SAVON
Origine de celte industrie. — Règlement de 1688. — Arrêt du Conseil d*Êtat du 19 février 1754. — Du 28 février 1760. — Produit des savonneries à celte époque. — En 1789. — La municipalité se plaint en 1791 des fraudes introduites dans la fabrication du savon . — Ces plaintes sont renouvelées en 1806 et en 1813 par la Chambre de Commerce. — Conseil des prud'hommes. — Loi du 8 floréal an xi , accordant à l'exportation des savons le remboursement des trois quarts des droits . — Décrets de 1811 et 1812. — Etat de cette industrie en 1811. — Soudes artificielles. —Nombre des savonneries en 1813, 1814, 1815, 1816, 1817, 1820 , 1830, 1837 et 1842.— Leur consommation.— Améliorations réclamées. — Exportations. — Savon à l'huile de Palme. — Envoi de savon à l'intérieur. — Concurrences de Rouen et de Paris. — Huiles d'olive importées à Marseille de 1827 à 1842.— De 1777 à 1785.— Quantités d'huiles, de soudes et de suif consommées.
Les Gaulois ont été les preqiiers qui aient fabriqué du savon. Pline l'appelle cepo Galliarum ; il paraît qu'on s'en servait surtout comme cosmétique (1). « Les Gaulois, dit Arietus, ont une infinité y» de remèdes dans les maladies de la peau nommées e/ep//,antîasis ; » il emploient de petites boules de nitre dont on blanchit le linge. » Rien de mieux que de s'en frotter le corps dans le bain. »
Il est probable que la Gaule devait cette industrie aux Marseillais. Ce fut dans tous les temps un objet important de leur commerce.
Pline nous apprend qu'on faisait du savon avec du suif et des cendres de bois de hêtre. C'est pour celle cause que plusieurs auteurs l'ont appelé unguentum cineris (2). Dans le septième et huitième siècles on ajoutait seulement de la chaux aux cendres. Ce n'est que depuis cette époque qu'à la place du suif on a employé de l'huile d'olive. La fabrication se faisait alors à froid avec l'huile du pays et le natron qu'on apportait d'Alexandrie.
Le savon ne devint une branche importante d'industrie que lorsque l'usage du linge fut généralement répandu.
(1) Hoc inventum rutilandis capillis , Pline lib. 28 , cap. 12. Item Martial, Hb. Uepig. 27.
(2) Valer. Max. lib. 2 , cap. 1. — ïcrlull. ad uxorcm lib. 2 , c. 8.
Les premières fabriques , telles que nous les connaissons aujourd'hui , furetit, dans le moyen âge , établies à Savone. C'est à cette industrie qu'elle doit son nom.
La république de Gênes, maîtresse de la ville de Savone, trouva dans celte l'abricaiion une source de richesses. Elle en conservait soigneusement le secret. Alicante et quelques autres villes d'Espagne parvinrent à le lui ravir, et fabriquèrent du savon.
Marseille ne pouvait demeurer long-temps étrangère à une branche d'industrie qui enrichissait ses voisins. Des ouvriers étrangers furent appelés dans son sein. Et dès le dix-septième siècle elle était en possession d'une fabrication pour laquelle l'avenir devait ne plus lui connaître de rivale.
C'est en vain que les Génois voulurent reconquérir la supériorité que Marseille leur enlevait. Attribuant leur décadence aux fraudes que quelques fabricans avaient commises dans la fabrication, le sénat fit brûler sur la place pubHque une grande quantité de savon de mauvaise qualité.
Tout fut inutile. L'industrie de Marseille marchait se développant chaque jour. Ses produits furent partout préférés ;, et l'on vit successivement s'élever ces nombreuses fabriques qui occupent une vaste partie de notre ville.
Il paraît cependant que quelques altérations furent reprochées à des fabricans. Louis XIV publia un règlement pour remettre cette fabrique dans sa perfection. Alors aussi et plus encore qu'aujourd'hui la centralisation prétendait tout régler (1). Ce règlement est de 1688. En voici quelques passages ;
« Le roi ayant été informé que la mauvaise qualité des savons >j qu'on fabrique à présent en Provence, en a considérablement » diminué le débit, qui était très grand, et que l'altération qu'on y » fait pour le poids , et les défauts qui s'y rencontrent pour le peu » de soin qu'on a de préparer les matières , a pu donner lieu aux
(1) Le4aoûtl703, Commission fui donnée à M. Lefébure , parM. Chamillart, contrôleur des finances, pour faire les visites conyenables dans toutes les savonneries établies à Marseille, à Toulon et autres lieux de la Provence, et examiner si les huiles, les soudes, les cendres, bourdes, barilles et la chaux qui étaient employés dans la composition des savons étaient de bonne qualité , si on mettait suffisamment de chaque qualité et si on les laissait cuire assez long-temps pour faire une composition parfaite. ( Rcg. dns délib. de la Chambre, n. 5, page 226. )
» étrangers d'attirer et d'établir celte manufacture chez eux. Ce » que S. M. désirant empêcher, elle a résolu pour remédier aux » abus qui se sont introduits de remettre cette fabrique dans sa » perfection et ordonner ce qui s'en suit :
Art. 1". « Les manufactures de savon de quelque qualité qu'elles » soient, cesseront entièrement pendant les mois de juin, juillet et » août chaque année à peine de confiscation du savon.
Art. 2. » Les huiles nouvelles ne pourront être employées en » cette manufacture avant le 1 " mai de chacune année aussi , à h peine de confiscation de la marchandise.
Art. 3. » Il est défendu de se servir dans la fabrique du savon » avec la barille, soude ou cendres , d'aucune graisse , beurre ni » autres matières ; mais seulement des huiles d'olive pures sans » mélange de graisse , à peine de confiscation.
Art. 13. » Les communautés des villes de la province où il y a » des fabriques de savon, nommeront tous les ans deux des prin- » cipaux négocians et entendus dans cette matière pour veiller » dans les dites villes et dans l'étendue de leur territoire , à l'en- » tière exécution des articles ci-dessus , et lorsqu'ils trouveront » des fabricans ou marchands qui y auront contrevenu , ils les dé- » nonceront aux juges ordinaires pour être punis suivant l'exi- » gence du cas. » (1)
C'est là l'origine du conseil des prud'hommes.
On conçoit que la défense de fabriquer du savon pendant trois mois de l'année, devait nuire aux intérêts des fabricans et surtout des ouvriers.
Voici quelles étaient les raisons qu'on fesait valoir en faveur de ces sortes de vacances :
I^Le besoin annuel de réparations aux fourneaux et chaudières des fabriques à savon.
2» L'impossibilité de fabriquer pendant les grandes chaleurs du savon de bonne qualité.
De ces deux motifs le dernier seul pouvait justifier une mesure aussi rigoureuse que la suspension de tous les travaux dans une branche importante d'industrie.
La science et l'expérience ont démontré que cette prétendue
(1) A ces deux inspecteurs nommés par le Conseil de ville, la Chambre de Commerce adjoignait deux de ses membres avec le litre deco-inspecteurs. ( Reg. dei délib . , n 8 , page 275 , février 1731 . )
impossibilité de fabriquer du bon savon pendant les mois de juin , juillet et août n'existait pas.
Restait donc sans compensation la perte considérable qui résultait pour le fabricant du sommeil de ses capitaux.
Des plaintes s'éievèreni; on réclama la liberté de l'industrie.
Le gouvernement crut devoir se rendre à ces vœux. -Un arrêt du conseil d'état du 19 février 1754, permit de fabriquer du savon pendant toute l'année. On remarque dans cet arrêt , au milieu des dispositions les plus minutieuses pour régler la fabrication, les articles suivans encore en vigueur :
Art. 6. Ci Tous les fabricans de savon seront tenus de marquer les dits savons blancs et marbrés de la marque qu'ils auront choisie, dont ils déposeront un double au greffe du juge des manufactures des lieux ou leur manufacture sera établie.
Art. 7. » Les fabricans ne pourront s'associer au préjudice de la liberté et de l'intérêt public , soit pour l'achat des huiles et autres matières nationales servant à la dite fabrique, soit pour la vente des savons , sans préjudice toutefois aux dits fabricans de s'associer pour l'achat des huiles, et autres matières venant de l'étranger, o (1)
(ij Detouttemps il a été fait des efforts à Marseille pour élever les béDéfices de la savonnerie et des industries qui s'y rattachent au moyen de coalitions, associations ou monopoles. Je ne puis mieux faire connaître ce qui se passait à cet égard au dix-septième siècle que par les deux extraits suivans des registres des délibérations de la Chambre de commerce :
Bureau du 2t novembre 1661. — « Il a été représenté que les savonniers de cette ville avec ceux de Toulon se sont ligués pour augmenter le prix de leurs savons, et pour cet effet , ils ont fait acheter tous les savons qui étoient dans Lyon et en Bretagne, et pour obliger tous les fabricans de savon d'adhérer à leur monopole, et passer par leurs mains ils achètent par une seule main tous les matériaux, et font encore plus : pour éviter qu'il ne se forme de nouvelles fabriques, ils gagent tous ceux qu'ils connoissent capables de conduire des fabriques et les obligent, moyennant salaire, à demeurer oisifs et à ne travailler pour personne. »
Bureau du 30 mai 1675. — « Il a été exposé que le sieur Fouquier fait un monopole de savons de cette ville et pour y parvenir et faire passer par sa main tous les acheteurs ou vendeurs de mafértaMo: qui composent ledit savon, il achète toutes les huiles qui arrivent en cette ville , toutes les cendres et barilles ; et pour cet effet, il a corrompu, par argent, tous ceux qui travaillent à ladite fabrication, et leur donnant les mêmes gages que les maîtres de fabriques dounoient lorsqu'ils ^es fesoient travailler, dételle sorte que les maîtres de fabriques ne trouvant pas des ouvriers pour travailler, ils sont obligés de quitter leur travail , ou du moins d'arrenter leurs fabriques à vil prix audit Fouquier, et ceux qui peuvent iravafller
Cet arrêt de 1754 ne satisfit pas les intérêts qui l'avaient sollicité.
L'industrie marseillaise continua à souffrir. Au lieu de s'en prendre à la guerre acharnée qui dévorait l'Europe, et suspendait toutes les transactions , on attribua la stagnation industrielle à l'arrêt qui avait eut pour but de la faire cesser.
Les partisans de la suspension des travaux pendant trois mois soutenaient qu'elle était nécessaire , qu'elle prévenait l'encombrement des marchés et l'avilissement des prix , et qu'elle pouvait seule maintenir l'équilibre entre la consommation et la production. Car c'était alors une opinion généralement accréditée qu'il valait mieux laisser les capitaux dormir inutiles que de les consacrer à un accroissement de production. L'intelligence du siècle n'allait pas jusqu'à pressentir que la consommation devait nécessairement s'accroître dans une proportion bien supérieure aux développemens de la production , si le prix de l'objet produit descendait à la portée d'un plus grand nombre d'individus.
Le même aveuglement ineitait tous les ans aux mains de la compagnie hollandaise les torches qui dévoraient à Batavia les riches épiceries de l'Inde , dépassant la quantité jugée, par le conseil général, nécessaire aux besioins de l'Europe et de l'Asie.
En conséquence , en 1760, un arrêt du conseil du ^8 février ordonna que toutes les manufactures de savons cesseraient encore de travailler aux mois de juin, juillet et août.
A cette époque , en évaluait à 40 millions de francs l'importance du produit de nos fabriques de savon. La consommation de la France et de ses colonies y figurait pour 32 millions , l'exportation à l'étranger pour 8 millions. (1)
En 1789, quoique Marseille fût encore en possession de fournir tout le savon qui se consommait en France , les produits de cette fabrication à Marseille et dans le midi n'étaient plus évalués qu'à
il leur donne de si grands prix de leur fabrique, qu'il les oblige de les lui arrenler et quitter le travail, et de cette façon il s'attire à soy tout le négoce et fabrication desdits savons , de sorte qu'il fait passer par ses mains tous les acheteurs de savons et tous les vendeurs d'huiles , cendres et barilles, et de cette façon il a formé lui-même un monopole très préjudiciable au commerce ; par suite, les profits qui se faisoient audit négoce estoient despartis entre plus de 3,000 personnes, or que maintenant n'est qu'entre les mains seules du sieur Fouquier.»
(l) Les savons delMarsoille payaient 30 sous du cent pesant à leur entrée dans les ports du Ponent Le droit sur les savons étrangers était do 7 livres.
fr. 30,000,000. Le nombre des fabriques était de 65 , contenant 280 chaudières (1).
Voici , d'après Chaptal , la statistique de cette industrie à Marseille, en 1789. Elle employait:
1" 240,000 milleroles ou 138,000 quintaux métriques huile, dont
30,000 de Provence , ce qui, à raison de 60 francs^la millerole ,
fait .* Fr. 14,400,000
2° 150,000 qx. m. de soude de toute espèce,
dont 10,000 q. m. du Languedoc , qui-, évalués
à 24 fr. chaque , par rapport à leur variété ,
représentent 3,600,000
3° 165,000 qx. m. de charbon de terre tirés des
environs de Marseille, qui , à raison de 2fr.
50 c.le quintal métrique , forment une valeur
de 412,500
4° La main-d'œuvre était évaluée 1,187,500
Total Fr. 19,600,000
Le résultat de la fabrication était annuellement d'environ 225 mille quintaux métriques de savon blanc, bleu vif ou bleu pâle (2), dont la septième partie était exportée pour nos colonies de l'Amérique et de rinde , les Etats-Unis, l'Allemagne et la Hollande (3).
La Révolution de 1789 renversa tous les réglemens auxquels la savonnerie était soumise.
(1) Alors, comme aujourd'hui, le nombre des fabriques en activité augmentait ou diminuait suivant les proGts ou les pertes qu'offrait la fabrication. En 1761 on ne comptait que 28 savonneries en activité.
(2) Un mémoire déposé aux archives du ministère des affaires. étrangères évaluait la production du savon de Marseille en 1789, à 725,000 quintaux table ( 295,800 quintaux métriques;. Prix moyen 33 fr. le quintal table ( 79 francs les 100 kil. ) Ce qui présente une valeur de près de 23 millions. Cet écrit porte à 58 le nombre des fabriques en activité , dont 48 à Marseille, 6 à Toulon , 4 à La Ciotat.
(3) En 1792, il fut exporté de France :
1,412,101 kil. savon pour l'Europe , le Levant et les États-Unis. 1,576,647 » savon pour l'Amérique et les Antilles françaises.
7,700 » savon pour l'Afrique ou traite des noirs et delà gomme. 163,922 » savon pour les Indes, les îles de France et de Bourbon.
3,160,370 kil.
11 paraît que celte transition subite de la servitude à la liberté entraîna quelques inconvéniens, carie 14 octobre 1791, la municipalité de Marseille fit une adresse à l'assemblée législative pour solliciter des mesures de répression contre la fraude introduite dans la fabrication du savon (1).
Ces plaintes furent renouvelées en 1806 par la chambre decommerce , qui demanda et obtint le rétablissement du conseil des Prud'hommes (2).
Bonaparte , après avoir rétabli l'ordre en France , s'efforça de faire fleurir i ouïes les branches d'industrie. La fabrication du savon appela plus particulièrement son attention.
La loi du 8 floréal an xi , dans la section iv qui concerne la ville de Marseille, statue ce qui suit :
(ï Les négocians qui présenteront des savons à l'exportation à » l'étranger et qui justifieront avoir payé des droits sur les huiles » importées dans l'année, seront remboursés des trois quarts des » dits droits dans la proportion des quantités d'huile qui entrent » dans la fabrication des savons exporter. »
Cependant , malgré le rétablissement du conseil des prud'hommes, la fraude ne disparaissait pas. Quelques fabricans fesaient entrer de l'argile blanche dans leurs compositions , d'autres substituaient la graisse à l'huile d'olive (3).
(1) Voici un extrait d'un écrit publié en 1790 , sous ce titre : Doléances des blanchisseuses et lavandières pour être adressées à MM. les députés de Marseille aux états-généraux et être annexées aux autres cahiers et doléances des différentes corporations. On jugera du siylede l'époque :
« C'est contre la fabrication du savon blanc que nous avons à nous plaindre ; c'est » contre ces malfaiteurs qui le vicient d'une augmentation de poids : c'est contre » ces âmes intéressées qui, franchissant toutes les bornes de l'humanité , necrai- » gnent pas d'établir leur fortune sur le plus pur sang de h plus basse population.
» Ces déloyaux fabricans du savon blanc incorporent dans ce savou de vingt- » cinq à quarante pour cent d'augmentation de poids, par le moyen de l'eau em- » preinte de quelques sels légers de soude, et lèvent par ce moyen au consom- » mateur l'espérance dû petit bénéfice qu'il peut attendre de son labeur, en ce » qu'il ne trouve plus, dans ce savon vicié, l'usage qu'il lui procurerait s'il était » intact; et le second dommage, c'est qu'il en paye une livre et n'en reçoit que » trois quarts et souvent moins. »
(2) La Chambre demanda aussi alors le rétablissement des vacances forcée» pendant les mois de juin, juillet et août.
(3) Voir au tome l" le chapitre sur le conseil des prud'hommes. T,e 29 juin 1813 la Chambre de commerce de Marseille protestait contre l'emploi de l'huile de graine dans la fabrication du savon, et réclamait de nouvelles mesuros de surveil- 1 ince et de répression .
Pour prévenir ces coupables abus, trois décrets furent rendus en 1811 et en 1812. Chaque fabricant fut tenu d'apposer une marque sur chaque brique de savon portant ces mots : huile d'olive , huile de graine , de suif, de graisse , suivant la substance.
La fabrique de Marseille eut pour ses savons faits avec de l'huile d'olive une marque particulière présentant un pentagone et portant le nom du fabricant et de la ville.
Pendant les guerres de l'empire, au milieu du naufrage de toutes les richesses de Marseille , la savonnerie seule demeura debout , gloire et consolation de notre industrie (1).
Le nombre des fabricans de savon s'accrut considérablement ; chacun cherchait à se rattacher à cette branche d'industrie encore vivante.
En 1811 , Marseille possédait 73 fabriques, employant îi^O chaudières de cent demi-caisses l'une dans l'autre (2).
Le nombre des ouvriers occupés par ces 73 fabriques était de 1,000.
Elles employaient :
240,000 milérolles d'huile ( comme en 1789 ) provenant en très légère partie de la Provence, et le reste de l'Italie , de l'Espagne , du Levant et de la Barbarie (3) .
Le poids de lamillérole étant de 57 à 58 kil., c'était 138,600 q. métriques.
120,000 quintaux métriques soudes ou barilles, tant douces que salées.
180,000 quintaux métriques charbon de pierre pour l'empâtage et la cuisson.
Aujourd'hui nos fabriques sont moins nombreuses , mais elles consomment et fabriquent beaucoup plus, comme on le verra ciaprès.
(1) Le Moniteur dnSO septembre 1806, en rendant compte de l'exposition des produits de l'industrio française, mentionna honorablement les savons provenant des manufactures de MM. Payen et Ce , Ferandy et Ce , et Antoine Rocofort. '
(2) L'exploitation de chaque chaudière exigeait une dépense de 15,000 francs. Le savon se vendait alors 58 fr. le quintal table de 40 kil. 8 hect.
(3) En 1806, la consommation n'était que de 160,000 milleroles, la production de 147,240 q.m. savon. Les huiles valurent, cette année, 110 à 115 fr. la millerole, avant la Révolution on la payait communément 60 fr. et jamais plascher que 65 f r .
Aussi, parmi ces 73 manufactures , il y en avait qui ne prospéraient pas. '
L'invention des soudes artificielles, obtenuesde la décomposition du sel marin au moyen de l'acide sulfurique , lout^ belle et utile qu'elle fût , ne laissa pas que de jeter quelque perturbation dans cette industrie. Elle provoqua l'érection de nouvelles fabriques à l'étranger et dans le royaume .
Les soudes naturelles que nous envoyaient l'Espagne, la Sardaigne, la Sicile et Tunis furent prohibées.
Les habitudes se modifient lentement. Marseille ne pouvant plus recevoir des soudes naturelles de l'étranger, et croyant toujours qu'elles étaient préférables aux soudes artificielles , en demanda au Languedoc. On en sema aux environs d'Arles ; mais la qualité était inférieure à celle de l'étranger.
On en fit venir aussi des Etats-Romains, compris alors au nombre des départemens de l'empire français.
Cependant les soudes artificielles triomphèrent peu à peu des répugnances du fabricant et du consommateur. Bientôt elles devaient être adoptées presque exclusivement, et rendre de grands services à la savonnerie, en permettant l'emploi des huiles de graine, sans lesquelles le prix de l'huile d'olive toujours plus élevé serait devenu inabordable.
On a vu, d'après l'état de nos débouchés, que le nombre des fabriques en activité était trop considérable sous l'empire. Ce nombre commença à diminuer à partir de 1811. En 1813, il n'était plus que de 62 ; en 1814, de 48 ; en 1815, de 30 ; en 1816, de 37; en 1817, seulement de 15 ; à dater de celte époque, l'industrie savonnière prit un nouvel essor ; en 1820 , d'après la Statistique des Bouches-du-Rhône , on comptait à Marseille 88 fabriques , qui contenaient 420 chaudières grandes ou petites. En 1830, 43 fabriques étaient exploitées par 32 fabricans ; elles contenaient 208 chaudières de 100 à 110 q. m. chacune. Elles occupaient70O ouvriers directement et procuraient un travail continu à une multitude d'autres ouvriers et artisans.
Le produit annuel de cette fabrication était en 1830 de 400,000 quintaux métriques savon qui, évalués à 75 fr. , formaient un total de 30,000,000 fr.
La consommation des fabriques de savon qui , en 1813 , était de 130,000 q. m. huile, s'était élevée en 1830, à 236,000 q. m. huile
d'olive , d'oeillette et de noix. ( L'emploi de ces deux dernières qualités variait de 12 à 50 mille q. m. par an , suivant leurs prix ) (1). On employait encore dans la savonnerie :
170,000 quintaux métriques soudes factices douces.
32,000 — — soude salée.
196,000 — — charbon.
55,000 — — chaux,
1,200 — — plâtre (2).
Depuis 1830 la fabrication du savon a fait des progrès à Marseille. En 1837 même, la production était devenue excessive, non par suite de l'accroissement des besoins^ mais par l'effet du jeu et des ventes à livrer; cet excès amena une baisse ruineuse pour plusieurs producteurs. Le nombre des fabriques en activité, qui était alors de 50, liit notablement réduit. Aujourd'hui il y en a 45 , exploitées par 35 fabricans , occupant 700 ouvriers. Le nombre des chaudières est de 214, celui des mises de 501 (3). Leur travail a été fort animé pendant cette année ( 1842 ) , mais c'est le résultat naturel du ralentissement qu'il avait éprouvé en 1841 par suite de la pénurie et du haut prix des huiles. La consommation ne s'arrête pas, et lorsque la fabrication se ralentit, il se manifeste bientôt de grands besoins.
Parmi les principales fabriques on remarque celles de MM. Rampal , Arnavon , Miiliau , Charles Roux et Bonnefoi.
Pour évaluer leur production , il suffit de jeter un coup-d'œil sur le tableau que je donne plus bas des quantités d'huile soumises aux droits d'octroi. La quantité de 1836 à 1841 a été pour les six années ensemble de près de 2,000,000 d'hectolitres, soit 3,125,000 milieroles ; déduisant pour les consommations autres que celles de la savonnerie 125,000 milieroles, il en reste 3 millions, ou 500,000
(1) La consommation d'huile d'oeillette a été de 58,000 qaintaax métriques pour chacune des années 1837 , 1838 et 1839. En 1841 elle n'a été que de 30,000 quintaux métriques par suite de mauvaises récoltes dans le Nord.
(2) Ce produit n'entre pour rien dans la composition du savon. Les ouvriers y plongent leurs mains empreintes de matières visqueuses qui ne leur permettraient pas de manier les outils et ustensiles.
(3) Une mise se compose de deux bassins carrés où l'on dépose le savon à l'état liquide pour le solidifier. Depuis que les nouveaux procédés permettent de confectionner le savon dans les chaudières beaucoup plus vite, le nombre des mises est encore plus essentiel que celui des chaudières h une grande production.
par an (1). On évalue à 100 kil. savon le rendement d'une milé- Tole d'huile ( 64 litres ) . — Nous avons donc pour la production moyenne de la savonnerie le chiffre de 500,000 q. m. ,qui à 93 fr. font 46,500,000 fr.
Une milérelle d'huile absorbe ordinairement 50 kil. soudes douces et salées (2), mais il est des fabricans qui par l'emploi exagéré des huiles de graines en font entrer une plus grande proportion, ce qui permet de diminuer le prix du savon.
On trouvera ci-après les quantités de soudes soumises au droit d'octroi depuis 1834 et consommées par la savonnerie.
Outre les ouvriers que la savonnerie emploie dans l'intérieur des fabriques , il en est une foule d'autres dont elle assure l'existence : ce sont les emballeurs, les fabricans de caisses, les charretiers, les portefaix, les jaugeurs, etc., etc.
On peut évaluer à deux millions cinq cent mille francs les sommes qu'elle répand sur la place , en paiement des divers services que je viens d'énumérer. La seule dépense des caisses et de l'emballage s'élève annuellement à près d'un million (3) .
Les fabricans de savon, interrogés en 1829 sur les changemens dont leur industrie éprouvait le besoin , adressèrent à la Chambre de Commerce leurs réclamations portant sur trois points , savoir :
1° La prohibition des soudes salées sans titre alcalimétrique.
2° La taxe excessive du prix des plombs.
3° Le mode de paiement des primes d'exportation.
L'interdiction de produire et d'employer des soudes salées sans titre alcalimétrique n'atteint pas le but que le gouvernement s'est proposé, et frappe , par conséquent, sans aucun avantage , la savonnerie. Elle se trouve ainsi privée des soudes purement salées qui, seules, peuvent faire obtenir desjrésultats et des produits convenables.
Le prix des plombs ( 50 c. ) était unaniment reconnu excessif. Des plaintes n'ont cessé de s'élever contre cette taxe. On y a depuis fait droit en partie en réduisant à 25 c. le plombage des colis exportés à l'étranger.
La prime dont jouissent les savons exportés hors du royaume est
(1) 290,000 quintaux métriques.
(2) Ainsi.lOO kil. savon [représentent 58 kil. huile ( poids de la milérole ) et 50 kil. soudes.
(3) Mémoire à la Chambre de Commerce, 1829.
accordée sur la présentation d'acquits de paiement des droits acquittés par ces matières premières.
Les droits sont plus élevés sur les matières introduites par navires étrangers, que sur celles introduites par navires français.
La'prime est donc plus forte pour les savons fabriqués avec les premières que pour ceux fabriqués avec les secondes.
Il en résulte que le fabricant qui exporte des savons a intérêt à présenter des acquits de paiement de, matières importées par navires étrangers. 11 les recherche , et cette préférence leur donne une valeur vénale qui s'estjprogressivement accrue jusqu'à la moitié de la différence qui existe entre les droits établis sur les matières premières, arrivant sous pavillon français , et celles qui arrivent sous pavillon étranger.
Ainsi s'est trouvée sans effet, ou détruite en partie , la protection que le gouvernement a voulu accorder au pavillon français , puisque les huiles importées sous pavillon étranger se vendent 2 fr. 50, et 3 fr. de plus par 100 k.,que celles importées par navires français.
Les soudes françaises se sont pareillement ressenties du mode existant pour le paiement de la prime.
Il est arrivé que la valeur donnée aux acquits de paiement des droits sur les soudes étrangères a été souvent poussée jusqu'à 70 pour cent du droit acquitté.
De là résultent pour le fabricant des pertes fréquentes. Quelquefois , après s'être procuré à grands frais ces sortes d'acquits de paiement, il voit se fermer le débouché extérieur sur lequel il avait compté. Il est alors contraint de revendre à perte ces acquits de paiement pour ne pas en subir la péremption , car ils ne sont admis à la douane que pendant les onze mois qui suivent celui de leur date.
Les fabricans de savons ont donc demandé à jouir d'une prime uniforme sur leurs poduits, quelle que soit l'origine de la matière première et le mode d'introduction, comme les fabricans de draps, de sucre raffiné et de tissus de coton.
Après avoir démontré que le taux commun des primes accordées s'élevait de 25 à 26 fr. , ils ont déclaré consentir à leur réduction à 23 fr. par 100 kil. , si on les dispense de présenter les acquits de paiement (1) .
(1) Mémoire à la Chambre de Commerce delS 29.