BUREAU DE POSTE MARITIME
Retards dans la distribution des lettres arrivées par mer.— Inconvéniens. — Demande d'un bureau de poste maritime.— Réponse du ministre.— Augmentation du nombre des facteurs.— Avantage d'un bureau spécial.
Depuis la promulgation de rarrêté des Consuls du 19 germinal au X , ordonnant de déposer au bureau de la poste toutes les lettres venues des pays d'outre-mer ou écrites pour celte destination, le commerce de Marseille n'a cessé de se plaindre du retard apporté à la distribution des lettres arrivées par navires. Le 11 prairial an XI, la Chambre de Commerce écrivait au Ministre de l'Intérieur que deux jours suffisaient à peine au Bureau de la Poste pour effectuer cette distribution.
Dans une lettre du 15 nivôse an XIII , elle citait un navire dont les lettres n'avaient été remises à leur adresse que le cinquième jour après leur purification à la consigne de l'intendance sanitaire.
Aujourd'hui, ces retards, quoique bien moins longs, n'en excitent pas moins les plaintes du commerce. Il suffit quelquefois d'une heure pour faire manquer l'occasion d'un courrier ou le départ d'un paquebot, et dans ce cas, une heure équivaut à un retard de dix jours (1). Lorsque les lettres venues par mer ont été déposées au bureau de la poste , au lieu de les distribuer immédiatement, on attend l'arrivée du courrier de Paris , ou de Lyon , ou du Var , ou du Languedoc , afin de ne pas trop multiplier les distributions. Cette mesure est le résultat nécessaire de l'insuffisance du nombre des employés. Cette insuffisance, jointe à la multiplicité des arrivées, est la cause nécessaire de la lenteur apportée à la distribution des lettres venues par mer , lenteur qui peut compromettre le succès d'une opération commerciale.
Obligés de faire deux et parfois trois distributions par jour, les employés ne peuvent faire face au travail presque toujours inopiné qu'occasionnent les bateaux à vapeur.
(1) L'arrivée des paquebots du Levant a lieu souvent les jours de dépari; si les lettres étaient remises immédiatement on pourrait répondre le même j.our au lieu d'attendre la décade suivante.
Les lettres apportées par les paquebots , surtout celles du Levant, qui, plus que les autres, excitent l'intérêt, ne sont quelquefois distribuées que le lendemain de leur arrivée , au grand mécontentement de la population qui s'étonne à bon droit que le gouvernement après s'être imposé des frais considérables pour accélérer la correspondance avec l'Orient , recule devant une légère dépense, indispensable pour compléter le service et en assurer les avantages. Chacun demande l'établissement d'tin bureau spécial qui, dès l'arrivée des paquebots , puisse recevoir les lettres, en faire le triage et les remettre aux personnes qui se présenteront. Après im délai fixé , les lettres non réclamées seraient portées au bureau central pour être comprises dans la distribution ordinaire. Ce service n'exigeraitqu'un faible personnel. Le nombre desbateaux à vapeur qui s'accroît chaque année, le rend de plus en plus nécessaire.
La demande en fut faite en 1839 au Ministre de Finances, qui répondit que l'établissement d'un bureau de poste maritime ne ferait pas cesser les retards signalés , attendu que la constitution de ces sortes de bureaux ne permettrait pas de s'y occuper de la distribution des lettres qui devraient toujours être portées au bureau principal. L'administration pensait que la meilleure mesure à prendre pour accélérer la remise des correspondances d'outre-mer , serait d'augmenter à Marseille le nombre des facteurs , dans une proportion qui permît de faire dans la journée trois ou quatre distributions au lieu de deux. Le Ministre des Finances ajoutait qu'on s'occupait de cette amélioration, qui n'avait été différée que faute de fonds disponibles , mais qu'une création de facteurs devait avoir lieu en 1840 , et que cette mesure ferait cesser l'inconvénient dont se plaignait le commerce de Marseille.
Malgré cette assurance , le nombre des facteurs n'a pas été augmenté , et l'eût-il été , le retard dans la distribution des lettres venues par mer , eût toujours été à peu près le même , attendu que ce retard est occasionné par le long laps de temps nécessaire pour le dépouillement de plusieurs courriers à la fois.
Les employés du bureau des postes font tout ce qu'il est humainement'possible de faire pour remplir leur devoir. Le public, loin de porteraucune plainte contre eux, reconnaît que le service auquel ils sont assujétis est extrêmement pénible et que l'on ne peut exiger davantage.
Voilà pourquoi on demande un nouveau bureau plutôt que de nouveaux facteurs .