CAYLUS ANTIQUAIRE LES DERNIÈRES ANNÉES. LA MORT
Caylus antiquaire. — Rapports avec Barthélémy. — Le Cabinet de Caylus. — La Correspondance avec Paciaiidi. — Brocanteurs et faussaires. — Le Recueil. — Calvet; les correspondants de province. — Les dernières années; -- la mort (1765).
Si nous avons réussi, dans les pages qui précèdent, à montrer sous leur vrai jour certains traits de la physionomie de Caylus, le portrait n'est pourtant pas complet. Maint détail intéressant y manque encore. Caylus, plus de la moitié de sa vie, fut surtout, il est vrai, un amateur de toutes choses, une sorte de Polyphile artiste et critique; mais durant les vingt-cinq dernières années, il fut surtout un antiquaire convaincu et passionné. Ses travaux sur les antiquités sont très considérables : aux mémoires vagues et timides du début succèdent bientôt d'autres mémoires plus précis, plus approfondis, plus nombreux. A l'Académie des inscriptions comme à l'Académie royale, Caylus s'éprend de plus en plus de sa nouvelle étude; il s'en pénètre, il finit par y exceller à sa manière. Comme ou l'a écrit avec justesse, « il débute comme un amateur et finit comme un érudit * ». Ainsi s'appellent et se complètent mutuellement, dans ce solide cerveau, les connaissances et
1. Max. CoUignon, Leçon d'ouvert, du 1^ janvier 1884 (p. 14).
les études : cette passion de tout pousser à bout fait passer Caylus des unes aux autres sans qu'il s'en aperçoive en quelque sorte. Bien loin que les limites propres à chacune le puissent arrêter, on dirait qu'il les franchit sans les voir, armé comme il est de la pratique, qui supprime les barrières, de la curiosité qui regarde par-dessus. Sa vocation s'est déterminée de très bonne heure. Ses premiers voyages l'attirent vers les beaux-arts; ceux-ci le rabattent sur les études techniques, lesquelles, à leur tour, le renvoient à sa première inspiratrice, l'antiquité. Les deux intermédiaires de cette série d'exercices d'une si remarquable unité sont, d'une part, l'ébauche des maîtres, de l'autre, le bibelot antique. Interrogés par une main experte au service d'un esprit sagace, ils deviennent révélateurs par leurs qualités cachées, et non moins par leurs imperfections. Caylus reproduit les uns, pour surprendre la pensée au vol, in actu; il brise, manipule, déforme les autres, puis imite et fabrique. Des premiers il tire des préceptes; des seconds, une technique. Le Recueil d'antiquités donne à cette vie d'un développement hardi et unique un couronnement monumental : mais la mort surprend l'auteur quand YHistoire de VArt vient à peine de paraître; et, s'il souscrit d'avance aux Monumenti Inediti \ il disparaît trop tôt pour les lire. C'est assez dire, en deux mots, ce qui aura manqué à cette science, grande parfois, mais toujours fragmentaire, pour relier entre elles les multiples parties d'un tout, et leur communiquer l'étincelle de vie.
De bonne heure, probablement dès 1730 % Caylus se mit à recueillir des objets antiques. Sans doute ses premiers travaux de gravure d'après les médailles du roi ou les pierres dessinées par Bouchardon attirèrent son attention de ce côté et piquèrent sa curiosité. Il dut ainsi faire em-