‹ Essai sur le commerce de Marseille, ouvrage couronné en 1833 par la Commission chargée de décerner le prix fondé par le baron Félix de Beaujour. 2. éd., augm. et continuée jusqu'en 1841Chapitre 143 sur 181 · AMÉLIORATIONS MORALES · texte numérisé non relu

AMÉLIORATIONS MORALES

Suppression an jeu sur les marchandises à livrer.— Différence entre le commerce normalet le jeu. — Nécessité d'une probité sévère dans toutes les transactions. — Tarifs uniformes pour toutes les opérations de commerce. — Poids et mesures.— Formation des équipages. — Esprit d'association.

J'ai parlé des améliorations matérielles que réclame le commerce de Marseille ; qu'il me soit permis de parler aussi des améliorations morales , de celles qui importent le plus au maintien de la conGance et de la considération dont il jouit au dehors.

Au premier rang de ces améliorations , je place la suppression du Jeu pallié du nom de ventes à livrer. Sans doute le fabricant qui a besoin d'un produit pour une époque fixée , et le négociant qui est assuré de recevoir ce produit, peuvent conclure un marché. Mais que dire de ceux qui vendent ce qu'ils n'auront jamais, ou qui achètent ce qui ne leur sera jamais livré , sauf à payer la différence entre le prix convenu et le prix réel ? Ce n'est point là une opération sérieusement commerciale , c'est un pari , c'est un jeu qui, poussé à un certain point , compromet la réputation , le crédit et souvent la fortune de celui qui s'y livre.

Autant le commerce est utile et honorable , autant le jeu est funeste. Le commerce normal enrichit les deux parties contractantes ; le jeu ruine l'une des deux. Le commerce achète la marchandise là où elle est abondante, pour la porter là où elle manque . Prendre une denrée où elle vaut 50 fr. pour la vendre là où elle en vaut

60 , c'est créer une valeur de 10 f. Cette création de valeur multipliée des millions de fois, répand le bien-être sur une foule do points. Le commerce, en agissant ainsi, accomplit une salutaire et féconde mission. Il rend service à celui qui produit et qui a besoin de vendre comme à celui qui consomme et a besoin d'acheter. Il rend service au laboureur qui récolte ; au marin et au roulier qui transportent; au portefaix, à l'ouvrier qui manipulent: au manufacturier qui met en œuvre ; au consommateur qui satisfait à ses besoins ou augmente ses jouissances. L'homme ainsi enrichi par le commerce , est digne d'estime ; sa richesse n'a rien coûté à personne ; au contraire , en travaillant à élever sa position , il a amélioré celle d'une foule d'individus ; quelquefois même il a accru la richesse d'un pays. C'est ce qui explique la considération qui s'attache, en général, à la fortune. Certains moralistes voient dans ce respect pour la richesse une disposition mauvaise. C'est une erreur: s'ils étudient avec soin l'opinion publique, ils verront qu'elle est sévère pour les fortunes mal acquises , bienveillante seulement pour celles qui sont fondées sur des opérations licites. L'homme enrichi lentement par un commerce régulier, se recommande toujours par quelques qualités ; sa vie a été fructueuse pour tous. Le banquier qui consacre ses capitaux à soutenir et développer les transactions ; le commerçant qui alimente le travail par les marchandises qu'il fait venir du dehors ou qu'il expédie au loin , le manufacturier qui occupe des milliers de bras , ont certes le droit de proliter des immenses créations de valeurs , fruit de leurs industries. Car s'ils ont gagné par les autres , tous ont gagné par eux . Peut-on en dire autant de ceux qui jouent ou parient à la hausse et à la baisse? Non , assurément. L'homme qui gagne cent mille francs par ce moyen sait que cet argent sort de la caisse de celui qui a parié avec lui ; que cette perle va peutêtre entraîner la chute d'un homme imprudent , compromettre son avenir, celui d'une nombreuse famille réduite à la misère. La fortune ainsi acquise peut-elle laisser en repos la conscience de celui qui en jouit? non. La morale pas plus que la loi n'admettent ces opérations où le gain de l'un est toujours la ruine de l'autre ?

Puisse l'opinion publique flétrir le jeu. Cela importe , je Je répète , au maintien du crédit et de la conliancè qu'inspire notre place.

Veillons avec soin pour prévenir ou empêcher tout ce qui pourrait ternir cette vieille et honorable réputation du commerce marseillais.

Faisons en sorte qu'aucun acte de déloyauté , qu'aucun abus de confiance, qu'aucune fraude ne se commettent sans être signalés et réprimés. Je pourrais citer des faits repréhensibles qui ont été dénoncés à la Chambre de Commerce de Marseille par des Chambres de Commerce d'autres villes de France. Sans doute ces faits surgissent dans toutes les places de commerce indistinctement; sansdoute, à Marseille, ils ne peuvent être attribués qu'à un très petit nombre d'individus, maisles conséquences en sont funestes pour tous; elles rejallissent sur la ville entière. C'est une arme dont s'empare la jalousie des places rivales pour attaquer la bonne renommée de Marseille. Cinq mille négocians probes et loyaux souffrent de la faute de quelques-uns.

Attachons-nous à rendre nos rapports avec l'étranger non seulement honorables , mais faciles. Pour cela , établissons de l'uniformité dans nos poids , dans nos mesures , dans nos tares , dans nos escomptes, dans la fixation du tonneau de fret (1) , enfin dans tous nos usages commerciaux ; que tout soit réglé et fixé par des tarifs publics et authentiques. Les poids et mesures basés sur le calcul décimal sont connus de tout l'univers. Adoptons-les complètement. Gardons-nous des vieilles dénominations spéciales à Marseille. Que l'étranger puisse connaître , suivre et calculer aisément tous les genres d'opérations sur notre place. Sa confiance en augmentera et par suite ses transactions.

Dans l'intérêt de notre commerce lointain , les armateurs et les capitaines ne sauraient apporter trop de soins à la formation de leurs équipages. Afin de mieux assurer encore la discipline à bord des navires , il serait nécessaire de décerner des récompenses aux marins signalés par des actes honorables ou utiles , ou par leur bonne conduite ; et d'établir un tribunal maritime , spécialement chargé de juger et de punir les délits commis en mer.

Développons surtout , si nous voulons agrandir les destinées de notre ville , développons l'esprit d'association. Etouffons son ennemi mortel, l'esprit d'antagonisme qui naît et s'agite à l'apparition de tout grand projet. Au lieu de nous diviser et de nous isoler , unissons-nous pour être forts. Unissons nos capitaux pour leur faire enfanter de grandes choses. Est-ce que Marseille ne devrait pas avoir déjà formé une association au capital de 5 à 6

(1) Sur la demande de la Chambre de Commerce , le Syndicat des courtiers a rédigé sur ce sujet un travail qui sera bientôt publié et mettra un terme à de nombreuses contestations .

^ 453 — millions pour exploiter le commerce de la Chine et de l'Inde, où elle s'était posée autrefois avec honneur ? La France n*a-t-elle pas le droit de demander compte à son premier port de mer des débouchés que ses armateurs pourraient ouvrir à ses produits en Perse , en Abyssinie , en Amérique , en Afrique, dans la Nouvelle-Hollande , partout enfin où les nations rivales font flotter leur pavillon? Si les capitaux marseillais ne suffisent pas à de nouvelles et grandes entreprises, faisons un appel aux capitaux de toute la France. Dans tous les pays qui ont une marine , l'esprit d'association s'est porté du côté des spéculations navales ; de puissans capitaux se sont concentrés pour favoriser l'essor de la navigation marchande, qui , malgré les bénéfices considérables qu'elle rapporte , malgré le rang élevé qu'elle occupe parmi les grands intérêts de l'Etat , ne réclame pas moins pour se développer, un énergique concours, à cause des avances qu'elle exige et des périls qu'elle affronte. Ce n'est pas seulement en Angleterre que des sociétés se sont formées pour encourager la navigation nationale ; la Société de Commerce des Pays-Bas, constituée au capital de 100 millions -de florins pour animer les relations avec les colonies, la Société Royale de Prusse , fondée dans le même esprit avec le concours du Gouvernement , l'exemple que nous donnent la Belgique , les villes Anséatiques , Trieste (1) ; ce sont là des faits sur lesquels nous appelons hautement l'attention. La nature a beaucoup fait sans doute pour la prospérité navale de Marseille , mais il ne faut pas espérer que les efforts isolés de nos armateurs puissent lutter long-temps avec quelque chance de succès contre les puissantes compagnies qui se forment de toutes parts à l'étranger. Les intérêts de la politique aussi bien que ceux de l'industrie française ne nous permettent pas de rester en arrière sous ce rapport.

(1) Une association se forme dans cette ville pour l'exploitation du commerce de l'Inde par l'Isthme de Suez. Trieste sait qu'autrefois Venise fut le poridu commerce européen avec les Indes. Héritière de la reine de l'Adriatique , elle fera tous ses efforts pour enlever à Marseille le passage des voyageurs et des marchandises entre l'JEurope et l'Océan indien.

^ 454 — CHAPITRE VIlï.

RÉSUAIÉ DK CE QUE DEMANDE l'iNTÉRÊÏ DE MARSEILLE.

Maiuiieu de la paix. — Puissance navale. — Marine à la vapeur. — Unions commerciales. — Loyauté dans les transactions. — Diminution dans les frais.

— Portefaix. — Docks. — Entrepôt fictif. — Agrandissement du Port. — Améliorations morales. — Colonisation de l'Algérie. — Rédaction de tarifs.

— Quarantaines. — Transit. — Cours du Rhône. — Chemins de fer. — Marseille lutte contre l'étranger au profit de la France. — Commerce de l'Orient.

— De l'Inde. — De l'Amérique. — Sucres étrangers. — Cabotage. — Mesures en faveur de nos diverses branches de commerce et d'industrie. — Enseignement. — Travaux publics. — Consuls. — Encouragemens . — Esprit d'association-— Confiance des étrangers. — Conclusion.

Résumons succinctement ce qui a été dit dans le cours de cet ouvrage sur les moyens d'assurer et de développer la prospérité de Marseille.

Son premier besoin , la première et peut-être l'unique source de sa richesse, c'est le maintien de la paix. La paix au dehors, l'ordre au dedans, ont ouvert à son commerce depuis 1814 une carrière où il n'a cessé, où il ne cessera de faire des progrès jusqu'à ce que la guerre y mette un terme fatal.

Pour garantir cette paix , pour donner au commerce protection et sécurité dans de lointains parages , il faut que la France soit forte sur les mers. La puissance navale d'un pays est une condition essentielle des progrès de son commerce extérieur. Nous applaudirons donc à tout ce qui pourra contribuer à l'accroissement de notre marine. Le pouvoir doit sa sollicitude et ses encouragemens aux mesures tentées pour former une population maritime nombreuse et exercée ; il ne saurait trop favoriser et multiplier les écoles de mousses et novices.

La navigation à la vapeur doit rajeunir et modiCer les forces nationales. Il importe à l'avenir du pays de la perfectionner et de la développer. C'est faire acte de haute intelligence que de fonder de nombreux services de bateaux à vapeur, non seulement avec les ports de la Méditerranée, mais avec ceux de l'Océan Indien, de l'Atlantique , etc. Etendons le cercle de nos relations commerciales, offrons des débouchés aux produits des autres contrées, afin qu'à leur tour elles puissent consommer les nôtres. Unissons-nous intimement avec les pays voisins. Faisons au midi de l'Europe ce que

la Prusse a fait en Allemagne. Qu'une grande confédération commerciale renverse les barrières de douanes qui nous séparent de la Belgique , de la Suisse , de la Sardaigne et de l'Espagne.

Donnons , au dehors , à la France une haute renommée de probité et d'habileté. Inspirons à tous la confiance. Veillons à la qualité des produits exportés j que la franchise et la loyauté président à tous nos échanges.

Ouvrons notre port au commerce du monde ; convions-y les étrangers, comme disait Colbert; qu'ils y trouvent toujours une immunité complète de droits de navigation j réduisons les frais qui grèvent ses mouvemens ; élevons de vastes docks qui seuls pourront rendre à notre port son antique franchise, et qui, en diminuant les dépenses de manutention et de stationnement', détruiront le monopole des portefaix (1 ) .

En attendant cette amélioration, il est nécessaire d'élargir autant que possible notre système d'entrepôt fictif , pour diminuer les dépenseS'donl on se plaint et les lenteurs qui sont aussi des dépenses ; donnons au commerce des surfaces d'eau , des développemens de

(l) Ce monopole a de tout temps pesé sur le commerce de Marseille. Les archives de la Chambre de Commerce gardent les traces des plaintes qu'il excitait au dernier siècle. Un sieur G. Maurin comparut à la séance du 21 janvier 1717 , et représenta que : depuis quelque temps les prieurs du corps des gagnedeniers ou porte-faix luy auroient fait saisir chez luy les pieds de chèvre dont il se servoit dans sa fabrique pour reconnoitre quelquefois par satisfaction le poids de ses marchandises sous prétexte qu'il auroit contrevenu à leurs statuts. La Chambre crut devoir intervenir au nom du commerce dans le procès qui s'en suivit. (Rég. des Délib. no 6 , pages 277 , 354 , 409.) Aujourd'hui , le commerce se plaint encore du monopole des porte-faix , mais il croit à tort que c'est à l'autorité de J'en affranchir. Aucun arrêté n'oblige les négocians à employer sur les quais les porte-faix de Saiul-Pierre. Chacun est libre d'y faire travailler des ouvriers de son choix ; et si ceux-ci étaient troublés ou menacés , l'autorité judiciaire , aidée au besoin par l'autorité militaire , ne manquerait pas d'arrêter et de punir ceux qui se rendraient coupables de coups et de menaces. L'administration ne peut que laisser au commerce la faculté de choisir ses agens et donner à ceux-ci la protection due à tout le monde. C'est la seule conduite que la loi et la prudence commandent. Intervenir dans la fixation d'un tarif, même pour le réduire , ce serait reconnaître l'existence légale de la corporation (qui n'est reconnue que comme association de bienfaisance) et se créer d'inextricables embarras. Un tarif rationnel et généralemeui favorable est impossible , parce qu'il ne peut prévoir tous les cas. Appliqué à un seul colis il sera toujours modéré , à une cargaison , toujours onéreux. Le Maire d'Avignon , en réglant le service des portefaix du port , a pu satisfaire les voyageurs, mais non le commerce quelquefois obligé d'employer à ses travaux les soldats de la garnison, à cause des dépenses énormes qu'cnfraîa-j l'application du lurif sur xin: large échelle.

quais et partant plus de facilité et de rapidité diras les opérations (1). Il est honteux pour une grande nation que son premier port soit dans l'état où nous voyons celui de Marseille. Ne cessons de répéter que c'est agir sans prévoyance que d'éparpiller les ressources publiques sur une foule de ports secondaires , au lieu de les concentrer sur quelques points principaux , comme faisait Louis XIV, dont le noble orgueil voulait donner à l'étranger une haute idée de la grandeur et de la puissance commerciale de la France.

A côté des améliorations matérielles marchent les améliorations morales. On pourrait par de sages lois diminuer le nombre des faillites et ajouter à la moralité des classes commerçantes , comme on a ajouté par la fondation des caisses d'épargnes à la moralité des classes ouvrières. La suppression dajeu sur les marchandises à livrer est nécessaire au maintien du crédit et de la considération du commerce marseillais.

Que la France applique à ses conquêtes en Afrique un vaste système de colonisation. La gloire et la prospérité nationales seront le prix de ses efforts. L'intérêt de Marseille se lie ici , comme toujours , à l'intérêt général.

Que le gouvernement se préoccupe un peu moins des obsessions de quelques grands producteurs et un peu plus des intérêts de la masse des consommateurs qui souffrent du haut prix d'une foule d'objets de première nécessité ; qu'il abaisse notamment les droits sur les bestiaux et les fers. Il pourrait atténuer les causes de la cherté relative de notre navigation en supprimant les droits établis sur toutes les matières employées dans les constructions navales.

Les quarantaines sont pour la navigation une entrave et une dépense que l'Intendance Sanitaire de Marseille s'attache avec persévérance à alléger. Leur durée a été réduite , les frais diminués . Ils seraient ici plus modérés que dans aucun port de la Méditerranée, si les prétentions croissantes des portefaix ne tendaient à les exagérer (2). Leur concours n'est pas indispensable pour mouvoir la marchandise en quarantaine. L'Intendance pourrait les remplacer par des hommes spéciaux qui , payés à l'année, coûteraient

(1) La Chambre de Commerce a établi, dans ce but, des grues qui rendraient de grands services , si la plupart n'étaient rendues inutiles par l'état d'encombrement où se trouvent lesquai^ et le bassin.

(2) Autrefois les portefaix percevaient 3 fr. par jour dans le Lazaret ; uaguères ils ont élevé le prix de leur journée à i fr= 50 c. Maintenant ils demajident 0 fr .

bien moins cher. Sa responsabilité serait mise à couvert par la présence des écrivains dont le choix appartient à l'armateur. La translation de la quarantaine des marchandises au Frioul sera aussi une amélioration notable ; pour la rendre complète , il est nécessaire de donner au port du Frioul plus d'espace et de sécurité au moyen d'une nouvelle jetée ou d'un brise-lame flottant. 11 sera nécessaire aussi d'établir un service de bateaux pontés remorqués à la vapeur, pour le transport des marchandises des îles à Marseille.

Notre transit est en décadence. C'est chose funeste non seulement pour Marseille , mais pour la France entière. Le gouvernement seul peut apporter un remède au mal en perfectionnant nos voies de communication. Il est urgent d'améliorer le régime du Rhône , et de tracer des lignes de fer. Les efforts et les dépenses doivent être , non en raison de l'importance actuelle du transit , mais en raison de l'importance qu'il pourrait acquérir.

Il est une considération qui devrait rendre la cause de Marseille bien populaire en France et sa voix bien écoutée. C'est que tout ce qu'elle gagne elle l'enlève à l'étranger; tout ce qu'elle perd, la France le perd. Ailleurs , un accroissement de prospérité est souvent une conquête sur une autre ville française voisine ou rivale. Le port du Havre a nui à ceux de Nantes et de Bordeaux . L'entrepôt de Paris appauvrit celui du Havre. Il n'en est pas ainsi de Marseille. C'est pour la France et contre l'étranger qu'elle lutte. Sa chute ou sa victoire sont la chute ou la victoire du pays. Sa cause est vraiment une cause nationale.

Ce que nous disons du transit , nous pouvons à plus forte raison le dire du commerce du Levant. Là aussi, Marseille représente la France. C'est Marseille qui porte et fait flotter en Orient l'étendard de la nation. Donc, c'est au nom de tous les intérêts français qu'elle parle quand elle réclame contre l'infériorité que nous ont faite les traités en Turquie, où les russes paient à l'entrée 3 p, °/o, et nous 5 p. °/o ; à la sortie 3 p. «/« et nous 12 p. "/o. C'est au nom de tous les intérêts français qu'elle demande que sa Chambre de Commerce soit consultée avant la conclusion de conventions commerciales avec La Porte ; et qu'un Consul Général soit établi à Constaniinople, afin de suppléer, pour les choses du commerce, l'ambassadeur du Roi , exclusivement préoccupé des choses de la politique.

Marseille demande aussi à porter au loin dîins l'Inde et en Amé-

rique le pavillon de la France. Elle aspire à l'ouverture d'une voie facile et économique pour'les marchandises à travers Tisthme de Suez ; mais pour vendre il faut acheter ; il faut créer des moyens d'échange en abaissant les droits qui frappent les produits exotiques. Il est une denrée, le sucre, qui pourrait être l'aliment d'une admirable navigation. Si le sucre de betterave cessait d'envahir le marché y la France aurait à demander à l'étranger de telles quantités de sucre que sa marine actuelle n'y pourrait suffire. De nouveaux bâtimens seraient construits; de nouveaux marins se formeraient ; un immense mouvement animerait nos ports et nos manufactures. Le cercle de leurs débouchés s'étendrait à l'infini.

L'établissement de consuls capables et dévoués partout où le commerce français se présentera , est nécessaire aux succès de ses opérations.

Nos relations lointaines ne doivent pas nous faire perdre de vue celles non moins importantes que nous entretenons avec les ports français. C'est dans le but de les favoriser que nous avons demandé la suppression des plombs de douanes pour les expéditions du cabotage, et l'établissement d'un service quotidien de bateaux à vapeur entre Marseille et la Corse, confié à une compagnie, afin que le transport des marchandises de toute sorte n'éprouve aucune entrave.

Nous demandons aussi dans l'intérêt de Marseille , pour le commerce des blés , une législation libérale et la diminution des frais dont il est grevé j

Pour la raffinerie du sucre , l'abaissement du rendement exigé pour le remboursement des droits à la sortie ;

Pour les laines, les cuirs, les fers, pour toutes les matières premières , en un mot , une modification de tarif;

Pour la savonnerie et pour les soudes, la suppression des taxes locales et un nouveau système de primes ;

Pour toutes les industries qui exportent leurs produits , le remboursement des droits acquittés par les matières premières ;

Pour les ateliers de machines a vapeur , la faculté d'employer des tôles et des fers étrangers à charge de réexportation.

J'ai formulé dans cet ouvrage tous les vœux dont la réalisation m'a paru devoir grandir les destinées de Marseille ; j'ai demandé pour elle un vaste système d'enseignement théorique , pratique et professionnel , des encouragemens à tous les progrès , l'améliora-

tion de toutes les voies de communication et surtout des chemins de fer, afin qu'elle puisse faire rayonner au loin son activité ; j'ai demandé que les eaux de son port soient purifiées et que leur surface soit doublée par des ports auxiliaires et un avant-port ; j'ai applaudi avec reconnaissance aux utiles travaux en cours d'exécution , tels que le canal de la Durance et l'agrandissement des quais. J'ai sollicité, en traitant les questions qui se rattachent aux pilotes lamaneurs , à l'entrepôt du prohibé , aux correspondances par mer, tout ce qui peut faciliter et développer les opérations commerciales. Je me suis efforcé , enfin , de faire comprendre les avantages de l'esprit d'association et la nécessité de ne rien négliger de ce qui peut honorer le commerce marseillais et affermir la confiance des étrangers dans sa loyauté et sa solidité.

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