LA JEUNESSE DE CAYLUS
La famille : les Villette, les Caylus. Premières années. Mort de Jean- Anne de Caylus. Rentrée en grâce de Mme de Caylus. — Premières armes de son fils. Démission. Voyage en Italie. Mort du roi. Retour. — Vie intime au Luxembourg. Mme de Caylus et la vieille cour. — Voyage en Orient : Éphèse, Constantinople, Troade. Retour. — ■ Liaison avec Watteau, Mariette, Crozat. Études nouvelles. Travaux de gravure. Voyage de Hollande et dAngleterre. — Portrait moral de Caylus à cette date. Le 'i philosophe » ; le mondain. — Dernières années de Mme de Caylus. Ses Souvenirs. Sa mort (1729). Douleur profonde de Caylus.
« Anne-Claude-Philippe de Tliubiëres, de Grimoard, de Pestels, de Lévis, comte de Caylus, conseiller d'iionneurné au Parlement de Toulouse, naquit à Paris le 31 octobre 1692 \ » La famille des Caylus (Cailus, Quélus ou
1. Le Beau, Éloge hist. de Caylus, en tête du VIP vol. du Recueil antiquités. — Voici quelques autres titres de Caylus : marquis d'Esternay,
même Queylus) , originaire du Rouergue , était d'une ancienne et illustre noblesse, maintes fois attestée par des actes publics dès le xn"" siècle \ On sait comment, après avoir donné pendant quatre cents ans des conseillers et des soldats aux rois de France, elle fut prématurément privée de son chef par le duel fatal de d'Entraigues (29 mai 1578). Avec Jacques de Lévis, comte de Quélus, ce favori de Henri III qui mourut entre les bras de son prince, s'éteignit la branche aînée. Avec Anne-Claude- Pliilippe de Caylus, seul représentant de la branche cadette depuis la mort prématurée de son frère puîné, celle-ci devait également disparaître en 1765
Il était fils de Jean-Anne, comte de Caylus, menin de Monseigneur, dont Saint-Simon a fait en six lignes la plus caustique et la plus méritée des oraisons funèbres ^ Sa
baron de Bransac, de Landorre, de Rivezae, de MonLlaur, etc. — Voir Biogr., Michaud; — Géîiéalogies du P. Prospev {TU. divers, t. IV); — Hipp. de Barraii, Documents hislor. et généalog. sur les familles... de Rouergue; — enfin, Archives nationales, pap. divers relatifs à la généal. de Caylus, notamment l'inventaire après décès du comte.
1. Arch. nat. — Le Dict. géogr. de la France d'Expilly (1704) mentionne deux localités du nom de Caylus en Rouergue, et un Caylux en Quercy, — toutes trois relevant du Parlement de Toulouse, intendance de Montauban. — Cf. Dictionn. de Trévoux, etc.
2. Ces Caylus du Rouergue n'ont aucune parenté avec les Caylus du Languedoc. Beaucoup d'erreurs sont dues à la confusion de ces deux familles. Les noms s'écrivent de même; mais les blasons n'ont aucun rapport. Voici les principaux titres du marquis de Caylus (Languedoc) à cette date : Jean de Caylus Roiiairoux, seigneur et baron de Rouvairols, de Colombières et autres lieux dans la province de Languedoc. Son fils, le marquis de Caylus, mourut lieutenant général des armées du roi, gouverneur de la Cerdagne et du Roussillon, le 2 avril 1736. (Voir le Mercure de mai 1736.) C'est celui dont il est souvent question dans les Mémoires de Luynes. — 11 est regrettable que dans nos dépôts publics (/!//". étrangères, Arcli. nat., etc.) les papiers de ces deux familles soient constamment mêlés, ce qui rend les recherches très longues et hasardeuses.
3. <c Au commencement de novembre (1704), mourut sur la frontière de Flandre un homme qui fit plaisir à tous les siens; ce fut Caylus, frère de celui d'Espagne et de l'évèque d'Auxerre.... Blasé, hébété depuis plusieurs années de vin et d'eau-de-vie, [il] était tenu à servir hiver comme été sur la frontière, pour qu'il n'approchât ni de sa femme, ni de la cour. Lui aussi, ne demandait pas mieux, pourvu qu'il fût toujours ivre. Sa mort fut donc une délivrance dont sa femme et ses plus proches ne se contraignirent pas de la trouver telle. » {Mém., Hachette, t. 111, p. 133.)
SA JEUNESSE
mère était cette célèbre Martlie-Marguerite Le Valois, marquise de Yillette , arrière-petite-fille cF Agrippa d'Aubigné et nièce à la mode de Bretagne de Mme de Maintenon \ l'Estlier « trop toucbante » qui a cbarmé son siècle par les grâces de sa personne et les siècles suivants par les grâces de son esprit, pour tout dire en un mot, — l'élève de Racine et Fauteur des Souvenirs.
C'était une fière lignée que celle du béros buguenot, frère d'armes du Béarnais et auteur des Tragiques : les femmes tenaient quelque cbose de sa décision, de sa vigueur. Sainte-Beuve, dans une étude exquise, a pu, même cbez la gracieuse Caylus, noter au passage le trait béréditaire, F « éclat distinct » et la « délicatesse sans pâleur ^ ». A coup sùr, celle qui parut le modèle le plus aclievé de F « urbanité » a surtout brillé par les qualités de la femme ; mais l'esprit était ferme, la raison virile, le cœur sans mollesse. Elle est de celles qui n'ont, suivant son mot, « ni le temps ni Fbumeur de songer creux ^ », Plus spontanée, plus attirante que Mme de Maintenon, elle n'est pas, au fond, d'un sens moins rassis. Moins célèbres que ces deux femmes, les descendants mâles de d'Aubigné bonoraient pourtant le nom de leur aïeul. Ils portaient l'épée, versaient leur sang sur les cbamps de bataille. Le père de Mme de Caylus, le marquis de Villette- Murçay, lieutenant général des armées navales, sur quatre fils qu'il eut de deux mariages \ comptait quatre soldats.
1. Mme de Caylus était la petite-fille d'une fille de d'Aubigné; Mme de Maintenon était la fille d'un fils.
2. Sainte-Beuve, Lundis, t. III, 56-77 : Mme de Caylus, et de ce qu'on appelle « urbanité ». »