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«J'ai beau en avoir un certain nombre en double, je ne puis me résoudre à m'en défaire ; je ne suis pas né pour vendre. »
Cette tendance à la complétude, jointe aux difficultés de réalisation, explique la limitation à un groupe, d’étendue particulière pour chacun. Il existe, à cet égard, des variations individuelles considérables, pouvant aboutir à la spécialisation la plus minutieuse. Parfois, elle entraine la négligence et le mépris complet pour lout ce qui n’est pas de la spécialité ; témoin cet amateur de frontispices qui, au début du siècle dernier, mutilait les livres qu’il se procurait pour ne conserver que les images. A l'ordinaire la systématisation est moins exclusive; elle est l’objet d’un goût particulier, d’une recherche élective plus absorbante, au milieu d’un intérêt plus éclectique. Chacun connaît cet auteur, bibliophile judicieux, qui s'attache tuut spécialement à réunir les diverses éditions de Paul et Virginie.
On pourrait, dans cette étude objective, distinguer les collections à série matériellement limitées, qui peuvent, au moius théoriquement, arriver à être complètes, de celles où le groupement ne peut jamais être parfait. À la première catégorie se raltachent, par exemple, les éditions d’un auteur, les monnaies, les limbres-poste. Dans le second cadre, rentreraient les reliures, les tableaux, les cartes postales, pour ne citer que celles-là.
En fait, dans l’un et l’autre cas, la tendance est comparable, et, si un collectionneur est arrivé à
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compléter une série, vaste ou restreinte, il ne s’en tient pas là et s'attaque à une nouvelle.
C’est que, en effet, par suite de l’activité et de l’émulation qui le caractérisent, il est encore soumis à un autre besoin, la recherche du plus grand nombre. Il faut acquérir toujours davantage, toujours du nouveau, et l’un des deux modes d'évaluation d’une collection est d’ordre numérique : on dit queM. X... possède tant de pièces.
Ce moyen n’est pas le seul, avons-nous dit, et le second est fonction de la rareté. Elle dépasse de loin, pour le collectionneur, toutes les autres qualités et représente l'élément d'appréciation essentiel ; elle lui vaut des reproches fréquents dans le goût de celui-ci (1) : « Vous en aimez le corps [des livres] et moi j'en aime l’âme. »
La rareté est conditionnée, évidemment, par la production limitée des objets recherchés, leur ancienneté qui explique la difficulté de conservation, et surtout de conservation dans leur état originel. A cela s’ajoute bien la notion des qualités intrinsèques, mais surtout des qualités de réalisation d'ordre technique, et, peu, la valeur des matériaux constüituants ou la perfection esthétique et intellectuelle. Le point le plus élevé où elle puisse atteindreest constitué par l’exemplaire unique, et lon cite ce bibliomane qui acheta et détruisit un livre ancien identique
à l'ouvrage qu’il possédait, pour que celui-là rest