‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 1 sur 61 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

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Entre les différentes formes des religions antiques , celle qui nous choque le plus est peut-être l'adoration des souverains. Toutes les croyances qui se partagent aujourd'hui le monde civilisé ont pour point de départ l'unité de Dieu. Toutes sont d'accord pour admettre qu'une distance infranchissable sépare ce Dieu unique

Ide l'homme, sa créature. Il n'en était pas ainsi pour les anciens. Les religions polythéistes de l'Orient, de la Grèce et de Rome étaient pleines de légendes dans lesquelles on racontait qu'aux premiers âges du monde, des hommes s'étaient égalés aux dieux par leurs exploits surprenants et avaient pris rang parmi eux (l). Les fondateurs des cités et des empires avaient presque tous du sang divin dans les veines, et étaient adorés après leur mort. Pour ne parler que des traditions italiennes, Picus, Faunus, :

(1) Cicéron, De natura Deorum, II, 24, 62 : a Suscepit autem vita hominum consuetudoque communis, ut beneficiis excellentes viros in caelum fama ac voluntate tollerent. »

Latiniis, Quirinus, Enée , Romulus étaient devenus des dieux, après avoir été des rois (1).

L'apothéose était d'autant plus admissible pour les Grecs et pour les Romains qu'ils la retrouvaient chaque jour au foyer domestique. Les uns et les autres regardaient comme divin le principe qui fait vivre, agir et penser chaque homme ici-bas. Quand le corps avait été enfermé dans la tombe, ce principe ne mourait pas avec lui. Il survivait et les descendants du défunt lui rendaient un culte. On offrait aux ancêtres des sacrifices semblables à ceux qu'on offrait aux dieux (2). Chaque peuple , chaque cité , chaque famille avait donc des ancêtres divins, hommes par leur naissance, élevés par leurs vertus, leurs exploits, ou simplement par la vénération de leurs descendants aux honneurs de l'apothéose.

De plus, il n'était pas rare , à une époque plus rapprochée, de voir des honneurs dn même genre rendus à des personnages qui s'étaient signalés par leur sagesse ou leurs bienfaits, quelquefois même par leur force ou leur adresse. Des philosophes , des athlètes même avaient eu des autels (3). Parfois la douleur d'un père suffisait à diviniser une jeune fille enlevée prématurément à son affection (4). Ces titres divers, la reconnaissance et la flatterie aimèrent à les trouver chez les princes, et, par conséquent, à consacrer leur souvenir par l'apothéose. Dans ce cas l'empire, qui avait bénéficié tout entier de leur bon gouvernement, devait tout entier faire preuve de piété envers eux. Ainsi s'explique le culte des empereurs défunts.

L'idée de rendre au chef de l'Etat un culte pendant sa vie, n'est pas aussi ancienne , du moins chez les Grecs et chez les Romains. Jusqu'au jour où les rois de Macédoine, Philippe et Alexandre , réunirent sous leur sceptre la Grèce, l'Asie et l'Egypte, cet usage fut inconnu en pays grec. Il ne pouvait en être autrement. L(!S cités étaient gouvernées par des magistrats temporaires. Si puis-

Ci) Cic, ibid. Saint Augustin, De civit. DeA, IV, 23; XVIII, 19. Festus , p. 194 (édit. Mûller).

(2) Cicéron, De legibus, II, 9, 22. Saint Augustin, De civit. Dei , VIII, 26.

(3) Cf. Guiraud, Les assemblées provinciales dans l'empire romain, p. 15. D'après Sumner-Maine, le père de la famille aurait été, à l'origine, regardé comme un Dieu, même pendant sa vie, par ceux qui lui devaient le jour. Le culte dos ancêtres morts n'aurait été que la continuation du culte des ancêtres vivants. La coutume dont parle Sumner-Maine n'existait plus chez les Grecs et chez les Romains. Cf. Sumner-Maine, Etudes sur l'ancien droit et la coutume primitive, trad. franc., p. 75 et suiv.

(4) Cic, Ad Attic, XII, 18, 19, 35 et 36.

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