La partie d'érudition est de Falconet
nos artistes en Italie, soutenait Le Roy, prêchait les voyages et les explorations. Servi par le hasard, ce dieu des antiquaires, comme il l'appelle, il découvrait à Paris les dessins originaux de Pietro Santi Bartoli d'après Tantique, et en donnait une édition que ni prince ni pape n'aurait alors surpassée en magnificence. L'ouvrage, tiré à trente exemplaires seulement, mit sous les yeux des acheteurs privilégiés de véritables fac-similés de la peinture antique, avec ses couleurs exactes, qu'un artiste habile avait appliquées au pinceau sur le dessin. Quand on compare un de ces exemplaires presque introuvables au recueil dont Caylus a fait don au roi, on ne sait qu'admirer le plus, du culte généreux dont témoigne un pareil hommage, ou de la perfection artistique de l'imitation \ Toutes ces peintures n'étaient pas excellentes, sans doute, quoiqu'elles fussent supérieures en général à celles d'Herculanum : mais la diversité de leur provenance, leur incontestable authenticité, la date même de ces copies, exécutées à une époque où les spécimens de ce genre n'étaient pas très rares, et où l'on pouvait choisir, le rapprochement qui s'offrait de lui-même entre ces dessins de Bartoli, ou de son fils, et leurs autres ouvrages relatifs à l'art ancien, lout permettait d'étudier en toute sécurité, ces échantillons variés de la peinture décorative, et d'en tirer, par voie de comparaison, des conclusions moins incertaines. Aussi l'ouvrage de Caylus, qu'on ne pouvait rééditer puisqu'il en avait fait lui-même briser les planches sous ses yeux, futil très recherché de son vivant à l'étranger, et contrefait par un Allemand après sa mort ^
1. Le cabinet des Estampes contient l'original et un exemplaire.
2. On ne peut qu'appeler contrefaçon l'ouvrage intitulé : Choix de peintres antiques empruntées de l'ouvrage du comte de Car/lus tiré à peu d'exemplaires, par A. de Rode, Weimar, 1805. — Tout y est barbare, le dessin, le texte et le style.
ESSAI D'UNE RÉFORME
En même temps qu'il propageait par ces divers travaux une connaissance plus exacte de l'art antique, Gaylus, dans des livres spécialement écrits pour des artistes, essayait de tracer à Fart moderne une voie nouvelle. Il travaillait, avec sa persévérance ordinaire, à transformer le goût de FEcole, h la pénétrer d'antiquité. Son ambition était de guider l'art par le livre. A côté du modèle antique, il plaçait les. auteurs. Maintes fois déjà, au cours de ses conférences, il avait rappelé aux jeunes artistes l'utilité de la lecture pour échauffer leur imagination, nourrir leur veine tarie ; mais il ne semble pas que, malgré le don d'une bibliothèque fait par le roi à l'Académie, ce conseil ait été fort entendu. Vers la même époque, la Compagnie projetant, sous l'influence des idées nouvelles, de composer un ouvrage sur le costume, Caylus s'était empressé d'offrir son concours. L'ouvrage ne se fit pas; mais Caylus, poursuivant son idée, commença à la revêtir d'une forme plus distincte en publiant ses Nouveaux Sujets dePeiiiture et de Sculpture. L'épigraphe, tirée de Dufresnoy
Bives et ampla manet Fictores atque Poetas Materies,
et la courte épître aux membres de l'Académie, montrent le but de cet essai d'un nouveau genre : empêcher l'art de tomber dans la répétition en lui montrant les sujets inédits que présentent la fable et l'histoire. Ceux-ci sont d'ailleurs pris un peu partout, assez bien choisis en général, et accompagnés d'indications discrètes. En passant, les usages, les mœurs propres à fournir la couleur locale d'un tableau, sont signalés sans pédanterie. Ce petit traité, quoique timide et anodin, n'était pas banal à cette date, et fut favorablement accueilli. Caylus revint alors à la