CHAPITRE XXXIV
HÔTEL DES MONNAIES
Crises commerciales produites parla rareté du numéraire. — Demande d'un hôtel des monnaies. — Translation de celui d'Aii à Marseille en 1787. — Pénurie en 1789. — Remède proposé par la Chambre de commerce. — Fabrication de monnaies de 1787 à 1794. — De l'an ix à 1839. — Nécessité d'un hôtel des monnaies à Marseille.
L'hôtel des monnaies de Marseille ne date que de 1787. Son établissement fut sollicité par la Chambre de commerce à la suite de plusieurs crises qu'avait occasionnées sur notre place la rareté du numéraire.
Ces sollicitations remontent à l'année 1774. Alors la place se trouvait plongée dans la consternation par un nombre inoui de faillites (1). La Chambre provoqua une réunion générale de tous les négocians. M. Conil, membre di' la chambre, lit observer qu'un des principaux remèdes au mal dont on soutfrait était l'établissement d'un hôtel de monnaies.
(1) En 1721 une crise avait également eu lieu à Marseille par suite de la rareté du numéraire , amenée , cette fois , par le système de Law. Conformément aux ordres du gouvernement tous les citoyens de Marseille avaient porté leur or et leur argent à la banque lors même , disait la Chambre de Commerce dans une adresse au régent du 19 janvier de celte année , qu'il n'y avait pas encore assez de billets pour leur distribuer. Elle ajoutait : « La noblesse , la bourgeoisie , » les gens de détail n'ont que des billets , et ne peuvent plus prêter au négociant » qui , à son tour, ne peut plus acheter, parce qu'il ne sauroit offrir que des » billets en paiement, et comme il n'y a que la circulation de l'argent qui puisse » opérer les différens mouvemens du commerce, ce commerce cesse dès que n cette circulation se trouve arrêtée. V. A. R. sera sans doute pénétrée de celte » vérité lorsqu'elle sanra que par le manque d'argent , Marseille a vu cesser le » traTail de ses fabriques à savon qui sont au nombre de plus de trente ; que » celles des bonnets et draps , des chapeaux, des papiers, des cordages, do
Dans son bureau du 30 avril 1774, Ja Chambre de commerce, toujours préoccupée de la crise qui affligeait et irritait de plus en plus les esprits , délibéra :
i° Que la chambre -fournirait chaque mois 300,000 livres de lettres de change à six usances sur M. Rostagny, son député, à Paris.
2° Que l'argent en provenant serait rerais à ceux quidonnera ient en contre-valeur des espèces étrangères, matières d'or et d'argent.
3» Qu'on solliciterait la translation de l'hôtel des monnaies d'Aix à Marseille.
4° Qu'on demanderait l'importation des blés nationaux à Marseille.
Le ministre refusa son autorisation aux mesures demandées.
La crise allait toujours croissant. Le 3 juin 1774, le président semainier disait à la chambre: « Qu'il voyait avec une douleur » inexprimable le désordre affreux qui régnait sur la place, et la » désolation qu'y fesait naître cette suite de faillites qui sesuccé- » daient tous les jours, o (1)
La chambre délibéra de venir au secours du commerce en prêtant sur dépôt de marchandises jusqu'à concurrence des trois quarts de leur valeur.
Cette délibération, approuvée par l'intendant , inspecteur du commerce , fut encore cassée par le ministre.
» l'amidon , de la faïence , les ciergeries , les tanneries , les verreries , les raffî- » neries du sucre et du soufre ont également cessé de travailler par le manque » d'espèces; que la construction a esté aussy abandonnée, y ayant encore desbâ- » timcns qui dépérissent sur le chantier et qu'on n'a pas achevés pour ne pouvoir » payer les journées des ouvriers. La navigation a subi le même sort. Nos bâti- » mens occupent le port inutilement et y sont exposés aux rigueurs du temps » sans radoubs ni carennes , tous désagrées et hors d'état de servir pour ne pou- » iroir estre radoubés parce qu'il faudroit de l'argent et qu'on n'en a point. De là M dépend encore le sort des matelots qui se disperseront chez les étrangers , s'ils » ne trouvent plus à s'occuper ici. Enfin , notre marine autrefois si puissante qui » pouvait fournir au roy sans déranger le commerce cinq à six mille matelots ne n seroit peut-être pas en état d'en donner aujourd'hui cinq cents. La contagion » les a enlevés. »
Eu conséquence , la Chambre suppliait le régent d'accorder par grâce spéciale le paiement en argent des billets de banque appartenant aux habitans de Marseille.
(1) Gn en compta jusqu'à 143 en deux mois. La première de toutes fut celle de Pierre Verdilhon, dont le passif s'élevait à pins de 6 millions , et le nombre des créanciers à plus de 600.
Cependant celte crise se pi'olongeait. Nous voyons dans les registres de la Chambre qu'on en recherchait encore les causes en 1776. Le plus grand nombre l'attribuait à la caisse des courtiers dont j'ai parlé au tome l"., page 75; d'autres aux Génois qui em~ portaient des sommes énormes en échange de leurs huiles. Tous étaient d'accord pour demander l'établissement d'un hôtel des monnaies afin d'utiliser les espèces étrangères et les matières d'or et d'argent que le commerce importait à Marseille.
La Chambre réitérait ses instances pour cet objet chaque année, soit auprès du contrôleur général des finances, soit auprès du gouverneur , le prince de Beauvau.
Elle obtint enfin, aidée par les pressantes démarches de M. Gaillard, directeur de l'hôtel des monnaies d'Aix, la translation de cet hôiel à Marseille.
Malgré le secours de cette fabrication, la rareté du numéraire se fesait encore sentir en 1789 à Marseille. On évaluait alors à 3 millions le vide opéré dans la circulation des espèces. La Chambre de commerce proposa le remède suivant : (je le rapporte ici parce que ces détails se lient à l'histoire de notre hôtel des monnaies, qu'ils montrent l'importance que le commerce attachait au travail de cet établissement et qu'ils nous initient à la vie commerciale de celte époque.)
La chambre pensait que le meilleur moyen de diminuer la rareté du numéraire, était d'encourager , d'exciter par l'appât d'un prix avantageux l'importation à Marseille des piastres d'Espagne et de les convertir en espèces à l'hôtel des monnaies. Elle proposait d'en acheter 60,000 marcs à raison de 49 livres 5 sous le marc ; et comme le directeur ne pouvait le payer que 48 livres 8 sous , elle sollicitait la remise du droit de seigneuriage de dix sous par marc. Cette remise réduisait à sept sous la bonnification réclamée par le directeur, soit 21,000 livres pour la somme déterminée. La chambre se serait chargée de fournir cette somme en la prélevant sur le produit du droit du tiers en sus sur le poids le Roy supporté par tous les genres de commerce exploités à Marseille.
De 1787 à 1794, l'hôtel des monnaies de Marseille a fabriqué en pièces d'or, d'argent, de cuivre et métal de cloche pour 6,452,519 francs.
Rétabli par la loi du 3 nivôse an vu, il ne reprit ses travaux qu'à lafmdel'anix.De cette époque à 1823 on ne battit que 15,467,747 fr. 50 cent.
En 1824, la nouvelle direction de MM. Ricard imprima à cet atelier une grande activité. La production totale s'est élevée à près de 100 millions en 39 ans. Sur cette somme messieurs Ricard père et (ils en ont fabriqué 85 millions en 15 ans. La fabrication de chaque année a été ainsi qu'il suit :
An IX, —
fr. au type d'F
lercule.
An X, —
» id
An XI, — •
» aux types
d'Hercule et de Rona
parte premier consul.
An XII, —
» aux types
d'Hercule et de Bona
parle premier consul.
An XIII, —
» au type de
Napoléon empereur.
An XIV, —
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
» au type de Louis XVIU.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
» au type de Charles X.
id.
id.
A reporter: 36,499,081 fr. 50 c.
Report :
Fr.
au
type
de Charles X.
id.
id.
au
type
de Louis-Philippe I"
id.
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id.
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id.
id.
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fr.
id.
Total..
Récapitulation des espèces d'argent faites à la monnaie de Marseille de l'an ix à 1839.