ARTS QUI EMPLOIENT LES MÉTAUX
§ 1". — Des fers en général
?îécessité de réduire les droits sur les fers. —Drawbacks. —Enquête. —Loi de 1836. — Importation du fer étranger à Marseille. — Progrès de la fabrication des machines à Marseille.
Au premier aspect , Marseille paraît peu intéressée dans cette question ; qu'on se détrompe .
Une ville d'un commerce important ne peut rester indifférente au résultat des discussions engagées sur un produit aussi considérable (1) et aussi nécessaire ; tout ce qui est relatif à ce métal, que Beccaria dans son style pittoresque appelle métal-père , est d'un haut intérêt pour les consommateurs de tout le midi de la France, qui subissent les inconvéniens du haut prix d'un produit indispensable à l'agriculture, employé dans les constructions et dans tous les» usages de la vie. On comprend de quelle importance il seraitpour celte partie du royaume que des tarifs modérés fissent diminuer le prix des rmVs pour les chemins de fer, si utiles partout, si nécessaires chez nous. Et sous le point de vue commercial, n'est-il pas évident que les exportations de Marseille s'accroîtraient , si elle pouvait échanger ses produits contre le fer étranger ? Si elle pouvait employer à meilleur marché celte matière première, ce serait un bienfait immense pour toutes les branches de son industrie et surtout pour celles des constructions navales et des machines.
Il est facile de remarquer que la position de Marseille lui rend extrêmement onéreuse la répulsion des fers étrangers , parce qu'éloignée des forges elle ne peut se procurer le fer indigène qu'à un prix irès-élevé.
Aussi , en 1829^ dès que l'on sut à Marseille qu'une enquête
(1) La production du fer en Europe est évaluée à 18,000,000 qx. m., qui au prix de 50 fr. font la somme énorme de 900 millions, représentant au moins trois fois celle du produit de tous les autres métaux réunis. La France produit 2,192, 538 qx. met. de fer.
allait s'ouvrir sur celte question , les nésiocians intéressés s'empressèrent d'adresser leur demande au ministre.
C'est qu'avant tout, le besoin le plus généralement senti, est la baisse du prix, trop élevé des fers indigènes. Avant 1789, le fer coûtait 400 fr. les 1,000 kilog. ; malgré les progrès de l'industrie , nous sommes arrivés à le payer jusqu'à 600 fr. Depuis lors, il a baissé j mais les circonstances qui l'ont fait hausser , peuvent se renouveler. Cela dépend de l'activité des demandes. Les préjudices résultant de cet état de choses sont incalculables. L'industrie nationale ne pourra satisfaire à des prix raisonnables aux besoins que va provoquer la construction si multanée d'un réseau de chemins de fer.
On ne veut point ruiner les maîtres de forges français pour enrichir leurs rivaux étrangers ; mais serait-il juste aussi d'appauvrir la France au profit d'une branche d'industrie? La protection qu'on lui accorde doit être raisonnable ; elle ne peut donc pas être maintenue telle qu'elle est. Le prix du fer doit être diminué.
Les négocians de Marseille demandèrent, à l'époque de l'enquête , en 1829, que le droit sur l'importation des fontes étrangères en gueuses lût réduit à l'ancien taux de 2 fr. 20 c. les 100 kilog., décime compris. Le droit était alors de 9 fr. 90 cent.
Cette réduction aurait eu pour résultat une diminution de 20 pour cent environ sur le prix des fontes , et de 10 pour cent sur celui des fers.
Pour ne point froisser les existences créées en vertu de la législation actuelle , quoique les intéressés fussent prévenus depuis assez long-tems , les pétitionnaires ne demandaient qu'une diminution progressive ainsi graduée :
En 1830 , le droit aurait été de 7 fr. 70 c. par 100 kilog.— en 1831,5fr. 50c. — en 1832, 3 fr. 30 c— en 1833, 2 fr. 20 cent.
Cette réduction aurait été d'autant plus juste, qu'il a été généralement reconnu dans l'enquêie que la fonte française ne peut remplacer la fonte anglaise. Des fondeurs ont déclaré qu'ils étaient forcés d'employer exclusivement de la fonte anglaise malgré le haut droit dont elle est frappée. Ce droit n'atteint donc pas le but proposé; il est inutile à l'induslrie, il faut le supprimer.
Dans ce système , les droits sur les fers auraient été successivement abaissés jusqu'au taux du tarif du 21 décembre 1814 , suivant une progression analogue à celle déjà indiquée pour la fonte. Mais ce n'est pas tout que d'obtenir pour la consommation inté-
Heure une diminution dans le prix du fer indigène ; il faut encore que le commerce puisse exporter à l'étranger les produits de cette branche d'industrie dont les débouchés sont si vastes et dont les travaux sont si profiiabies au pays.
Pour cela une chose est nécessaire : c'est la faculté de pouvoir travailler les fontes les tôles, et les fers étrangers acquittés , et de jouir, à la sortie, du remboursement des droits perçus sur les matières qui auraient servi au confeciionnement des ouvrages exportés .
Rien de plus juste que cette demande, rien de plus proiitable au pays , il s'enrichirait des bénéfices d'une main-d'œuvre considérable. Marseille en recueillerait d'immenses avantages. Elle pourrait, alors, approvisionner exclusivement tous les marchés d'objets en fer, manufacturés en France.
Aujourd'hui , le commerce extérieur ne lui demande aucun de ces articles ; c'est une branche de commerce à créer. Que d'objets nouveaux viendraient alimenter nos exportations î Nous pourrions alors fournir non-seulement à nos navires , mais encore à ceux des étrangers les chaînes de \'ev qui remplacent avec tant d'avantage les câbles de chanvre.
L'Espagne , l'Italie et même le Levant et la Barbarie aspirent à s'approprier les nouveaux procédés mécaniques appliqués à la production industrielle et à la navigation à la vapeur. Marseille, grâce à ses beaux ateliers de construclion , pourrait fournir à ces pays des machines aussi parfaites et au même prix que l'Angleterre , si l'on permeilait d'employer, en franchise, les fers et les tôles étrangers pour les appareils destinés à l'exportation.
La production nationale n'en éprouverait aucun dommage. Pour une foule d'objets , les fers et les tôles de France ne peuvent être employés. Il faut, de toute nécessité , recourir à la production étrangère. Alors qu'arrive-t-il? Ou nos mécaniciens emploient des produits de l'étranger en acquittant des droits très-élevés , et alors il ne peuvent confectionner leurs machines au même prix que les anglais , ou bien ils font venir de l'Angleterre les objets tout confectionnés, (1) et le pays est appauvri d'une somme considérable qui aurait été dépensée en main-d'œuvre si l'on avait permis l'em-
(1) Quelquefois les consiructeurs de Marseille sont obligés d'envoyer à l'étranger leurs ouviiers pour confectionner, avec des tôles anglaises, les chaudières sur 'es lieux mêmes ; ces ouvriers souvent ne reviennent pas et c'est une perle pour la France.— La loi récente qui accorde une prime de 33o/„aux michines destinées à la navigation intornatiouale, devrait être étendue à toutes les machines exportées.
ploi des matières premières que la France ne peut fournir dans des qualités et des prix convenables. (1) Les maîtres de forges euxmêmes perdent tous les débouchés que procurerait aux produits qu'ils peuvent fournir l'activité de nos ateliers.
Si l'on appliquait à l'exportation des articles en fer les principes qui ont présidé à l'établissement de tous les drawbachs ou primes, on créerait une magnifique branche de commerce d'exportation , non seulement pour les machines , mais encore pour les ferremens et la serrurerie dont la fabrication répand tant de bienfaits dans les campagnes de Saint-Étienne et d'Abbeville.
On objecte qu'il serait impossible d'établir un dravcback qui offrît le remboursement réel des droits acquittés, parce que l'on emploie, dans une foule d'objets de quincaillerie , diverses sortes de fer, pour lesquelles on ne peut fixer des règles invariables.
Pour prévenir cette objection , les négocians consentent à ce qu'on ne rembourse à l'exportation que le moindre droit perçu sur les fers martelés, traités au charbon de bois.
Quant aux ouvrages de grosse forge , tels que ancres , chaînes en fer, etc., comme il ne peut y avoir d'équivoque sur la matière qui a servi à les fabriquer, il serait aussi juste que nécessaire de leur assiirer une prime égale à la taxe à laquelle sont soumis les fers propres à ce genre de fabrication.
Cette question a appelé l'attention de la Chambre de Commerce de Marseille, spécialement en ce qui touche les machines à vapeur pour la navigation. Le 28 mai 1839, elle demandait au gouvernement d'autoriser la construction, en entrepôt^ des chaudières à vapeur demandées pour l'étranger, ou qui seraient posées sur des bâtimens étrangers et sur des bâtimens français affectés à la navigation internationale.
La Chambre proposait deux moyens d'appliquer cette mesure : 1° la franchise des droits sur les tôles employées par les constructeurs de chaudières , à la charge par eux de justifier de leur poids à l'exportation dans un délai déterminé , poids sur lequel il serait juste d'accorder une réduction pour le déchet éprouvé dans la fabrication , déchet que l'on peut évaluer de 10 à 15 pour cent.
(1) Le fer coûte en Angleterre 30 fr. les 100 kil. , en France 50. —La tôle 35 fr. en Angleterre , 60 fr. en France. — La fonte 12 fr. en Angleterre, 20 fr. en France. Cette différence de prix produit une augmention de 75,000 fr. sur le coût des matières employées dans la construction d'une machine de 450 cheraux-, abstraction faite des pertes qui résultent de la différence des qualités.
2° Le remboursement à titre de drawhack des droits payés par les constructeurs , sur la tôle employée , en ayîiut également égard au déchet éprouvé.
Le gouvernement avait préparé dans ce sens un projet de loi que d'activés influences empêchèrent de soumettre à la sanction législative.
Les mêmes influences s'opposent à la diminution des droits qui frappent les fers étrangers : diminution que Marseille ne doit pas cesser de demander ; diminution qui aurait pour résultat d'accroître l'exportation de nos produits pour l'Angleterre , la Suède, la Russie; double bienfait pour l'industrie et l'agriculture dont les débouchés seraient agrandis en même temps que le prix des instrumens de travail serait diminué.
Il est certain que la consommation du fer, dont l'usage a tant d'avantages, s'accroîtrait considérablement. On fabriquerait en fer beaucoup d'outils et d'ustensiles qui aujourd'hui se fabriquent en bois ; on emploirait aux constructions beaucoup de fer et de fonte en remplacement du bois.
Quand même les mesures proposées livreraient aux fers étrangers quelques parties du littoral , la consommation du reste de la France n'en demeurerait pas moins assurée aux fers français. Il en résulterait donc concurrence et non pas ruine pour nos fabriques. Et cette concurrence cr serait un moyen puissant de hâter les améa liorations à l'aide desquelles la France verra satisfaire la juste « impatience où elle est d'obtenir une diminution dans le prix des «fers. (1).»
D'après les calculs de la commission d'enquête , la protection , accordée aux maîtres de forges françaises, coûte à la France 30,902,000 fr. par an.
Il est reconnu que les usines bien placées pourraient se contenter d'une protection moins élevée que celle du tarif actuel. Quant à celles qui sont mal combinées , le tort du tarif est d'être allé jusqu'à encourager celles-là. On voit en Champagne des forges qui vont chercher leurs bois à 30 lieues ; d'autres tirent le minerai de la Franche-Comté, et les combustiles de Rive-de-Giers. La législation qui se chargerait de protéger un tel ordre de choses serait décidément mauvaise . (2)
(1) Paroles du ministre. Enquête de 1829, page 19i.
(2) Enquête sur les fers , page 63 du rapport de M. le baron Pasquier.
« Les progrès des forges^ esi-il dit encore dans le rapport, n'ont acquis en dernière analyse que de quoi payer le renchérissement actuel des bois. La considération d'un résultat si dommageable est très frappante. Mais n'y aurait-il pas une combinaison suivant laquelle on pourrait maintenir tel qu'il est le droit sur les fers étrangers, et tous les intérêts ne seraient-ils pas conservés, si on admettait à des conditions convenables la fonte étrangère , qui se transformerait en fer dans nos affineries ? On est conduit à cette idée lorsqu'on remarque qu'il résulte des faits recueillis jusqu'à 1827, que la fabrication de la fonte au cook a fait peu de progrès. Cependant le public a le droit d'être mis le plus tôt possible en jouissance des avanîages iuhérens à la fabrication la moins dispendieuse. Il paraît qu'elle n'est pas plus développée parce que généralement les gîtes déminerai se trouvent trop éloignés des exploitations de houille. Si l'on admettait la fonte étrangère comme matière première pour la fabrication du fer, cette industrie s'établirait dans les lieux qui réuniraient la double condition d'un arrivage facile pour cette fonte , et d'une exploitation de houille assez importante. Ce sont précisément les localités sur lesquelles pèsent , de la manière la plus fâcheuse, les conséquences de la législation qui repousse les fers étrangers , puisqu'elles sont tout à la fois privées de la possibilité de les recevoir à bon marché , et forcées d'acquitter des frais de transport , souvent très considérables , sur les fers qui viennent de l'intérieur. (1).»
Cet avis ne fut pas adopté par la commission. En général, les opinions furent tellement partagées dans son sein , qu'elle n'émit aucune résolution décisive.
Dans la séance de la Chambre des députés du 21 mai 1829 , le Ministre du commerce présenta un projet de loi sur les do nanes , et crut devoir proposer le maintien , pendant cinq ans , du tarif actuel sur les fers. En 1835, le droit devait décroître d'un dixième, en 1838 encore d'un dixième ; et en 1840 , le gouvernement et les chambres auraient eu à régler, en présence des faits accomplis dans l'intervalle, les rapports de cette industrie avec l'étranger.
Le ministre proposa ensuite timidement une modération de 2 fr. sur le droit de 9 fr. payé par les fontes, lorsqu'elles seraient destinées à la fabrication des machines et des mouleries d'ornement et dont, moyennant certaines précautions, on assurerait le transport dans les fonderies.
(1) Rapport de M. le baron Pasquier, page Oir
Ce projet annulait aussi la restriction imposée de n'iinporier que des fontes d'une certaine forme et d'un poids de 400 kil. au moins. Il est à regretter que ce projet de loi, tout imparfait qu'il fût, ne pût pas être discuté. C'aurait été un premier pas dans la voie des améliorations.
L'essentiel est d'entrer dans celte voie. Voilà pourquoi nous regrettons aussi que le projet présenté en février 1834 par M. ïhiers, n'ait pu être discuté. Ce projet réduisait les droits établis sur les fers d'un cinquième à partir du 1" juillet 1835. Cette réduction devait s'opérer en cinq ans et d'une somme égale chaque année.
Les droits sur la fonte étaient maintenus. Le minimun du poids que chaque masse , gueuse ou pièce de fonte devait avoir pour être admissible aux. droits du tarif , était réduit à 25 kil.
Une ordonnance du 10 octobre 1835, confirmée par la loi du 2 juillet 1836, a admis, sur presque toute la frontière de Belgique, la fonte brute au droit de 4 fr. Ce droit est encore de 7 fr. dans les ports de mer. La même loi a réduit d'un quart le tarif des fers.
Sans doute la France est en droit d'attendre du gouvernement des vues plus libérales dans une question aussi importante ; et l'on doit espérer que le prochain projet de loi de douane renfermera de plus larges modifications.
Voici le tableau des fers traités au charbon de bois et à la houille, importés à Marseille en 1834 et en 1841 , avec l'indicalion des quantités mises en consommation : (1)
Importation du fer étranger à Marseille.
Importation. Consommation. Importation. Consommation.
Fonte brute.
Angleterre kil. 374,265 9,219 1,013,825 298,764
Autriche et Toscane . . 273 273 27,928 —
Fer étiré en barres plates de 458 millimètres et plus.
Russie 45,816 — 9,940 101,178
Suède 462,664 30,724 406,402 417,580
Angleterre 725,658 26 330,319 16,704
Espagne 1,778 — — —
Autriche 532 162 — —
Sardaigne 24,667 1,708 101,493 2,081
(1) Nous ne considérons pas comme mis eu consommalion les fers exportés aux colonies, bien que la douane les classe dans les importations du commerce spécial.
Importation. Consommation. Importation. Consommation.
/)e 213 à 458 mUlimètres.
Suède kil. 21,208 — 79,699 6
Russie — — 2,306
Angleterre 272,989 18 147,178 2,323
Sardaigne 65,503 800 10,164 219
De moins de 213 milHm êtres.
Suède 2,216 — 32,449 —
Angleterre 450,561 28 373,377 227
Sardaigne — - — 42,659 609
Fer étiré en barres carrées de 22 millimètres et plus.
Russie 660 — 3,783 —
Suède 28,484 4,555 43,516 2,557
Angleterre 198,806 6 157,554 1,314
Sardaigne — — 29,939 6,340
Fer en barres carrées de 15 à 22 millimètres.
Suède. 2,055 2 15,000 50
Angleterre 51,545 5 54,652 118
Espagne 1 ,885 — — —
Sardaigne 6,621 14 1,734 53
De moins de 15 millimètres.
Angleterre 128,691 — 71,423 9
Sardaigne 708 — — 52
Fer en barres rondes de plus de ib millimètres.
Suède 2,802
Angleterre.. 192,875 52 306,403 28,427
Espagne 1 ,787 — — —
Sardaigne 27,633 — 53,534 7,238
De moins de i^ millimètres.
Angleterre 98,875 4 179,167 18
Sardaigne — — 478 382
Od voit par le relevé ci-dessus combien sont faibles les quantités de fer que l'industrie locale tire de notre entrepôt toujours si bien approvisionné. Nos ateliers sont obligés d'employer les fers de la Franche-Comté , du Berry , de la Bourgogne et du Vivarais. (1)
Aussi la fabrication des objets en fer est demeurée long-temps et serait encore de peu d'importance sans le développement pro-
(1) Marseille a reçu par le cabotage des ports français de la Méditerranée, principalement d'Arles, en 1838, 2,6G0 tx. fer. — En 1839, 1891. — En 1840, 2,215. —En 18U, 4,228.
digieux de l'industrie el de la navigation à la vapeur. Les machines employées par l'une et l'autre ont donné lieu à l'établissement d'ateliers considérables qui n'existaient pas lors de la première édition de ce livre et dont nous allons parler. Marseille et ses environs se sont hérissés de hautes cheminées dont les noires vapeurs annoncent au loin que notre ville joint au génie commercial le génie industriel, et qu'elle peut tenir dans ses puissantes mains le sceptre de Manchester et celui deLiverpool. Sans doute, le haut prix de la main d'œuvre , chez nous , est un obstacle au progrès industriel ; mais n'oublions pas qu'elle n'est pas moins chère en Angleterre, et que la mécanique peut remplacer les bras de l'homme. Lorsque le Canal de la Durance aura été exécuté , il dépendra du gouvernement d'avoir dans le midi de la France un des plus beaux loyers de travail et de richesse du monde. 11 lui suffira de supprimer ou de réduire les droits sur les matières premières . Le mal que font ces droits est incalculable. Quand donc les peuples enlèveronî-ils les barrières de Douanes qui les isolent ! Les bienfaits de l'union allemande ne sont- ils pas évidents? Quelle belle confédération commerciale que celle qui unirait la France à la Belgique , à la Suisse , à la Sardaigne et à l'Espagne !
§ II. — Fonderies.
Ateliers de M. Bénet , — de M. Danré, — de MM. Puy frères , — de M. Vial.
— Fonderie de cloches. — Valeur totale des produits et nombre des ouvriers.
— Autres ateliers. — Leur production.
La fonderie de M. Bénet fils de Xavier , à 31enpeniy , est un des plus beaux établissemens de ce genre. La simplicité grandiose et l'harmonie des constructions annoncent au premier coup-d'œil la puissance et la destination de cette usine. Elle occupe une surface de 5,200 mètres , et se compose de deux vastes halles , au milieu desquelles se dressent 6 hautes grues , dont deux peuvent soulever chacune jusqu'à 90,000 kilog. Une machine à vapeur de douze chevaux , anime de vastes soufflets souterrains ; les mouvemens sont facilités par des chemins de fer ; les étuves peuvent suffire à la fusion des plus fortes pièces. Autour des halles se groupent, pour les opérations accessoires , des ponts à bascule, des atehers de modeleurs, de serruriers, elc.
Cette fonderie, qui occupe 115 ouvriers, est une annexe de l'établissement fondé à La Ciotat par MM. L Bénet et Comp., pour
la consiruciion des machines à vapeur , dont nous parlerons tout à l'heure ; elle a fourni toutes les pièces de tome des machines de 220 chevaux , exécutées pour le gouvernement par M. Bénet. Placée au centre d'une grande consommation et d'un grand commerce , elle peut , quand elle ne travaille point pour La Ciotat , exécuter des commandes particulières ; et les ateliers de Marseille s'y approvisionnent en partie des pièces de fonte dont ils ont besoin.
M. Danré a aussi une fonderie très-importante , à laquelle il a joint des ateliers de tôlerie pour la construction des chaudières et d'ajustage pour monter ou réparer les machines à vapeur. Il emploie 100 ouvriers.
Près de là, sur le chemin du Rouet, est la fonderie de MM. Puy frères , qui occupe 30 ouvriers.
Puis celle de M. Yial , au Grand-Cbemin-de-Rome , qui n'est pas sans importance.
Il existe aussi au Cours Gouffé , depuis 1814, une fonderie d'où sortent des cloches d'une parfaite exécution. Elle occupe 5 ouvriers .
Non loin de là , une fonderie travaille presque exclusivement pour les ateliers de M. Taylor.
Il serait long et superflu de mentionner les autres ateliers de moindre importance où l'on fond les métaux. 51 suffit de dire qu'il en existe, en tout, 20 , occupant 350 ouvriers et produisant pour une valeur de 2,500,000 fr.
En outre , 6 plombiers avec 12 ouvriers confectionnent des tuyaux de plomb , des plombs de pêche , des plombs coulés pour la marine , des balles et lingots pour stampettes des fabriques , des plombs de douanes , des plombs pour sceller le fer , des contrepoids pour balance, etc., etc.
Quatre potiers d'étain occupent 10 ouvriers. Treize chaudronniers en emploient 45.
Vingt pompiers ont 50 ouvriers.
La valeur totale de la production des 20 fonderies et des 43 autres ateliers que je viens de mentionner , est d'environ 4,000,000 fr. Le nombre des ouvriers de 467.
En 1830 , on ne comptait à Marseille que onze fondeurs occupant 15 ouvriers. Un seul travaillait la fonte de fer. Il fesait des chaudières pour les fabriques et quelques objets do commande. On comptait en outre 7 plombiers , 4 potiers d'élain , 1 1 pom-
piers et 10 chaudronniers. Total de leurs ouvriers, 75. Ces divers ateliers consommaient :
4000 qx. m. plomb à 36 fr 144,000 fr.
500 élain à 230 115,000
30Ô0 cuivre à 240 720,000
979,000 fr.
On voit que Marseille était alors peu riche en établissemens industriels de quelque importance pour la fonte des métaux. Les grandes pièces de lond des chaudières étaient fondues et préparées dans des martinets situés , l'un à Géraenos, l'autre à Auriol. Celui-ci fabriquait en outre des chaudrons et de petits bassins pour les balances. Il fallait deux jours pour fondre et forger un grand fond de chaudière de savonnerie de 285 kilog.
§ lli. — Mécaniciens , Constructeurs de Machines.
Fabriques de Machines de M. Louis Bénel à Marseille et à La Ciotat ; — de M. Taylor ; — de M. Chambauvet ; — de M. Falguière ; — de M. Démange. — Valeur totale des produits et nombre des ouvriers.
Ceci est encore une branche d'industrie qui n'existait pas à Marseille il y a dix ans , et qui aujourd'hui a pris de magniflques proportions. La construction des machines à vapeur pour la navigation et pour les fabriques , principalement pour les huileries de graine, a dorné lieu a l'érection de nombreux ateliers que nous allons essayer c'3 faire connaître.
Nous devons d'abord mentionner les ateliers de MM. L. Bénet et Comp., qui occupent un si grand nombre d'ouvriers à Marseille, à La Ciotat et à Toulon.
Aux bords de la mer , à l'anse des Catalans , ils viennent d'élever sur une surface de 12,000 mètres, dont 2000 sont à couvert , un vaste atelier dont la principale salle a 60 mètres de longueur , pour l'ajustage et la réparation des machines à vapeur , ainsi que pour la construction des chaudières. L'outillage en est d'une grande perfection. On y remarque surtout un tour à tourner parallèle , et un alésoir vertical. Cet atelier occupe 85 ouvriers et pourra en occuper jusqu'à 300. Il va débuter par un appareil de 160 chevaux pour le service des paquebots-poste ; nous ne pouvons parler de cet atelier sans rappeler en même-temps celui de La Ciotat , dont il découle.
Cet atelier, fondé en 1838 sur le quai même du port de la Ciotat, occupe une surface de 25,000 mètres. Par son outillage importé en grande partie d'Angleterre , il est sans contredit à la hauteur des premiers établissemens de ce pays, mais par son heureuse situation il est mieux disposé qu'aucun d'eux pour la construction simultanée des paquebots et des machines. Pour en faire connaître l'importance , il suffît d'énumérer les diverses parties dont il se compose , savoir :
Le chantier de constructions navales avec les magasins et salles nécessaires. L'atelier des constructions de machines oh les forges sont animées par deux appareils à vapeur l'un de huit chevaux, l'autre de vingt chevaux. La chaudronnerie mue également par une machine de huit chevaux. Un autre machine de vingt chevaux fait fonctionner tous les outils de l'ajustage^ parmi lesquels on remarque cinq grands tours dont un à charriot de 9 mètres pour alézer, peut tourner des surfaces de 2 mètres 50 centimètres de diamètre , et alézer des cylindres de 2 mètres 30 centimètres de diamètre; un autre à surface avec plateau de 2 mètres 50 centimètres tourne les plus grandes pièces ; un troisième à charriot de 11 mètres de longueur avec un appareil pour fileter ; deux petits tours; une machine à planer pouvant planer des pièces de 4 mètres 50 centimètres de longueur , 1 mètre 20 centimètres de largeur , 80 centimètres de hauteur ; une machine propre à faire des rainures sur le fer ou la fonte de 0,35 centimètres de profondeur ; une machine à diviser et tailler les engrenages ; une petite machine à planer ; deux pour tarauder ; deux à alézer ; quatre à percer et six autres pour. divers objets forment un magnifique ensemble.
Cet ensemble est complété par un vaste atelier de montage servi par trois grandes grues et où l'on peut monter à la fois quatre grands appareils.
Un chemin de fer relie tous les ateliers entre eux, facilite le transport des grandes pièces, et permet de faire circuler une forte grue pour les besoins du service.
Le nombre des ouvriers employés en septembre 1842 était de 837 ; savoir : 118 forgerons ; — 185 chaudronniers ; — 176 ajusteurs et tourneurs ; — 18 fondeurs ; — 247 charpentiers et menuisiers ; — 93 scieurs , calfats et perceurs.
Les principaux travaux dans le cours de cette année ont eu pour objet :
Un paquebot de 120 chevaux. ; — Deux, paquebots de 220 chevaux ; Deux appareils de 220 chevaux; — Trois locomotives de 13" de cylindre ; — Quatre locomotives de 16° de cylindre.
Ces beaux ateliers méritent tous les encouragemens du gouvernement. 11 doit s'intéresser au succès d'un établissement où il peut obtenir avec autant et plus d'économie et de perfection que partout ailleurs ces grandes machines aujourd'hui élément indispensable de sa puissance. C'est surtout en temps de guerre qu'il en tirerait de puissans secours pour les grands travaux et les grandes réparations que la défense et l'honneur du pays rendraient urgens et indispensables.
Revenons à Marseille : nous y trouvons d'abord les ateliers de M. Taylor , qui embrassent une superficie de 18 à 20,000 mètres et occupent près de 400 ouvriers , travaillant activement à des machines de toute sorte et particulièrement à la réparation de celles des bâtimens à vapeur. Nous y voyons le modèle d'un ingénieux appareil dressé par M . de Montricher , l'habile ingénieur de notre canal , appareil destiné à élever jusqu'à la hauteur de 80 mètres les blocs de l'aqueduc de Roquefavour. M. Taylor a aussi fourni pour le canal des machines d'épuisement à vapeur. Il a fait monter aux mines de Fuveau un appareil de 200 chevaux qui élève 4,500 htres d'eau par minute à la hauteur de l4o mètres et ne brûle qu'un kilogramme de charbon par heure et par force de cheval.
C'est ensuite M. Chambauvet qui avait fourni à l'ingénieur des mines, M. de Villeneuve, tous les outils pour le forage des puits artésiens dans le département. Il occupe 67 ouvriers. Il a monté plusieurs huileries de lin et des moulins à farine ; ses travaux ne se bornent pas à la localité. Il a envoyé à Barcelone des machines pour un hôtel des monnaies, à Tunis des moulins à épuisement^ à Palerme des presses hydrauliques pour le sumac ; à Naples , aux Iles Canaries et à Bourbon, des outils et des sondes pour puits artésiens.
Poursuivons notre route et entrons dans la rue Périer chez M. Falguière, en qui s'est révélé, sans le secours des maîtres, l'aptitude, on peut même dire, le génie de la mécanique. Ses machines auxquelles travaillent constamment 100 ouvriers , sous sa direction, sont d'une précision et d'une perfection remarquables. C'est lui qui a monté à Marseille le plus grand nombre d'usines. Un aperçu de son travail nous donnera une idée des forces productives créées en quelques années autour de nous .
Moulins à farine montés par M. Falguière :
ANNÉES
LOCALITÉS
NOMBRE
des meules.