‹ Essai sur le Diagnostic No.93Chapitre 5 sur 10 · CROUP · texte numérisé non relu

CROUP

Le croup, si commun pendant l'enfance, rare chez l'adulte et le vieillard, est assez souvent épidémique ; on le voit cependant atta-

quer çà et là quelques individus séparés. Les causes déterminantes de cette maladie sont loin d’être ‘toujours évidentes ; cependant on a remarqué parmi les plus ordinaires un refroidissement subit, et surtout l'influence d’un courant d'air plus ou moins vif. Il est certainement plus rare dans l'été que dans l'hiver, dans le midi que dans le nord de l'Europe, à Montpellier qu’à Paris. L'humidité est aussi comptée au nombre des conditions atmosphériques les plus propres à le produire. La description de cette maladie comprend trois périodes distinctes. dd

Le croup commence ordinairement avec les apparences insidieuses d’un simple catarrhe. Une toux légère, sèche, rauque ou aiguë, accompagnée ou non de coryza, avec ou sans appareil fébrile , est le premier symptôme qu’on observe, et constitue la première période. I s'y Joint quelquefois un léger gonflement du cou, qui devient alors douloureux à la pression ; on ne distingue aussi quelquefois aucune trace d’inflammation vers le pharynx-ou les amygdales.

Ces phénomènes peuvent durer d’un à cinq jours, et ceux de la deuxième période leur succéder par une transition graduelle, ou bien par un passage instantané. C’est le soir qu’on observe le plus commu nément ce-changement ; on le voit aussi survenir pendant la nuil,.et au milieu même du sommeil accoutumé. |

Dès-lors, douleur à la région du larynx, et quelquefois jusque sous le sternum; respiration difficile, sifflante ou véritablement so- . nore ; et produisant une strideur comparable (quoique beaucoup. plus faible) à celle d’une feuille de graminée mise en vibrationentre deux doigts par un souffle modéré; toux violente, sèche, courte, répétée par quintes , rauque,et causant de Ja douleur à la gorge ; on Va comparée à la voix d'un petit chien qui aboie, d’une poule qui glousse ; d’un jeune coq qui chante. La voix est enrouée, faible, basse, et quelquefois éteinte. La déglutition, presque toujours difficile , excite la toux, et renouvelle les accès de dyspnée et de strangulation ; de pouls.est petit, dur .et fréquent,

Les symplômes ne se soutiennent pas invariablement à un même

degré dans cette période ; de temps en temps la respiration devient plus calme et moins sifflante ; l'enfant reprend même un peu de gaîté, quoique la fièvre ne disparaisse point; seulement le pouls devient plus large et plus mou : mais dans les redoublemens qui suivent ces rémissions , l'anxiété devient extrême, la face se colcre d’un rouge bleuâtre, le pouls redevient petit, dur et fréquent ; l'enfant tient le thorax élevé , le cou tendu ; quelquefois il est couché sur le côté , mais jamais sur le dos.

Lorsque là guérison doit avoir lieu, c’est ordinairement dans cette période que le mieux commence à se faire sentir ; la toux devient humide, muqueuse ; le malade crache beaucoup ; les fausses membranes sont résorbées ou le plus souvent expulsées.

Le croup, arrivé à la troisième période , se termine presque toujours d’une manière funeste ; la toux conserve les mêmes caractères, mais elle est rare , moins sonore , elle peut même cesser entièrement ; l’aphonie est complète ; la respiration est très-gênée, très-fréquente, la suffocation imminente. Le stéthoscope ne donne aucun signe particulier ; il rend seulement les bruits plus intenses. Le pouls est petit, fréquent , irrégulier, et même intermittent. La somnolence, la suffocation augmentent de plus en plus. Le malade semble devoir expirer à chaque effort respiratoire ; il s’agite, se relève précipitamment sur son séant, ou saute à bas de son lit, court , semble fuir le danger qui le presse, et tombe bientôt dans un accablement profond. Les muscles inspirateurs, les ailes du nez, sont dans un état de contraction et d’agitation convulsives, La face est violette , les yeux saillans, renversés , la peau couverte de sueur froide , et le malade est enfin délivré par la mort des plus affreuses angoisses de la suffocation.

Telle est la marche du croup : jamais il ne débute d’une manière brusque et instantanée. Le diagnostic ressort de la description que je viens d’en donner; m'y arrêter plus long-temps serait m’'exposer à des répétitions fastidieuses.

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