CHAPITRE XXVm
VEUÙERIES.
Leur érablissemenl en Provence. — A Marseille. — Nombre des fabriques en 1789. — En 1805. — En 1830. — En 184i. — Produits. — Ouvriers — Exportations.
Le quinzième siècle fut l'époque où les verreries furent établies en Provence. Le roi René chercha à donner à celte industrie toute l'étendue possible. Il commença par établir des verreries à deux lieues d'Apt, près de l'abbaye de Vaisainte et du village de Goult; il lit venir des verriers du Haut-Dauphiaé. Il se plaisait à les voir travailler. Ce prince accorda beaucoup de privilèges à ces ou-
(1) Dont l,i08 pour la Martîufque. — 9ô2 ponr la Guadeloupe. — 892 pour Bourbon. — 1,024 pour l'Algérie. — 709 pour les États-Sardes. — Glôpour les États-Unis , etc.
(2) Dont 931 pour l'Algérie.— 200 pour les États-Sardes. — 238 pour l'Uruguay. — liO pour Bourbon. — 108 pour la Martinique.
vriers. Il affranchit de loutes tailles et impositions les biens qu'ils pourraient acquérir jusqu'à une certaine somme. Les premiers venus en Provence portaient le nom de Ferré ou Ferry . Cette famille s'est fort étendue et à possédé pendant long-temps toutes les verreries.
Avant le quinzième siècle, on n'employait en Provence le verre aux fenêtres des maisons qu'en petite quantité. Les fenêtres étaient très relevées, mais il n'y avait pas de verre partout ; le reste était en volets de bois. René lit faire dans son palais de grands vitraux. Les comptes de la dépense de ce prince déposés à la cour des comptes d'Aix, attestent qu'il employa cent florins à acheter des verres moult bien varioles et bien peints ^ et qu'il prit ces verres à la verrerie de Goult.
Les verriers de Provence avaient à Marsei!! j des dépôts et des magasins oii l'on se pourvoyait de plusieurs provinces voisines et d'où l'on en transportait une grande quantité en ^spagne , et une moins grande quantité dans le Levant (1).
Bientôt des verreries s'établirent à Marseille.
En i761, il en existait deux. La Chambre de commerce donna un avis favorable à l'établissement d'une troisième; elle accueillit également, dans l'intérêt de la libre concurrence, les demandes suivantes pour de nouvelles verreries :
En 1764, du sieur Ferry-Lagrange et du sieur Coulomb;
En 1763, du sieur Toussaint de Ferry;
En 1767, du sieur Alex. d'Escrivan ,
En 1778. du sieur Laugier (2) ;
En 1786, du sieur Bourgarel, pour verres noirs et à vitres;
En 1788, des sieurs Chastrier, Philip et C*', pour verres noirs , verres à vitres, cristaux et émaux ;
En 1789, du sieur Rouvier, qui voulait établir une fabrique de verres polis et assortis propres pour le Levant, Il demandait un privilège de plusieurs années pour les verreries de luxe et les grains de verre pour collier que Marseille ne fabriquait pas.
(1) Mémoire de M. Fauris de Saint-Vincent.
(2) M. Laugier demandait l'autorisation de fabriquer du verre noir pour les bouteilles et du verre blanc pour les vitres. Il faisait observer que cette manufacture serait d'autant plus utile, que l'on ne faisait point de verre de ces deux qualités en Provence, et que l'on ne serait plus obligé de faire passer l'argent en Allemagne et Angleterre pour s'en procurer.
Dans la même année M . Grimblot i'ormait , à la Détrousse et dans la vallée de Sainl-Pons , deux établissemens importans pour la fabrication des verres à vitre et des cylindres. Plus tard il y joignit la fabrication et la taille des cristaux.
iMalgré les tentatives d'établissemens que je viens de relater, on ne fabriquait généralement à Marseille, en 1789, que de la gobeleterie, des bouteilles et des damejeannes.
On y comptait onze verreries.
En 1805 , il n'en restait plus que trois qui avaient beaucoup de peine à se soutenir.
En 1806, M. Grimblot envoya à l'exposition nationale des verres à vitre qui furent trouvés d'une grande netteté.
On remarqua aussi à cette exposition les verres de messieurs Barthélémy et Vencede Marseille (i).
Il y avait en 1830, à Marseille, sept fabriques de verrerie , trois à la campagne, quatre dans la ville. Celle qui était située aux Catalans produisait des verres à vitres et des cylindres. Elle n'existe plus. Il y avait en outre un établissement à Gémenos, un à Peipin. La production totale était évaluée 657,000 fr.
En 1842 , le nombre des verreries en activité est de 6 , 3 dans l'intérieur de Marseille, savoir : celles de M. Duqueylar, de MM. Colombe etQuaillard, et de MM. Turcai frères, occupent ensemble 180 personnes, et donnent un produit de 400,000 fr. environ.
Trois autres, celles de Saint-Louis, Gémenos et de la Détrousse, appartenant à MM. Rozan oncle et fils, occupent environ 220 personnes et produisent une valeur de 500,000 fr.
Ces établissemens occupent en outre 50 hommes pour la coupe des bois nécessaires à leur consommation .
Total des ouvriers 450 , et des produits, 900,000 fr.
Les fabriques établies dans l'intérieur de Marseille, à l'exception de celle de MM. Turcat, produisent en général des verreries communes, les autres confectionnent des objets en verre moulé et taillé consommés dans l'intérieur du royaume ou exportés à l'étranger et aux colonies.
Voici le relevé des exportations du commerce général ( c'est-àdire, des produits français et étrangers) de 1826 à 1830, et du commerce spécial ( cest-à-dire , seulement des produits français ) de 1839 à 1841 :
(1) Moniteur du 30 septembre 1806.
Exportation à l'étranger et aux colonies par le port de Marseille.
( Commerce général.)
Bouteilles pleines , hect. 17,851 20,258 13,265 16,423 12,593
Bouteilles vides.... q. m. 5,922 6,492 8,054 8,035 9,169 Verrerie de toute autre
sorte ....q. ra. 11,972 9,388 7,070 9,472 8,474
Exportations ( commerce spécial ) .
Bouteilles pleines hect. 9,417 9,005 10,973 (1)
Bouteilles vides q. m. 14,461 13,800 16,642 (2)
Verrerie de toute autre sorte . )> 8,830 7,619 10,503(3)
Je n'ai pas compris les cristaux dans ces états , parce qu'il ne s'en fait point dans les fabriques de Marseille et du déparlement.
CPAPITRE XXIX.
BOUCHONNIERS.
Nombre des fabricans et des ouyriersen 1830. — En 1842. -- Valeur des produits. — Liège brut importé. — Liège ouvré exporté.
En 1830, 9 fabriques de bouchons étaient étabUes à Marseille. Elles employaient 3,500 à 4,000 q. m. de liège de Sardaigne, d'Espagne, de Corse et du département du Var, qui, au prix de 55 fr. les 100 kil., présentaient un total de 220,000 fr.La main d'œuvreet autres frais locaux ajoutaient à celte valeur 50 pour cent environ. Le nombre des ouvriers employés était de 90 à lOO.
(1) Dont 1,248 pour f Algérie. — 1,995 pour les États-Unis. —436 pour la- Russie. — 661 pour Maurice . — 381 pour l'Inde Anglaise. — 927 pour l'Urur guay . — 394 pour la Martinique . — 486 pour Bourbon, etc .
(2) Dont 4,044 pour les États-Sardes 2,974 pour la Toscane. —2,698 pour
la Turquie. — 3,002 pour l'Algérie , etc.
(3) Dont 700 pour l'Espagne. — 1,598 pour la Turquie. — 2,823 pour l'Algérie. — 817 pour les Etats-Unis. —865 pour l'Uruguay. — 745 pour Bourbon,
Aujourd'hui l'on compte à Marseille 12 fabriques de bouchons , occupant 60 ouvriers. Valeur des produits 360,000 fr.
Ils emploient toujours , pour une partie de leur fabrication , des lièges venus de l'étranger. Voici les quantités importées , pour la consommation , de 1839 à 1841. Nous y ajoutons celles de bouchons confectionnés qui , malgré des droits élevés ( 59 fr. 20 par 100 kil.), sont néanmoins introduits.
Importations de l'étranger à Marseille.
( Commerce
spécial.)
Liégefbrut en planche Q. m
Liège râpé en planche .... »
Bouchons »
Le liège brut , revêtu de sa croûte , nous vient presque exclusivement de Sardaigne . Ce pays nous en a fourni en 1839, 1,862 q. m., et l'Algérie 35 ; — en 1840, 2,939, et l'Algérie 100 ; — en 1841,1,881, et l'Algérie 100.
Les Deux-Sieiles ont fourni en 1841 tout le liège râpé mis en consommation, —en 1840, 165. — en 1839, 225, et la Sardaigne 152.
Quant aux bouchons ils nous viennent spécialement d'Espagne ; nous en avons reçu de ce pays , en 1839, 282 q. m. — en 1840, 151 ; —en 1841,41.
Quantités de liège ouvré, exporté du port de Marseille pour l'étranger et les colonies.
{ Commerce spécial.)
En 1839, 908 q. m. — en 1840, 534 ; — 1841 , 408 , dont 73 pour les colonies , — 43 pour l'Algérie , — 36 pour la Russie , — 52 pour l'Autriche, — 62 pour les États-Unis. Nos fabriques sont loin de fournir à ces pays tout le hége ouvré dont ils ont besoin. — Ils en ont tiré en 1841, de notre entrepôt, c'est-à-dire, de fabrication étrangère, savoir : la Russie , 532 q. m. — l'Autriche, 523 ; — les États-Unis, 472.