‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 161 sur 197 · A Galvet, 1. XXXVI · texte numérisé non relu

A Galvet, 1. XXXVI

Résigné d'avance à l'erreur, et toujours prêt à la réparer, Tarcliéologue doit l'éviter, quand il le peut, par un sincère aveu d'ignorance. Il ne devra point se lasser « de répéter ce mot fifinore^ — ce mot qui coûte si cher à l'amour- [)ropre; ce mot, non seulement honnête en lui-même, mais ilatteur pour celui qui place la vérité dans le premier rangdes Dieux ^ ». Savoir nier ou savoir affirmer, chose déjà difficile; savoir ignorer, savoir douter, chose plus difficile encore. Le savant (hjit être ingénieux à se forger des scrupules. Non seulement il se défiera de ce qu'il a cru entrevoir, mais même de ce qu'il a vu. Il a vu, soit, dit Caylus : « Mais sous quel aspect? souvent dans une disposition et sous un point de vue auquel il ne peut placer son lecteur : et quand on pense au grand nombre de faces sous lesquelles le même objet peut être considéré, la décision fait trembler un homme sage ». Remarque profonde et frappante : celui-là même qui par sa méthode nous apprend à juger, nous prévient que ce jugement est précaire. Ils pressent ce que les découvertes à venir pourront y apporter d'augmentations, de restrictions, de négations. Gardonsnous donc d'être péremptoires et ne concluons que' provisoirement : le premier ennemi de la science nouvelle, c'est l'esprit de « décision ».

La co7ijectitre sera un écueil d'un autre genre. Toutefois, la somme de ses avantages pourra dépasser celle de ses inconvénients si l'emploi en est raisonné. La théorie qu'en fait Caylus est une des parties les plus judicieuses de sa doctrine. On devra, dit-il en substance, l'éviter autant que possible : cependant, s'il faut y recourir, elle reposera « sur le dessin, puis sur la lecture », enfin et surtout sur la pratique, « ou, pour mieux dire, sur la comparaison multipliée, dont le flambeau est souvent assez lumineux pour

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