PNEUMONIE
L’invasion de la pneumonie est annoncée le plus souvent par un frisson général ou partiel, suivi d’une chaleur plus ou moins forte. Tantôt elle est précédée par quelques jours de malaise, d’inappétence, de lassitude générale , de douleur dans les lombes, dans les membres ; tantôt elle survient en quelque sorte sourdement dans le cours d’une autre maladie aiguë ou chronique. Le plus souvent néanmoins ce n’est que douze ou vingt-quatre heures après l'apparition de quelques phénomènes morbides que l’on découvre les signes pathognomoniques de cette affection.
Symptômes locaux. Douleur de côté, gène de la respiration, toux, expectoration de crachats d’une nature particulière , et en outre plusieurs signes caractéristiques fournis par la percussion et l’auscultation : tels sont les principaux symptômes qui ne peuvent laisser le moindre doute sur la nature de la maladie , et que nous allons examiner successivement. |
La douleur a ordinairement son siége au niveau ou au-dessous du sein ; quelquefois elle occupe toute l'étendue du thorax; elle est profonde, obtuse; souvent elle se réduit à un sentiment de gêne , de pesanteur, dont le malade a peine à préciser le siége; si elle est vive, aiguë, si elle augmente par la toux, l'inspiration , la percussion, une portion de la plèvre participe à l'inflammation.
La gêne de la respiration offre différens degrés ; suivant la force, l'étendue et la marche plus ou moins rapide de la phlegmasie : ainsi, quand cette dernière est peu considérable , la dyspnée est à peine sen--
sible, et quelquefois même le malade n'en a pas la conscience. Néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, la respiration est plus ou moins accélérée, en même temps qu'elle est haute, courte, entrecoupée, et quelquefois tout à fait abdominale; ce qui arrive surtout quand les deux poumons sont envahis à la fois par l’isflammation.
La toux a rarement lieu par quintes; d’abord sèche, elle est bientôt accompagnée d’une expectoration de nature particulière; elle est plus fréquente le soir et pendant la nuit.
Les crachats , d'abord rares et muqueux, se caractérisent à mesure que l’inflammation fait des progrès. Vers le deuxième ou troisième jour , leur quantité augmente, et ils deviennent visqueux et sanguinolens ; ils offrent alors des stries de sang, ou bien une couleur de rouille, ou d’un rouge prononcé, selon la quantité de ce liquide qui se trouve mélangé avec eux. Lorsaue Ja pneumonie est arrivée au second degré, ils deviennent plus rares, extrêmement visqueux et ad- . hérens au vase qui les contient. Dans la pneumonie très-intense, on les voit quelquefois se supprimer tout à fait. Dans quelques cas ils sont diffluens, ressemblent à une dissolution de gomme arabique, ayant la couleur de jus de pruneaux. Suivant M. Andral, c’est dans Je troisième degré de la pneumonie que s’obserye le plus OFÉRAIEEE ment cette dernière forme de crachats.
Signes fournis par la percussion. Dans le début de là maladie , le son ne s'éloigne pas de l'état naturel; mais bientôt il devient obscur au niveau du point douloureux, et plus tard il est tout à fait mat. Ce signe peut assez bien indiquer les progrès et la marche de la ma- Jadie, mais d’une manière beaucoup moins précise que J'auscultation.
Signes fourn's par l’auscullation. Examiné au premier degré de la pneumonie, au moyen du stéthoscope, le bruit respiratoire s’entend assez distinctement ; mais il est accompagné d’un bruit particulicr appelé réle crépitant; ce phénomène, qui a souvent lieu avant
(17) qu'aucun autre signe ait pu faire soupconner l'existence de l'inflammation du parenchyme pulmonaire,persiste plus ou moins de temps, selon la marche que suit la maladie, et ne cesse de se faire entendre que lorsque le tissu du poumon n’est plus perméable à l'air. Ce signe est précieux en ce qu’il indique d’unemanière précise les progrès que fait l’inflammation , et les points du poumon qui sont envahis par elle, comme ceux qui cessent de l'être.
Pendant le cours de la pneumonie, l’auscultation fait reconnaître dans la partie du poumon restée saine un murmure réspiratoire beaucoup plus fort que dans l’état naturel ; on a donné le nom de puérile à cette sorte de respiration.
Dans le deuxième degré de la pneumonie, c'est-à-dire lorsque le poumon est devenu imperméable à l’air , le râle crépitant disparait, non pour faire plaée à la respiration vésiculaire , mais bien pour être remplacé par la respiration bronchique. La voix du malade se:trouve en même temps modifiée dans sa résonnance; elle-st plus forte, et ce retentissement particulier dela voix est quelquefois tellement ‘éclatant, qu’il frappe désagréablement l'oreille ; les paroles du malade ne sont point distinctes. C’est à ce phénomène qu'on a donné le nom de bronchophonie. Malgré la différence que l’on a cherché à établir entre le second et le troisième degré de la pneumonie, la distinction en est difficile.
Les symptômes généraux sont ceux de presque toutes les res aiguës : ainsi, le pouls est fréquent, large, quelquefois très-pelit, intermittent ; l’haleine est chaude, la face rouge; les yeux sont injectés, larmoyans; il y a soif, inappétence, céphalalgie; la langue est blanche, humide ; le sang tiré par la veine se couvre souvent d’une couenne épaisse ; l'épigastre est parfois douloureux à la pression ; il y a ordinairement de la constipation, plus rarement de la diarrhée ; enfin le malade se couche sur le dos ou sur le côté affecté.
Deux signes pathognomoniques, le râle crépitant et les crachats
sanguinolens, mettent hors de doute l'existence de la pneumonie : le plus souvent ces deux signes sont réunis. Dans quelque cas, l'auscultation ne donne aucun renseignement : cela arrive lorsque l’inflammation est peu étendue , qu'elle occupe le centre du poumon, sa base ou sa racine; mais les crachats ne laissent aucun doute sur l’existence de la pneumonie. D’autres fois c’est l’expectoration qui est en défaut : tantôt elle est nulle, tantôt elle n'offre pas les caractères qui lui appartiennent; elle ne peut être d'aucun secours chez les enfans, qui ont l’habitude d’avaler leurs crachats. Mais le râle crépitant est entendu ; il n’en faut pas davantage pour qu’on puisse dire avec certitude que le poumon est enflammé. Enfin, les signes fournis par l'auscultation et les crachats peuvent manquer en même temps; ce cas est très-rare : alors la fièvre , la dyspnée et les autres symptômes. pourront seuls la faire soupconner.
La pneumonie peut être confondue avec plusieurs autres affections, telles que la pleurésie, la pleurodynie, le catarrhe pulmonaire et l’œdème du poumon; cependant il est assez facile d’éviter toute erreur en apportant de l'attention dans l’examen du malade.