PHTHISIE PULMONAIRE
La phthisie se montre le plus fréquemment dans le jeune âge; elle est souvent héréditaire ; elle attaque de préférence les individus d’une constitution faible , d’un tempérament lymphatique. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes.
Pour exposer les symptômes avec quelque méthode, je partagerai, à l'exemple de Laennec et de M. Louis , le cours de la phthisie en deux époques principales : l’une antérieure , l’autre postérieure au ramollissement et à l'évacuation de la matière tuberculeuse par les bronches. Je décrirai succinctement ces symptômes, tâchant néanmoins de les suivre dans l’ordre de leur développement.
LA
Première époque. Les premiers symptômes que produisent les tubercules pulmonaires sont une toux ordinairement peu considérable, à laquelle les malades ne font d'abord aucune attention , croyant n’avoir qu'un simple rhume, tantôt accompagnée de crachats clairs semblables à de la salive battue, tantôt restant sèche pendant un ou plusieurs mois ; une oppression légère ; des douleurs vagues dans la poitrine , principalement entre les épaules et sur les côtés ; une ou plusieurs hémoptysies. Ces symptômes persistent avec une certaine opiniâtreté, disparaissent pour revenir bientôt. Après un certain temps , les malades maigrissent et perdent de leur force. À cette époque , la percussion donne un son naturel dans toute l'étendue de Ja poitrine , et l’auscultation laisse entendre le murmure respiratoire : cependant on peut déjà redouter la présence des tubercules ; car ces symptômes ne sont pas ceux d’une maladie aiguë, ils ne sont pas ceux du catarrhe chronique.
À ces symptômes, qu’on peut appeler locaux , se joignent des dérangemens plus ou moins marqués dans les diverses fonctions de l’économie. Les alternatives de frissons et de chaleur se déclarent, des sueurs nocturnes surviennent ; l'appétit se perd, la toux est fréquemment suivie de vomissement. Il est rare qu’on observe déjà du dévoiement , mais la maigreur et la faiblesse font dès-lors des progrès sensibles.
Deuxième époque. Dans la deuxième époque, la toux devient plus fréquente , surtout la nuit ; les crachats sont verdâtres, striés de lignes jaunes opaques, privés d'air, prennent une forme particulière, sont arrondis, comme lacérés, flottant assez fréquemment à la surface d’un: liquide clair , que les malades expectorent avec eux ; dans les derniers jours de l'existence, ils ont assez fréquemment laspect d’une purée verdâtre et grisâtre ; enfin ils alternent souvent avec des crachats semblables à ceux de la première époque. Il y a des phthisiques qui rendent des fragmens de tissu pulmonaire , des concrétions membraniformes et calculeuses. Dans le plus grand nombre des cas, l’odeur
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des ‘crachats ést fade ou nulle; elle est quelquefois fétide, surtout vers la fin de la maladie. L'hémoptysie est assez fréquente , mais le plus ordinairement peu considérable. La dyspnée fait des progrès plus ou moins rapides, suivant la marche de la maladie. Les douleurs sont plus vives que dans la première époque ; quelquefois même il se déclare des symptômes pleurétiques.
En pratiquant l’auscultation, d'abord des craquemens humides, puis le gargouillement se font entendre ; ils sont plus marqués dans les grandes inspirations et après la toux. La respiration est caverneuse, si les excavations tuberculeuses ne contiennent que peu ou point de liquide. Une pectoriloquie plus ou moins parfaite se remarque dans un ou plusieurs points correspondant au soinmet des poumons, si l'on fait parler le malade. La percussion ne rend souvent aucun son ; quelquefois aussi elle fait entendre une résonnance plus grande que dans l’état normal. Les excavations tuberculeuses font aussi quelquefois entendre un bruit semblable au tintement d’un métal.
C’est à cette période dela maladie que les ulcérations de la trachéeartère, de l'épiglotte et du larynx, qui accompagnent si souvent la phthisie, décèlent leur présence par les symptômes qui leur sont propres. Le pouls est ordinairement fréquent, petit et mou; la peau est chaude, surtout à la tête, au cou, à la poitrine, à la paume des mains , à la plante des pieds , et ces parties sont souvent couvertes de sueur, principalement la nuit. La soif est vive; les efforts de toux sont suivis de vomissement ; l'appétit décroît, ainsi que les forces; la diarrhée devient de plus en plus -opiniâtre et abondante ; la maigreur devient extrême ; enfin le malade périt dans les derniers degrés du marasme, à moins qu’un accident particulier , comme la perforation ‘du parenchyme, etc. , ne vienne mettre fin à d’horribles souffrances , dont la mort est toujours le terme plus ou moins éloigné.
Deux signes pathognomoniquées fournis par l’auscultation mettent
(19) hors de doute l'existence de la phthisie pulmonaire, d’une part la pectoriloquie, lorsqu'elle est bien évidente, et d’autre part un soufile ‘particulier, qui se fait entendre pendant l'inspiration là où existe la pectoriloquie. Ce souffle peut être continu , ou alterner avec un gargouillement plus ou moins manifeste.