INTRODUCTION
Lorsque, sur le conseil de M. le Docteur Barbé, — et nous sommes heureux de lui affirmer encore notre reconnaissance pour sa bienveillance, — nous avons entrepris l’étude du collectionnisme, nous n'avions. en vue que ce symptôme chez les aliénés. Mais nous avons été amené à chercher s’il existe plus qu’une similitude de nom entre les cas de cet ordre, et ce que l’on peut rencontrer, fréquemment, dans la vie sociale ; si l’activité des amateurs de collection comporte un fondement psychologique comparable à celui qui détermine les malades à l’asile. En somme nous avons examiné si l’acte morbide s’expliquait par la connaissance d’une habitude répandue chez les sujets réputés normaux, et quelles étaient les tendances communes aux deux groupes, les faits intermédiaires possibles.
D’emblée, nous nous sommes heurté aux jugements élablis, répandus, concernant les collectionneurs. Ils sont divers, souvent contradictoires,
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presque toujours sévères. Pour former et asseoir une opinion personnelle, il convenait de les étudier objectivement, de les comparer, d’en faire la critique. C’est à quoi nous nous sommes efforcé, par l’observation directe, et par la documentation, dans la mesure de nos possibilités.
Comme documents, nous avons pu trouver un certain nombre d'ouvrages écrits par des collectionneurs, ou pour eux. De toutes les variétés de collections, c'est le goût des livres qui, naturellement, fournit la littérature et la bibliographie les plus riches. Il nous a été donné d’approcher divers Amateurs de collection et d’en tirer, discrètement, d’utiles renseignements.
Quant à essayer de faire le tour des innombrables spécialisations qui existent, nous ne l’avons pas même entrepris. Depuis cet original qui rassemblait en des fioles soigneusement étiquetées les échantilions des bains où avaient trempé les célébrités contemporaines, jusqu'aux amateurs d’art les plus éclairés, on s'aperçoit, à l'examen, que tout peut devenir objet de collection.
Aussi bien n'avons-nous tenté la description ou le classement de variétés multiples. Ce serait là une œuvre considérable, parfois pittoresque, souvent fastidieuse. Elle ne servirait en rien pour atteindre au but que nous nous étions proposé. Nous avons done cherché à résumer le résultat de nos investigations sous la forme des traits généraux communs aux diverses modes d'activité collectionnante.
A la lueur de ces notions, nous avons cru découvrir de réelles différences entre l’essence même du goût de collectionner et ce que l’on appelle le collectionnisme des aliénés.
Nous citerons une seule définition, tirée de la Grande Encyclopédie, article Collection : « Tout recueil de choses de la même espèce, ou qui ont du rapportentre elles... plus particulièrement, ensemble de tableaux, dessins, etc., appartenant à la même personne, et, le plus souvent, réunis par elle. »
De ce point de départ, nous passerons en revue les traits qui nous apparaissent fondamentaux dans le collectionnisme, et leur réalisation objective. Puis, après une brève esquisse de l’évolution historique de ce goût, nous l’envisagerons dans son développement schématique chez l'individu, pris en lui-même et dans la société. Cela nous amènera à en rechercher la valeur psychologique et sociale. Puis nous en verrons les déformations chez certains dégénérés. Enfin nous envisagerons la série de manifestations, en apparence, au moins, comparables, que l’on peut observer chez divers aliénés.