‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 170 sur 197 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

LA THÉORIE. — CAYLUS ET WINCKELMANN

goût du temps, de l'espèce de philosophie que procurent de telles études. Le mot n'a pas grand sens dans l'emploi qu'il en fait, et il ne lui fournit d'ordinaire que des réflexions assez plates \ En revanche, c'est un véritable esprit philosophique qui anime, sans qu'il s'en doute, le travail latent de sa pensée. Toujours préoccupé de la raison et de l'enchaînement des faits, il conçoit l'art comme le produit naturel d'un animal patient et laborieux, médiocrement doué pour l'invention, en revanche capable d'une application'indéfinie, et marquant les degrés de son élévation par l'emploi de plus en plus heureux qu'il fait de la matière. La grande lenteur de sa marche explique la permanence des procédés, comme la conservation des progrès, acquis une fois pour toutes, leur amélioration. Par une transition naturelle, le superflu sortira du nécessaire, et la satisfaction des sentiments de la satisfaction des besoins. Mais quel chemin à parcourir! Chaque peuple, quel que soit le goût, l'esprit qui le caractérise, y avance d'un mouvement uniforme et processionnel. La grandeur, « qui se trouve rarement dans les premières opérations de l'art ^ », il l'acquiert au second âge, et il continue à se développer ainsi, sans fatigue, sans secousse, à moins de catastrophe. Car on connaît, dans l'histoire des peuples, de ces désastres qui font disparaître une race et reculer la civilisation : l'histoire de l'art a aussi ses éclipses , moins connues , mais explicables. Après chacune de ces crises, l'ignorance sévit comme une « maladie épidémique,... elle efface toutes les connaissances précédentes ; on perd non seulement ce qu'on

1. L'antiquaire, dit-il, doit être philosophe; son étude supprime chez lui Végoïsme, donne de la profondeur à sa pensée, etc. Bref, l'antiquaille est une sorte de panacée morale à la portée de tout le monde. Nous avons vu ailleurs cette manie de moraliser lourdement et trivialement qui, chez un caustique et un sournois tel que Caylus, est bien le plus amusant des travers.

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