‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 47 sur 197 · Liv. III, chap. m · texte numérisé non relu

Liv. III, chap. m

CAYLUS ET LA SOCIÉTÉ DE SON TEMPS-

Ce fut entre eux une cordiale aversion, une aversion à première vue. A l'époque où ils se connurent, Marmontel était déjà un favori de Marigny. Première raison de mettre Caylus en défiance, et de l'engager à surveiller ses paroles, lui déjà si circonspect. Il eut bientôt percé à jour la vanité bouffie, la médiocrité réelle, et la solennité prud'liommesque du personnage, qui, resté limousin et (( gobeur », ne s'en croyait pas moins fm et délicat. Dans toute société, dit un moraliste aimable, il y a ceux qui ont le secret et ceux qui ne l'ont pas. Marmontel n'eut jamais le secret. Semblable à ce « sot frotté d'esprit » que définissait vertement son hôtesse, frotté à tout, il parlait sur tout, jusqu'à lasser les grands raisonneurs et déraisonneurs ses confrères, les encyclopédistes. Nul ne justifia mieux l'adage qu'il ne faut point forcer son talent. Un Marmontel tranquille et retiré chez lui, écrivant ses Contes comme Greuze peignait ses toiles, sans fracas et sans réclame, n'eut inspiré que l'estime et la sympathie. Quelle autre impression ne devait-il pas produire à des gens de tact, comme Caylus ! Encore s'il s'était tu ! Mais, tout fier des relations élégantes qu'il a pu nouer aux soupers d'un La Popelinière, tout gonflé de ses entretiens à Versailles avec l'artiste rare qu'il appelle « le bonhomme Portail », il prend part aux discussions artistiques, et il faut qu'il ait le dernier. Mainte sottise lui échappe sans doute, si l'on en juge par cet échantillon de sa critique : « A Nîmes, nous nous attendions à être frappés d'admiration,... rien ne nous étonna.... L'Amphithéâtre ne nous parut point vaste, la structure ne nous surprit que par sa massive lourdeur. La Maison carrée nous fit plaisir à voir, mais le plaisir que fait une petite chose régulièrement travaillée \ » Que l'on compare à ce passage le cri d'angoise poussé par Barthé-

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