Essai sur le culte et les mystères de Mithra [microform]
C'est une disgrâce fâcheuse pour cet humble et modeste Essai, composé, et, à quelques retouches près, écrit depuis deux ans, que de paraître juste au moment où se publie l'admirable et magnifique ouvrage de M. Franz Cumont sur les Mystères de Mithra. Aussi ma première pensée fut-elle de garder dans mes cartons ces pages , fruit cependant de longues recherches. Des amis m'en ont détourné, jugeant qu'en un sujet si complexe et où la conjecture tient encore tant de place, une vue personnelle et indépendante pouvait avoir son intérêt et son utilité.
ET
Le culte et les mystères de Mithra s'introduisirent à Rome, à l'époque oii la République à son déclin, après avoir réalisé l'unité du monde ancien aux dépens des patries particulières, était mûre déjà pour la domination de César. De tous les points du bassin oriental de la Méditerranée, pacifié et asservi, d'Egypte, de Syrie, de Perse et de Chaldée, commençaient à affluer A^ers la capitale les ■ cultes orientaux et les superstitions étrangères. Cybèle et Isis avaient ]Drécédé Mitbra. Au temps de Cicéron et de Jules César, la colonie juive avait pris assez d'importance pour préoccuper les hommes d'État et inquiéter le pouvoir. Bientôt, à la suite de ces Palestiniens et d'abord confondus avec eux, les premiers disciples du Christ, précédant l'apôtre Paul, vont aborder aux ports italiens et prendre pied sur ce sol, où, quatre siècles plus tard, l'emblème de la croix couvrira l'empire
Gasquet. — Millira. 1
de son ombre. Il semble que toutes ces religions d'Orient aient, dès lors, l'obscur pressentiment que l'unité politique prépare la voie à l'unité morale et que dans cette ville, abrégé de tous les peuples^ rendez-vous de toutes les croyances et de toutes les superstitions, va s'élaborer la crise religieuse qui doit donner au monde un Dieu universel. C'est en vain que les pontifes et les empereurs essaient d^opposer une digue à cette invasion, qu'ils multiplient contre les nouveaux venus les précautions législatives, et qu'ils consignent dans les faubourgs de la banlieue ces dieux étrangers. Le flot déborde tous ces obstacles, et bientôt par la lassitude et avec la complicité des pouvoirs publics, les cultes nouveaux parviennent à s'implanter dans l'enceinte sacrée et sur les sept collines.
Les temps étaient propices pour la propagande de ces étrangers. La vieille religion officielle se mourait au milieu de l'indifférence générale. A bout de seye, elle avait perdu toute prise sur les âmes, toute action sur les consciences. Il n'en restait que les rites, la liturgie, les gestes extérieurs. Cette mythologie fripée n'imposait plus même aux enfants et aux vieilles femmes. Condamnée déjà par Platon et par les philosophes, au nom de la morale, elle était un objet de dérision pour ceux-là mêmes qui acceptaient et recherchaient les sacerdoces publics. Tandis que le paysan italien restait encore fidèle à ses divinités locales, rustiques et familières, dont il ne se défit jamais complètement, la société des honnêtes gens et des lettrés ne
comptait guère que des athées comme César et Lucrèce ou des platoniciens comme Cicéron et Virgile. Les aventures des dieux ne servaient plus que de matière aux vers ingénieux des poètes, de thèmes plastiques aux sculpteurs et aux peintres, de sujets pour les tableaux vivants, obscènes ou sanglants, de la scène et de l'amphithéâtre. Scenam de cœlo fecistis, écrivait avec raison un des plus fougueux adversaires du paganisme. Ces dieux pourtant, malgré le discrédit qui les atteint, continuent à être invoqués jusqu'à la fin du paganisme ; on leur rend les mêmes honneurs ; on leur fait les mêmes sacrifices. Mais les mêmes noms recouvrent des conceptions bien différentes ; le sens qui s'attache à ces dénominations vieillies s'est modifié en même temps que le sentiment du divin. Pour certains théologiens, les anciens dieux sont réduits à la condition de démons subalternes qu'on relègue dans les astres ou qui circulent, messagers invisibles, entre ciel et terre ; pour d'autres, ils prêtent leur personnalité méconnaissable aux abstractions de la théosophie ^lexandrine (1).
On a souvent reproché aux apologistes chrétiens les procédés faciles de leur polémique contre le paganisme, et l'étalage copieux et indiscret oii ils se sont complu des méfaits de ses dieux. En réalité les chrétiens n'ont fait que suivre l'exemple qui leur
(1) Les belles et savantes études de G. Boissier : la Religion romaine sous les Antonins et de Réville : la Religion sous les Sévères, me permettent de n'insister que sur les points essentiels de cette question.
était donné par les païens eux-mêmes. Ceux-ci ne cachent pas leur honte et leur mépris pour ces divinités entremetteuses qui sollicitent tous les bas instincts de la nature humaine par l'exemple de leur impudicité. Le peuple n'entrait pas, comme le philosophe, dans l'interprétation symbolique des mythes ; il n'en retenait que l'expression figurée et qui frappait ses sens. Le jeune homme de Térence s'autorisait des adultères de Jupiter pour excuser ses entreprises de séduction. Par lui-même le paganisme n'a été capable d'enfanter ni dogme ni morale (4) ; il est indifférent par essence, n'étant que la glorification des forces naturelles et la traduction mythique de ces énergies en action. Certes, quelques intelligences d'élite, à travers la beauté, étaient capables de sentir le divin ; mais l'esthétique sera toujours une base fragile pour édifier une morale. D'une manière générale, on peut affirmer que la moralité et la vertu, qui certes ne firent pas défaut au monde antique, vinrent d'ailleurs, fondées sur des conceptions puisées à des sources toutes différentes.
A cette impuissance du paganisme à formuler les règles d'une morale populaire, il faut joindre les effets désastreux du socialisme d'Etat (on peut lui donner ce nom), tel qu'il fut pratiqué par les empereurs. On doit se représenter le prolétariat des grandes villes, presque entièrement entretenu et nourri aux frais du trésor, déshabitué du travail,
(1) Aristote, comme d'ailleurs Socrate, séparent comme deux choses distinctes la religion et la morale.
récréé dans les thermes, corrompu par les spectacles, çamené aux instincts les plus bestiaux de la sauvageri.e .primitive, par les tueries de l'ampliithéâtre. On n'a rien trouvé de mieux pour engourdir ses fureurs et ses goûts d'émeute, pour le dédommager de la confiscation des libertés publiques. Sevré^dfô agitations de la politique et du souci généreux de la patrie qu'il n'a plus à défendre, exclu de la religion officielle, qui est un privilège de l'aristocratie, il ne lui reste rien pour alimenter et satisfaire les besoins supérieurs de sa nature, latents dans toute âme humaine. Autour de lui, la richesse du monde entier aboutit à la jouissance scandaleuse de quelques-uns. Jamais l'égoïsme n'a été plus triomphant ni plus avide, la société plus méchante aux petits et aux humbles, la vie plus précaire et plus avilie, que dans le siècle qui suivit l'établissement de l'empire. Mais en même temps, cette détresse qui exaspère la dureté des uns, tourne chez les meilleurs en attendrissement, et les âmes, amollies par la souffrance ou brisées par l'épouvante, s'ouvrent soudain à la pitié.
Afin de répondre à ces besoins qu"il soupçonne, Auguste,' plus par esprit de gouvernement que par piété — car il partageait l'incrédulité de son temps — avait imaginé de toutes pièces une réforme religieuse. Agrandissant à la mesure du monde conquis le culte de la Cité-Reine, il fonda la religion de l'État, conçu comme une divinité. Dans toutes les provinces, par ordre, s'élevèrent des temples en l'honneur de Rome et d'Auguste ; partout se multi-
plièrent les collèges et les sacerdoces, et dans les carrefours on proposa à l'adoration populaire les Lares nouveaux. Cette religion administrative, froide et glacée, et qui nous paraît, avec notre manière de sentir, comme le rêve de bureaucrates en "délire, n'eut que le succès qu'elle méritait. Elle subsista par la docilité et la crainte, recueillit l'empressement officiel des fonctionnaires, et suscita l'émulation des courtisans ou des provinciaux en •quête de sacerdoces lucratifs. Elle n'eut pas, elle ne pouvait avoir les cœurs.
Plus efficace fut l'action de la philosophie grecque, surtout du stoïcisme, qui, transplanté à Rome, devint vraiment pour ses adeptes une discipline morale. Pendant les persécutions qui sévirent sur l'aristocratie romaine, il a formé quelques-uns des plus beaux caractères qui aient honoré l'humanité. Il prit, sous les Antonins, l'allure et la forme d'une religion et prétendit par ses missionnaires et ses prédicateurs à la direction des consciences. Mais lui-même était voué à la stérilité. Même dans le plus élevé et le plus honnête des ouvrages qu'il ait inspirés, dans les Mémoires de Marc-Aurèle, règne l'incertitude dogmatique la plus déconcertante. Le pieux empereur, dans sa sublime sincérité, n'ose affirmer ni l'existence des dieux, ni l'immortalité de l'àme. Le précepte, auquel il revient sans •cesse, s'adapter à l'harmonie universelle, se soumettre à l'ordre et aux lois éternelles de la nature, peut bien être en définitive le dernier mot de la sagesse humaine ; mais il est de peu d'usage dans la
pratique de la vie, et suppose d'ailleurs, en dehors des nécessités inexorables et élémentaires attachées à la condition mortelle, une connaissance de ces lois, de cet ordre, de cette harmonie, qui échappait aux contemporains de Marc-Aurèle, et sera l'éternel postulat dé la science humaine. La prescription suprême de cette philosophie, « faire le bien quand même », quelle que soit notre ignorance des fins de l'homme et le but du cosmos^ semble bien le cri d'un optimisme désespéré. Rien ne convenait moins aux multitudes, qui ont besoin d'une foi, qui vivent d'espérance et souvent d'illusions.
Le peuple en effet entendait d'autres voix, allait à d'autres maîtres. L'absence de toute certitude dogmatique le jetait en proie à toutes les crédulités. . Jamais le monde n'a vu pareil débordement de superstition, pareille orgie de surnaturel ; jamais tant de devins, de charlatans, d'augures, d'astrologues, de vendeurs de recettes pieuses et d'amulettes, n'ont capté des esprits plus avides et plus faciles à duper. La grossière supercherie d'Alexandre d'Abonotique et de son dieu-serpent pouvait se renouveler tous les jours sans risque de décourager l'empressement des dévots. L'espace se peuplait de démons et de génies dociles aux incantations. Les plus hauts esprits se laissent gagner par cette contagion et ceux qui se targuent le plus de leur incrédulité marquent par quelque endroit qu'ils en ont leur part. Mais cette folie même est le signe d'un travail intérieur, d'une fermentation spirituelle, d'uneattente. Des préoccupations nouvelles assiègent
les esprits et s'en emparent; des mots nouveaux ciculent. On les entend dans les réunions secrètes, dans les associations des humbles ; on les retrouve gravés sur la pierre des tombeaux. Conscient de sa faiblesse, incertain de sa destinée, troublé par l'inquiétude de la mort, l'homme, au milieu des ténèbres qui l'enveloppent, sent sa détresse ; il implore un iS'a^^î;e^«' qui le guide dans la vie, l'assiste à l'heure suprême et soit son médiateur au delà de la tombe. Il lui demande le chemin du sahit et le secret de "la vie bienheureiise (1). Il souffre de la tare du péché ; non pas seulement de cette déchéance de la dignité personnelle qui résulte du sentiment de la faute commise ; mais de cette souilbure radicale et foncière qui vient de l'infirmité originelle de l'homme. Pour la laver et l'effacer, il a recours aux lustrations, aux expiations connues et il en invente de nouvelles. Pour l'atteindre à sa racine et le plus près possible de son origine, l'usage se répand des initiations précoces et multipliées. Des enfants sont initiés en bas âge aux
(1) Sur le sens mystique et eschatologique que prennent ces mots de o-wTr,p et de o-tùTYipta, voir G. Aniich : Dus anlike Myste- 7'ienwesen, chap. lu, 3, et G. Wobbermin : Rnligiongeschicluliche Studien, 189G ; les deux vers fameux des mystères cités par Firmicus Materuus : De err. prof, relig., 22 :
GapçEÏTE, (lu erra;, ■roù' Oeou (TsacoijjJilvou ; "E,a-a.: Y^J ûnïv èx ■nôviav ffutïjçîo,
A rapprocher les passages d'Apulée : Méiam.,W : « Nam et inferum claustra et Sululis tutelam in dei manu posita, ipsamque iràdilioriem ad instar voluntariiE mortis et prccarix sahdis celebrari », cliap. xxi; « Ad nova reponere l'ursus saluHs curriciila », chap. v.
Lir. nombr. Inscr. : Pro Sainte, Pro incolumilate animée.
mystères de Samothrace et de Liber, et même à ceux d'Eleusis (1). L'initiation a cette vertu d'abolir l'homme ancien et de le faire i^enaître do son vivant à une vie nouvelle. Ce terme de renatus, qui se rencontre dans saint Paul et dans l'évangile de Jean et qui exprime la situation du chrétien libéré du péché, se lit sur la pierre des inscriptions mystiques du paganisme, et dans le même sens et avec la même acception, dans le onzième livre des Métamorphoses d'Apulée (2).
Ces idées datent de fort loin ; elles viennent directement de Pythagore, des Orphiques, des mystères ; surtout de ceux d'Eleusis. Ils avaient été la grande école do moralité du monde grec. Le siècle qui finit avec Périclès et qui suffit à illustrer pour jamais le nom d'Athènes, en avait été tout pénétré. Plus tard la vogue des mystères s'était ralentie et l'enseignement de la philosophie avait pris sa place^ laissant au peuple les rites discrédités des expiations et des lustra tions familières. Il leur empruntait .cependant et leur phraséologie spéciale et le plus pur de leurs doctrines. Pour Platon, la philosophie est ime initiation et le moyen de salut par excellence ; elle mène seule les âmes à l'époptie, c'est-àdire à la contemplation du premier principe et à la vision de Diçu ; pour ses successeurs, qui renchérissent sur son enthousiasme, la connaissance
(1) Voir les textes réunis par G. Anrich, op. cil., p. 55.
(2) Apulée : Mé/am., lib. XI, cap. 16 et cap. 20 : « Ter beatus qui' vitae scilicet praecedentis innocentia fideque meruerlt tB.m prœclarum de cœlo patrocinium, ut renatus quodammodo sacrorum obsequio desponderetur. »
est un mystère, mie orgie céleste ; le philosophe un mystagogue et un hiérophante ; le fruit de la connaissance est la f/nose, c'est-à-dire, la vérité. Et voici qu'a plusieurs siècles d'intervalle, à la faveur du désarroi croissant des consciences, les mêmes idées et avec elles les mêmes expressions apparaissent de nouveau ; leur tradition conservée dans l'âme populaire s'impose à la philosophie qui les avait refoulées ; peu à peu elles dominent tous les esprits.
Les religions orientales profitent presque seules de ce mouvement. Non seulement elles ont conservé le dépôt des révélations premières ; plus rapprochées des origines et de ces temps fabuleux où l'homme vivait dans la familiarité des dieux, elles savent les prières, les formules, les mots qui agissent sur la divinité et la forcent à répondre ; mais par leurs pratiques, l'appareil de leurs cérémonies, la mise en scène de leurs initiations, elles s'entendent autrement que les religions- officielles, à troubler les âmes, à secouer les sens, à faire jaillir des cœurs la source longtemps fermée de l'émotion religieuse.
De toutes ces religions concurrentes, laquelle allait donner au monde le Dieu universel qu'il attendait? Le judaïsme, qui avait joui un instant d'une extraordinaire faveur et qui l'avait méritée parla simplicité grandiose de son dogme et la pureté de ses mœurs, se met de lui-même hors de cause, lorsque après la ruine de Jérusalem et la dispersion, il renonce à la propagande et se cantonne, tout à ses rêves de revanche messianique, dans la citadelle de son Talmucl. Le charlatanisme et l'im-
pudence de ses galles finissent par discréditer le culte de Gybèle, qui ne dure qu'à l'état de basse superstition populaire, ayant d'ailleurs prêté à d'autrescultes ses rites de purification et de rénovation (1). ' Restent donc les deux religions d'Isis et de Mithra, qui se maintiennent jusqu'au v" siècle. Mais la première, toute amollie de tendresse féminine et de maternelle douceur, convient mal pour lutter contre l'ennemi commun, le christianisme, dont l'extraordinaire progrès menace d'une ruine commune tous les dieux étrangers. Elle cède le pas au culte de Mithra, religion de combat autrement virile et sévère et qui, dès la fin du ni" siècle, a fini par absorber en elle et à résumer le paganisme du dernier âge. Elle balance, en effet, un moment, lafortune du christianisme : « Le monde, a écrit Renan, eût été mithriaste, si le christianisme avait été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle. »
Cet antagonisme fait l'intérêt principal d'une étude de mithriacisme. Cependant elle a peu tenté les érudifcs. Lb, curiosité est allée de préférence à d'autres formes religieuses, à celles surtout qui ont exprimé l'âme d'un peuple, d'une race, d'une civilisation. Le mithrianisme n'a pas eu cette fortune. C'est une religion composite, constituée des éléments les plus divers, qui s'est adaptée aux milieux les plus différents. Moins originale, elle doit à cette faculté d'adaptation, le caractère d'universalité qui
(1) De imysteriis, chap. nr. 10.
liî ESSAI SUR. LE CULTE ET LES MYSTÈRES DE MITflRA.
a contribué à son succès. Ajoutons que l'étude en est des plus malaisées, surtout avant que ne fussent dissipées les ténèbres, qui entouraient les langues et les religions des pays où le culte de Milhra prit naissance. Aucun des ouvrages spéciaux de l'antiquité qui traitaient de inithriacisme, ceux d'Eubuie, de Pallas, de Kronios, n'est venu jusqu'à nous. Nous n'en connaissons que les fragments épars dans les deux traités de Porphyre (1), les interprétations personnelles de ce philosophe et celles de Celse, les attaques des Pères de l'Eglise (2). Les monuments mithriatiques eux-mêmes ont été fort maltraités. On connaît par une lettre de saint Jérôme la destruction âL\\.mithrgeum du Capitole par le préfet Gracchus et celle du mihrœum d'Alexandrie par le patriarche de cette ville. Bien d'autres monuments eurent le même sort. Leurs débris pourtant sont précieux : ils permettent avec les nombreuses inscriptions relevées en tous pays, d'interpréter les symboles familiers aux adeptes de Mithra. C'est, encore là notre source principale d'information. En notre siècle, Lajard a conipromis par les hypothèses les plus hasardeuses le labeur de toute une vie consacrée à l'étude de Mithra. A part les planches de son précieux Atlas, quelques pages à peine de son œuvre méritent de rester. C'est aussi tout ce qui subsiste >de l'ouvrage jadis célèbre de Dupuis, V Origine de
(1) Le De antro Nympliarum et le De abstinentia.
(2) Voir surtout Justin Martyr : Apologie et Dial. cont. Tryphon ; •Origène : Contra Ceisum ; Tertullien : Apologie, De baptismo, De ■corona, etc. ; saint Augustin, saint Jérôme et Firmicus Maternus : De errore profan. religion.
4ous les cultes^ qui eut l'idée -bizarre de faire à\\ christianisme une branche du mithriacisme ; quelque chose comme une hérésie milhriaque. Ré- -cemment un professeur de l'Université de Gand, . M. F. Cumont, s'est proposé de reprendre la tentative de Lajard. Il a réuni un grand nombre de 'textes relatifs à Mithra et publié la collection -la plus complète des monuments de son culte. Le ■commentaire qu'il a promis ne peut manquer, de jeter une lumière décisive sur la plupart des points, -qui restent encore obscurs, de la doctrine secrète 'des mithriastes (1).
LES ORIGI^'ES.
Si nombreuses que soient les greffes qu'ait subies le -culte de Mithra, au cours de ses pérégrinations, par toutes ses racines- il tient à l'Orient. C'est de lui qu'il a reçu la sève qui a nourri jusqu'à ses derniers rameaux, la forme de ses dogmes, ses symboles, la morale dont • il est pénétré. La philosophie et la théologie grecque 'ont bien pu broder sur ce fond, mais sans l'abolir. Étudiqr le mithriacisme, abstraction faite de ses origines et comme un produit attardé du syncrétisme occidental, c'est en méconnaître àplaisir la tendance
(1) Nous devons signaler, outre le travail déjà ancien de Win-' dischmann : Jl/i//2?'a, les études du P. Allard sur le mêip.e sujet, et ■surtout l'excellent chapitre de Réville sur le mithriacisme, dans la ReRgion sous les Sévères.
Gasquet. — Mithra. 2
i4 ESSAI SUR LE CULTE ET LES MYSTÈRES DE MITHRA.
et la portée. Mais ces origines elles-mêmes sont complexes. Il suffit d'un regard jeté sur les monuments mithriaques pour y découvrira la fois des influences iraniennes et des influences chaldéênnes. Le taureau immolé par Mithra, qui occupe le centre de la plupart de ces compositions, est bien le taureau des légendes zoroastriennes ; mais à des signes irrécusables, il est aussi le taureau astronomique de Babylone. Les animaux figurés auprès de lui, le chien, le corbeau, surtout le serpent, sont les animaux de VAvesta ; mais les douze signes du zodiaque, qui ornent le cintre de ces monuments, les sept planètes qui en parsèment le champ, d'autres indices encore manifestent la religion sidérale, qui fut celle de Ninive et de la Chaldée. Les anciens ne s'y sont " pas mépris. Ils donnent indifféremment à Mithra ï'épithète de Persan et de Ghaldéen (1). Ammien Marcellin, qui accompagna l'empereur Julien sur les rives de l'Euphrate assure que Zoroastre emprunta aux mystères de la Chaldée une partie de sa doctrine (2). Il se trompait assurément, mais seulement sur l'attribution de l'emprunt au législateur légendaire des Perses. Car VAvesta, à part. le calcul des périodes cosmiques, pendant lesquelles Ormuzd et
(1) Citons le vers bien connu de Claudisn :
Rituque juvencum Chaldœo stravère tnagi ;
et l'inscription en vers de Rufius Ceïonius :
Persidicique Mithrœ autistes babylonie templi.
(2) Amm. Marcel!, lib. 23. «Cujus scientise saeculis priscis multa ex Chaldœorum arcanis Bactriauus addidit Zoroaster, deinde Hystaspes rex prudentissimus Darii pater.»
Ahriman se partagent la domination du monde, ne contient presque aucune donnée astronomique.
Parmi les modernes, Hyde et Fréret eurent les premiers le pressentiment de cette double origine. Elle semble aujourd'hui hors de doute, depuis que les textes religieux de la Chaldée, déchiffrés par de patients érudits, permettent des rapprochements et découvrent des analogies, qu'on ne pouvait soupçonner, avant qu'ils ne fussent publiés.
Si l'on connaît aujourd'hui la langue et le texte de VAvesta, on est loin d'être fixé sur la plupart des problèmes que sou Iè5';e le livre sacré. On n'est d'accord ni sur le temps, ni sur le lieu oii le mazdéisme parut. Les uns lui donnent pour berceau la Médie, d'autres la Bactriane ; Eudoxe et Aristotè font naître, Z oroastre six siècles avant Alexandre; Pline le croit antérieur de mille ans à Moïse ; Burnouf place sa naissance vingt-deux siècles avant Jésus-Christ ; ceux-là le font contemporain d'Hystaspe, le père de Darius. J. Darmesteter lui refuse toute réalité et le transforme en un personnage mythique.. Enfin Renan ne croit pas que VAvesta ait jamais contenu le code d'un peuple ou d'une race. Et de fait, rien n'est plus malaisé que de situer dans une période historique précise la doctrine du législateur persan.- Celle qui convient le mieux, l'époque des Achéménides, paraît devoir être restreinte au règne des premiers princes de la dynastie.
Les opinions moyennes et probables, dont Spiegeî s'est fait l'interprète le plus judicieux, ont reçu degraves échecs par les conjectures pénétrantes, audacieuses, mais souvent paradoxales, du regretté- Darmesteter (1).
Cependant dans ce conflit de doctrines au sujet. • des antiquités persanes, quelques points peuvent, être considérés comme acquis.
'L'Avesta, dans sa forme actuelle, a été arrêté et compilé sous la dynastie des Sassanides, c'est-àdire, seulement au iv'' siècle de notre ère, avec les débris d'un ancien Avesta, en partie perdu ou détruit sous les successeurs d'Alexandre. 11 n'en subsiste que des fragments, dont quelques-uns remontent à une époque fort ancienne. Il est écrit en langue zend, qui est celle des inscriptions achéménideSy alors que, du temps des Sassanides, la langue usuelle était le peàlvi.
Par la langue aussi bien cjue par les mythes et par le nom des divinités, VAvesla se rattache à cette époque pré-arienne, d'où sont issus les Védas de l'Inde. Mais tandis que l'imagination de l'Hindou^ dans son inépuisable fécondité, multipliait ses. créations et ses genèses divines, le génie plus sobre de l'Iran choisissait dans le trésor commun un mythe central, le drame céleste de l'orage, la lutte delà lumière et des ténèbres, du dieu irayonnant et du
(1) Voir par exemple, d'une part Spiegeî : Die œrafiiscfie Allerthûmer, 3 vol., et de l'autre : J. Darmesteter : Ormuzd et Ahriman; surtout : l^rcface à la traduction de l'Avesla (Coll. du musée Guimet).
ESSAI su II LE CULTE ET LES MYSTÈHES DE MITHRA. 17
serpent de la nuée,, et le transposant dans le domaine moral, en faisait la lutte du génie du bien et du génie du- mal, représentés l'un par Ormuzd, l'autre par Ahriman. Cette lutte dont la création et l'homme sont l'enjeu, implique, dans le mazdéisme classique, une parité absolue entre les deux antagonistes, égaux en puissance et en énergie créatrice. L'idée métaphysique que le mal n'a pu sortir du bien a probablement présidé à ce partage. Mais, à considérer de près les textes, VAvesla lui-même permet de reconnaître dans .Ormuzd un principe d'antériorité et de supériorité. Ahriman n'a pas la prescience de l'avenir ; il subit, mais ne commande pas la destinée. Il a conscience de son impuissance finale. 11 est, mais ne sera pas toujours. Sa création même n'est pas originale ; elle est toute d'opposition et de con tradition. Et, si l'on va au fond de la doctrine, il semble bien que le mal n'entre dans le monde qu'avec la créature (1).
Ormuzd (Ahura-Mazda) est le seigneur omniscient. Il est l'espace lumineux antérieur à toutes choses et qui les contient toutes. Le ciel est son vêtement brodé d'étoiles, le soleil l'œil par lequel il surveille la création. « Il ressemble de corps à la lumière et d'âme à la vérité. » Il a créé le monde par son verbe, qui en nommant les êtres, projette hors de lui et insuille la vie.'IJ ressemble au Jéhovah de la Genèse. On comprend que les Juifs de la captivité aient cru reconnaître en lui l'image de leur Dieu et
(1) Avesta : Yesht xm, §§ 77-78.
lait de son serviteur. Cyrus le serviteur de ce Dieu •et l'exécuteur de ses desseins, en même temps que le libérateur de son peuple.
Ormuzd s'est donné comme assesseurs les sept amshaspands^ qui ne sont, au vrai, que les qualités abstraites,, émanées de lui. Il semble que l'Iran, obsédé de la toute-puissance de son Dieu, ait été impuissant à donner à ces entités la plasticité de personnes divines. Plus précis et moins inconsistants «ont les vingt-huit izeds, les génies des éléments, •du feu, de l'air, des vents, des eaux courantes. Tout mazdéen leur doit un culte, ses prières et ses adorations. Viennent enfin dans la série des créations divines, les ferouërs ou frcwashis^ plus difficiles à déterminer ; ils sont à la fois les types immortels •et les idées des choses, et aussi les mânes des êtres qui ont vécu. Ils descendent temporairement s'incarner dans les corps mortels, pour remonter, leur tâche accomplie, à leur patrie céleste. Les livres parsis de la basse époque leur donnent pour séjour les astres et la voie lactée.
Ormuzd a donné à Zoroastre sa révélation, pour ■qu'il enseigne aux hommes la doctrine de pureté, les paroles et les formules efficaces qui doivent leur assurer la victoire sur le mal. Lorsque les temps fixés seront accomplis et le cycle dos douze mille années révolu, il suscitera de la semence de Zoroastre un sauveur, qui réveillera les morts, séparera les bons, achèvera par une expiation suprême la purification des méchants et consommera la défaite et l'anéantissement d'Ahriman.
Mithra est l'un des vingt-huit izeds. Il appartient à la plus vieille mythologie arienne. On a pu dire qu'il était un de^ premiers dieux du paganisme et qu'il en fut le dernier. Dans lés plus antiques Védas, il est déjà un dieu-lumière, l'assesseur et le compagnon de Varouna. 11 fait le hien « par son regard et par le jour qu'il apporte » ; il s'identifie peu à peu avec le soleil. Dans l'Iran, sa fortune est plus éclatante. Dans les parties liturgiques et rituelles de VAvesta^ son rôle est encore effacé et de second plan, bien, que son nom soit associé à celui d'Ahura. Mais bientôt sa personnalité se précise et se dégage. Dans le Yesht (acte d'adoration) qui lui est consacré et qui appartient probablement à une époque plus récente, il apparaît avec les premiers linéaments de la physionomie qu'il gardera désormais jusqu'à la fin.
Il a été créé par Ahura, qui l'a fait aussi digne d'honneur que lui-même. Il s'avance au-dessus de la montagne de Hara, sa demeure, précédant la course du soleil, caressant le premier de ses blancheurs les sommets élevés et survivant à la disparition de l'astre. Il est à la fois l'aurore et le crépuscule. Guerrier impétueux, il combat infatigablement les ténèbres et les œuvres de ténèbres. Il a dix mille yeux et dix mille oreilles. Rien ne se fait sur la terre: qui lui échappe et les plus secrètes pensées lui sont connues. Il découvre et déteste le mensonge : il est le Dieu de vérité. Seigneur des , Tas tes pâturages du ciel, il distribue la richesse et ia fécondité. Il est le gardien des contrats et le ga-
rant de la parole donnée ; il préside aux relations de société, aux liens qui unissent les liooimes, et assure la stabilité du foyer. Il est l'ami et le consolateur. « Le pauvre, pratiquant la doctrine de vérité, privé de ses droits^ l'invoque à. son secours, les mains levées au ciel, lui, dont la voix, quand il se plaint, s'élève et atteint les astres. » « La vache emmenée captive l'appelle à grands cris, pensant à son étable : que Mithra nous conduise a l'étable, comme le mâle, chef du troupeau, marchant derrière nous"! » Il est le médiateur entre les hommes, et le médiateur entre les créatures et le créateur. Il préside au sacrifice, comme le prêtre, et offre le premier le homa dans un mortier émaillé d'étoiles. Quand il prie, sa voix éclatante, qui parcourt la terre, se répand dans les cieux superposés. Après la mort enfin, c'est lui qui aide les âmes à passer le pont fatal, et pèse leurs actions bonnes et mauvaises dans les plateaux équitables de sa justice. Il est déjà le triple Mithra, dieu du ciel, de la terre et de la mort.
Des influences étrangères allaient altérer profondément cette religion si pure et si simple, et modifier surtout la physionomie de la divinité secondaire qui nous occupe.
Quand les vigoureux montagnards de la Perse, adorateurs d'Ahura et de Mithra envahirent la Médie et les pays du Tigre et de l'Euphrate, ils trouvèrent ces contrées en possession d'une des plus
vieilles civilisations du njionde, à la fois trèssavante et très corrornpue, et d'institutions politiques et religieuses fortement organisées par un corps de prêtres puissants. Ils en eurent d'abord la défiance et l'horreur : mais, comme toujours, le vainqueur primitif et barbare se laissa gagner par le vaincu plus raffiné. Cette civilisation était celle de Ninive et de Bàbylone. Sur les boues fécondes et malsaines des marais de TEuplirate, il est probablequ'a vécu la première humanité ; l'esprit s'effraie à sonder les profondeurs infinies de ce passé. Sans entrer dans les controverses que soulève la questionde ces lointaines et obscures origines, il semble bien que deux races, chacune d'un génie et de croyancesdifférents, aient concouru à cette civilisation. Une première population, ingénieuse et misérable, cb proie aux surprises, aux séductions et auxépouvantements d'une nature violente et généreuse. Elle croit à une multitude de génies malfaisants, aux formes bizarres et monstrueuses, qui s'acharnent sur l'homme, lui env'oient la maladie, la peste, les fïéàux et la mort ^ sa religion est toute en formules, en incantations déprécatoires, en amulettes et en phylactères : c'est la magie. De ce foyer s'est envolé sur le monde ce sombre essaim de larves, de lémures, de vampires, d'être fantastiques aux corps composites, qui onteffrayé l'imagination de tous les peuples; encore aujourd'hui, dans les vieux procès de sorcellerie, se ren.contrent des formules magiques dont le sens s'est perdu et qui se retrouvent sur les briques d'Our en Chaldée et de Ninive. Ces peuples
xîependant deviennent nombreiix et puissants; ils se J)âtissent les premières cités, s'asservissent quelquesuns de leurs génies, dont ils se font des dieux protecteurs, ordonnent leur religion, fondée sur le culte des •éléments et des forces de la nature. Ils connaissent les arts et inventent l'écriture aux caractères cunéiformes. A ces populations se mêlèrent ou se superposèrent, probablement parla conquête, des Sémites, ■venus du Midi, Sabéistes adorateurs des astres. Par le travail séculaire des écoles sacerdotales, les ■croyances s'amalgamèrent, sans se détruire ; lesmytliologies des dynasties locales se simplifièrent et s'unifièrent ; les dieux anciens se répandirent dans les régions de la voûte céleste. De cette élaboration sortit une religion toute sidérale, comportant des spéculations élevées sur l'âme et sur la destinée, et qui s'accordaient avec un culte très sensuel et une théocratie féroce.
L'astrologie, qui suppose la connaissance du ciel, -était la grande affaire de leurs prêtres, la science maîtresse ; par là, ils ont été même avant les Egyptiens, les créateurrs de l'astronomie et les vrais maîtres de la Grèce. Eudoxe et Hipparque se sont •instruits à leur école. Des hautes tours à étages, -qui leurs servaient d'observatoires, au-dessus de la poussière et du bruit des cités, ils plongeaient de leurs regards aiguisés par l'habitude dans les profondeurs sereines du ciel oriental. Ils montraient à Callisthène, envoyé par Aristote, des observations astronomiques enregistrées depuis 1903 années consécutives. Dans les débris de la bibliothèque
d'Assiirbanipal, recueillis à Ninive, en même tempsque des traités de magie et de numération, on trouve des calendriers et des livres d'astronomie^ qui montrent cette science constituée dès le tempsde Sargon l'Ancien ; des catalogues d'étoiles avec leurs levers et leurs couchers, la notation des phases de la lune, les singularités de la course vagabonde des planètes. Ils savaient calculer les éclipses de lune, peut-être même celles du soleil ; du moins possédaient-ils les éléments nécessaires à ce calcul. Ils pressentirent la précession des équinoxes. Ils fixaient la naissance du monde au moment où le soleil était entré dans le Taureau, et lui assignaient pour lin le moment oiile soleil rentrerait dans ce signe (1 ). Le soleil était en etFet l'objet principal de leur étude. Ils lui avaient tracé sa voie dans le ciel, compté pour autant de victoires son entrée dans lesdouze signes, ses hôtelleries célestes, nommé ces signes des vagues figures ébauchées par les clous d'or des étoiles, et rattaché à ces signes autant de légendes héroïques. Ils avaient divisé le zodiaque en 360 degrés et réparti méthodiquement les constellations dans. ces divisions prolongées sur toute l'étendue des cieux. Ils avaient affecté à ces signes leurs -douze dieux principaux, dont sept étaient en même temps les dieux des sept planètes, et attribué aux trente-six décans les trente-six divinités inférieures. Mais pour eux le ciel était surtout le livre des destinées, la manifestation sensible des volontés
(1) Voir Jenseq : Kosmologie der Babylonier.: Maspéro :Hisf. des peuples de L'Orient : Tom L La Chalde'e.
divines. Des influences constatées ou supposées, du soleil, de la lune, des planètes sur les phénomènes naturels et sur l'homme, ils concluaient à des •influences permanentes et occultes, que la science pouvait pénétrer, « En rattachant, dit Philon, les •choses terrestres aux choses d'en haut et le ciel au monde inférieur, ils ont montré dans cette -sympathie mutuelle des parties de l'univers, séparées quand aux lieux, mais non pas en elles-mêmes, l'harmonie qui les unit, par une sorte d'accord •musical. »
Cette civilisation servie pendant des siècles par les -armes victorieuses des rois de Babylone et de Ninive, avait pénétré toute l'Asie occidentale. La Médie, la première étape de la conquête persane, en était comme imprégnée. Ecbatane, que vit Hérodote, avait, comme les villes de la Chaldée, sept enceintes aux couleurs des sept planètes. Les mages y dominaient, semblables à ceux de Babylone. La pure religion de la Perse, presque absolument dépouillée d'éléments naturistes,- ne tarda pas à s'altérer par l'infiltration des idées propres au,x systèmes religieux de la Chaldée. L'Avesia, même dans ses parties anciennes,- porte la trace de ces influences ; non seulement la fixation des périodes •de la grande année cosmique, mais le nombre les ■amshaspands^ celui des izeds^ qui répondent- au chifl're des planètes et à celui des jours du mois •lunaire, en sont le témoignage. 11 y eut, il est vrai, des réactions violentes.. La plus connue est la révolution politique et religieuse, opérée par le
ESSAI SUR LE CULTE ET LES MYSTÈRES DE MITllRA. 23
fils d'Hystaspe, Darius, et attestée par la grande inscription de Béhistoun, par le massacre des mages usurpateurs et la restauration dans toute sa pureté du culte d'Ahura-Mazda. Mais jusque dans ce monument du vainqueur se fait sentir l'empreinte des idées et des formes, dont il se flatte d'avoir triomphé. Les caractères cunéiformes de l'écriture, les noms . des mois sont chaldéens ; chaldéens et comme détachés des monuments de Bahylone sont les génies qui représentent les dieux persans; toute l'iconographie persane dérive de cette imitation. La bête ahrimanique que combat le serviteur d'Ahura, appartient à la même origine ; on la retrouve sur ces milliers de cônes et de cylindres exhumés de la poussière des cités mésopotamiennes et qu'on a relevés jusque sur le champ de bataille de Marathon. Le sigle même de la divinité, l'Ahura en buste ceint de la tiare, aux quatre ailes éployées et qu'enserre le cercle, svmbole de l'éternité, vient en droite ligne de l'Euphrate, où peut-être il fut importé d'Egypte. La l'evanche d'ailleurs ne se fit pas attendre ; elle vint probablement des influences de harem si puissantes dans les monarchies d'Orient. La femme de Xercès, Ames tris, est toute dévouée au magisme. Elle sacrifie aux divinités infernales et fait enterrer vivants neuf couples de garçons et de filles appartenant aux plus grandes familles de la Perse, pour préparer le succès de l'expédition contre la Grèce. Pareil sacrifice expiatoire se consomme sur les bords du Strymon, au cours de la marche des armées dii grand roi.
Gasquet. — Mithra. 3
Sous Artaxercès Mnémon, s'achève la trahison des dieux nationaux et se consomme la plus grave des altérations que le mazdéisme ait subies par son contact avec l'Assyrie et la Chaldée. Deux des izeds avestéens, Mithra le génie de la lumière, Anahîta le génie des eaux courantes et la dispensatrice de la fécondité, sortent tout à coup du second rang, pour apparaître au premier. Tous deux se prêtaient aisément à l'assimilation avec les divinités de Babylone. Mithra, assesseur d'Osmuzd, a détourné peu à peu sur lui la piété et l'adoration des fidèles. Moins lointain que lui, moins métaphysique, moins dégagé de formes et de contours, il est plus près des fidèles, qui le reconnaissent dans l'astre qui les inonde de ses bienfaits. Pareille évolution s'était déjà produite en Chaldée, où le dieu Soleil, Samash, s'était vu substituer peu à peu ses parèdres, Mardouk, Ninip, Nergal et Nébo, d'abord assignés à la garde des planètes et qui bientôt représentent le soleil même, dans chacune des périodes de sa course annuelle. Les caractères même de la divinité persane, tels que nous les avons relevés dans le Yesht consacré à Mithra, nous les retrouvons avec une similitude, qui n'est peut-être pas l'effet du hasard, dans divers fragments d'hymnes chaldéens récemment déchiffrés. — « Soleil, l'arbitre suprême du ciel et de la terre — la loi qui enchaîne l'obéissance des pays, c'est toi. — Tu connais la vérité, tu connais le mensonge. — r Soleil, le seigneur qui développe la vie, celui qui répand la grâce sur 1& pays, c'est toi. — » Et dans un autre, on lit :
— « Toi qui fais évanouir les mensonges, toi qui dissipes la mauvaise influence — des prodiges, des augures, des pronostics fâcheux, des songes, des apparitions mauvaises, — toi qui déçois les complots méchants, toi qui mènes à la perdition — les hommes et les pays qui s'adonnent aux sacrilèges et aux nialéfices. » — Pour les Chaldéens, comme pour les Persans, le soleil est donc le dieu de la vérité, l'ennemi du mensonge; sa lumière éclaire les secrets de la nature comne les réplis de la conscience. Génie des sources et des eaux qui suscitent la vie, Anahita, dont le nom même est celui de l'Anat babylonienne, devient la déesse nature de la génération, la mère de la fécondité, la lune, conservatoire de l'élément humide, de qui procède toute croissance, pour la terre comme pour les hommes. Ainsi naît un nouveau couple, conçu sur le modèle des couples babyloniens d'Ishtar et de Mardouk, l'Aphrodite chaldéenne et le dieu solaire et démiurge. Artaxercès le premier, comme en témoigne l'inscription de Suze, l'impose à l'adoration de ses sujets et dresse ses statues à Suze, à Ecbatane, à Babylone, comme à Damas et à Sardes. A leurs temples, qui subsistaient encore au temps des Séleucides, il affecta d'immenses revenus et il attacha au service de la déesse des milliers d'hiérodules des deux sexes, voués aux prostitutions sacrées.
Le culte d'Ahura-Mazda n'est point pour cela délaissé. Les inscriptions achéménides nous le montrent, sous les successeurs d'Artaxercès, associé tantôt à Mithra, tantôt à Mithra et à Anahita. Mais dès
lors, il commence à s'effacer et à s'éclipser devant l'éclat de son coadjuteur (4 ). Sans jamais disparaître, il recule au delà du ciel des planètes et des étoiles fixes, dans le ciel inaccessible de la lumière incréée(2) . C'est à lui encore, comme au dieu suprême, que dans les derniers monuments du iv'' siècle après Jésus- Christ, Mitlira médiateur conduit les âmes, monté sur le char solaire. Mais les philosophes seuls le perçoivent et le supposent ; la foule ne s'en préoccupe plus et semble l'ignorer. En même temps, Mithra, distinct du soleil dans les livres sacrés, s'identifie de plus en plus avec lui. De génie de la lumière, il est devenu le foyer lumineux qui anime la nature. Il se confond avec lui, comme chez les Grecs Apollon avec Hélios. Le soleil apparaît comme l'image visible et secourable du dieu; l'abstraction s'est réalisée en un objet sensible pour tous. C'est ainsi que peu à peu la fusion s'opère entre les religions de la Perse et de la Chaldée. C'est la fête d'un culte complètement sidéral quenous décrit Quinte-Curce, certainement d'après des documents originaux, sous le règne de Darius, l'adversaire d'Alexandre. La procession qui se déroule au soleil levant, nous montre, à la cime de la tente royale, l'image glorieuse de l'astre incrustée dans un bloc de cristal, le feu porté sur des autels d'argent, un cortège de 365 jeunes gens, vêtus de pourpre, égaux en
(1) Strabon dira de Mithra: 'Ov Iléocrat c-éêovTat ôewv [iôvov.
(2) Gela ressort nettement du discours de Dion Chrysostome, où ce philosopiie traite de la religion des Perses. [Orat. 2G. BorysUienica. éd. Dindorf, t. II, p. 309.) Y. aussi l'Iriser. d'Antiochus au temple de Nemrud-dagh, et celle de Sahin (Phénicie) : 8£6> {i'I/t(7"M oùpavûù.
ESSAI SUR LE CULTE ET LES MYSTÈRES DE MITllRA. 20
nombre aux jours de l'année, un char consacré à Jupiter (Ormuzd) traîné par des chevaux blancs et suivi d'un cheval d'une grandeur merveilleuse
. qu'on appelait le cheval du Soleil (1) (Mithra).
Telles sont les altérations qu'a subies la doctrine de Zoroastre. Si donc plus tard, dans les mystères
. de l'Occident, Mithra nous apparaît dégagé de toute promiscuité féminine, le plus austère dans son culte et dans ses symboles de tous les dieux de l'antiquité, nous sommes conduits à conclure à une séparation violente du dieu perse avec les cultes chaldéens, à une sorte de réforme puritaine, qui ramena Mithra à une partie de la pureté des conceptions avestéennes. Cette réforme, nous n'en connaissons ni le temps, ni le lieu. Elle s'opéra probablement sous la domination des successeurs d'Alexandre, ausein d'une de ces sectes, qui, comme les zerwanistes unitaires, naquirent de la ruine du magisme, avant la restauration du zoroastrisme, commencée par les Arcacides et cousommée par les Sassanides. Anahîta, seule et sans son acolyte, reste la déesse -nature, adorée en Arménie, en Cappadoce et dans le Pont, sous des noms divers. Mithra semble être demeuré le dieu des Parthes,de Tiridate et de Vologèse (2), un Mithra tout persan
(1) « Orto sole procédant ; et super régis tabernaculo, unde ab omnibus conspici posset, imago Solis crystallo inclusà fulgebat. Ignis argenteis altaribus prîBferebatur. Magi prt)ximi patrium Carmen canebant. Magos 365 juvenes sequebantur, puniceis amiculis velati, ad nuœerum dierum anni. Currum Jovi sacratum albentes vehebant equi : hos eximiâ magnitudine equus, quem solis appellabant, sequebatur, etc. » Quinte-Curce, lib. III, cap. 7.
(2) Yo'.ogèse 1, l'ami de Néron, est probablement le Yalkash qui
pur les directions de sa morale et le caractère de sa doctrine, chaldéen par la forme de ses dogmes et son symbolisme astronomique.
Le commentateur de Stace, Lactantius Placidus a? marqué en ces termes les étapes suivies par le eulte de Mithra : « Les Perses ont connu les premiers ses mystères, les Phrygiens les ont reçus des Perses et Rome des Phrygiens (1). » 11 ne nous reste aucun document du séjour de Mithra en Phrygie. C'est la principale lacune de son histoire, et il y a peu d'apparence qu'aucune découverte vienne jamais la combler. S'il ne semble pas que la doctrine du dieu persan se soit altérée au contact des divinités phrygiennes, dont les cultes orgiastiques et sensuels ont peu de rapport avec ceux de Mithra, déjà se manifeste en lui cette facilité singulière à s^dapter aux divers milieux où il se transporte, et à s'apparenter aux dieux étrangers qu'il fréquente. C'est ainsi qu'il emprunte à Attis le costume sous îîequel il figurera désormais sur les monuments, les braies flottantes, serrées aux chevilles, la blouse et lu bonnet phrygien, distinct de la tiare persane. 11 conclut alliance avec Sabazios, le dieu solaire, « le berger des astres brillants (2), » qui déjà, sous le
fit, d'après le Dinkart, réunir le premier les fragments de l'Avesta dispersés {V. Préface de l'Avesta par J. Darmesteter).
(I) « Quae sacra primum Persœ habuerunt, a Persis Phryges, a Bhrygibus Romani. »
(,2) Philosophoumena, lib. V (169-171). ■ .
tpatrôiiago du Bacchus de Thrace, a pénétré jusque . dans les mystères d'Eleusis. Son nom gravé se jit sur le taureau mithriaque du Capitole. Dans la fameuse catacombe de Prétextât,^ un prêtre de Saba^ izios et un pontife de Mithra (?) dorment dans la paix du même tombeau, fraternellement unis dans la nrort (J). Pareil rapprochement, attesté par les monuments du iv"' siècle, s'opère avec le dieu Men ou Lunus, qui ressemble de si près au Chaldéen Sin, ie dieu mâle de la l'une, représenté, le pied posé sur la tête du taureau (2). D'ailleurs les deux mytbologies, phrygienne et chaldéenne, trahissent des ressemblances sensibles, qui proviennent moins d'une influence réciproque, que de Taction exercée sur toute l'Asie occidentale, pendant des siècles, par la domination assyrienne; pour marquer cette filiation, les Grecs faisaient d'Attis le fila de Nanna, 'qui est une déesse de Babylone. Il est possible aussi ' que, dès lors, le culte de^ithra ait emprunté à €elui de Cybèle l'usage du taurobole et du criobole, bien que l'immolation du taiireau et du bélier, qui tous deux symbolisent, à deux périodes différentes, l'année "zodiacale, fût une coutume générale dans les pays de l'Euphrate. Enfin lej^in, emblème jdlim- -mortalité, qui garde en hiver sa verdure, et qu'on \ promenait pendant les lamentations d'Attis, devient un des accessoires figurés du sacrifice mithriaque. De Phrygie, le culte de Mithra gagna les côtes i
(11. V. plus loin pour l'interprétation de ce monument. (2} L'épifchète de Menotyrannus donnée à Mithra est fréquente •dans les inscriptions.
de la Méditerranée. Il était le dieu principal dos pirates qiie Pompée poursuivit dans leurs retraites de Gilicie. Les légions le rapportèrent de Tarse, la vieille colonie assyrienne, et par elles il fit soiî entrée daiis Rome.
Ce point d'attache du culte occidental de Mithra avec l'Orient n'est pas indifiFérent. Tarse passait pour une des villes les plus anciennes du monde, Ses traditions lui donnaient pour premier fondateur le héros Sandan et Hercule ou Persce. Plus tiird, le monarque assyrien Sennachérib l'avait de nouveau conquise ; elle se réclamait aussi de ce second fondateur. Tous les cinq ans, en l'honneur du dieu national Sandan, se célébrait une fête fameuse qu'on appelait « la fête du bûcher », Dion Chrysostôme en parle longuement dans le discours ou panégyrique qu'il prononça à Tarse même. Ce Sandan, qui est le même personnage que le dieu national des lydiens Sandan, n'était autre que l'Hercule assyrien et le dieu du feu, d'où par conséquence, le soleil. Bérose rapporte que les Babyloniens connaissaient une divinité de ce nom, et Oppert le désigne comme une épithète de Ninip, un dès parèdres de Samash. Aucun doute n'est donc possible sur ses origines.
L'épisode principal des fêtes sacrées de Tarse était fourni par la mort de Sandan, dont l'image, était brûlée sur un bûcher de forme particulière, dont les médailles de la ville reproduisent le type. C'était un pirée gigantesque, en forme de pyramide reposant sur une base carrée. A l'intérieur, Sandan
est dressé debout, les pieds posés sur un lion, dans l'altitude même que certains monuments de l'Occident ont conservé à Mithra. Au faite du bûcher, un ai'gle ouvre ses ailes. C'était l'Orne du héros, qui, purifiée par le feu de ses souillures mortelles, s'envolait vers le ciel, pour s'unir au soleil. Avec quelques variantes, on retrouve le même type en diverses villes d'Asie, de Syrie et de Phénicie.
• Sur ces médailles, l'aigle est quelquefois remplacé par un quadrige qui émpprte vers les astres l'âme ou le double du dieu. A Tyr même, on fêtait, à la
. date du mois Péritius, répondant au 25 décembre du calendrier romain, qui sera la date des natalitia de Mithra, le réveil (sy^p^'-?) ou la renaissance do Melchart. Il s'agit donc bien d'une fête de purification et de résurrection ou d'apothéose (1). Ses rites mêmes furent empruntés plus tard par . les Romains pour la consécration des empereurs (2).
^ Or c'est la même doctrine^ d'expiation pour l'âme, de résurrection et d'immortalité qu'enseigne Mithra. dieu (ie lumière comme Sandan.
Le. culte de Mithra végéta d'abord obscurément à Rome. Le premier monument qui le signale est une inscription de Naples, du terhps de Tibère.
(1)' Sur le "culte de Tarse, Voir Oltf. Muller. Sandan and Sardanapal ; R. Rochette : Vllercule assyrien, Mém. de VAc. Insc. et B. L. Tom. XYII 11*=. F. Lenormant : Commentaire sur. Bérose p. 110 et 145 Dion Chrysostome : Orat. 33.
(•2) Hérodien IV, 3 « Quand l'image en cire qui surmontait le bûcher de l'empereur défunt était sur le point de disparaître, sous l'action de la flàrrime, on voyait au faîte de cet édifice un aigle s'élancer dans les airs. Les Romains s'imaginent qu'en lui plane et s'élève vers le ciel l'àme de l'empereur. »
34 ESSAI SUR LE CULTE Eï LES MYSTÈRES DE MITIIRA.
Néron lui fait accueil et demande, dit-on, à ses mystères l'expiation de son parricide. Il se lie d'amitié avec les souverains parthes, et reçoit leurs ambassadeurs qui célèbrent à Rome ouvertement leur culte (1). On sait que la légende longtemps populaire voulait que le césar, échappé à ses meurtriers, eût trouvé un refuge dans le royaume de î'Euphrate, d'où il devait revenir avec ses alliés pour se venger de ses ennemis. Le culte de Mithra est florissant sous Trajan. Adrien l'interdit un moment, à cause des scènes cruelles qui passaient pour ensanglanter ses cérémonies. Commode se se fait initier et se souille au cours des épreuves d'un homicide qui fait scandale (2). Avec les empereurs syriens se répand la vogue des cultes solaires. Élagabal, le prêtre syrien couronné, prétend subordonner au dieu d'Emèse toutes les divinités de l'empire, préludant à un syncrétisme prématuré, qui, dans sa pensée, devait embrasser le judaïsme et le christianisme (3). Mais c'est surtout d'Aurélien que datent l'extension et l'immense popularité de Mithra. Né en Pannonie, d'une prêtresse du Soleil, élevé par sa mère dans le temple, il est envoyé comme ambassadeur en Perse. Au cours d'un festin, il lit dans le relief d'une coupe ' consacrée à Mithra la promesse de sa grandeur
(1) Le Parthe Tiridate initie à Rome Néron. Voir Pline, lîist. Naf., cap. 30, et Dion Cassius, Lib. IV, ch. 63. Voir aussi Suétone : «>Quin et facto per magos sacro evocare mânes et exorare tentavit. »
(2) Lampride : Vita Commodi, cap. 9.
(3J Lampride : Vita lleliog., cap. 3.
future. Plus tard, empereiir, vainqueur de Zénobie, il transporte à Rome le dieu solaire de la cité palmyréenne ; reprenant la tentative d'ElagabaL cette fois avec succès, il unit dans une même adoration et dans un même temple tous les cultes du soleil. Au nouveau Dieu, il consacre l'empire, et pour la première fois, sur les médailles et sur les monuments, se lit, avec l'emblème de Vinvictics^ cette formule : Sol,'^dommiis imperii Romani [\\. Ce Dieu n'a pas de nom patronymique, rien qui rappelle une origine particulière,-^ dévotion spéciale d'un peuple. C'est Sol, le dieu invincible, dont les ténèbres de la nuit et de l'orage ne peuvent triompher, que les siècles ne diminuent pas; le dieu certain [certus sol) dont la réalité vivante et agissante éblouit l'univers. Mais à cet anonyme la faveur populaire attache un nom, celui du dieu persan, dont les mystères se répandent en raison même du succès des cultes solaires. Sol et MithriL, comme l'attestent les inscriptions, ne sont plus désormais qu'une même divinité. C'est celle de Dioctétien, de Constance-Chlore, des derniers empereurs ; c'est celle aussi de Constantin, dont les monnaies portent l'emblème de ïmvictus et qui longtemps hésita entre Mithra et le Christ. C'est surtout lé dieu de Julien, voué dès sa jeunesse 'à Mithra, dont il fait le conseiller et « le gardien de son âme » (2^. Le monothéisme latent, que porte
(1) Fl. Vopiscus : Aurelinni vila, cap. 4, 14, 25.
(2) Julien. : C07livium, .336 : Hzig^lol v.al ôpfjibv ào-çaXïi Çwvrt.^. (j.£-à TTjç àyaôïiç âXraôoç 7iY£fji.6va Oeov eÙjjlîvtî xa6tc"ràç o-eauTÛ.
en lui le paganisme, trouve sa formule dans le traité que l'impérial écrivain intitule : le Roi Soleil (1). •