Voisin, Entendement humain, p
H. Codet 4
à elle seule, en dehors de toute tare mentale à justifier l'impunité, considérons-nous le collectionneur délinquant comme responsable. A ce propos, nous nous rangeons pleinement à l’opinion formulée par Marc, à propos d’une espèce assez particulière (1).
(Obs. 120). «J'ai connu un célèbre anatomiste, fort désintéressé d’ailleurs, propriétaire d’une riche collection d'anatomie pathologique, qui ne rêvait que la possession d’une tête dont les mâchoires étaient ankylosées, et qu’il voulait, à tout prix, soustraire d’une collection étrangère dont elle faisait partie. Il donna à cet effet ses instructions à un élève qui devait se rendre dans la ville où se: trouvait cette tête tant désirée ; mais elles ne furent pas exécutées. Cet élève, c'était moi. Certes, si la soustraction eût été seulement tentée, et que la tentative eût été découverte, ni le professeur, ni l'élève, n’eussent été dignes d’excuses devant la loi. »
Bien entendu, rappelons-le, nous n’entreprendrons pas la description pittoresque de toutes les formes, sous lesquelles se réalise le collectionnisme : on peut rencontrer absolument tous les objets capables de constituer une série.
De même nous n° esquisserons pas le tableau des types plus ou moins originaux de collectionneurs ; en effet, le goût de la collection ne nait pas et n’évolue pas indépendant, pour son propre compte chez un individu. Il s'associe, se combine avec
1, Marc, p. 259.
ND
toutes ses autres tendances et, de cette sorte d’interférence mentale, résulte le caractère du collectionneur. Nous avons signalé, en passant, par exemple, le collectionnisme vaniteux,avare,expansif,renfermé, etc. Tous les cas particuliers peuvent s’observer.
Nous voulons seulement attirer l'attention sur deux formes spéciales. La collection, avons-nous dit implique l’inutilité, le désintéressement utilitaire, elle exclut le commerce. Il n’en est pas moins vrai qu’on peut la voir réalisée chez certains marchands, dans leur spécialité même. Ils font alors la distinction très nette entre les objets de vente et ceux qu’ils conservent, le métier et le plaisir. Le sentiment se monire, dédoublé, lorsqu'ils se trouvent contraints, par nécessité professionnelle, de se désaisir de telle pièce qu'ils aimeraient garder. Un bouquiniste, de cette sorte, s’écriait devant l'amateur qui marchandait un bel ouvrage : «Mais si je vous le vends, - je ne l’aurai plus ! »
Un autre cas, assez particulier, se trouve réalisé par ceux qui ont la même joie de collectionner, de posséder, mais non pour eux-mêmes. Nous voulons parler des conservateurs, des bibliothécaires et qui aiment l'exercice de leur profession. Chez eux, par un transfert assez curieux, le sens de la propriété se déplace. Au lieu de chercher à annexer la collection à leur personnalité, ils tendent; au contraire à s’assimiler avec elle. A cela près, leur goût et leur passion peuvent se développer et évoluer comme chez les possesseurs.
Doi —