ARTICLE IL
Des signes des anés’rismes de Caorte,
La science du diagnostic est, sans contredit. Tune dés plus importantes parties de la médecine , puisque c’est sur elle que repose particulièrement lé traitement. Comment, eu effet, combattre avec succès une maladie que l’on ne connaît pas ? Il est donc de la plus haute importance de rechercher avec soin les divers signes par lesquels se manifestent les maladies.. Aussi tous les vrais observateurs depuis Hippocrate jusqu’à nos jours ont-ils cultivé cette étude avec un zèle infini, et en ont-ils fait le sujet principal de leurs méditations. En général , le temps que l’on consacre à cette recherche est beaucoup plus utilement employé que celui que l’on donne à l’explication des maladies. Aussi, tandis que nous connaissons à peine le mécanisme de. quelques-unes d’entre elles , nous possédons sur les signes de presque toutes des données extrêmement précises. Mais il en est un grand
nombre sur le diagnostic desquelles les anciens n'ont répandu aucune lumière , et plusieurs même dont les signes les plus positifs , les plus certains , n’ont été présentés^que de nos jours. L’anévrisme de Faorte est de ce nombre. Les seuls auteurs classiques qui aient éclairé le diagnostic de cette maladie sont MM. les professeurs Corvisarl et Laennecu
Suivant M. Corvisart , le diagnostic des anévrismes de Faorte présente toujours quelque"obscurité , quand la dilatation ne se prononce point an-dehors ; tandis qu’il devient évident lorsque la tumeur se présente à l’œil et au toucher du praticien. , ,
Voici d’ailleurs les signes que cet illustre médecin regarde comme Tes plus propres à faire soupçonner ou même faire reconnaître l’existence des anévrismes qui ne se présentent pas encore à la vue. -
1. ° Un sifflement particulier, mais qui n’existe que lorsque le lieu où siège la tumeur détermine la compression de la trachée-artère. D’ailleurs ce sifflement peut être produit , comme M. Corvisart en cite lui-même un exemple , par d’autres maladies que Fanévrismé de la crosse de Faorte.
2. “ Un bruissement particulier qui se fait quelquefois sentir audessus du lieu où sé trouve placé le cœur , cet organe battant dans son lieu ordinaire. Ce signe mérite, je pense, une grande considération ; mais U n’est pas constant , puisque M. Laennee ne Fa jamais trouvé que dans les cas où la tumeur était déjà visible à l’extérieur on se souvient qu’il était très-marqué chev. le malade de notre deuxième observation.
5 .® L’obscurité du son que rend la partie supérieure et moyenne de la poitrine quand on la frappe. . . Mais combien d’autres maladies peuvent produire ce phénomène ! et dans combien de dilatations de Faorte ascendante^ au contraire, la poitrine ne résonne-t-elle pas trèsbien dans la région du sternum !
4.° La petitesse du pouls ., et son irrégularité dans certains cas , d’autres fois son inégalité sur les deux bras. Mais une foule de
circonstances autres que l’anéTrisme de l’aorte peuvent donner lieu à ces phénomènes.
Tous ces symptômes ne sauraient donc être comptés au nombre des signes , en quelque sorte pathognomoniques de l’anévrisme du cœur , pour me servir de l’expression de M. Corvisart. Néanmoins il ne faudra pas les négliger ; ils pourraient, dans quelques cas, faire soupçonner, sinon reconnaître la maladie. Mais il faut avouer avec M. Laennee que, dans l’état actuel de la science , il n’existe aucun moyen sûr de reconnaître l’anévrisme de l’aorte , si ce n’est dans les cas où la tumeur peut être sentie extérieurement, cas qui se réduisent aux anévrismes de l’aorte ventrale , et au très-petit nombre de -ceux de l’aorte ascendante ou de la crosse , qui usent le sternum ou déjetient les cartilages des côtes ; encore, dans ces cas mêmes , pourraiton se tromper , ainsi que M. Laennee en rapporte un exemple. (De TAuscult. méd. t. 2, p. 426.)
De tous les signes de l’anévrisme de l’aorte sous-sternale le seul positif , vérîtablement pathognomonique , consiste dans les battemens simples que l’auscultation fait reconnaître dans la région de la poitrine correspondante à la tumeur anévrismale. Ces battemens , dans les deux cas que j’ai rapportés , avaient quelque chose de si caractéristique , que je ne pense pas qu’on puisse jamais les confondre avec ceux du cœur, si l’on pratique l’auscultation avec tout le soin et toute l’attention nécessaire. A la vérité , comme ils se font entendre dans la région pfécordiale ( du moins quelquefois ) ., et qu’ils peuvent être accompagnés d’un bruit de soufflet, on pourrait, d’après ces circonstances , croire à l’existence d’un rétrécissement des orifices du cœur. Mais on évitera cette erreur en réfléchissant que les battemens sont plus forts sous le sternum et les premières côtes droites que dans la région précordiale elle-même. Il existe aussi dans la nature du bruit qui a lieu , dans ces deux maladies différentes , des nuances qui pourraient les faire distinguer ; mais il faut convenir qu’il serait quelquefois très-difficile de décrire ces nuances , et que notre oreille est beaucoup plus habile à les analyser que notre esprit à les exprimer. Quoi
qu’il en soit, c’est d’après les battemens que je viens d’indiquer que M. Laennec a reconnu deux cas de dilatation de l’aorte ascendante, et que nous avons reconnu, de notre côté, les deux anévrismes dont j’ai rapporté l’histoire dans le précédent article. Comme il est en quelque sorte physiquement impossible que ces battemens n’existenî pas dans tous les cas du même genre , je me crois en droit de conclure qu’au moyen d’une exploration exacte , le diagnostic des anévrismes de l’aorte ne sera jamais au-dessus des ressources de l’art. Je ^sais bien que M. le professeur Laennec , dans son excellent ouvrage sur l’auscultation médiate , n’a pas émis la même opinion. Il y dit en effet (p. 439» t- 2) : «Il est certain que , dans plusieurs cas , on reconnaîtra les anévrismes de l’aorte à des battemens simples , et ordinairement beaucoup plus forts que ceux du cœur ; mais je pense que ce signe manquera dans beaucoup d’autres. » M. Laennec^ ajoute ensuite qu’il lui est arrivé trois fois , depuis qu’il fait usage du cylindre , de méconnaître des anévrismes de l’aorte. La première chez une femme dont l’anévrisme s’ouvrit dans le poumon droit ; la seconde chez un vieillard qui avait une dilatation de la crosse assez considérable pour y loger deux œufs de cane ; la troisième chez une femme de cinquante ans , de petite taille , et dont la poitrine bombée en avant et en arrière, paraissait être ainsi déformée par le ra chitis. La cause réelle de cette déformation était un anévrisme vrai de l’aorte ascendante, plus volumineux que la plus grosse tête d’un fœtus à terme , et qui occupait au moins le tiers de la capacité de la poitrine. { Ce fait a beaucoup d’analogie avec notre seconde observation. ) Certainement, dans les trois cas que je viens d’indiquer , s’il était arrivé à M. Laennec de ne pas reconnaître la maladie qui existait, après avoir ausculté attentivement la poitriné, je n’hésiterais point à placer l’anévrisme de l’aorte ascendante au nombre des maladies dont le diagnostic est au-dessus de tous les moyens d’exploration de la médecine. Mais M. Laennec a soin de nous dire que, chez aucun des sujets dont il vient d’être question on n’avait appliqué le cylindre sur le sternum. Je suis intimement persuadé que, sans cette dernière cir-
constance J l’existence des anévrismes de l’aorte n’aurait point été méconnue par un observateur qui possède, à un degré si éminent, le don précieux, et ce que j’appellerais volontiers le génie du diagnostic. Ainsi donc les trois faits que j’ai cités tout à l’heure ne sauraient être objectés contre l’assertion émise précédemment.
Après avoir exposé les raisons pour lesquelles le diagnostic des anévrismes de l’aorte ascendante lui semblait souvent difficile à établir, ^Ï.Laennec expose les signes au moyen desquels l’auscultation fait reconnaître ceux de l’aorte descendante, soit pectorale, soit abdominale. Les anévrismes de l’aorte pectorale descendante, et surtout ceux quirongent la colonne vertébrale , manifesteront leur existence par des battemèns simples, très-forts dans le point du dos correspondant aux vertèbres corrodées , signe d’autant plus certain que, comme le fait remarquer très-bien M. , les contractions du coeur
s’entendent très-rarement dans le dos. ; ■
Quant aux anéwismes de l’aorte ventrale , on les reconnaîtra avec la plus grande facilité à l’aide du cylindre. Ils sont accompagnés de battemens énormes qui font mal à l’oreille , et de l’intensité desquels la main ne peut donner une idée, lors même qu’elle les sent très-distinctemerit.' (De i’Ausc. méd., f. 2.- p. 44 i *) Laennéc , à la faveur de ce signe, a reconnu deux anévrismes de l’aorte Ventrale ^ dont le diagnostic aurait été fort incertain par la seule application de là main. Le bruit qui ^Accompagne les battemens de la tumeur est ordinairement clair et sonore, comme celui des oreillettes, mais beaucoup plus fort.' C’est un bruit précisérnent semblable quinous fit reconnaître l’anévrisme de l’aorte sous-sternale dont était affecté le sujet de notre première observation.
Le cylindre fera également distinguer de véritables anévrismes de l’aorte , la maladie à laquelle M. Laënnec a donné le nom à'anevrlsmes simulés de Vaorte , si je puis appeler maladie de simples battemens qui se font sentir dans la région abdominale , et le plus ordinairement vers la région épigastrique. Les battemens qui accompagnent les anévrismes simulés ont une impulsion beaucoup moins
farte que ceux qui sont produits par les véritables anévrismes de l’aorte., et le bruit qu’ils font entendre est différent. Ce bruit est analogue à celui d’un soufflet. Je pense néanmoins que ce dernier signe ne mérite pas une trop grande considération ; car le bruit qui accom-. pagnaitles battemens de l’anévrisme du malade de notre seconde observation imitait exactement aussi celui d’un soufflet. Mais des signes beaucoup plus caractéristiques consistent en ce que, dans les anévrismes simulés 5 les battemens disparaissent au bout d’un certain temps, et que, dans çes cas , on reconnaît par le secours du cylindre que l’artère n’a changé ni de forme ni de dimension.
D’après les observations et les considérations contenues dans ce travail ^ je crois pouvoir regarder comme à peu près certaines les conclusions suivantes : '
r .“ L’auscultation fournit pour le diagnostic des anévrismes de; l’aorte des signes aussi précieux et aussi positifs que ceux par lesquels elle fait reconnaître les diverses maladies du cœur et des poumons ;
2 J On reconnaîtra les anévrismes de l’aorte sous-sternale avec la même facilité que ceux de l’aorte pectorale descendante , et de l’aorte ventrale;
3 .“ Il pourra souvent arriver que l’on trouvera ^ à l’ouverture des cadavres, des anévrismes de l’aorte dont on n’avait pas soupçonné l’existence. Mais alors c’est que l’on n’aura pas exploré la poitrine ; et cette proposition, loin de détruire la première, ne fait que la confirmer; car elle prouve que, si on n’a point reconnu l’anévrisme, ce n’est pas que l’art manque de moyens pour le découvrir, mais que ces moyens n’ont pas été mis en usage.
HIPPOGRATIS APHORTSMI.
Vîta brevis, ars longa , occasio præceps, experientia fallax , judiciuin difficile. Oportet autem non modo se ipsum exhiberc quæ oportet facientem j sed etiam ægrum , et præsentes , et externa. Sect, 1 , aph^ 1 .
Ad extremos morbos s extreraa remedia exquisité optima. aph. 6 .
Duobus laboribus simul obortîs, non in eodem loco , vehementior obscurat alterum. Sect. 2 , aph. 46 .
rv.
Leucophlegmatiæ hydrops supervenit. Sect. ^ , aph. ^[\.
Quibus ^nguinem de venis aulerre conducit, hîs^ vere venam secare oportet. Ihid., j aph. 55.
Mulierem in utero gerentem ab acuto aliquo morbo corripi, lethale. Sect. 5 , aph. 3o.