, est recherché ou conservé à cause de ses caractéristiques, par lesquelles il se distingue de ses voisins.

À ce titre, nous savons un amateur d’ivoires, qui cherche par une exception à confirmer la règle. Il garde, en effet, deux « Christ » absolument identiques et admire ce fait unique d’une pièce double, effec-

tuée à la main.

IT. Réalisation objective

Ayant vu les conditions psychologiques qui nous semblent primordiales dans le collectionnisme, nous allons maintenant considérer leur retentissement matériel, c’est-à-dire les traits généraux de l’objet collectionné.

Le premier découle de la notion de série. Nous avons noté le besoin de classification des objets possédés, leur individualité. Chacun représente un élément distinct qui a sa place assignée dans l’ensemble, Cette ordonnance, en général, est réglée par des faits étrangers à la volonté du collectionneur : il la subit cet s'y adaple volontiers. Elle résulte de la production des objets recherchés, et, d’une manière très générale, ce n’est pas lui qui les crée : il cherche

seulement à les rassembier, sa création c’est leur

PAM ET Pa

groupement. Maisille veut aussi complet que possible, et l’on peut, à ce propos, répéter que, lorsque une acquisition nouvelle s’incorpore à la collection, elle a sa place marquée d’avance, sa fiche est déjà établie.

Le désir de compléter un groupement ne tient guère compte des qualités réelles de l’objet. Il faut et il suffit qu'il soit présent. La Bruyère, decrivant le collectionneur d'estampes, fait très justement dire à Démocède (1) : « J’ai tout Calot, hormis une seule qui n’est pas, à la vérité, de ses bons ouvrages, au contraire, c'est un des moindres, mais qui m’achèverait Calot; je travaille depuis vingt ans à recouvrer cette estampe, et je désespère enfin d’y réussir. Cela est bien rude ! »

Le caractère d’individualité de chaque objet nous explique dès lors la notion de l’exemplaire. Chacun doit être distinct des autres, si voisins qu'ils puissent paraître ; tout entrant dans la collection s’adjoint aux précédents, mais ne se superpose pas. Il peut bien, par ses qualités de réalisation ou de conservation, être supérieur à tel déjà possédé. Il a conc sa raison d’être admis, mais pour remplacer l'autre, qui devient un double. Dès ce moment le deuble ne figure plus dans la collection et, en général, «st considéré comme négligeable ou comme moyen : échange.

Ce fait est assez particulier, et un Bibliophile, bien

plus ami des livres que collectionneur, nous disait : \

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