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plexe et délicate entre toutes; car, si la méthode parle en quelque sorte aux sens, l'objet lui-même, c'est-à-dire sa forme , ne parle qu'à l'esprit : l'opérateur devra donc se distinguer par le goût non moins que par l'adresse, sans quoi il portera des jugements faux sur des résultats vrais, et il y aura constant désaccord entre ces trois instruments dont l'harmonie parfaite peut seule former l'antiquaire, la main, l'œil et l'esprit.
Au cours du long interrogatoire qu'il fait subir aux monuments, Caylus est mis sur la piste de mainte découverte. Les problèmes d'art qu'il aimait à poursuivre dans les textes, il devait les rencontrer aussi nombreux dans les monuments. S'ils sont aussi piquants, aussi instructifs que ceux des mémoires, en revanche ils ne donnent lieu à aucune observation nouvelle \ Pour cette raison, nous ne reviendrons pas sur un genre de travaux dont nous avons parlé précédemment. Mieux vaut signaler tout de suite les questions sur lesquelles Caylus tire de sa méthode des résultats absolument nouveaux.
La première question qu'il résout est celle de l'authenticité des monuments. Délicat entre tous à cause de la prodigieuse habileté des faussaires, et non moins capital pour la démonstration de la méthode, ce point est touché par Caylus avec une grande sûreté. D'ordinaire, l'examen attentif de l'objet lui suffît : son rare coup d'œil lui en dit plus que les rapports circonstanciés des experts. Mais celuici semble-t-il suspect? Il le soumet à une série de manipulations qui déjouent la plus habile supercherie. Tel se dis-
1. Caylus étudie ainsi le verre sous ses dilTérentes formes avec Majault (1, 293 et suiv. ; II, 355-363); ou l'or et Vargent en composition avec le verre (III, 193 205), etc.; avec Majault encore, les moules de terre (IV, 343-354); avec Roux, la composition des anciens miroirs (V, 174-176), etc., etc. Il serait superflu d'allonger cette liste. On a déjà dit à ce sujet l'essentiel dans le chapitre précédent.
sont dans le bain où on l'a plongé; tel autre, éprouvé par la sonde ou le feu, se dépouille des attributs posticbes dont l'av ait paré un malin brocanteur. Un petit monument égyptien montre ainsi des parties de plomb avec des parties de cuivre sous le noir de fumée dont on l'a patiné ^ Les vernis noirs recouvrent souvent quelque imposture, et Caylus ne s'y lie guère. D'iiabitude, les objets reprennent, quand on les en a débarrassés, un vert-de-gris naturel ^, D'autres fois, c'est ce vert-de-gris lui-même qu'on imite par des préparations dont la découverte n'est pas sans danger. Ainsi du spbinx décrit au premier volume, présent de Maurepas à Caylus. Une croûte épaisse le recouvrait. Caylus le fait passer au feu : le fondeur s'évanouit, à moitié aspliyxié par les vapeurs, des oiseaux en cage meurent étouffés. Enfin l'objet reprend une belle couleur verte, et Caylus l'offre à son tour sous son nouvel aspect à Maurepas, qui en fait l'ornement de son bureau ^ Grâce à ces précautions, Caylus a été l'antiquaire le moins trompé de son temps, et il a indiqué aux autres le moyen de se garder des supercberies. Mérite non méprisable : c'est ])ien assez des erreurs que peut suggérer l'étude d'un monument autlientique, sans que la mauvaise foi des faussaires en accroisse le nombre.
L'autlienticité d'un objet établie, les caractères intrinsèques ne sont pas moins bien étudiés. D'abord la matière : est-ce le cuiAre, le fer, le bronze, la terre, il importe d'en connaître la qualité, la dureté, le grain, le poids, d'entrer dans le secret de la fabrication, de décrire celle-ci ou de la restituer. La question d'âge pourra être ainsi souA^ent posée, parfois résolue. Grâce à celle-ci, on sera frappé de l'analogie de certains procédés cliez divers peuples. De là des questions, des suppositions. Un grand nombre d'ob-
l'oeuvre archéologique de caylus. 313
jets de même nature trouvés dans un même endroit fera croire à une fabrication indigène. Si l'iiistoirc n'en parle pas, nouveau cliamp pour l'iiypothèse. Comment se fait-il, par exemple, que l'on trouve au nord de la France des poteries absolument semblables à celles que Ton fabrique à Nîmes? Car Nimes fabrique, voici des moules autlientiques avec leurs marques particulières \ — Les difTé renées prêtent aussi bien à l'interprétation que les ressemblances. A force de comparer, de rapproclier, on distingue des groupes, qui parlent <à Timagination. Tantôt c'est le pourquoi des clioses quel'on cbercbe et tantôt c'est le comment. Un point de numismatique est éclairci par la découverte d'un coin, grâce auquel Caylus frappe des monnaies en tout semblables à celles que l'on frappait seize cents ans auparavant ^ Plus notables encore sont les pages où (Caylus décrit avec brièveté, mais avec précision, la tecbnique des vases peints ^ Ceux qu'il possède sont à la vérité d'un art médiocre et peu comparable à ceux que d'Hancarville, dans son fastueux ouvrage ^, prend plaisir à nous décrire. Cependant ce dernier ne nous apprend rien de nouveau sur leur fabrication, et son dédain pour cette portion de l'œuvre de Caylus est tout à fait déplacé. Hâtons-nous d'ajouter qu'il sait lui rendre ailleurs la justice qui lui est due ^
Après la matière, la forme. Elle suffit souvent, dit Caylus, à révéler l'usage de l'objet. D'où la nécessité de la décrire avec la dernière exactitude, d'en interpréter tous les
1. Recueil,]!, 3^0 et suiv. Caylus revient souvent sur cette question dans ses lettres à Séguier. {Mss. inédits de la Bibl. d'Avignon.)
2. Rec, I, 284-291. Sur la composition de certaines monnaies gauloises, voir le rapport de M. de Quévannes, essayeur général des monnaies de France, L VI, 331.