L. LXXXI
Il revient en effet, guéri à jamais de toute ambition, affranchi pour le moment de toute idée de guerre ou de voyages, sinon d'amour peut-être, apportant à sa mère la joie de sa présence et l'appui de sa précoce décision. Il est son conseil, son soutien; il comble le vide cruel que laisse la disparition d'un vieux monarque dans la vie de ses anciens familiers \ On sent tout de suite qu'il est « l'homme » de la maison. Sa mère le trouve si grave, qu'elle l'appelle « son philosophe » ; mais, à de certains jours, il est « son mélancolique ». Mélancolique ou philosophe, c'est lui que l'on consulte, c'est lui qui rend service. Il fait contrepoids au chevalier, à Brindi, comme on l'appelle familièrement, tête un peu folle, dont les sottises et l'imprévoyance coûtent plus d'un soupir à sa mère ^ Tous deux pensent et agissent pour lui. Si l'évêque d'Auxerre fait au jeune prodigue un prêt d'argent qu'il faut tenir secret, la mère met un doigt sur sa bouche et fait un signe au comte, qui sourit; s'il s'agit de trouver au futur marin les quinze ou seize mille francs nécessaires pour tenir galère, tous deux se consultent sur leurs ressources communes ^ Dans un malheur, le comte sera chargé de tenir son frère à l'écart, et d'assurer le repos de sa mère contre toute importunité. Enfin, comme elle le lui recommande, il tient lieu « de père à son frère, d'ami à sa mère ^ ».
Pourquoi faut-il que le complément naturel de cette correspondance, les lettres du comte à la marquise, ne nous aient pas été conservées? Elles n'étaient certainement pas sans valeur. « C'est dommage, lui écrit celle-ci,