VI. — Terminaison
Nous avons vu la persistance ordinaire du goût pour la collection. Il peut cependant, parfois disparaître. À ce propos, rappelons que souvent, après avoir atteint quelque développement dans l'enfance, il subit une éclipse chez l’adolescent. Celle-ci peut être définitive. Nombreux sont ceux qui ont collecté des timbres-poste ou des cartes postales, dans leur jeune âge, et ne forment ultérieurement aucune collection. Pour eux, les conditions de milieu, la suggestion pédagogique avaient jouéle rôle prédominant. Devenus adultes, soumis à d’autres influences, leur activité est différemment orientée ; le collectionnisme ne répondail pas à un besoin foncier : ce n'étaient pas des collectionneurs.
De même, chéz certains hommes, il peut se manifester, par suite d’un héritage, d’un exemple, de quelque cause forluite et ne pas persévérer. Cette instabilité nous paraît bien peu fréquente,et l’on n’entend guère déclarer : « J’ai été collectionneur, je ne le suis plus. »
Il est également bien rare que les déceptions ou les déboires en viennent à tuer la passion. La concurrence, les difficultés d’ackats,la raréfaction des objets recherchés, la multiplication d'œuvres non authentiques ne rebutent guère de collectionneurs. Certains ont bien accoutumé d'affirmer leur renoncement, déclarent couramment «qu'il n’y a plus moyen ».
Leur humeur chagrine ne produit qu'une apparence de découragement. Ils n’en persistent pas moins dans leur poursuite.
Néanmoins l’activité de la passion peut, comme pour toute autre, être soumise à des variations, plus ou moins périodiques, chez un même individu, en fonction de son élan mental. Aux périodes dépressives correspond une moindre appétion, tandis que les phases d’expansivité sont marquéespar une recrudescence de désirs. Ici encore, la rythmicité cyclothymique se montre comme une loi générale de la vie affective. |
À l'ordinaire, le collectionnisme, une fois installé. tend à persévérer. Qu’une cause extérieure vienne à en suspendre l'exercice, elle reprend le cours de son activité dès que les circonstances le permettent. Ainsi cet abbé de Marolles qui vend en 1666 pour la Bibliothèque royale toute sa riche collection d’estampes, s’empresse:t-il d’en reconstituer une nouvelle. Celle-ci, peu d’années après, & n’atteint qu’au nombre de 111.424 pièces. » (1). Avec un moindre développement, le fait n’est pas exceptionnel.
En l'absence de telles vicissitudes, et elles démontrent sa valeur constitutionnelle, l'amour de la collection tend à se fixer toujours plus avec les progrès de l’âge. Qu’elle s'impose davantage parce que représentant un des seuls modes d’activité alors possibles, qu’elle s’enracine plus avant grâce à la pro-