ÉTUDE TOPOGRAPHIQUE SUR LES TEMPLES DES DIVI A ROME
Quelques-uns des temples élevés à Rome en l'honneur des empereurs divinisés n'ont laissé aucune trace sur le sol. D'autres, au contraire, n'ont pas entièrement disparu, et il est possible d'en déterminer l"emplacement. Nous nous proposons d'indiquer ici ceux qui peuvent être identifiés avec quelque vraisemblance.
Temple de Jules César. — Le sanctuaire consacré au premier Divus était situé près du temple de Castor, la façade tournée du côté du Capitole (1). Il avait devant lui le Forum. On peut en indiquer la place presque mathématiquement.
En eflFet, les textes d'Ovide et de Stace indiquent un endroit placé entre les ruines du temple de Vesta et celles du temple d'Antonin et de Faustine. C'est là précisément que les fouilles de 1871-7'i ont mis à découvert un grand soubassement de forme quadrangulaire, qu'on a tout lieu de supposer être celui du temple de Jules César. Au dire des poètes cités plus haut, c'était un édifice élevé (excelsa aedes). Vitruve nous dit qu'il était pycnostyle, c'est-à-dire que l'entre-colonnement était d'un diamètre et demi (2). Une monnaie d'Auguste le représente comme un monument tétrastyle. Sans doute, les représentations des détails architecturaux sur les médailles doivent être acceptés avec quelque défiance; mais l'étroitesse du soubassement et la largeur des colonnes portent à croire que la représentation est exacte (3). Les débris trouvés dans le temple sont
(1) Ovide, Pontiques, II, 2, 85. Stace décrivant la statue équestre de Domitien placée au milieu du Forum, le visage tourné vers le Palatin, énumère les monuments qui lui font une couronne. Celui qui est placé en face est le temple de Jules César. Silves , I, 20 et suiv. Cf. Marucchi , Description du Forum romain , traduct. franc. , p. 150 et suiv.
(2) Vitruve, III, 2.
(3) Cf. Marucchi, Z. l., p. 151. Cohen, Monn. imp., I, p. 76.
peu de chose : quelques fragments de frontispice ornés de moulures d'un bon style.
Après la bataille d'Actium et sur l'ordre du Sénat, devant le pronaos du temple , fut bâtie une tribune ornée des rostres des vaisseaux pris à Actium, et qui porta le nom do Rostra Julia ([) . La construction intérieure du tuf subsiste encore aujourd'hui; elle est terminée en avant par une sorte de sillon semi-circulaire, sur lequel était probablement une barrière destinée, dit M. Marucchi , à séparer du pronaos l'endroit d'où parlaient les orateurs. Deux escaliers latéraux conduisaient probablement au Forum. Par devant, un espace libre était réservé aux auditeurs.
Le temple de César porta aussi le nom de Porticus Julia (2) . Ce nom a donné lieu à de nombreuses confusions, car on l'a souvent appliqué à tort à la basilique Julia.
Temple d'Auguste. — Le temple d'Auguste fut commencé sous le règne de Tibère et dédié seulement sous Caligula (3). Ce monument est représenté sur une médaille de ce prince. Il est hexastyle. Sur la frise est sculpté Mars entre quatre petites figures ; au-dessus du fronton, on voit un quadrige de face, entre deux Victoires, élevant des boucliers au-dessus de leurs tètes, et deux figures dont l'une paraît être Enée avec Ascagne, et l'autre semble tenir une torche. Devant le temple, Caligula, debout, sacrifie près d'un autel; un victimaire lui amène un taureau, et , derrière lui , une figure tient une patère. La médaille est datée de l'an 37 ap. J.-C. (4).
Sous Antonin, le temple d'Auguste eut besoin d'une restauration. Les médailles qui la mentionnent sont datées des années 158-160 ap. J.-C. Elles nous permettent de nous représenter à peu près le monument restauré. C'était un temple octostyle. Au milieu étaient les statues assises d'Auguste et de Livie. Au pied de chacune des colonnes extérieures, et, un peu en avant, étaient d'autres statues placées sur une base; d'autres enfin sur le sommet des mêmes colonnes. Sur le fronton , on voyait cinq figures dont deux étaient couchées. Un quadrige couronnait le tout (5).
Les Arvales appellent ce temple Templum novum. Il était situé dans
(1) Dion Cassius, LI, 19.
(2) Schol., de Perse , IV , 49. L'aedes Divi Juli est mentionnée dans les actes des Arvales. C. /. L., VI, 2051, 1. 55. Les Rostra Julia devaient servir dans certaines occasions solennelles, par exemple quand on prononçait l'oraison funèbre des personnes de la famille impériale, mais ils n'eurent jamais la célébrité des autres. Cf. G. Boissier, Journal des savants, 1886, p. 380.
(3) Suétone, Tibère, 47.
(4) Cohen, Monn. imp., I, p. 238. Cf. Duruy, Hist. des Rom., IV, p. 151.
(5) Cohen, Monn. imp. , II , p. 270. D'autres monnaies montrent au fronton seulement trois figures, et une figure debout au-dessus de chaque angle.
le palais impérial. On en a la preuve dans les actes qui placent les mêmes cérémonies tantôt in Palatio, tantôt in Templo novo, et qui, par conséquent, désignent les mêmes lieux parées deux expressions (1). Pline l'Ancien place, comme les actes des Arvales, le temple dans le Palatium même (2). Il ne faut donc pas confondre ce monument avec un autre édifice dont l'emplacement est indiqué par Suétone, quand il décrit le pont construit par Caligula entre le Palatin et le Capitole (3). Ce pont passait au-dessus de la Basilica Julia ; Josèphe le dit en termes exprès (4).
Marini, Bekker et Preller distinguent le Templum novum de celui que Tibère construisit et qui fut dédié par Caligula (5). Leur principal argument est le texte de Dion Cassius, qui appelle i?)pwov l'édifice construit par Livie (6). Bekker remarque que la construction faite par Livie dans le Palatin devait, en effet, être plutôt un iPipé^ov qu'un temple.
Jordan croit au contraire, avec raison selon nous, que le temple d'Auguste, dédié par Caligula, s'appelle, dans les actes des Arvales du temps de Claude et de Galba, Templum nomm, et, dans les actes de l'année 39, Templum novum divi Augusti et il a rectifié en ce sens la seconde édition de la Mxjthologie Romaine de Preller (7).
Temple de Vespasien. — A l'extrémité du Forum la plus rapprochée du Capitole se trouvent deux groupes, l'un de huit, l'autre de trois colonnes. Les archéologues ont attribué successivement l'un et l'autre au temple de Vespasien. L'opinion la plus répandue aujourd'hui est en faveur du groupe des trois colonnes. Voici sur quels arguments s'appuient les deux systèmes. L'auteur du Curiosum urbis Bomae nomme , en parlant de la prison Mamertine , les édifices qu'on rencontre dans l'ordre suivant : Templum Concordiae et Saiurni et Vespasiani et Titi. Cet ordre sert à indiquer que le temple de Saturne est plus près de celui de la Concorde
(1) Henzen, Acta Arv., p. 55.
(2) Pline, Hist. nat., XII, 19.
(3) Suétone, Caligula, 22.
(4) Josèphe, Antiq. Jud., XIX, 1, 11.
(5) Marini, Atti, p. 83, n. 21. Bekker, Topogr. (Handbuch., I), p. 430. Preller, Rom. Myth., 1" édit., p. 775.
(6) D. C, LVI, 46; LVII, 10; LIX, 7. Au revers d'une médaille reproduite par Donaldson, Archilettura numismatica , p. 57, on voit un temple rond d'Auguste qui peut être un i^pwov.
(7) C. I. L., VI, n. 2029, 2032, 2051. Jordan, Topograph. der Stadt Rom., II, p. 8. Preller, Rom. Mytth., 2* éd., p. 431. Marini croit à l'existence de deux temples : l'un serait le temple situé au Palatin, l'autre celui où auraient été inscrits les soldats qui ont reçu Vhonesla missio. {Marini, A tli, p. 82.) Il a été induit en erreur par les régionnaires. Les mots ad Minervam s'appliquent, comme l'a démontré M. Mommsen, non au temple, mais à la muraille. Cf. Bulletin de l'histitut arch. de Rome, 1845, p. 119 et suiv. — Nous connaissons un aedituus de ce temple. Orelli, 2446.
que le temple de Vespasien et de Titus. De son côté, l'anonyme d'Ensiedeln, auteur de la plus ancienne collection d'inscriptions romaines, a inséré dans son recueil les trois inscriptions suivantes, sans placer d'intervalles qui permettent de les distinguer :
In Capitolio : Senatus populusque romanus consumptum reslituit Divo Vespasiano Auguslo. S. P. Q. R. hnpp. Caess. Severus et Antoninns, pii , felices, Augusti rcstUxierunt. S. P. Q. R. aedem Concordiae veltislale conlapsam in meliorem faciem opère et cuUu splendidiore restituerunt.
Bckker coupe les inscriptions de façon à les faire commencer toutes les trois par Senatus Populusque Romanus. Il rapporte la première au temple de Vespasion. Selon lui, elle serait ainsi conçue :
S. P. Q. R. incendia consumptum restituit Divo Vespasiano Augusto (1).
L'inscription du milieu serait, dans cette hypothèse, celle du temple de Saturne, et la dernière celle du temple de la Concorde. Les trois colonnes situées près du tabularium appartiendraient au temple de Saturne, et les huit colonnes voisines au temple de Vespasien.
Canina avait déjà jugé que les inscriptions ne devaient pas se diviser ainsi. En effet, sur le fronton que supportent les huit colonnes, on lit :
SENATVS POPVLVS QVE ROMAN VS INCENDIO C0N8VMPT VM RESTITIVIT ,
et, sur l'architrave des trois colonnes, les lettres rESTIVERunt. Il pense donc, et avec raison, que la première inscription doit s'arrêter après restituit, et il joint DIVO VESPASIANO aux mots qui les suivent (2). M. Marrucchi revient sur la question. Il fait remarquer qu'il est impossible, et en cela il est de l'avis de Canina, de joindre les mots Dioo Vespasiano Augusto à la première inscription, car alors il faudrait y joindre aussi S. P. Q. R., qui n'a aucun sens devant Impp. Caess. Dans ce cas, la première inscription contiendrait deux fois ces lettres, et la seconde ne les aurait pas , deux choses également impossibles. Il propose donc la divisioa suivante :
Ih ^^^ Bekker, Topographie, p. 315.
\m (2) Canina, Indicazione topographica di Rama anlica dislributa nelle
XIV regioni, p. 279; Gli Ediftzii di Rama antica cogniti per alcune reliquie,
t. I, pi. VIII.