‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 20 sur 197 · L. LXXXIII · texte numérisé non relu

L. LXXXIII

SA JEUNESSE

de le retrouver; il n'est point triste, et a vu beaucoup de choses, entre autres Mme des Ursins*, avec laquelle il a eu une conversation de trois heures. Je ne crois pas qu'il y ait de contraste plus parfait que celui de ces deux caractères : ce qui me fait espérer que, comme l'âge et les aventures fâcheuses ne corrigent point l'ambition, Fambition pourra bien ne pas venir à un homme qui n'en a pas à l'âge où il lui siérait bien d'en avoir.... Toutes les vertus morales sont dans ce petit garçon, à la réserve de la piété, qu'il faut espérer toujours. En attendant, c'est une compagnie fort aimable que j'ai avec moi". » iVinsi, ce qui frappe la mère, et dès les premiers jours, c'est la solidité du caractère, et non moins l'absence de toute religion. Cette impression se confirme bientôt : « Mon fds m'est en effet une compagnie fort agréable ; j'espère que la piété lui viendra : ses mœurs sont si hommes et ses intentions sont si droites! tant de vérité et d'éloignement du mal me persuadent que Dieu le touchera^ ».

Cette réserve faite, soit pour l'acquit de sa conscience, soit pour se mettre à l'unisson de sa pieuse correspondante, on sent Mme de Caylus parfaitement heureuse du présent et résolue à prolonger autant que possible ce bonheur inespéré. « Mon fils et moi vivrons avec Brindi comme avec notre enfant; c'est ainsi que je fais mon projet. » Elle trace de leur vie de famille ce tableau intime : « Je dîne, je soupe seule ou avec mon fds. Pour l'ordinaire, mon fils et moi nous jouons ensemble au tric-trac : je cause avec lui, je travaille, il me fait la lecture. Sur les quatre ou cinq heures il me vient du monde, quelquefois trop; à huit

1. Alors à Paris. Mme des Ursins fut toujours très attachée aux Caylus. La marquise fut une des rares personnes qui lui conserva son amitié au milieu de l'acharnement général, après sa fameuse disgrâce.

2. L. LVI. — Elle lui écrivait à lui-même : « Je trouve qu'il y a toujours à gagner à laisser agir vos mouvements ». (L. XCVI.)

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