‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 52 sur 61 · Senatus populus que romanus incendio comumptum restituit · texte numérisé non relu

Senatus populus que romanus incendio comumptum restituit

2. Divo Vespasiano Augusto S. P. Q. R. Impp. Caess. Severus et Antonius pii felices Augusti restituerunt.

3. S. P. Q. R. Aedem Corcordiae vetustate conlapsam in meliorem faciem opère et cultu splendidiore restituerunt.

Le texte de la dernière inscription indique l'édifice auquel elle se rap-

porte (1). La seconde mentionne la dédicace du temple de Vespasien et sa restauration sous Septime Sévère. La première était gravée sur le fronton du temple de Saturne. En ce cas, les trois colonnes sont celles du temple de Vespasien, et les huit colonnes celles du temple de Saturne (2).

Les trois colonnes doivent avoir appartenu au temple primitif. Elles sont, dit Burckhart, d'un style trop pur pour dater de la restauration de Septime Sévère. Les chapitaux sont encore très beaux, mais un feuillage orne l'abaque, dont le rôle ne supporte cependant qu'une simple ligne. A la façade, la structure de l'entablement est, comme dans plusieurs édifices dédiés à des empereurs, sacrifiée à une grande inscription. Entre les colonnes , à cause de la pente , on a disposé des marches qui ont l'apparence d'un piédestal (3).

La conclusion de M. Marucchi est la plus conforme à l'indication que donnent les chants des Arvales sur la place de ce monument. Ils placent, en effet, le pronaos du temple de la Concorde près du temple de Vespasien (4). D'après la disposition adoptée par Bekker, ce pronaos serait, au contraire, plus rapproché du temple de Saturne.

Il nous reste fort peu de renseignements, dit M. Marucchi, sur le temple de Vespasien. Il était prostyle, hexastyle, et d'ordre corinthien. Sa façade était tournée vers le Forum. Il était revêtu de marbre. Sur la partie latérale de la frise, on voit encore représentés, en relief, les emblèmes du sacrifice : Vacerra, qui contenait l'encens; le bucranion , Vaspergillum, pour l'eau lustrale ; le cullrum, pour frapper les victimes; la patère sacrée et le galericulum ou bonnet sacerdotal. Quand on monte sur le soubassement de l'édifice , on reconnaît facilement les traces du pronaos, du mur qui formait la cella l'autel érigé au fond du sanctuaire derrière lequel devait être la statue de l'empereur ou plutôt des empereurs, car, selon toute probabilité, ce temple dut être aussi consacré à Titus. C'est comme temple des deux empereurs que le désignent l'auteur du Curiosum urbis Romae et S. Jérôme dans sa Chronique (5). Aussi M. Jordan appliquc-t-il à ce monument une inscription où il est fait mention d'un Templum Divorum, dans lequel était une aedes divi Titi (6).

Temple de Trajan. — Le temple de Trajan portait une inscription disparue d'après laquelle l'édifice avait été construit par Hadrien (7).

(1) Cette troisième inscription a des lacunes.

(2) La description qui se trouve dans Bekker est donc non avenue ; elle se rapporte au temple de Saturne.

(3) Burckhardt, Le Cicérone, trad. franc., I, p. 19, Cf. Canina, Gli Edifizii, ï, pi. XXXIII.

(4) C. /. L., VI, p. 89, 937, 938.

(5) Marucchi , Descr. du Forum , p. t43, Urlichs, Codex urbis Romae topogr., p. 10. Jordan, Topograph. der Stadt Rom.. II, p. 3f). Cf. Canina, Gli Edifizii, I, pi. XXXIII et XXXIV.

(6) Jordan, Topogr., II, p. 36. Orelli, 2417.

(7) Spartien, Hadrien, 19.

L'auteur du Guriosum place le monument dans la région huitième, à la suite du Forum de Trajan (1). Parmi les xîolonnes qu'on voit encore aujourd'hui, quelques-unes proviennent peut-être du temple, mais il est impossible de les distinguer de celles qui appartenaient à la basilique Ulpienne (2).

Temple de Marc-Aurèle. — Le nom d'Antonin semble avoir gardé sa popularité au moyen âge. On crut retrouver partout des temples en son honneur. L'auteur du Guriosum mentionne un temple d'Antonin dans la région neuvième, à côté de la colonne qu'il désigne sous le même nom et qui est la colonne de Marc-Aurèle (3). Il est possible que l'édiflce dont il s'agit soit aussi un temple de cet empereur. La colonne de Marc- Aurèle fut, en effet, longtemps appelée colonne d'Antonin. On lui donnait encore ce nom quand Sixte V la fit restaurer. Elle était probablement entourée d'une construction jointe à une espèce de Forum. C'est là que, plus tard, on bâtit le temple de Marc-Aurèle. On voit encore aujourd'hui des ruines auxquelles les guides ont conservé le nom de Temple d'Antonin {\).

Non loin de là se trouvait une colonne élevée en l'honneur d'Antonin le Pieux par ses deux fi'.s. Elle était en granit rose et posée sur une base de marbre blanc. Plus tard, elle fut placée près de la Curia Innocenziana , sur le Monte Cilorio, dans le jardin de la Casa délia Missione{h). La base qui se trouve dans le jardin du Vatican subsiste seule aujourd hui (6). Elle portait sur trois côtés des bas-reliefs, assez dégradés maintenant, et qui sont d'un travail médiocre. Le meilleur représente l'apothéose de l'empereur. Le quainèuie côié contenait l'inscription (7).

(1) Urlichs, Codex, p. 10 et 11. Forum Cacsaris Augusti, Nervae Trajani. Templum Trajani et columnam cochlidem. — De reyionibus. Tcmplum divi Trajaui et columnam cochlidem. Cf. Donaldson, Archit. numism., p. 33.

(2) D'après Jordan [Topogr., II, p. 467), les indications des mirabilia sont fausses. Les monuments qu'ils prennent pour des teuiplcs sont des constructions particulières.

(3) Jordan, Codex, p. 12. Curiosum , regio IX. Tcmplum Antonini et columnam cochlidem. — De regionibus. Templum divi Antonini et columnam cochlidem.

(4) Ces restes se composent de onze colonnes cannelées remarquables par leur beauté et dont les chapiteaux, ornés de feuilles d'olivier, sont en marbre blanc. A 1',: téricur se voient quelques fragments revêtus de stuc. Innocent XII fit utiliser ces ruines et les afft;cta au service de la douane. Ce travail fut achevé sous Clément XII. Des fouilles antérieures avaient fait découvrir un angle de la corniche orne de têtes de lions qui servaient à l'écoulement dos eaux. On le voit aujourd'hui dans le portique qui conduit du Capitole au Monte Caprine.

(5) Bekker, Topogr., p. 647.

(6) Cf. Burckhardt, Cicérone, p. 173.

(7) Burkhardt, l. l., p. 29. L'apothéose d'une impératrice, qui se trouve dans la salle supérieure du palais des conservateurs, au Capitole, est aussi une des sculptures de la colonne de Marc-Aurèle. Cf. Burckhardt, l. l., p. 49-50.

Temple d'Antonin et de Faustine. — Le seul monument qui ait droit à revendiquer le titre de temple d'Antonin est le monument situé sur le Forum. Il fut commencé après la troisième année du règne d'Antonin en l'honneur de Faustine (1). Quand l'empereur mourut, on ajouta son nom à celui de la Diva , et on eut ainsi l'inscription :

DIVO • ANTONINO • ET DIVAE • FAVSTINAE • EX • 8 • C

Telle est du moins l'opinion admise par la presquunanimité des archéologues et en particulier par M. Jordan (2). La distribution des lignes, la place de Vet leur ont paru des preuves convaincantes. M. Lacour-Gayet a émis une autre conjecture. Selon lui, le Sénat et Marc-Aurèle auraient fait construire, à la place du temple de Faustine, un nouveau temple plus grandiose que le premier. L'inscription lui paraît avoir été gravée par la même main. Il ne peut comprendre que l'architecte qui construisit le temple de Faustine ait laissé la frise libre et gravé sur l'architrave, au milieu des moulures interrompues, les mots : Divae Faustinae ex S. C. Si l'inscription est placée, partie sur la frise, partie sur l'architecture, c'est, selon lui, parce qu'on a voulu donnera Antonin la place d'honneur. Enfin, l'addition pure et simple du nom d'Antonin à celui de Faustine ne lui semble pas un hommage suffisant pour les vertus exceptionnelles du pieux empereur (3).

Ces raisons ne sont pas péremptoires. En effet, on s'explique très bien qu' Antonin ait eu la pensée de se réserver une place dans le temple dédié à sa femme. Dans ce but, il aurait laissé libre la frise où devait être gravé son nom. Il était facile de trouver, si peu de temps après la mort de Faustine, soit le même graveur, soit un autre ouvrier assez habile pour donner les mêmes apparences aux lettres ajoutées après coup. Enfin, loin de se montrer avares dans l'expression de leur reconnaissance, Marc-Aurèle et Verus ne faisaient que respecter les intentions paternelles en dédiant un même sanctuaire aux deux époux. A la rigueur, on peut admettre qu'au moment de la dédicace du temple à Antonin, on ait modifié la décoration du tympan et du fronton primitifs pour les mettre en rapport avec la nouvelle destination du monument, et qu'à ce moment on ait gravé l'inscription qu'on lit encore aujourd'hui, mais il est bien invraisemblable qu'on ait détruit si vite un édifice à peine terminé.

(1) 141 apr. J.-C. Capitolin, Antonin, 6. Quelques auteurs ont voulu voir dans ce monument un temple de Marc-Aurèle et de Faustine la jeune (Nibby, For. Rom., p. 183), mais cette opinion est aujourd'hui abandonnée. Cf. Marucchi, Descr. du For., p. 189. Bekker, Topogr., p. 3.')7. Jordan, Forma urb. Rom., p. 435 et .513. Lacour-Gayet, Antonin le Pieux, p. Î87.

(2J Ephem. épigr., III, p. 71.

(3) Lacour-Gayet, Antonin le Pieux, p. 288-289.

APPKWDICB8. 339

Le portique du temple d'Antonin et de Faustine fut découvert en 1807 et en 1810. Il est aciuellement très élevé au-dessus de la rue, en sorte qu'on y arrive par un escalier de vingt et une nnarches Les colonnes en marbre d'Eubée (cipolin) n'ont pas été cannelées et rien ne diminue l'effet produit par la beauté de la matière Les chapitea;ix, dépouillés de leur acanthe, laissent deviner cependant les lignes qui iaisaient autrefois de ce monument un des beaux spécimens du style corinthien. L'architrave n'a que deux bandes. La partie inférieure est ornée avec discrétion de tores et de méandres; la frise de griffons, de candélabres et d'arabesques. La corniche, au lieu do consoles, supporte une goulette, très saillante; elle est d'une forme très simple et dessinée à grands traits. On ne la voit plus que sur les côtés. Les matériaux sont des pierres de taille (perpérin) revêtues de plaques de marbre (l). Vers le septième ou huitième siècle, ce temple fut transformé en église chrétienne et dédié au martyr saint Laurent (i). Mais l'ancienne église a disparu, et en 1430 Martin V la reconstruisit et la donna au collège des Pharmaciens. Elle porte le nom de S. Lorenzo in Miranda (3).

Temple de Matidia el de Marciana. — S'il faut en croire le commandeur Lanciani, nous possédons les restes du temple élevé à Matidia et à Marciana sa fille (4). 11 croit retrouver ce temple dans les ruines d'un monument situé entre la piazza Capranica et la via de Pastini. Voici ses arguments. Le Curiosum Urbis et la Notilia nous donnent tous deux la liste suivante de monuments :

CUBIOSCM. NOTITU.

Fantheum. Pantheum.

Basilica Neptuni Basilicam

Matidies JJatidies et

Marciani. Marcianes.

Templura Antonini et Teraplum divi Antonini et

Golumnam Coculidem... Columnam Cochlidem...

Hadrianeum

Thermas Alexandrinas et Thermas Alexandrinas et

Agrippinas. Agrippinas

Porticum Argonautarum Porticum Argonautarum et

et Meleagri. Meleagri

(1) Cf. la description de Lacour-Gayet, Antonin le Pieux, p. 290 et suiv. Canina, Gli Edifizii, pi. XXIII-XXIV. — Le temple rappelle les meilleures époques du style grec, et, par certains motifs, l'art assyrien.

(2) Marucclii, Descript. du For., p. 202.

(3) Le monument est indique dans le Curiosum, dans la région IV, entre la Basilica Pauli et le Forum transitorium.. Cf. Urlichs, Codex, p. 6.

(4) Bullettino délia commissione archeologica comunale di Roma, 1883, p. 5 et suiv. Cf. Jordan, Forma Urbis Romae. p. 438 et 217. Preller, Régienen, p 175.

Le (/urîosMrn sépare la basilique de Neptune du portique des Argonautes, c'est-à-dire le contenant du contenu; la Nolitia nomme le Portique sans entrer dans les détails. De plus, le titre de basilique semble s'appliquer, d'après le Guriosum, à Neptune, à Matidia et à Marciana, d'où les commentateurs ont conclu à l'existence de trois monuments séparés. Caoina attribue à la basilique ou temple de Matidia les grandes colonnes qui existent dans le Vicolo délia spada d^Orlando et dans les maisons adjacentes, et à la basilique de Marciana, les restes d'un mur découvert en 1826, dans les fouilles faites sur la place Capranica(l).

La Notitia semble au contraire désigner la basilique de Matidia et de Marciana comme un seul monument dédié à la mère, et à la fille. Le Com. Lanciani se rallie à cet avis. En effet, les fouilles faites en 1836, pour la construction de la façade de Saint-Ignace, ont fait découvrir les limites de VAqua Virgo , c'est-à-dire un château d'eau d'oii partaient des erabranchemcuts de distribution. Une de ces branches menait l'eau aux thermes d' Agrippa, une autre au Templum Anlonini des catalogues, enfin une troisième au temple de Matidia (Teniplo Matidiaé) ;î). L'inscription qui se trouve sur cette dernière est le seul monument écrit où soit mentionné l'édifice dont nous nous occupons ici. La conduite fut trouvée, d'après les témoignages contemporains, dans le petit espace qui sépare Saint-Ignace de l'ancien séminaire romain , ou collège Germanico-Hongrois (3). f^armi les monuments qui n'ont pas encore été identifiés, le plus voisin de l'endroit où la conduite a été trouvée est celui qui se trouve dans le Vicolo délia spada d'Orlando et dont il reste encore debout six très grandes colonnes de cipolin (4). Ces six colonnes semblent donc devoir être des restes du temple de Matidia. La conduite paraît, en effet, se diriger au nord vers le Vicolo délia spada d'Orlando, seul endroit où il soit possible de placer ce temple. Au couchant il aurait rencontré de suite les conduites des thermes d'Agrippa. Au nord, nous trouvons justement les ruines d'un temple du temps d'Hadrien, ainsi que le prouve la matière dont sont faites les colonnes (5).

(1) Canina, Indicazione topog., p. .398. Cf. Gli Edifizii, pi. ii, n°* lxxxvii et xc.

(2) Lanciani, AqupAotli. Sylloge inscript., 142, 143, et p. 232.

(3) Canina, Indicaz., p. 398; Bullett. commun., p. 7.

(4) Le Codex Valicanus 8091, écrit par un élève de Piranesi, compte huit colonnes de la grandeur de celles du pronaos du Panthéon. Sept sont dans les murs du cortileito du palais qui fait face à la Confrérie du rosaire , à côté du théâtre Gapranica et dans les maisons voisines. La huitième est en granit dans les murs du Vicolo délia spada. On y voit l'ouverture d'une conduite d'eau. Faustino Corsi [Trattalo délie pielre anliche) en compte quatre à la page 98 et cinq à la page 320. M. Lanciani en a retrouvé six.

(5) Les colonnes de cipolin se trouvent exclusivement dans les monuments de cette époque; par exemple : le temple de Vénus et de Rome de 131, celui d'Antonin et de Faustine de 141. Cf. Bruzza, Annal, de l'Insl. arch. de. Rome, 1870, p. 140. Bullet. comun. , 1883, p. 8. La découverte dans le

Ainsi, selon toute vraisemblance, l'é'lifice en question est le temple de Matidia. Il n'est pas étonnant qu'Hadrien ait choisi ce lieu. Il se trouvait là en présence d'un vaste emplacement créé par l'incendie de 80. Dion nous donne la liste des édifices détruits par le feu (1) et Spartien celui des édifices restaurés par Hadrien (2). Nous voyons, par la comparaison des deux textes, que tout l'espace compris entre le Panthéon, le Corso, la place Capranica et la place de Venise fut couverte d'édifices. En tout cet eniroit, il ne reste qu'un emplacement vide, celui où se trouvent précisément les six colonnes. Il est naturel qu'Hadrien ait voulu faire construire là un temple semblable à celui qu'il avait dédié PARP:NTIBVS s vis, près du Forum de Trajan (3).

A la place où sont aujourd'hui les six colonnes, on avait trouvé déjà au seizième siècle d'autres débris antiques, deux ou peut-être quatre colonnes et un chapiteau corinthien. D'après les calculs de Lanciani. le temple devait être hexastile de face et decastyle de côté , c'est-à-dire avoir près de vingt-cinq mètres de large et de quarante-cinq mètres de long. En 1745 , on a retrouvé un large pavé de travertin à gi-andes dalles. Ija porte devait être tournée vers l'Orient et l'accès principal du temenos devait être sur la Via lata, en face du portique des Argonautes (4). Il y avait probablement aussi, autour du temple, un portique entouré de colonnes de granit. Corsi a constaté dans un espace de peu de mètres douze fats de colonnes de cette pierre encore en place (5).

En 1824 , on trouva des débris de murs que Canina suppose avoir été la cella du temple de Marciana (6). Il est difficile de confondre la cella d'un temple de l'époque d'Hadrien avec le pren)ier mur venu. Il est donc regrettable qu'il ne donne pas d'explications plus précises. M. Lanciani suppose qu'ils appartenaient à un édifice privé, qui, au quatrième ou au cinquième siècle, s'était emparé du terrain public. Il a des exemples d'usurpations de ce genre (7).

Il reste une dernière question à résoudre.

Le temple de Matidia et celui de Marciana sont-ils un seul et même monument? M. Lanciani affirme que oui. Il est impossible en eflFet de supposer à cet endroit l'existence d'un autre édifice. A l'est , entre le temple de Matidia et le portique des Argonautes, il y a a peine quarante-

voisinage même d'une autre conduite portant l'inscription IMP. CAES. HA- DRIANI AUG. paraît confirmer cette hypothèse. Cassio, Acqued., 2368. Cf. Bull, comun., 1883, p. 9.

(1) Dion Cass., LXVI, 24 : Ta lepaTreîov xai ta 'Inetov xi te Séirra x«t Ta IloffeiSwviov TÔ T£ paXaveïov, ta toù 'AYptiticou, xai tô HavOetov. x. t. X.

(2) Spartien, Hadrien, 19. Romae instauravit Pantheum, Saepta, Basilicam Neptuni, sacras aedes plurimas, Forum Augusti. lavacrum Agrippae.

(4) Lanciani, Dullet. comun., 1883, p. 12 et 13.

(5) Trattato délie piètre antiche, p. 321.

(6) Gli edifizii, l. l.

(7) Lanciani, Bullel. comun., 1883, p. 14.

neuf mètres : Au midi se rencontre le monument découvert en 1702 et décrit par Piranesi , c'est-à-dire un arc de triomphe. A l'ouest, à quarante-cinq mètres, est le portique qui entourait la place du Panthéon. Au nord sont les débris qui ne peuvent avoir appartenu à un temple mais paraissaient être les restes d'une construction privée (1). Il faut donc admettre que le temple de Matidia était aussi dédié à sa fille.

Temple des Divi. — Tacite fit construire un temple commun à tous les Divi, où furent mises leurs statues et où fut célébré leur culte (2). Un fragment du plan capitolin est rapporté par quelques auteurs à ce temple (3). L'inscription que porte ce fragment a été restituée de façons bien différentes. Canina lit {7'em)pLUM {)\{vi Juli), ce qui est impossible, car le fragment ne se rapporte en rien à ceux qui représentent le Forum. Les Pénates auxquels avait songé Bellori n'ont jamais porté le nom de Divi. Cet auteur propose encore Divus Auguslus, mais sans donner aucun argument. Quant à Dioclétien, dont parle Piranesi, nous ne connaissons aucun temple qui lui ait été élevé. M. Pi-ellcr pense que le monument du plan capitolin est peut-être celui qui figure dans la région IX des régionnaires sous le nom de Divorum (4). Cet édifice devait être, selon lui, un porticus ou un templum Divorum. Il appuie sa conjecture sur un passage d'Eutrope (5). M. Borsari croit que le portique était situé dans la région IX, entre les limites du sud-est et le groupe des constructions d'Agrippa, ou au nord de la région VIII, à l'endroit où Domitien bâtit ou reconstruisit tant de monuments. Le mot fecit a en effet bien certainement le sens de reslituit dans ce passage. Précisant encore davantage , il ajoute que le texte s'applique au portique bâti par Auguste en l'honneur de Gains et de Lucius, ses petits-fils (6). Cette conjecture a contre elle une grave diflîculté, c'est que M. Borsari prête gratuitement aux deux Césars le nom de Divi. On ne trouve, en effet, aucune trace de leur consécration (7). 11 est, en tout cas, incontestable que la basilique dont parle Eutrope est entièrement différente du Divorum des catalogues. Quant au teinplum.

(1) Canina, Indicazione, p. 399, n. 61.

(2) Vopiscus, Tacite, 9. Le Curiosum. et le De regionibus citent tous deux, à la région IX, un édifice appelé Divorum (Urlichs, Codex urbis Romae , p. 14). Est-ce un temple en l'honneur des Divi?

(3) Jordan, Forma urbis Romae, p. 27 et 61, pi. XV, n. 96.

(4) Preller, Regionen, p. 178. Cf. Urlichs, Codex, p. 144. Jordan, Topogr., Il, p. 36.

(5) Eutrope, VII , 23, dit , en parlant de Domitien : Romae quoque multa opéra fecit, in his Capitolium et Forum transitorium , Odoum, Divorum Porticus, Iseum ac Berapeura.

(6) Suétone, Auguste, 29. Dion Cassius, LVI, 27.

(7) Borsari, Osservazioni typographies sulla regione IX. Bulletino comunal, 1885, p. 88. Bjen au contraire, l'inscription de Pise relative aux honneurs à donner aux mânes de L. et de G. César prouve qu'ils ne furent pas consacrés. C. /. L., XI, 1420, 1421.

IHvorum que voulait bâtir l'empereur Tacite, peut-être resta-t-il à l'état de projet.

Ces deux monuments écartés, M. Borsari propose de faire précéder le régime DIVORVM du substantif s^puicrum ou mausoleum, et d'idenlifler le Divorum des régionnaires avec le mausolée d'Auguste. Ce mausolée aurait été assez considérable pour contenir les tombeaux des membres de la famille de l'empereur. Il applique le nom de Divorum aux membres de la famille Julia, qui ont été Divi par la consécration (1). J'ajouterai à son argument une réflexion : c'est que la famille d'Auguste portait le nom de Domus Divina, et qu'il se peut que l'adjectif ait été remplacé par le substantif. Il n'y a du reste rien d'extraordinaire à voir la sépulture de la famille Julia en pareil lieu. La gens Flavia avait son tombeau dans la région XIV, les membres de la gens Julia ont pu avoir le leur dans la région IX (2).

Un autre temple des Divi était situé au Palatin. Il est mentionné dans les actes des frères Arvales, mais il est de fondation antérieure et nous n'avons aucun indice de sa position (3).

Temple de Romulus, fils de Maxence. — Le dernier temple construit en l'honneur d'un Divus est le temple de Romulus, fils de Maxence (4). Ce petit temple était adossé à un autre qui n'avait aucune ouverture du côté du Forum Romanum. Les deux édifices étaient complètement séparés, et le petit #,pâ)ov de Romulus avait une entrée sur le Forum. Vers l'an 526, quand Félix IV dédia la basilique des Saints Côme et Damien, il voulut donner à l'édifice chrétien une entrée sur la voie sacrée, encore très fréquentée de son temps, et réunit le temple rectangulaire au temple circulaire, qui devint ainsi le vestibule du premier.

La façade du temple de Romulus était ornée de quatre colonnes corinthiennes et d'une espèce d'abside au fond de laquelle s'ouvre la porte d'entrée. On y voit encore la trace des travaux exécutés au sixième siècle pour le transformer en église.

Panvinio , qui a décrit cette rotonde, lui donne pour façade un portique décoré de huit colonnes extérieures et de quatre colonnes intérieures. Ces colonnes sont ornées de beaux chapiteaux corinthiens et les architraves portent des traces du nom de Constantin. M. de Rossi et après lui M. Lanciani (5) ont expliqué la description de Panvinio à l'aide de

(1) Borsari, l. t., p. 89.

(2) Borsari ,1.1., remarque que la tradition du moyen âge vient à l'appui de cette conjecture. Les noms voisins rappellent le souvenir d'Auguste : S. Giacomo in Augusta, S" Maria in porta paradisi (Le paradisus c'est la silva qui entourait le monument).

(3) Actes des Arvales de l'an 218. C. /. L., VI, 2104. C'est peut-être un temple d'Auguste et de Livie.

(4) Jordan, Forma urbis Romae, p. 8, 482 et 508.

(5) Bulletin darchéol. chrét., 1867, édit. franc., p. 66 et suiv.. pi. vi et viii. Lanciani. Bull com., 1882, p. 41 et suiv., pi. m à ix.

dessins qui se trouvent dans le manuscrit 3439 du Vatican et à la Bodieienne.

Au-dessus du dessin du Vatican, qui est de la main de Ligorio, se lisent ces mots, écrits soit par lui, soit par Paiivinio :

SS. Cosma et Damiano IMP. GAES. COiNSTANTlNVS MAXIMVS TRIVMPH, lia ab alio lakre. PIVS FELIX AVGVSTVS in mcdio.

Si on compare ce texte avec les détails doni)és par Panvinio, on s'aperçoit vite qu'on a affaire à une restitution. Il ne restait au-dessus des colonnes que les lettres MAXIMO — MP... — CONSTANTIN, que M. de Rossi restitue ainsi :

împ. Caes. FL. CONSTANTlNo iMAXIMO triuMPhatori ou seMPer victori) S. P. Q. R.

Le dessin lui-même paraît représenter une restauration de l'édifice, mais le fond est exact. Deux des grandes colonnes sont encore debout à droite. On voit, en plus, une des colonnes de gauche dans \c^ Perspectives des antiquités romaines de du Péiac, et, par conséquent, elle était encore debout au seizième siècle (1). Panvinio atteste le même fait quand il dit : Una deest versus Capitolium cum illa purticus fronte. De même, la planche de du Pérac ne présente plus que des ruines, mais l'anvinio atteste l'existence des quatre niches dessinées par Ligorio (2). Les colonnes, dont la porte est flanquée, étaient encore debout, en 1867, avec leur architrave, à la place où elles furent érigées par Urbain VIII, au niveau moderne du Forum, et placées en avant de la nouvelle porte ouverte par lui dans l'axe de l'église. A la suite de travaux récents, on a remis à sa place la porte primitive, c'est-à dire dans la direction oblique, exactement sur l'alignement du temple d'Antonin et de Faustinc (3).

Le nom de Romulus, que porte ce temple, adonné lieu à une série de confusions qu'énumèrent M. de Rossi et l'abbé Duchesne et qu'il est bon d'indiquer ici.

Les textes les plus anciens du Liber Pontificalis. en parlant de la dédicace de la basilique des saints Côme et Damien, la placent : juxta templum iirbis Romae. La même expression se retrouve dans les vies de Paul I et d'Honorins. Plus tard, à cette désignation, se substitua celle de templum Romuli (4) Ces mots apparaissent pour la première fois dans la vie de saint Grégoire le Grand par Jean Diacre. Citant parmi les ancêtres de Grégoire , le pajjc Félix IV, cet écrivain ajoute : Basilicam SS. Cûsmae et Damiani marlyrum, via sacra, juxta templum Romuli, sieut

(1) Du Pérac, Perspectives des antiquités romaines, pi. IV, publiées en 1575. Cf. Bull, corn., 1882, pi. ix.

(2) Ex utraque parte porticus erant quattuor nichi in muro lateritio cum suis statuis.

(3) Marucchi, Descript. du Forum rom., p. 191.

(4) De Rossi, l. L, Duchesne, Liber Pontificalis, p. '279 et 479. Mélanges de l'Ecole de Rome, 1886, p. 25 et suiv.

APPENDICBS. 34&

hactenus cernitur, venustissime fabricavit (\). Dans une bulle dlnnocent II de H 39, l'église des saints Côme et Daniien est également placée juxta templum BomuU {1). Dans VOrdo Romanus du chanoine Benoît, contemporain du môme pape, il est dit qu'Innocent ascendit anle Asylum per silicem ubi cecidil Simon MaguSy juxla templum Romuli(3) Ce nom d'asile est précisément celui sous lequel les Mtrabilia urbis Romae désignent l'église des saints Côme et Dauiien (4). Les copistes du Liber pontificalis suivirent la tradition nouvelle et substituèrent dans les passages cités plus haut le nom de Romulus à celui de Rome (5). Les Mirabilia urbis Romae mentionnent eux aussi le Templum Romuli (6).

Ces textes étudiés par les archéologues modernes les entraînèrent dans une série d'erreurs et, par un hasard singulier, les mirent en môme temps sur le chemin de la vérité. Ils crurent qu'au moyen âge les noms de temples de Rome et de Romulus étaient appliqués à la basilique des saints Côme et Damien, et que, dans cette double appellation, le temple de Rome était l'édifice carré, et le temple de Romulus l'édifice rond, qui entrèrent tous deux dans la construction de l'église. Ils crurent enfin que les geus du moyen âge avaient confondu le nom du fils de Maxence avec celui du fondateur de Rome (7).

Canina le premier pensa au Romulus, contemporain de Constantin. Les raisons qui l'y portèrent furent d'abord la certitude que cet empereur avait élevé un temple à son fils, après son apothéose, puis la forme ronde que les médailles donnent à ce monument, et qui est toute semblable à celle des ruines que nous avons décrites.

Ce temple figure, en eflFet, sur plusieurs médailles de consécration de Romulus. Sur deux de ces médailles, la porte est entr'ouverte et le temple, à coupole ronde, a six colonnes. Au-dessus de la coupole est placé un aigle (8). Sur quatre autres, le temple, dont les portes sont tantôt fermées, tantôt entr'ouvertes, a quatre colonnes et est également sur-

(1) Vita Gregorii Magni, I, 1. Le résumé des actes de saint Pigmenius (Adon, MartyroL, 24 mars) contient aussi les mots templum Romuli, mais c'est probablement une interpolation. Cf. Analecta Bollandiana, III, p. 136 du catalogue. Duchesne, Mélanges de l'Ecole de Rome, 1886, p. 32.

(2) Mai Spicileg. Romanum, IX, p. 399.

(3) Mabillon, Mus. Ital., II, p. 144. Uilichs, Codex, p. 80. Jordan, Topog., II, p. 466.

(4) Montfaucon, Diar. Ital., p. 294. Urlichs, Codex, p. 110. Jordan, Topog., II, p. 636.

(5) Duchesne , Liber pontif. , I , p. 279 et 479. Cf. Mélanges de l'Ecole de Rome, 1886, p. 32.

(6) Anon. Magliabecchianus , édit. Merklin, p. 23. Zaccagni , Mai Spicil. Rom., IX, p. 449.

(7) De Rossi, Bullel. d'arch. chrél., 1867 . p. 65 et suiv. Lanciani, Bullelino comun., 1882, p. 54. Jordan, Topogr., II, p. 482.

(8) Cohen, Monn. imp., VII, p. 182.

monté d'un aigle (1). Le nombre des colonnes est, dans ces dernières, le même que dans le dessin de Ligorio.

Un autre argument fut fourni à Canina par l'identité de construction qui existe entre cet édifice rond et la basilique contiguë connue sous le nom de Basilique de Constantin, mais qui fut bâtie par Maxence. Le voisinage de cette basilique était une place toute naturelle pour un temple élevé à la mémoire du fils de celui qui l'avait construite (2).

A ces arguments de Canina, M. de Rossi en ajoute un autre, qu'il tire du nom de Constantin, qu'on lit sur le dessin de Ligorio, dont Canina ne voulait pas tenir compte. Aurelius Victor nous apprend, en effet, que le Sénat consacra au vainqueur de Maxence tous les édifices que celui-ci avait si magnifiquement construits (3). De là, cette conclusion qu'un temple rond, qui est certainement des derniers siècles de l'empire et du même appareil que la basilique de Maxence, un temple enfin dont la dédicace fut faite plus tard en l'bonneur de Constantin, doit sans hésitation être identifié avec celui des médailles du fils de Maxence.

Mais ici s'arrête la vérité sur ce point. Comme l'a démontré M. l'abbé Duchesne, les mots Templum Romae et Templum Romuli ont successivement désigné un même édifice. Cet édifice n'était pas l'église des saints Côme et Damien. Les textes, en efiet, placent toujours l'église non pas in templo, mais juxta templum. C'est un édifice voisin, la basilique de Constantin, qui s'appela d'abord Temple de Rome, puis Temple de Romulus. Le nom du fils de Maxence n'est pour rien dans la tradition, et c'est par pur hasard qu'il s'est trouvé appartenir véritablement au temple rond qui est entré dans la construction de l'église (4).

(1) Cohen, ibid. , VII, p. 184. Sur d'autres monnaies est figuré un monument rond sans aucune colonne.

(2) Canina, Gli antichi edifLzii di Roma, I, p. 124, 125.

(3) Aurel. Victor, De Caesar., 40.

(4) Duchesne, Mélanges de l'Ecole de Rome, 1886, p. 27 et suiv. ; Liber Ponlificalis, I, p. 279. M. de Rossi a reconnu que c'était à tort qu'il avait appliqué au temple rond l'appellation du moyen âge {Bulletino comun., 1882, p. 132, n. 4).

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