Voir Otfr. Millier, Manuel d'archéoL
la géographie prend place entre les bustes des grands hommes et les beaux- arts.
La vraie originalité de ce livre est dans le chapitre x et dernier, consacré aux inscriptions grecques. Spon n'en rapporte pas moins de cent trente-cinq, et il les interprète avec un savoir très méritoire, gardant, au milieu des erreurs auxquelles il se sent condamné, Fattitude la plus modeste Qu'il apporte ou non une solution, son commentaire se borne toujours au strict nécessaire. L'auteur veut surtout attirer l'attention et le goût du public sur des études qui lui sont chères. Il n'a pas dépendu de lui que la Grèce ne fût mieux connue en France dès Louis XIV. Le premier, l'imagination enQammée par les mensonges de Guillet % il entreprenait en Orient un voyage qui est resté une date, et, à défaut de fouilles alors presque impossibles à diriger, il épelait l'histoire de la Grèce sur ses inscriptions mutilées. C'est par là qu'il a bien mérité de l'archéologie française.
Tous les ouvrages publiés à cette époque sur l'antiquité figurée se rapprochent de ceux que nous avons pris pour types, le Thésaurus et les Miscellanées . Si parfois ils ne sont pas, pour le savoir, indignes de considération, on sait maintenant combien ils intéressent peu l'archéologie de l'art en elle-même. Mais l'exemple le plus illustre de ce manque de méthode, et, si Ton ose le dire, de cette inintelligence de l'antiquité, nous est offert par le plus grand éruditdu temps, l'auteur de cette colossale Antiquité expliquèe et représentée en fif/ures ^, dom Bernard de Montfaucon. Membre d'une congrégation célèbre par sa science
1. Ses explications, dit-il, seront courtes, 7ie, si eas multiplicaremiis, nosiri simul crescerent errores.
2. Voir la Pi'éface des Mém. inédits de VAcad. royale, op. cit.
3. L'Antiquité expliquée et représentée en figures, par dom Bernard de Montfaucon, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. Paris, ni9, etc.
et son labeur, Montfaucon rêvait de composer un répertoire universel des objets antiques, une sorte d'encyclopédie de tous les monuments jusqu'alors connus. Mais sur quelle base l'édifie-t-il? La conception enfantine de l'œuvre étonne plus encore que ses vastes dimensions. C'est un livre d'images, et rien de plus. Son but est de montrer au lecteur la forme des objets dont parlent les écrivains anciens, et de rendre par là cette lecture plus vivante. Un dictionnaire en figures, voilà V Antiquité expliquée. Quarante mille reproductions de monuments disposés sur le plan d'un manuel d'institutions anciennes, l'art présenté comme un commentaire et un appendice de l'iiistoire, telle est l'erreur d'où procède cette publication. L'auteur a cru faire merveille et il écrit ingénument : « Il s'agit ici de toute l'antiquité; on en rapporte toutes les parties; on donne sur chacune un grand nombre de figures.... Quand les figures manquent sur certains sujets, je ne laisse pas d'expliquer ces sujets, pour faire une suite complète. Voilà le plan de l'ouvrage ^ » C'est à ce plmi qu'aboutissent trente-quatre années d'études, de voyages, de méditations. Soyez donc érudit pour parler d'art! Et cependant cette érudition même, mieux raisonnée, aurait pu fournir un ordre plus raisonnable. Il est vrai; mais Montfaucon n'a garde d'en suivre les avis. C'était apporter déjà de la critique dans le choix des séries, et il jugeait cette critique superflue; c'était encore effrayer le souscripteur, et il fallait l'attirer. Ainsi, pour la religion, dom Bernard convient qu'il eût pu commencer par celle des Égyptiens, puisque c'est un sentiment assez commun de l'antiquité que les Grecs leur ont emprunté certaines divinités. Mais, outre que cette opinion est contestée, que d'autres croient ces mêmes dieux nés en Phénicie ou dans la Grèce même,