‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 122 sur 197 · Otfr. Mùller, G. Perrot, Stark, etc · texte numérisé non relu

Otfr. Mùller, G. Perrot, Stark, etc

2. Ch. Lenormant, Revue archéoL, 1844, t. I, p. 3; G. Perrot, Revue bleue du 20 mai 1876, l'Archéologie classique, etc.

3. Paciaudi désigne des marchands quand il s'écrie, à la honte des brocanteurs de son temps : « Ils ne sont plus, ces bons et loyaux antiquaires... », etc.

l'acceplion du mot s'étend : l'épigrapliie forme une sorte de transition naturelle entre l'étude des monuments figurés et celle des textes. Le titre qu'on ne marchande pas à un Fourmont, bien qu' « il ne fût sensible qu'à la partie des inscriptions », on ne le refuse pas davantage à l'auteur des savants et interminables mémoires sur la légion romaine, à Le Beau, ou à Fréret, ou à Secousse. Peu à peu cette dénomination enveloppe les savants à divers titres de l'Académie, c'est-à-dire l'Académie entière, sauf les purs littérateurs, de ]dus en plus rares — Gédoyn, Racine le fils, — ou les présomptueux sans titre, dont la compagnie ne compta guère plus d'un représentant, Duclos. L'Italie, qui possédait bon nombre d'amateurs, manquait un peu d'érudits sagaces; la France, qui ne manquait pas de ceux-ci, offrait une remarquable pénurie de connaisseurs. Ainsi, la science de l'antiquité ressemblait à un corps coupé en deux, dont les tronçons, trop éloignés, s'agitaient désespérément sans parvenir à se rejoindre. Barthélémy le premier comprit le danger, lorsque, à peine débarqué chez les riches amateurs italiens, et en face de cette Rome qui !'« accablait », il poussa ce cri d'alarme : « Nous n'avons pas assez cVantiquaires aux Inscriptions ! »

Ce que nous avions, en rcA^anche, c'est, suivant un joli mot de Gaylus, « non pas l'antique, mais l'ancienne érudition ». Avant d'en médire, reconnaissons les services qu'elle a rendus. Jamais peut-être, sauf au xv!*" siècle, les auteurs anciens, les latins surtout, n'ont été tant fouillés ni retournés; jamais on n'a tant produit de textes, promené ainsi la discussion sur les plus obscurs recoins des auteurs. Une innombrable quantité de matériaux furent apportés sur le chantier. Mais, par malheur, la compilation fut souvent aussi inintelligente qu'acharnée. Dans ce nouveau pillage des anciens, on semble s'être plus préoccupé d'entasser que de choisir. Ce qui caractérise le plus

rancieniie érudition, c'est rabsencc de critique. On chercherait vainement, dans les mémoires de l'Académie des inscriptions antérieurs à Barthélémy, l'exemple d'une discussion brève et concluante, où l'érudition se dissimule sous Je raisonnement et ne perce qu'aux bons endroits, pour dire le mot décisif. Cet emploi discret et savant des textes était alors inconnu. Il fallait avant tout étonner par le nombre, écraser par la masse des citations. De très savants hommes se réduisirent au rôle de Trublets. On citait pour citer, et le texte important était noyé au milieu de vingt passages sans valeur. On était abondant, érudit, sur commande dans certains cas; et, la quantité nuisant à la qualité, un juge difficile pouvait trouver « qu'on avait fait la noce avec des champignons ^ ». Ce que l'on ignorait le plus, c'est l'art de conclure. Un sujet n'était guère qu'un thème bon à faire valoir ce que l'on savait, et on le choisissait propre à cette jonglerie : peu importait d'ailleurs qu'il fût mince ou nul, puisqu'il s'agissait, non de démontrer, mais de se montrer; non d'instruire les autres de ce qu'ils ne savent pas, mais de faire parade de son propre savoir.

Cette complaisance pour soi-même, cette facilité à verser constamment de la discussion dans le développement à outrance, tenait d'ailleurs beaucou[) à l'ancienne habitude d'écrire en latin. Longtemps celle-ci se conserva. Nombre de vieux érudits, jadis nourris aux bonnes humanités dans leur jeunesse, mettaient de la coquetterie à semer, sur les sujets les plus arides, les fleurs les plus rares de la rhétorique cicéronienne. Ils discutent la forme d'une lettre ou décrivent le bec d'une lampe avec le style de Muret ou les grâces du P. Yanière. Quant à la jeune génération, elle lirûle de faire ses preuves. Un petit prodige de seize ans envoie au secrétaire perpétuel de l'Académie des inscrip-

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