‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 46 sur 197 · L. VI · texte numérisé non relu

L. VI

la plus grande gloire u des hommes simples et vrais » et la confusion des « charlatans », n'inspirait de la défiance aux plus crédules. On en a trop vu, au xyu!*" siècle, de ces portraits où les auteurs, en peignant autrui, cherchent surtout à laisser d'eux-mêmes l'image qu'ils veulent qu'on croie véritable. Rousseau dans ses Confessions^ où il a plus confessé les autres que lui-même, a tellement discrédité le genre, que nous ne croyons plus qu'à bon escient. Ici, on montrerait facilement qu'à côté de traits généraux assez exacts quoique forcés, et même d'une remarque très flne (un orgueil très âpre et très impérieux sous les formes brutes et simples dont il savait l'envelopper), il y en a d'autres qui sont ou faux, ou absurdes. Ce Caylus « souple et soyeux avec les gens en place », nous avons quelque peine à nous le figurer. Tout ce que Marmontel dit sur la charlatanerie de Caylus prouve simplement qu'il ne soupçonnait pas l'intérêt de ses travaux, et qu'au surplus il en était le pire des juges. Le motif caché de cette mauvaise humeur se lit en toutes lettres : « il se fourrait dans les Académies sans savoir ni grec ni latin ». Caylus n'avait-il pas le mauvais goût d'être de l'Académie des inscriptions tandis que l'auteur de Délisaire n'en était pas! Marmontel aflirmant que le talent de Caylus pour les arts est le plus mince et le plus futile de tous peut être soupçonné d'incompétence. En revanche, l'accusation de plagiat, quoique aussi peu fondée que le reste, devait trouver plus de crédit en son temps, et même au nôtre. Aussi s'étale-t-elle tout au long. Elle sera discutée ailleurs \ Contentons-nous de dire ici que ce portrait est dicté par la haine, une haine calculée et savante. Et puisque Marmontel a si bien dit ce qui lui déplaisait chez Caylus, disons ce qui déplaisait à Caylus chez Marmontel.

Page 1