‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 184 sur 197 · Recueil, II · texte numérisé non relu

Recueil, II

ongles sur les hiéroglyphes, dont Fexamen lui suggère plus (Vunc ingénieuse conjecture * ; fî suit avec passion les premiers débats sur FAsie, épie cet Orient mystérieux •d'où il attend la clarté, comme un sphinx prêt à expliquer son énigme. C'est bien au delà de l'Europe, jusqu'en Chine et à rinde, qu'il ose porter ses regards, avançant toujours, sans savoir précisément où — avançant pour avancer, — an aventurier, en pionnier, en explorateur.

De beaucoup supérieur h son siècle par cet esprit d'initiative et cette intêlligence du prolongement indéhni de la science à travers des objets différents, il ne l'est pas moins par certaines intuitions plus précises. Il y a chez lui des cas de divination extraordinaire. Celui qui a pressenti la vaste évolution de l'art ancien, avec ses actions et ses réactions, sa propagation par influences géographiques, telle que peuvent la concevoir nos archéologues modernes, ce même homme, sur des points spéciaux dont la science du temps ne pouvait le faire juge, a deviné ce qu'on n'a démontré qu'un siècle après. Aune date où nombre de « gens savants » ne voient dans l'écriture cunéiforme qu'une façon d'ornement ^, non seulement il s'applique à en déterminer l'origine probable, mais il entrevoit la grande vérité qui a fait la gloire de notre Emmanuel de Rougé. Il écrit à Paciaudi à la date du 15 août 1763 : « Je crois qu'il sera prouvé dans quelque temps que les lettres n'ont eu qu'une seule et même origine, qui, selon les apparences, ne peut être attribuée qu'à l'Egypte . Au reste, cette ojyinion nest encore quà mol seul ^ » — Ailleurs, il discerne, on

1. Recueil, IV, 37 (explication des hiéroglyphes par des séries de phis en pkis corrompues de représentations d'objets); — I, 69 et suiv. ; — au t. VII, réflexions diverses pour la description de la Table Isiaque.

3. Corr., I, 346. — Au reste, on peut suivre dans le Recueille progrès de ses idées sur cette question de l'alphabet. Dès le premier volume (1,15), il croit qu'on pourrait arriver à déchilTrer l'égyptien par le phénicien. — Tome IV, 39, il conjecture que toutes les écritures anciennes, la phéni-

LA THÉORIE. — CAYLUS ET WINCKELMANN

ne sait vraiment par quel miracle de coup d'œil, dans un monument médiocre, la preuve d'un art égyptien très ancien et encore inconnu; cent ans avant les découvertes de Mariette, il affirme l'existence de l'art vivant et varié que l'on désigne aujourd'hui sous le nom d' « art de l'ancien empire »; et, dès son premier volume, il « voudrait pouvoir distinguer la haute antiquité du siècle des Ptolémées * ». — Ailleurs enfin, on n'est pas peu surpris de trouver indiquée la véritable interprétation de ces soidisant scènes d'adieu représentées sur les stèles, où l'auteur d'un mémoire célèbre a vu depuis peu des scènes de réunion ^ Sans doute ce ne sont là que des conjectures; et souvent, comme on l'a fait remarquer ^, l'auteur même eût été aussi embarrassé que ses contemporains de les expliquer. Mais ce sont justement des conjectures de ce genre ({ui jugent un archéologue. De tels pressentiments sont le propre du vrai savant. Prévoir est alors supérieur à savoir. Nul au x\nf siècle n'était capable d'une telle pénétration, et l'on n'en trouverait des cas analogues que chez nos plus illustres contemporains. C'est pourquoi, si l'on considère, non plus une certaine date capitale dans l'histoire de la méthode, mais la suite des études archéologiques et la direction actuelle de nos idées, on souscrit pleinement à cette appréciation d'un archéologue d'outre-

cicnnc y comprise, dérivent de l'écriture cunéiforme, examen pour lequel Barthélémy l'a aidé. Enfin, en 1763, il arrive à la conviction ci-dessus énoncée, et à cette opinion d'unité absolue d'origine, qu'il est encore seul à partager. — C'est seulement en 1839 que Rougé fit connaître sa découverte à l'Académie, et en 18~o que le public en eut connaissance. (Cf. Nisard, note.)

1. Recueil, I, 2; — III, l-o, etc. Winckelmann a totalement négligé cette indication.

2. Ravaisson, le Vase de Myrrhine. Caylus dit, en propres termes, de la personne assise, qu'il présume morte (fiec, VI, p. 181, pl. LVI) : « On pourrait croire qu'étant morte avant Ini [son mari], elle le reçoit, à la vérilé, fort à son aise, et même avec beaucoup de dignité ». Il est vrai qu'il ajoute : « Mais j'abandonne promptement une conjecture que je ne pourrais appuyer sur l'exemple d'aucun monument ».

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