‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 160 sur 197 · T. I, 159, et passim · texte numérisé non relu

T. I, 159, et passim

mémo, elles formaient le fil conducteur à la fois nécessaire et suffisant pour se reconnaître clans la foule des antiquités.

De graves erreurs vont désormais être épargnées à l'archéologue. S'il est certain que l'art change d'aspect, comme le fruit de saveur, suivant la terre qui le produit, on ne sera pas emharrassé, en présence du caractère étranger de certains ohjets, de déclarer qu'ils ne sont pas indigènes. Ainsi disparaîtra une cause de méprises fréquentes. Tel objet, trouvé en Grèce, sera d'un travail égyptien, et tel autre, trouvé à Rome, d'un travail grec. Si le grain d'une terre cuite, la pâte d'un vase peint, révèlent déjà leur lieu d'origine, h plus forte raison le style et le goiit de l'œuvre révéleront-ils la nationalité de l'ouvrier. Avec nne pareille pierre de touche, on obtient déjà une première garantie. Celle-ci pourra s'accroître ellemême des connaissances accessoires qui sont, d'après Gaylus, non moins indispensables que le dessin à l'antiquaire : la lecture et l'histoire. L'histoire pourra même lui servir à faire sa preuve, ou à la contrôler. La domination d'un peuple sur une contrée isolée, sur une île, par exemple, aura pour résultat d'y faire pénétrer, à une époque précise de son histoire, un goût étranger. A jyriori, on peut l'affirmer; a jmsterlori, les fouilles donnent raison à Gaylus. De son cabinet, il dirige des recherches dans les îles inexplorées de la Méditerranée, et il en prédit le résultat, qui se trouve confirmé ^ Réciproquement, une trace d'influence étrangère surprise sur un monument le fait conclure à quelque invasion dont l'histoire n'a pas conservé le souvenir. Au sens de l'art et de son développement vient donc chez lui se joindre le sens historique, éveillé par le besoin de faire la preuve de sa preuve.

1. Fouilles dans l'Archipel, et à Chypre, où il découvre des traces du culte égyptien. T. IV, 43.

Après avoir tiré des monuments tout renseignement qu'ils peuvent donner et même quelque chose de plus, Caylus essaye donc de donner à ces inductions diverses l'autorité dont riiistoire investit les faits démontrés : tout au moins clierclie-t-il entre les faits et les monuments cette conciliation qui n'est pas toujours le moindre effort de la science \ Par là riiistoire et l'art des peuples, choses désormais inséparables, s'éclairent mutuellement, comblent leurs lacunes, ou s'empruntent réciproquement leurs ressources, bref, se développent parallèlement sous nos yeux pour nous montrer un tout ordonné, logique, vivant.

Par malheur, les lacunes de l'art comme celles de l'histoire doivent mettre la méthode en défaut. L'antiquaire le plus sagace, en cherchant la vérité, ne rencontrera souvent que Terreur. Il faudra qu'il s'y résigne. Dans la belle préface de son troisième volume, Caylus accepte l'erreur comme un mal nécessaire; il sera même profitable, dit-il, si l'auteur, sa faute une fois reconnue, prend soin de la dénoncer lui-même, et si, en en signalant la source, il prévient l'erreur d'aulrui ^ Lui-même n'a jamais manqué à ce devoir. Rien de plus remarquable que la conscience de ses rectifications. Non seulement il n'essaye pas de justifier ses erreurs, mais il met une sorte d'amour-propre à ne se laisser devancer par personne, et à se maltraiter quand il en a l'occasion. A Galvet, qu'il soupçonne de le ménager, il envoie de rudes apostrophes : Critiquez-moi donc rigoureusement, lui écrit-il en somme : si vous ne l'osez, parcourez mes errata, « vous verrez que je ne m'y fais pas patte de velours ^ ». Tant il est vrai que la vérité fut sa seule vanité.

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