XXVI
ni vrai ni faux, à égale distance de la fantaisie telle que les artistes un peu lettrés la pratiquent \ et de la réalité historique. Les colonnes corinthiennes, les niches garnies de statues par exemple sont de pure invention ; en revanche, le ptéron est compris, et le soubassement est acceptable. D'autre part, certaines erreurs s'expliquent peu, comme celle qui place au-dessus d'une chambre une pyramide pleine qui l'eût infailliblement écrasée. Instruit par le monument africain dont il donne le dessin comme une preuve à l'appui de son projet % Caylus aurait pu adopter Fassise en encorbellement qui seule le rendait praticable. Mais il est piquant de constater que c'est au nom du goût que cette faute a été commise. Caylus scinde la partie pyramidale en deux tronçons inégaux, dont les plans se cou})ent à angle obtus. Il marie ainsi, par un effet bizarre qu'il croit agréable, le souvenir de la pyramide à degrés avec celui de la pyramide à pans lisses ou de l'obélisque. Pourquoi? Parce que le mausolée devait, dans sa pensée, justifier une de ses présomptions favorites, la fusion de Fart grec et de Fart égyptien. « Le temps auquel il a été construit, écrit-il, et le lieu oû il a été exécuté, devaient produire le mélange de ces deux goûts, et je me flatte qu'il est aisé de les distinguer l'un de Fautre dans la sagesse du plan et dans l'arrangement de ses élévations ^ » L'intention, si étrange qu'elle soit ici, vaut la peine d'être
1. Voir comment Meimsl<eiic, le « Raphaël liollandais », représente le Mausolée dans son estampe. La pyramide est séparée en deux par une petite esplanade qui permet de construire aux deux tiers de la hauteur totale une seconde façade à niches garnies de statues. Pas de soubassement; trois marches donnent accès à un corps de bâtisse surchargé d'ornements, de niches, de caissons, de bas-reliefs. Le ptéron est remplacé par des colonnes en ressaut. Aux coins, de doubles colonnes torses. Plus haut, à la naissance de la pyramide, des bornes flamboyantes dans le pire goût de la Renaissance. Et pourtant, à certains détails, on voit que l'artiste avait consulté Pline et visait à reproduire sa description.
2. Planche IV. Vestiges d'un ancien tombeau dans le royaume d'Alger, auprès de Constanline.
notée. L'ensemble d'idées auquel elle se rattache sera étudié plus loin. Mais il n'est pas superflu d'indiquer en passant que même dans les travaux où Caylus circonscrit volontairement sa critique, ses regards portent au delà de l'objet, qu'il obéit à certaines habitudes de concevoir l'art, qu'en un mot, avec un réel amour de l'exactitude, il apporte à l'étude des questions d'art un esprit déjà plus souple, plus inventif, pJus ouvert aux idées générales.
On peut dire en résumé que les mémoires archéologiques de Caylus à l'Académie des inscriptions sont remarquables dans leur ensemble et nouveaux sous plus d'un rapport.
Ils témoignent d'abord d'une préoccupation constante de la question d'art. Personne, ou à peu près, ne la posait avant Caylus. Celui-ci au contraire la soulève à tout propos, mais à sa manière. Pas d'exposé général ou théorique; pas de dissertation dogmatique, ni de ces développements littéraires qui déguisent mal une certaine pénurie d'idées. Des vues, des aperçus, des rapprochements, des remarques souvent profondes, de courts débats portés sur des points précis et convaincants. Trop de ténèbres enveloppent encore l'art ancien pour qu'on se prononce sur une foule de questions. Mais partout où l'affirmation est possible, Caylus la donne et la prouve. Il excelle à tirer parti de ce qu'on pourrait appeler les sources secondaires, rappelant ceux qui nient la connaissance de la perspective chez les anciens à l'étude des bas-reliefs, des camées et même des médailles attirant l'attention des érudits, avant Winckelmann, sur une classe précieuse de petits monuments, les pierres gravées, témoins souvent uniques d'une œuvre disparue, d'un mythe, d'une légende ^; enfin, tou-