‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 56 sur 197 · Cl. de Ris, les Amateurs d'autrefois (art. Caylus · texte numérisé non relu

Cl. de Ris, les Amateurs d'autrefois (art. Caylus

plette de divers petits monuments, au hasard des ventes après décès, au hasard de ses courses chez les brocanteurs. Car Paris, il ne se lasse pas de le répéter, est fécond en surprises, en trouvailles de toute nature : et nul n'en explora mieux que lui le pavé. Il tire même parti de ces longues heures passées au milieu du peuple dont il prend l'accoutrement et le langage, laissant le cabaret pour la boutique et revenant d'une « fête roulante » avec une antique dans la poche. Au reste, il n'est pas collectionneur. Il n'a pas de but déterminé, il ne cherche pas à former des séries complètes, à se procurer des raretés pour le seul plaisir de les avoir. Grozat, Mariette, La Live, sont des types de collectionneurs, ou, comme on disait alors, de curieux. Caylus ne leur ressemble en rien, et, en cela comme en tout, il est original. Qu'un morceau soit « piquant », qu'il présente une particularité singulière, suggère une question ou une expérience, et Caylus en fera l'emplette. Son Cabinet est une sorte d'entrepôt hétérogène, où la ferraille coudoie l'objet d'art, et l'antiquaille Fantique.

On voit nettement, dès l'origine, le dessein d'un pareil assemblage : fournir aux expériences d'un praticien, non aux contemplations ou aux satisfactions muettes d'un collectionneur jaloux. Mais ce praticien est un artiste, un inventeur. Que cherche-t-il donc à tirer de ses antiques? Ce qu'il cherchait déjà à tirer des estampes anciennes : des secrets techniques, des procédés perdus, des effets nouveaux. Il les interroge comme pourrait le faire un ouvrier ingénieux, sans esthétique, dénué de lettres. Les antiques ne lui parlent pas encore de l'antiquité, sinon pour le faire rougir de ce que les modernes sont moins adroits que les anciens. Et c'est tout.

Une distinction aussi flatteuse qu'imprévue vint stimuler son ardeur, et comme lui ouvrir une porte sur un domaine inexploré. En 1742, au mois de février, Caylus fut nommé

académicien honoraire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, en remplacement de M. de Bercy Dès lors, ses soins se partagèrent entre les deux Académies, et ses études se dédoublèrent. Caylus comprit vite, dans la nouvelle Compagnie, ce qui lui manquait, et quel secours considérable pouvaient mutuellement se prêter les textes éclairés par les monuments, et les monuments éclairés par les textes. Aussi, dès la fin de 1742, est-il un des membres les plus assidus. Jusqu'en 1749, il n'apporte aucune communication notable à la Compagnie. Mais il écoute, il s'instruit, il travaille, A cinquante ans passés, il refait ses études, ou plutôt il les commence. Il entendait convenablement le latin, bien qu'il l'écrivit avec peine ^ : il s'y remet. Quant au grec, il n'est pas question à cet âge de vouloir l'apprendre : d'ailleurs, combien l'entendent à cette époque, même de ceux qu'on y croit passés maîtres ^? Il fait donc un choix parmi les meilleures traductions, et tâche de se pénétrer, sinon du suc et de la moelle des auteurs, au moins de leurs idées et de la nature de leurs connaissances. Il lit la plume à la main une foule d'auteurs, surtout ceux qui peuvent le renseigner sur les mœurs et sur l'histoire des monuments, Diodore, Hérodote, Pausanias, etc. Il analyse et extrait, comme l'attestent de nombreuses liasses manuscrites ^. De là sortent d'abord de

1. Registre des assemblées et délibérations de l'Acad. royale des inscript, et b.-lettres (manuscrit). — Procès-verbal de la séance du 9 février 1742. — Lettre de Maurepas à l'abbé de Rothelin, pour annoncer le choix du roi. Caylus est introduit, et prend place au rang des honoraires (feuillets 19 et 20).

2. Un Italien, le comte Rezzonico, lui adresse un jour une lettre complimenteuse en latin. Caylus consulte Rarthélemy. Il est si embarrassé qu'il se recommande à la Providence. « Enfin! » lui répond le malicieux abbé. {Voyage en Italie, 1. XXXY.) — Sainte-Croix {Éloge hist. de Barthélémy, XXXVI, en tête des OEiwres diverses de Barth., 1823) exagère donc en disant, comme Marmontel, qu'il ne sait ni grec ni latin.

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