‹ Essai sur le collectionnismeChapitre 30 sur 54 · Asselineau, p · texte numérisé non relu

Asselineau, p

— à — en sous-entendant « éclairé »,réservant le collectionpisme pour les autres. Ainsi, le collecteur de livres ne veut pas être pris pour un bibliomane, mais bien pour un bibliophile ; il n’est pas toujours possible de lui rendre justice.

Les jugements sur la rareté que portent ces groupements sont fixes et variables, selon les cas. Les premiers constituent la tradition, les autres plus ou moins influencés par l'intérêt des marchands, représentent les fluctuations de la mode.

A ce propos, nous ferons observer que les commerçants sont peut-être ceux qui possèdent sur le collectionneur la meilleure connaissance psychologique, de nature empirique. Aussi savent-ils en user. Ils sentent, pour chaque catégorie, quel est le mode de présentation le plus tentateur, le procédé de discussion le plus encourageant, au besoin, le sacrifice,réel ou fictif, qui engage le mieux. Du reste, pas mal de collectionneurs ne l’ignorent pas, mais ne manquent guère de s’y laisser prendre. L’amour-propre est un levier auquel ils sont particulièrement sensibles : le rabais consenti, avec un banal éloge de son bon goût, suffit à déterminer plus d’un acheteur récalcitrant.

Comme tout autre, la passion collectionnante peut s’accompagner d’un sens moral peu développé. Cette coïncidence ne manque de se produire dans certaine proportion des cas. Selon sa situation, le collectionneur en usera différemment ; s’il occupe une situation publique élevée, l'abus de pouvoir

no —

servira son acquisivité, et Verrès nous en à laissé l'exemple le plus puissant. Dans une position plus modeste, il aura recours à des indélicatesses d’une moindre proportion.

Ce qui est, chez certains, à noter, c’est la dissemblance entre les principes éthiques et leur application à la conduite générale, d’une part, et leur négligence avouée,en tout ce qui touche le collectionnisme. L’habitude de la lutte, de la ruse semble, à leurs yeux, justifier tout procédé à l’égard du rival ou du marchand, en somme de l’ennemi. Parfois les notions élémentaires de probité disparaissent sur ce point, alors, nous le répétons, qu’elles semblent normalement diriger le reste de l’activité. On connaît la fréquence des emprunteurs de livres qui ne restituent jamais, mais certains cas en sont particulièrement remarquables. Ainsi cet homme qui, occupant une fonction publique en vue, refusait à un de ses amis de lui prêter quelques livres, malgré toute son estime et sa confiance en lui, disant : « Je sais trop bien ce qu'ils deviennent ; ainsi voyez cette bibliothèque. Eh bien, ce sont des ouvrages que l’on m'a prêtés. » Il y a désaccord entre un tel aveu, l’exaclitude de ce qu’il implique et la conduite générale du personnage.

La notion en est classique, et se trouve résumée par F. Voisin : «Il est sage de se défier de toutes des têtes à manies et à fortes passions. Tout amateur esi dangereux : tel individu, incapable de dérober à qui que ce soit une obole, volerait sans répugnance

et sans scrupule dans nos collections une lettre autographe, un livre rare(1)...»

Sans avoir constaté uue pareille généralité du fait, il s’en faut, nous savons néanmoins l'existence de ces actes anti-sociaux ; ils peuvent déclencher une action judiciaire.

Examinés du point de vue médico-légal, ils nous paraissent de simples cas de délinquance. Les collectionneurs pratiquent surtout le vol, l'abus de confiance ; soit pour des motifs purement utilitaires, comme, jadis, le fameux Libri, soit pour la possession pure et simple d’un objet désiré. Mais, de toute façon, il s’agit d'individus possédant un développement intellectuel, des no‘ions morales, une connaissance des obligations sociales, et un jugement suffisants pour pouvoir rendre compte à la justice de leurs actes et encourir les sanctions qu’i's comportent. |

D'autre part, il est bien certain, que, au sens psychologique, ils sont mus par un entraînement irrésislible, et, partiellement, inconscient, au moment même où les attire le désir paroxystique. Mais à n’envisager l’action légale qu’en vue de la répression et, dirons-nous, de la prophylaxie sociale, elle parait devoir être opérante vis-à-vis des collectionneurs voleurs, malgré les excuses que l’on a pu invoquer pour l’acte passionnel.

Aussi,admettant que la passion Collection ne suffit,

Page 1