‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 19 sur 197 · Premier valet de chambre du roi · texte numérisé non relu

Premier valet de chambre du roi

5. L. GV. — Il faut dire, à la louange de Mme de Maintenon, qu'elle savait offrir et faire accepter. Dure pour elle-même, et pas toujours tendre

SA JEUNESSE

Villeroy ouvre- g-énéreusement sa bourse, et l'on y puise, non sans angoisse : si M. d'Auxerre ou les Villelte allaient le savoir! Elle part pour Sens; on devine que les séances du conseil de famille tenu soit à la Source, soit à Régennes, ne furent pas exemptes d'orages. « Monsieur d'Auxerre... (écrit-elle à sa tante) m'insulte parce qu'il a des p7'ivilêr/es que je n'ai pas et que je mérite mieux que lui. » Enfin, la vente du régiment est décidée à l'unanimité. Elle s'en réjouit : « ce sera 40 000 francs de dettes de moins, et 20 000 écus de plus. » Mais cette dernière espérance lui est encore enlevée. Survient un accident qui empêche la vente. Elle consigne le fait, en ajoutant ces simples mots, qui marquent désormais l'état de son âme :

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous mette en repos.

Cependant tout n'est pas tristesse dans ces tristes années. La sérénité de certaines lettres montre l'influence profonde que les joies de la vie intime et privée, jouissances pour elle inconnues jusque-là, exercent sur cette âme lassée. Dans sa paisible retraite du Luxembourg, où elle est comme au village \ elle trouve des satisfactions inatten-

pour les autres (on a pu le voir), elle n'avait pas sa pareille pour certaines délicatesses. Elle savait l'art de déguiser un don, en femme qui avait connu la pauvreté. Il lui arrive encore de rudoyer : « On gcsle le froid; je n'ai que du taû'etasje viens d'acheter du mollon pour faire une jupe : vous estes trop merveilleuse pour savoir ce que c'est (pie cette étolTe-là, — elle est du dernier étage. » [Lettres originales, ihld.^ 21 juin d708.) — Cependant, lorsqu'elle sait sa nièce souffrante, au lit, les pieds glacés dans une vieille chancelière, il est presque touchant de la voir se faire apporter un beau matin « non pas les annales de son règne », mais les « guenilles » de sa garde-robe, pour utiliser les meilleures à son intention (1. XLI). — Quel jour de pareils détails ne jettent-ils pas sur les misères de cette tin de règne!

1. « C'est un délice de se lever matin : je regarde par ma fenêtre tout mon empire, et je m'enorgueillis de voir sous mes lois douze poules, un coq, huit poussins, une cave que je traduis en laiterie, une vache qui paît à l'entrée du grand jardin par une tolérance qui ne sera pas de longue durée. Je n'ose prier Mme de Berri de soutîrir ma vache. Hélas! c'est bien assez qu'elle me soulfre ! « (L. LI.)

dues; elle jouit de l'amour maternel après en avoir souffert. Tout en souhaitant cette réunion, elle la redoutait : « J'attends mes enfants avec une impatience mêlée de crainte ». Quand ils sont en route, elle écrit de l'un (le chevalier) : « Sa conduite me dira combien il est triste d'être mère »; et de tous deux : « J'ai de quoi souffrir et les loger parfaitement ». Cependant Brindi, à sa grande surprise, est presque raisonnable^; quant au comte, il la charme par ses qualités sérieuses, sa prévenante assiduité, sa bonté. Le témoignage a trop de valeur pour qu'on ne l'enregistre pas. Nous surprenons ici un Caylus affectueux et sérieux que nous aurons peu occasion de rencontrer ailleurs. Mais aussi quel tact chez cette mère, que de prévoyance et de délicatesse! Elle connaissait le petit mousquetaire de Malplaquet ; elle connaît moins le jeune colonel dont le caractère s'est révélé en Italie ombrageux, absolu, et dont elle craignait quelque éclat quand elle lui écrivait à tout hasard, à Rome : « Soyez sage, je vous prie, sur toutes les affaires présentes de l'Eglise; la politique le veut et la raison aussi, puisqu'on raisonne fort mal sur tous les faits qu'on n'a pas vus par soi-même; vous êtes trop heureux d'être d'une profession où Ton n'a qu'à se soumettre^ ». Recherche-t-il l'isolement? elle n'a garde de le contrarier : chacun y trouvera son compte, lui pour se reconnaître, elle pour l'étudier. « Votre retraite du Luxembourg sera en état de vous recevoir, et vous y serez dans une aussi grande solitude que vous voudrez. » l\ se met en route, il arrive enfin. Voici la première impression : « Mon fils est arrivé. Je lui laisse la liberté d'être seul tant qu'il veut : je suis bien aise, les soirs, quand la compagnie est sortie,

1. Un peu plus tard : « Votre petit frère fait fort bien présentement, et je crois qu'il deviendra un honnête homme ». (L. CI.) — Il devint en tout cas un très brave soldat. Voir plus loin, p. 44, note 3.

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