Nisard, I, 346, loc. cit
Rhin, que la critique de Gaylus « semble presque plus conforme aux courants généraux de la science moderne que rinspiration et la vue de génie d'un Winckelmann * ».
1. Stark, op. cit.., fin de l'article Car/lus. C'est à ces questions de technique et de fabrique si brillamment inaugurées par Caylus que nos savants reviennent de plus en plus, et cela dans tous les domaines de l'art antique; mais spécialement pour les questions qui, comme celle de la céramique, soulèvent avant tout des problèmes de métier. Voir, sur ce' dernier point, ce qui est dit en passant des continuateurs de Gerhard par G. Perrot, Journal des Savants, mai 1888, p. 255-256, 1er article sur ïtlisl. de la céramique grecque.
CONCLUSION
Nos conclusions se dégagent d'elles-mêmes de notre double enquête. Elles découlent naturellement des faits, des passages que nous avons cités. De même, toutes les idées que nous avons groupées autour de cette étude peuvent servir à démontrer rigoureusement ce qui suit :
Quand on remonte le double courant d'idées qui, à la fm du siècle dernier, a renouvelé Pétude de l'antiquité par l'archéologie, et l'étude de l'art par l'antiquité, c'est Caylus que l'on rencontre à la naissance commune de ce double courant. C'est à lui qu'il faut s'arrêter, ni plus haut, ni plus bas, pour y trouver tantôt en germe, tantôt avec un développement surprenant et presque divinatoire, à peu près toutes les découvertes qui depuis ont fait révolution avec Winckelmann et avec David. Avant lui ce mouvement n existe absolument jyas; ou, si l'on a un vague instinct de l'œuvre à faire, les recherches sont isolées, savants et artistes se tournent le dos, et, d'une part comme de l'autre, aucun soupçon de méthode. Après Caylus, le mouvement, déjà très fort, se scinde en deux courants parallèles, qui, avec des fortunes diverses, se sont depuis lors toujours plus ou moins côtoyés. Avec lui, en lui, se trouve la source unique de ce double fleuve. Les ondes n'en sont pas difl'érentes : elles ont même qualité, même limpidité, — même froideur aussi. Mais on peut prévoir
que, devant servir à deux usages, elles se sépareront d'ellesmêmes en se grossissant sur leur route d'une foule d'autres ruisseaux. En attendant, elles sont chez Caylus un seul et même élément, susceptible d'applications diverses, mais homogène en toutes ses parties. La réunion momentanée et complète, l'usage indistinct de l'art et de l'antiquité, la fusion de ces deux ordres d'études dans un même esprit et leur équivalence dans l'emploi qu'il en fait, voilà, historiquement, le premier titre de Caylus : voilà aussi sa première originalité.
Yoici la seconde : au rebours des autres antiquaires, il n'a pas commencé par étudier l'antiquité. L'art moderne, puis l'art en général, a été son grand instituteur. Celui-ci l'a conduit comme par la main à l'art antique. Caylus était mûr quand il a rencontré ce dernier sur sa route. Il y a vu le prolongement naturel de ses études artistiques; puis, une fois cet art exploré, il a établi entre l'antique et le moderne une comparaison désavantageuse à ce dernier, et entrepris de corriger le plus faible par le plus fort. De là deux conséquences, également à noter : la première, c'est qu'en abordant l'antiquité, il Va jugée en artiste du iwemier coup, et qu'il ne pouvait manquer à le faire, — chose à cette date inconnue. La seconde, c'est que, très riche de technique et très pauvre d'esthétique, il ramène toutes les questions cVart (ou presque toutes) à des questions de procédés. De là le fort et le faible de son œuvre.
On sait le double but qu'il poursuit.
Il veut le relèvement de l'art en France, et il le veut par l'enseignement académique. Il le prêche indirectement, en vulgarisant la connaissance des maîtres; directement, par des conférences, des concours, des prix spéciaux, des livres écrits pour les artistes. Peu à peu il rêve d'une transformation du grand art, le seul dont il s'occupe. Le modèle sera fourni par la nature, mais retouché par l'école (prix
CONCLUSION
d'expression); les scènes seront tirées des auteurs; les grands traits de l'histoire humaine, transportés sur la toile, y auront leur couleur propre, leur costume, leur physionomie arcliéologique. Là- dessus planera une certaine grandeur, une certaine simplicité froides et apprêtées, vague aspiration vers un idéal encore mal défmi. La fermeté de la doctrine tiendra lieu de croyance, et la conviction d'enthousiasme. — Qu'une génération passe là-dessus, qu'un professeur de grand mérite, mais d'un mérite surtout négatif, forme un jeune peintre opiniâtre, amhitieux et systématique; — que cet élève, solide plus que brillant, passe en Italie pour y étudier sous les -successeurs de Mengs et de W inckelmann, et ce peintre ne saurait manquer d'en rapporter le tableau des Horaces. David aura trouvé la formule que chercliait Caylus. Etant peinte, elle paraîtra plus claire — plus étroite aussi peut-être; — mais c'est bien la même. Si donc, d'une part, on a eu raison de dire que, pour les idées, David a suivi un grand mouvement, mais ne l'a pas créé ' ; de l'autre, il est faux de prétendre que, pour le métier, son art soit entièrement nouveau, et qu'il ait <( coupé le câljle derrière lui ^ ». Entre David et les artistes de l'âge précédent, il y a quelqu'un, à savoir Caylus. Cette « queue du Bernin », que David voulait « écraser », Caylus, bien avant lui, l'avait foulée aux pieds ^ Mais, simple critique, il n'avait poussé qu'un cri d'alarme : le peintre pousse un cri de guerre. Ainsi se rétablit la chaîne de notre histoire académique. L'art français ne comporte aucun « phénomène », ni à cette époque ni à aucune autre, pour des yeux attentifs.
Sur la conception même de cet art transformé, il y au-
1. Y. Delaborde, art. sur David, Revue des Deux Mondes, lo mai 1855.