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LA MORALE NOUVELLE

[race à l'erreur fondamentale de la philosophie spéciale aux religions, les passions humaines furent longtemps considérées comme l'essence de ce que les moralistes simplistes des écoles primitives ont appelé le mal. En conséquence, on enseigna que la résistance aux passions doit être la règle suprême de la vie du sage. Mais, en dépit des lois, les passions qui sontdes besoins naturels incoercibles, ne s'amendèrent pas ; elles ne firent que changer de forme ; et aujourd'hui que le libre arbitre a été reconnu n'être qu'une illusion, les nouveaux philosophes, renversant les principes de la vieille morale à laquelle on doit l'invention du péché, admettent enfin la légitime existence des passions dans les limites que] la nature elle-même s'est chargée de leur imposer ; et, au lieu de prescrire à l'individu une vaine lutte directe contre ce qui est la raison de sa vie, la morale nouvelle lui enseigne à donner

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lui-même, dans son propre intérêt, à ses instincts, à ses désirs, à l'ensemble de son caractère, à son moi, la forme la plus équilibrée et la plus en harmonie avec l'ordre universel.

Déduite du précepte religieux, ou s'en inspirant, la loi civile s'est particulièrement efforcée de réglementer, dans l'intérêt commun, l'exercice des passions de l'amour par l'institution du mariage. De ce fait, dans toute société, l'amour qui tend à l'union des sexes est devenu la moins libre des passions. L'homme peut être ambitieux, avare, gourmand. Si la morale en souffre, la société n'en a cure. Dès qu'il est amoureux, cette société intervient pour lui dire : « Ton amour ne sera légitime et moral qu'à la condition de se manifester en justes noces. » De là le conflit le plus considérable, et incessamment renouvelé, qui se soit jamais produit entre un des plus puissants instincts de l'individu et la loi sociale, sans parler de la religion. Pourtant, dans le principe, le mariage — fondement nécessaire de tout ordre social, si vivement attaqué et discuté, de nos jours, à cause des brèches qu'y a précisément faites la revanche des passions — reposa sur la noble hypothèse que l'amour seul, et l'amour absolu, immuable, devait être ou serait la raison déterminante de toute union. Il n'est certes pas de plus désirable idéal. Malheureusement, c'est à peine s'il est réalisable pour une élite. La

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faute du législateur fut de vouloir indistinctement en appliquer aux masses la téméraire illusion. Sur cette idée première, déjà peu compatible avec les instincts de l'homme, sont venues, peu à peu, se greffer bien d'autres erreurs, au point d'aboutir à cette coutume grotesque, vicieuse et contradictoire, du mariage moderne que le divorce a rendu agonisant, en attendant que sur les cadavres des deux lois ennemies s'érige, pour le plus grand malheur des Etats, ce que les sociologues d'extrême avantgarde appellent l'union libre.

Le type du séducteur, par le fait qu'il initie des vierges hors du mariage et qu'il enlève aux autres hommes leurs épouses ou leurs concubines, constitue a priori dans la société un ferment de désorganisation et de trouble. On peut en dire autant de l'homme à passions et, en général, de toutes les individualités puissantes ou ultra-originales qui, voulant se développer jusqu'à l'extrême limite de leur force, écrasent ou absorbent, comme les monstres antiques, tout ce qui végète autour d'eux ou leur fait obstacle. De tels effets ne sont antisociaux qu'en apparence. Est-il, par exemple, un caractère plus anarchique que celui des hommes de génie? Et cependant l'humanité ne fait de progrès, n'a de raison d'être, que par l'existence de ces hommes. L'individu-génie ou surhomme se place toujours en

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dehors ou au-dessus des lois faites avant lui. Sa conduite et son exemple sont donc malfaisants pour la collectivité dont il est contemporain. Et, d'autre part, sa nature est l'essence même de l'humanité. Bien qu'ayant le caractère de l'exceptionnel, du monstrueux, ses actes et ses œuvres, efforts vers le beau ou vers le mieux, représentent tout l'idéal humain.

Dans une sphère plus réduite, on ne saurait nier que Don Juan et l'homme passionné soient des esprits anarchiques. Mais, de la guerre même qu'ils déclarent aux anciennes coutumes, de leurviol des lois désuètes ou devenues iniques sur les rapports des sexes, sort nécessairement le progrès. Par leurs aspirations exceptionnelles, l'ardente expansion de leurs désirs, leur insoumission à la vie plate, ils constituent de perpétuels agents de rénovation au sein de sociétés qui, sans eux, tournoieraient stagnantes, dans un cercle d'habitudes funestes, étroitement codifiées.

A l'heure actuelle, toutes les institutions que nous ont léguées en amalgame, d'une part, les Romains décadents, de l'autre, la féodalité ecclésiastique, et enfin la monarchie avec son cortège d'hérédités en décomposition, tombent en ruines. Que ce qui doit les remplacer soit meilleur ou pire, ce n'est point ici le lieu d'en discuter. Au moins est-il préférable d'espérer le meilleur. Ce qu'il y a de certain, c'est que

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le remplacement est inévitable. Les conservateurs, les réactionnaires, débiles partisans de vaines traditions, peuvent gémir, prétendre qu'on ne sait plus où l'on va, que c'est la fin de tout, nous leur répondrons avec Eschyle qu'ils perdent bien leur temps. Avant peu, l'évolution humaine les submergera, au point qu'on n'entendra même plus leurs plaintes, d'ailleurs sans but.

Des principales assises du vieil ordre social, le mariage est celle qu'ont le plus corrompue et absolument détournée de son idéal, tout au moins de son but, à la fois les lois sur l'état civil, demeurées essentiellement monarchiques, et les mœurs des hautes classes, devenues, de par leur cupidité et leur mépris des prolétaires, la plus inexpugnable place forte de tous les genres d'égoïsme. C'est par le mariage, tel qu'il est compris et pratiqué au sommet de l'échelle sociale, que se perpétue une bonne part des iniquités dont souffre la masse. Mais, nous nous bornerons à signaler ici les défauts du mariage moderne au point de vue moral.

G'estdevenu un truisme que d'affirmer que l'amour, la sympathie réelle entre époux, n'est plus que le dernier élément, le négligeable accessoire du mariage moderne. Au lieu d'unir des affinités, les conjoints et leurs parents, pour satisfaire à certaines exigences sociales, uniquement convenues entre les gens qui ont de la fortune, ne pensent qu'à associer

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des intérêts. Le mariage n'est plus qu'un contrat destiné à assurer non pas tant l'héritage du patrimoine aux enfants à venir que le rang social, la surface mondaine du ménage. Il n'est pas de pratique plus funeste à l'union des époux que celle du contrat. D'abord, des deux signataires de tout pacte qui a pour objet l'argent, l'un est habituellement dupe de l'autre. Il entre ainsi dans un contrat tous les germes possibles de discorde et de mécontentement. En particulier, le contrat de mariage dit dotal, tel que nous l'a légué l'ancien régime et que le fortifia le code Napoléon, produit dans la classe riqhe, qui est seule à le connaître, des effets de la plus révoltante immoralité. La coutume consacrée par la loi, ici complice de l'infamie des mœurs, de donner à la jeune fille riche de quoi acheter son mari, est la grande cause indirecte de la prostitution et de l'adultère marchandé de toutes les autres femmes sans dot. La plupart des Français se croient ou se prétendent démocrates; ils appellent, au moins, de tous leurs vœux le règne de la démocratie ; et ils continuentàse marier comme on le faisait sous LouisXIV, perpétuant par là l'ignominieuse aristocratie de l'argent, infiniment plus dangereuse que celle du nom, maintenant pauvre et sans éclat. On ne dirait jamais que du mariage des bourgeois contemporains doivent naître des enfants appelés à vivre sous un régime d'égalité. Les dots sont aujourd'hui pour la

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bourgeoisie ce que furent les majorats pour l'ancienne noblesse. L'habitude d'en donner consacre spécialement l'asservissement de la femme à qui la loi enlève, comme à l'enfant mineur, l'administration de son bien.

L'appât de la dot entraîne maints jeunes gens à se marier contre leur goût, même contre leurs conscience. Neuf fois sur dix, un coureur de dot est un oisif, un incapable, un homme à caractère de souteneur ; il est rare que cet époux-là aime sa femme et lui soit fidèle. Il est d'ailleurs inutile de s'apitoyer sur les filles riches qui ont acheté de mauvais maris ; elles n'ont que ce qu'elles méritent ; leur sort n'est pas intéressant. Combien l'est, au contraire, celui des filles sans dot ! C'est assez que l'argent soit le plus grand bourreau de la vie de l'homme. Dans une société vraiment probe, il ne devrait pas l'être de la femme, car il la détourne aussi bien de la maternité que de l'amour. La générosité de Don Juan à l'égard du sexe si justement appelé faible va jusqu'à proclamer qu'assurer la vie matérielle de la femme doit incomber à l'homme seul. En effet, de ce que le séducteur ne paie pas les femmes, il ne faut pas induire que celles-ci ne lui coûtent rien. Une passion, de quelque manière qu'on la vive, est toujours dispendieuse ; et Don Juan, quand il le peut, donne un diamant pour un sourire, un collier de perles pour un baiser, sans compter ce que son bon

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cœur lui fait prodiguer aux femmes qui ont des revers.

Par une série de conséquences dont il serait oiseux d'indiquer l'enchaînement, la coutume de la dot a créé, peu à peu, dans les mœurs, cet état de choses abominable : que la jeune fille pauvre, mais d'aussi bonne éducation que la jeune fille riche, ne trouve plus à se marier. Est-il admissible que dans une société qui se prétend humaine et qui, au sujet de ses femmes, ne cesse de prononcer le mot agaçant de vertu, alors qu'elle n'en parle jamais pour les hommes, est-il juste que la jeune fille soit absolument empêchée de se marier selon son goût, pour l'unique raison qu'elle n'a pas d'argent ?

On entend tous les jours des bourgeois gavés se plaindre ou s'indigner de la pullulation des courtisanes et des femmes que leur déclassement livre à la prostitution clandestine. Que veulent-ils donc que deviennent les jeunes filles qui ne trouvent pas d'époux ? Qu'elles se condamnent à rester vierges, à ne pas aimer, à s'abstenir, jusqu'à leur fin, de tout ce pour quoi la nature les a faites ? Et de quel droit?...

A la loi de l'homme, au droit de contrôle armé que l'époux exerce sur les désirs de l'épouse dont il n'a point l'amour, les femmes opposent, dans le mariage, la situation de fait que voici. Averties que le mariage est une affaire, elles jugent qu'elles n'ont

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plus le devoir d'aimer l'homme qu'on appelle un mari, et elles dénient à celui-ci la prétention de compter sur leur amour. La femme mariée, en un mot, conserve par devers elle, in petto, tout son droit à l'amant. Qu'on le lui conteste ou non, elle en jouit à ses risques et périls. Il semble que le remède à cet état de choses serait d'assurer à la femme la liberté réelle de choisir pour mari qui elle aime, c'est-à-dire de la débarrasser de toutes les influences qui la poussent à une union sans amour, telles que : autorité des parents, raisons d'argent, souci d'acquérir une situation. Il est douteux que l'on y parvienne, car il faut aussi tenir compte des propres défauts de la femme. Alors, comment diminuer ou atténuer les vices inhérents au mariage ? Simplement en s'abstenant d'y introduire, au nom de la loi, l'amour qui n'y est plus qu'une hypocrisie et un non-sens.

Puisque l'erreur du législateur primitif a été de présumer dans tout mariage l'existence de l'amour, et de réglementer les effets de ce sentiment, comme ceux d'un devoir ou d'un droit, il suffit de spécifier que désormais le mariage ne sera plus que l'association de certains intérêts et un moyen de faire que chaque individu à naître ait une mère et un père apparents. Quand on aura eu la franchise de reconnaître qu'il n'est plus nécessaire de s'aimer pour se marier, on pourra rejeter de la légalité tout

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ce qu'y ont mis l'égoïsme et la force du mâle, à savoir : l'obéissance de la femme au mari, l'obligation du domicile commun, et, par-dessus tout, le serment de fidélité ; toutes choses qui supposent un amour mutuel qui n'existe pas et qui, s'il existe, ne sauêtre l'objet d'aucune loi, d'aucune règle, parce qu'en sa qualité de sentiment il ne relève que de la conscience, et ne constitue nullement un devoir social. Rien ne peut empêcher l'homme le plus aimable ou le plus aimé, en même temps que le plus habile, d'être trompé par sa femme. L'adultère, qui n'est le plus souvent qu'une revendication soudaine des droits naturels de l'épouse, dépend moins du caractère de celle-ci que des circonstances. De ce qu'une femme aura résisté à la première tentation, il serait vain d'induire qu'elle résistera à la seconde, dont l'occasion peut simplement ne pas se présenter. Une amoureuse qui ne cédera pas à tel séducteur succombera avec un autre; et telle qui se sera défendue la veille capitulera le lendemain. C'est affaire de destinée. Combien il serait plus profitable à l'homme de renoncer à la solennelle expression d'un serment qui a tant de chances d'être violé ! Le législateur a beau prétendre que la fidélité est un idéal dont il importe de proposer le but à tous, nous estimons que la réalisation de cet idéal, qui déjà existe à peine dans la conscience des hommes, ne se commandera jamais par un article de loi.

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D'ailleurs, même au cas où la jeune fille a choisi librement son mari, peut-on exiger d'elle, qui en est à l'âge des erreurs et des illusions, un attachement qui dure? Combien de vierges ignorent et leur cœur et leur tempérament avant le mariage, et ne les découvrent, ne les connaissent qu'après. Le mariage est pour la plupart d'entre elles une épreuve, un essai de l'homme. Pourquoi, si l'essai est mauvais, les condamner à ne pas le renouveler? Le divorce, dira-t-on, est précisément le remède consenti. Non. La loi encore très insuffisante sur la rupture des mariages n'a ni prévu, ni admis le cas, pourtant général, où la femme veut quitter son mari. Que l'on refuse à l'homme le droit de répudiation, sa force trouvera toujours le moyen de l'exercer par des voies détournées. Il faut, au contraire, le concéder sans restriction à la femme, en raison de la difficulté plus grande qu'elle a à se libérer.

On objectera que la jalousie, indéracinable au cœur de l'homme, exigera toujours, au moins nominalement, la fidélité de la femme. A quoi cela servirat-il ? La jalousie est un instinct sauvage de l'être primitif, que les mœurs encouragent en en approuvant les effets souvent meurtriers. Nous le voyons tous les jours. Eh bien, il ne faut pas que les lois du mariage se mettent d'accord avec ces mauvaises mœurs pour servir la jalousie de l'homme. Elles doivent, au contraire, en prévenir et en réprimer les abus.

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Un atavisme séculaire a inculqué à la femme l'habitude de se faire, jusqu'à un certain point, dans le mariage, l'esclave, tout au moins la servante, de l'homme. La manière dont on élève les jeunes filles les prépare de longue main à cette servitude. On réserve la vierge, comme une marchandise, au maître qui, de par la loi, acquerra sur elle droit de propriété. La preuve en est dans cet odieux mot de capital dont on qualifie non pas l'innocence morale, mais la pureté physique de la jeune fille. Tout l'effort de l'éducation consiste à faire arriver ce capital intact devant le mari. Pour mieux atteindre ce but, on cache tout du mariage à la vierge. On la laisse systématiquement dans l'ignorance du caractère de l'homme et de la nature des rapports conjugaux, et devant elle on ne prononce jamais qu'avec circonspection le mot amour, tant on craint d'éveiller dans son esprit des curiosités que Ton juge malsaines. Ne démontre-t-on pas ainsi combien on a peu de confiance dans les discours de morale qui enseignent la vertu ?

Lorsque enfin la nature parle trop haut pour qu'on puisse la réfréner plus longtemps, ort marie la fille ; et, à ce moment même, on ne lui dévoile les secrets du mariage qu'avec des réticences faites pour la tromper, l'égarer, lui donner de l'amour une idée désagréable, et lui rendre, la plupart du temps, son mari odieux. Ah ! si on laissait davan-

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tage agir la nature ! Mais la préoccupation de livrer au preneur légal un objet sans tache apparente l'emporte sur tout. En vérité, nous ne sommes pas, à ce point de vue, plus civilisés que les Turcs. Les conditions de la vie moderne ne comportent plus de pareils errements. Il est temps d'affranchir, en principe, la femme des conventions intéressées que, seule, la force de l'homme a établies. Gela fait, un mari dépourvu de séduction se rendra compte qu'il ne saurait prétendre à une possession absolue et définitive de sa femme ; et il se résignera à la possibilité d'en être répudié, ce qui lui sera infiniment plus avantageux que de subir le ridicule et les malheurs d'une jalousie aussi impuissante qu'illogique.

Une dernière marque de l'antagonisme que les coutumes matrimoniales ont fait naître entre le mariage et l'amour, c'est le devoir de cohabitation essentiellement imposé aux conjoints, avec choix du domicile laissé au mari, en vue, sans doute, de constituer le premier des groupements de l'état social, la famille. Les législateurs, qui ont cru indispensable que deux époux fussent tenus, pour s'aimer, de passer leurs journées et leurs nuits sous le même toit, n'étaient pas grands clercs en psychologie et n'entendaient vraiment rien aux plus élémentaires conditions d'existence de l'amour. En réalité, les êtres qui s'adorent et qui savent s'aimer

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ne cohabitent jamais, du moins d'une façon régulière et continue. Ils ne font que se rapprocher, aux époques et aux heures où certaines impressions de leur âme et de leurs sens les y convient. Même alors ils se gardent de mêler autre chose que ces impressions, de se découvrir l'un à l'autre leurs fonctions biologiques et leurs manies. Rien ne coupe les ailes à l'idéal comme la vie quotidienne en commun, forcément terre à terre. C'est déjà trop qu'elle donne envie de bâiller. La cohabitation est ce qui, dans le mariage, tue le plus sûrement l'amour, quand il y en a. On a donné un nom ignoble à l'état des amants qui cohabitent. On dit d'eux qu'ils vivent « collés ». Le mariage n'est en somme qu'un « collage » légal, qui présente pour l'amour les mêmes dangers d'asphyxie. Ce qui éloigne le plus Don Juan du mariage, c'est son horreur de la cohabitation. A lutter contre les effets délétères de cette règle sociale, qu'il serait urgent d'amender, le séducteur ne pourrait que trouver son Waterloo.

On estime que la cohabitation est nécessaire à la formation de la famille. Ce n'est nullement prouvé. Les aspirations de l'individualisme, d'une part, de l'autre, les haines retentissantes que dans la plupart des familles, se vouent les enfants du même lit, tendent à démontrer que ce groupement n'a plu3 l'importance qu'on lui attribue, et que,

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s'il a jadis servi à perpétuer des hérédités funestes ou iniques, il devient de moins en moins utile aux futurs états de la démocratie.

Etant donnés les divers éléments qui, entrant dans la composition du mariage moderne, en font, dans la pratique, l'amalgame des plus bizarres antinomies, faut-il donc, puisque l'adultère et le divorce sont des palliatifs imparfaits, en tout cas antisociaux, supprimer radicalement le mariage légal et admettre l'union libre qui ne tarderait pas à engendrer, d'une part, d'injustes répudiations, de l'autre, la polygamie ? Non. Il faut maintenir le mariage parce qu'il est la sanction qui a donné de tout temps et qui donnera encore dans l'avenir à l'union des sexes sa plus grande dignité. Mais l'institution est à transformer, à mettre en harmonie avec les mœurs nouvelles et, surtout, d'accord avec la réalité des passions.

Pour atteindre en l'espèce un résultat qui, cependant, ne sera jamais que relatif, et appellera, parallèlement à d'autres progrès sociaux, d'incessantes modifications, on doit de deux choses l'une : laisser l'amour seul servir de base, de raison primordiale au mariage, ou l'en séparer radicalement.

Si l'on veut satisfaire à l'intention du législateur primitif, il y a lieu de supprimer toutes les lois louchant les biens des conjoints, et d'interdire par-

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ticulièrement qu'une dot soit légalement délivrée à la femme, en vue ou à l'occasion du mariage. Deux être unis par l'amour ne doivent connaître d'autre régime légal que celui de la distinction absolue de leurs biens respectifs. La dépendance de la femme, en ce qui concerne le domicile et l'administration des biens, doit disparaître.

Si l'on juge au contraire — et ce ne serait peut-être pas l'avis le moins sage — qu'il y a lieu de compter avec la versatilité naturelle aux passions humaines, et que l'idéal immortel ne saurait se concréter pour le commun des êtres dans l'objet périssable de leur amour ; si l'on n'envisage enfin d'autre but au mariage que celui de déterminer civilement les origines de l'individu à naître, il faut bannir l'amour de la légalité de toute union, proclamer et instituer que le mariage est un simple contrat, une association d'intérêts dans laquelle la loi demeure absolument indifférente à l'échange d'un sentiment de sympathie quelconque entre les conjoints, et n'admettre d'autres motifs de rupture à de telles unions que soit la violation, soit le défaut d'accomplissement des conditions du pacte par l'un des contractants.

Il faudrait, en résumé, instituer deux sortes de mariages parfaitement distincts : l'un, où les futurs conjoints déclareraient s'épouser uniquement parce qu'ils s'aiment ; l'autre, où ils exprimeraient la

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simple intention d'associer leurs états ; et faire en sorte que le même couple ne puisse qu'exceptionnellement coutracter les deux.

Dans tous les cas, sont à supprimer pour tous les mariages : l'autorité des parents, la communauté des biens, la dépendance de la femme vis-à-vis de l'homme, l'obligation de cohabiter ; et enfin doit être rendu facultatif l'énoncé, dans l'acte légal, de tous les devoirs et obligations qui sont du domaine de la conscience. Le divorce par consentement mutuel remplacerait le divorce pour cause d'adultère, ceci devenu inexistant.

Le divorce, tel qu'il existe actuellement, résout peut-être la question des inconvénients du mariage au point de vue individuel ; il ne la résout nullement au point de vue social. Avant d'instituer le divorce, qui est en somme la négation, la mise à mort du mariage, il eût mille fois mieux valu réformer celui-ci, le débarrasser de ses tares et de ses vices, au lieu de le laisser tel que. Mais il fallait tuer de vieux cadavres ; c'est pourquoi, sans doute, on est allé au plus pressé.

En principe, les mœurs se modifient sous l'influence des lois ; et celles-ci, avant de faire un progrès nouveau, subissent l'impression que leur ren-

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voient les mœurs. Au sujet du mariage, le choc en retour qui pousse les lois à progresser est donné par l'exercice des passions, en particulier par le donjuanisme, qui en est, tel que nous l'avons défini, la forme la plus artiste en même temps que l'expression la plus haute.

Les séducteurs de tout genre sont, par tempérament et par destination, ennemis du conservatisme des lois matrimoniales. Leurs actes, sinon les idées de chacun, ébranlent toute réglementation de l'union des sexes. La séduction est, socialement parlant, une des justes revanches de la nature contre les coutumes qui tendent à la domestiquer ou même à en étouffer les aspirations. Mal comprise ou déshonnêtement pratiquée, elle peut être regardée comme un fléau. Des maux qu'en cause l'exemple vient la haine jalouse dont s'animent la foule des hommes à l'égard de celui qui est doué du pouvoir de séduire. Surtout dans les hautes classes, celles à la fois de l'aristocratie nominale et de l'argent, dont il bouleverse le plus les traditions et choque les préjugés, le séducteur est regardé comme un malandrin et, à proprement parler, comme un voleur, tant possède encore de fortes racines cette idée, vestige des temps d'esclavage, que le cœur et le corps d'une femme doivent être la propriété absolue de qui en jouit. La littérature elle-même ne se montre guère favorable au donjuanisme. Les inter-

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prétations grâce auxquelles le vulgaire se représente Don Juan comme un soudard, un fanfaron ou un ivrogne de luxure, sont dues à la mauvaise foi que nombre d'écrivains, victimes du Minotaure autant que de simples bonnetiers, mettent à juger le véritable séducteur. Celui-ci est généralement peint, dans leurs livres, sous les aspects d'un débauché sans cœur, sans pensée profonde, ou d'un être atteint de difformité morale ; de telle sorte qu'on est à se demander par quoi et comment il peut séduire. C'est que la chance dévolue à Don Juan est de celles qu'on ne pardonne pas. Tous les non-séducteurs sont obligés de payer l'amour. A eux le plaisir n'est jamais donné, mais toujours vendu. De cette blessure faite à leur vanité s'échappe tout leur fiel.

Plus près de la nature que les grands, le peuple est assez indulgent pour l'homme qui sait se faire aimer des femmes. Au contraire, dans ce qu'on appelle le monde, il n'est pas de calomnie ni de basse injure dont le séducteur le plus honnête ne puisse être l'objet. Que le secret d'un acte de séduction soit surpris, et aussitôt les gens dits de bien se liguent pour accabler le larron. Les non-séducteurs, pris de rage, insultent leur rival, lui prêtent tous les vices, le jugent capable des pires infamies. Ces furies d'un nouveau genre qu'on appelle les mères de famille traînent le séducteur aux gémonies de l'opinion. Amusant spectacle qui se fait rare, main-

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tenant qu'il est si facile à des amants de se cacher, et que l'opinion, un peu lasse d'entendre la vertu geindre hors de propos, se désintéresse des outrages dont un sage silence épargnerait la honte.

Au reste, en fait de séduction, le monde a, comme les jésuites en fait de péché, des distinctions admirables. A ses yeux, séduire une jeune fille riche ou bien née est un crime, qui se change en peccadille s'il s'agit d'une vierge pauvre, issue de plébéiens. En réalité, le monde se moque bien de l'impiété et de l'injustice ; il absout même la subornation, quand elle se pratique au-dessous de lui. Ce qui soulève son indignation, c'est l'atteinte au rang social. Ce qu'il proclame monstrueux et irrémissible, c'est la déchirure faite au vernis qui lui sert de face. Or, c'est justement à ce mauvais orgueil des hautes classes, à leur vilain masque de morale, que Don Juan et tous ceux qui tiennent plus ou moins de lui déclarent une guerre sourde. Le libéralisme du séducteur en fait de passions est un danger redoutable pour ce fameux ordre des Pharisiens, qui, depuis les temps bibliques, n'a guère perdu autre chose que son nom, ce qui nous oblige à le redéfinir.

Les Pharisiens d'aujourd'hui, ce sont ces bons esprits à qui les profils usuraires de leur situation acquise inculquent le goût féroce de l'inamovibilité. Les nobles et le clergé d'avant 1789 étaient

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pharisiens. Reconnaissons tristement que nos grands bourgeois d'après 1830 le sont furieusement devenus. Rien que par les coups qu'il porte au mariage, le donjuanisme contribue d'une manière détournée, mais aussi sûrement qu'aucune révolution, à ébranler tout ce que le pharisaïsme contemporain représente de traditions, de légalité, d'ordre, et même de vertu ostentatoire: formidables remparts élevés contre le progrès des mœurs. Il existe des familles entières, des groupes de Pharisiens unis par le lien souverain de l'intérêt. Dans chaque société européenne on pourrait en citer les noms. La vraie franc-maçonnerie n'est pas celle qu'on pense, mais la leur. Eh bien, qu'un séducteur passe un jour dans une de ces familles, où régnent le cant et l'égoïsme de caste ; que, sans crier gare, il y enlève une fille ou une femme ; et soudain la façade s'écroule, laissant voir chez ces êtres, qui s'ingénient à rendre la vertu haïssable, qu'il y a, tout de même, encore place chez eux soit pour le vice aimable, soit pour quelque sentiment naturel.

Il faut cependant rappeler que si le séducteur est Don Juan, il n'y a jamais scandale. Don Juan n'est pas homme à braver l'opinion du monde ; au contraire, il a le bon sens de ne pas heurter de front ses ennemis. Il se glisse chez eux et les bafoue magistralement dans la personne de leurs femmes ; mais il ne se mêle pas directement à leur existence,

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il ne pénètre pas dans leur véritable intimité. S'il n'y avait que le vrai Don Juan pour les démolir, les Pharisiens n'auraient pas grand'chose à craindre. Don Juan n'est jamais complice que d'adultères absolument ignorés. Il n'en va pas de même avec les autres espèces de séducteurs qui, moins scrupuleux, moins polis, cambriolent les cœurs à ciel ouvert et s'efforcent parfois à tirer profit du scandale. Ceux-là vraiment sont les révolutionnaires qui dynamitent les forteresses de préjugés dont la chute assomme le milieu pharisaïque. Dans cette esquisse anonyme, que de vraies figures on pourrait faire entrer !

C'est surtout par l'effort de l'amour que craque et se désagrège l'échelle archaïque des rangs sociaux. En dépit des titres nobiliaires et de la fortune, ces rangs commencent à se confondre. De plus en plus, la passion, qui les ignore, contribue à les supprimer.

Un autre effet, et non des moindres, du donjuanisme, c'est de contribuer à l'émancipation de la femme, non point par une revendication directe de certains droits, telle que la formule et la pratique cette toute récente action collective du sexe faible, désignée sous le nom de féminisme, mais par l'atténuation des tyrannies de tout genre qui pèsent sur la femme.

Par le fait qu'il n'impose rien aux femmes, qu'il

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les aime ou s'en fait aimer sans conditions, le séducteur les habitue, donnant lui-même l'exemple, à se défaire de leurs préjugés, à secouer le joug soit de l'opinion, soit de la morale. Il leur donne en un mot la belle audace d'aimer « criminellement », comme disent les légistes, les prêtres, les maris et les mères de famille.

A ce sujet, une réflexion s'impose aux esprits les moins routiniers. Etant donné que le caractère de l'homme, sa jalousie, raisonnable ou non, ne changeront pas, y a-t-il lieu de désirer cette fameuse égalité des sexes devant l'amour, de l'approuver sans restriction, et de s'en réjouir ? Le vrai Don Juan lui-même, sinon ses bas imitateurs, rôdeurs d'alcôves, y gagnera-t-il ? Hélas ! non. Que l'on accorde à la jeune épouse le droit de répudier son mari pour la simple raison qu'elle se sera trompée sur lui ! Passe ! Mais, du fait que dans l'avenir la femme aura le droit de ne plus se présenter vierge à l'hymen et de faire auparavant, autant de fois qu'il lui plaira, l'expérience de l'amour in anima vili, dans des conditions identiques à celles où la fait l'homme, découlera fatalement une dépréciation de la femme, une diminution des qualités spéciales à son sexe, de son charme même. En un mot, l'homme commencera à mépriser la femme, du jour où celle-ci ne le craindra plus. Pour quelques couples qui s'entendront ù force de raison, il y en aura que conti-

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nueront à disjoindre le rétrospectif, le passé ineffaçable, parfois honteux. Don Juan fera encore plus de victimes. Les jeunes filles se le disputeront, Comme les dévotes actuelles se disputent le dernier bon confesseur ;mais il lui sera plus impossible que jamais de rencontrer dans ce troupeau de vierges avilies l'unique de son rêve, la reine de l'idéal. Voilà ce que préparent aux temps futurs le progrès mal compris du féminisme et l'irritation, en certains points illogique, des séducteurs contre la légalité nécessaire du mariage.

Nous accordons qu'au point de vue social la femme est placée dans une trop rigoureuse dépendance de l'homme. Qu'elle s'en libère, soit. Mais, qu'elle n'oublie pas le sexe de l'homme.

Par les progrès de l'individualisme on pourra se rapprocher, autant qu'on le voudra, de l'égalité des droits des deux sexes à l'amour libre. Mais il faudra se garder de la réaliser absolument, sous peine d'en venir à une sorte de polygamie d'où ne tarderaient pas à résulter de nouvelles formes d'esclavage de la femme. La polygamie entraîne l'asservissement légal de la femme à la sensualité du mâle. Certains sociologues prétendent qu'elle existe déjà dans nos mœurs, et que le divorce en est un commencement de réglementation. C'est un illogisme. Le polygame est tout le contraire du séducteur. On chercherait en vain le type de Don Juan chez les Orientaux,

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dont l'égoïsme des sens a un caractère de férocité telle qu'ils ignorent et se refusent même à apprendre ce que c'est que se faire aimer d'une femme.

Que ceux qui confondent les aspirations du séducteur avec celles du polygame se rassurent. Quelque progrès que l'on fasse, le donjuanisme n'entrera jamais dans la légalité. En faisant la conquête de femmes sur qui d'autres hommes exercent déjà certains droits de tutelle ou de propriété, le séducteur fait son métier, obéit à son instinct ; il exerce sa force; c'est son droit particulier. Mais le législateur n'en a pas moins raison de lui opposer le droit commun. Qu'on laisse le séducteur développer sa personnalité, en vertu de l'affirmation, supérieure à tout, des droits de l'individu. La masse des nonséducteurs lui sera toujours, néanmoins, non pas peut-être une barrière, mais un contre-poids. Ce n'est pas sur l'exemple unique de Don Juan qu'il y a lieu d'asseoir une réglementation quelconque de l'union des sexes. L'existence de ce type, si généreux qu'il soit, si sympathique qu'il paraisse aux admirateurs de la beauté et de la force, est une des plus violentes antithèses de la vie sociale. De son action plus ou moins imitée peut sortir une idée de progrès, mais l'idée seule, non le fait.

Ainsi, dans tout groupement d'humains digne du nom de société, il importe que, sans être dissolues, les mœurs aient du charme ; sinon, la rigueur des

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lois, principalement de celles qui entravent le libre amour, y rendrait la vie pénible. Eh bien, le donjuanisme, qui fut la chevalerie du moyen âge et qui est, dans les temps modernes, l'essence de la galanterie, a pour effet capital d'imprégner les mœurs amoureuses d'un haut caractère de politesse. Il serait téméraire d'en espérer d'autres. Par contre, ce qu'il faut établir, c'est que cette politesse représente toute la morale qui suffit aux passions. C'en doit être, à l'avenir, le seul frein. Qu'est-ce qu'a jamais empêché, en fait d'amour, la casuistique des théologiens catholiques, si souvent contraire au sens commun ? Rien. Pas même la passion d'Abélard. Pour les femmes, en particulier, l'amour est tellement le but de leur existence que, même sachant qu'elles en seront martyres, elles y courent éperdument. L'exemple des dévotes le prouve assez. Celles-là ont la conviction que l'enfer existe et que, si elles aiment, elles s'exposent à la damnation. Avec plus d'emportement que les autres, elles passent outre. Avant d'aller vivre dans la flamme suppliciante, elles commencent par se baigner, se rouler, s'étourdir, étouffer tout remords, dans les sensations paradisiaques du présent. Avec un réel courage, elles bravent l'anathème répété de leur confesseur.

Non, rien n'empêche la femme d'aimer, de se livrer à la volupté dont elle est l'âme. Il semble

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qu'après l'épreuve de certaines souffrances de l'amour et des maux inséparables de la séduction, il ne devrait plus y avoir d'amoureuses ni de femmes séduites. Il y en aura toujours. Le symbole du Paradis perdu est éternel, et se renouvelle pour presque toutes les femmes. Commencé avec le monde, il ne finira qu'avec lui. Seulement, avant cette fin, il perdra, peu à peu, de son ancienne signification. Satan ne sera plus considéré comme le génie du mal et l'ennemi du genre humain. On ne lui reprochera plus d'avoir enseigné l'amour à la première femme. On se rendra compte que le démon, dont les premiers apôtres du monothéisme firent un épouvantail à peuple, n'est pas autre chose que la seconde face de Dieu lui-même, c'est-à-dire de la nature ; et par ce redressement de l'erreur, l'humanité saura peut-être retrouver son Paradis.

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