‹ Essai sur le droit public d'AthènesChapitre 3 sur 35 · Les assesseurs des Archontes · texte numérisé non relu

Les assesseurs des Archontes

g 16. Présidents de tribunaux antres que les Archontes. — Les Onze. . . . 272-276

g 17. Présidence des Quarante» des Agoranomes, des Logistes 276-278

g .18. Présidence des Stratèges et autres magistrats issus de réfection. . . . 218-284

g 19. Les jugements arbitraux. — Les Arbitres publics 284-303

g 20. Les Arbitres privés 303-309

g 21. Les Juges des démes 309-311

g 22. Les Juges maritimes 311-313

g 23. Attributions judiciaires de rassemblée 313-328

Conclusion 329-331

Table analytique 333-335

Table des mots grecs cités et expliqués dans le cours de Touvrage. . 336-338

Index bibliographique 339-343

INTRODUCTION

La démocratie athénienne, jusqu'à ces derniers temps, a été mal jugée. Les érudits, qui, depuis la renaissance des lettres, ont essayé de raconter Thistoire d'Athènes et d'en analyser la constitution, ont apporté dans cette étude un esprit de dénigrement systématique plus ou moins marqué, mais au fond

toujours le même. On s'explique aisément cette malveillance, ce caractère commun d'ouvrages qui, à d'autres égards, présentaient de notables différences- Des causes de nature diverse ont concouru à amener ce singulier résultat, à établir cet accord entre gens qui, sur bien d'autres questions, ne se seraient guère entendus.

C'est d'abord que les Athéniens , comme tous les peuples spirituels, ont dit beaucoup de mal d'eux-

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mêmes. Leurs comiques se sont moqués à outrance du bonhomme Démos, de ce crédule et capricieux vieillard, de ce maître fantasque auquel on ne peut du moins contester le mérite d'avoir mieux pris la plaisanterie que tout autre souverain absolu. Les grands écrivains d'Athènes ont été tantôt , comme Platon , des philosophes éblouis par un idéal chimérique , et condamnant la réalité au nom de je ne sais quelle impossible et inhumaine utopie , tantôt des clients de Sparte, comme ce Xénophon, chez qui le ressentiment du procès de Socrate et une liaison personnelle avec Agésilas avaient à peu près éteint tout sentiment de patriotisme. Quant à Thucydide, on a abusé de son nom et de son autorité ; on a dénaturé ses paroles , on a arbitrairement tronqué sa déposition pour faire de lui, à tout prix, un témoin à charge, un accusateur. L'historien, dans sa haute et fière impartialité, est- il sévère pour certains des conseillers du peuple athénien, fait-il ressortir certaines erreurs, certaines fautes de la politique athénienne, on s'emparait à l'envi de ce blâme et de ces censures; on les répétait en les exagérant encore. On oubliait tant de pages où se fait jour, sous l'apparente froideur de l'écrivain, un si vif sentiment de la grandeur propre et du génie original d'Athènes ; on oubliait

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cette célèbre oraison funèbre que Thucydide met dans la bouche de Pèriclès ; or tout ce discours est-il autre chose qu'un panégyrique d'Athènes, le plus solide et le plus sérieux, le plus sincère et le plus passionné qu'on ait jamais écrit? Peut-on donner aux enfants d'une libre cité de meilleures raisons d'aimer leur patrie, peut-on la leur montrer plus digne de tous les dévouements, de tous les sacrifices? Non^ jamais personne n'a mieux et plus tendrement chéri que Thucydide cette Athènes d'où l'avait chassé une sentence peut-être juste, mais en tout cas bien rigoureuse. C'est le nom d'Athènes qui est inscrit sur le fronton de l'éternel monument lentement élevé, pendant les loisirs prolongés de l'exil, par le puissant et calme ouvrier ; c'est la statue du peuple athénien, tel que l'admira, le craignit et le détesta la Grèce aux jours de Pèriclès, qui se dresse au fond du sanctuaire. Enrôler Thucydide parmi les détracteurs d'Athènes, c'est calomnier le génie. Le patriotisme eût-il fait défaut au général vaincu et banni, la rare sagacité de ce perçant esprit aurait encore suffi à lui faire comprendre la grandeur et la noblesse d'Athènes.

Ce qui indisposait ainsi les érudits d'autrefois contre Athènes, ce qui les empêchait de s'apercevoir

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qu'ils seraient dupes eu acceptaut, sans faire leurs réserves , certains témoignages très-discutables , c'était les différences profondes qui séparaient de la société athénienne les sociétés auxquelles ils appartenaient par leur naissance et leur éducation. Prenons un Français sujet de Louis XIV ou de Louis XV, pensionnaire et familier de quelque maison princicre, abbé de cour et de salon ; un vicaire anglais, contemporain des Georges, élève d'Oxford , cadet de quelque grande famille dont il partageait Torgueil et les préjugés, ou humble client de quelque haut seigneur whig ou tory ; un professeur allemand, du temps de Frédéric et de Marie-Thérèse, enfermé, loin de toute activité pratique, dans la vie toute conventionnelle et presque monacale d'une petite ville d'Université, bornant tous ses désirs à la conquête d'honneurs académiques qui ne le mettaient pas même à l'abri des impertinences du premier hobereau venu ; tous les trois seront également mal préparés à entrer dans les idées, dans les sentiments, dans les passions d'un Athénien de la grande époque, d'un compagnon d'armes de Thémistocle et de Périclès. La France, l'Angleterre, l'Allemagne étaient alors des sociétés monarchiques et aristocratiques où l'homme était plié, dès ses premières an-

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nées, au respect machinal de la naissance et du rang, où il s'agissait avant tout d'obtenir la faveur du maître, où des privilèges de toute sorte limitaient la carrière de chaque individu, et lui interdisaient, dès l'abord, certaines espérances, certaines ambitions ; peut-on imaginer rien qui ressemble moins à cette démocratique Athènes, où la loi proclamait, où l'usage consacrait l'égalité la plus absolue entre les citoyens, où chacun, dans quelque condition qu'il fût né, avait le droit d'aspirer à tous les emplois auxquels désignait le sort, auxquels élevait la faveur populaire ?

Pour quiconque, avant la Révolution française, prétendait écrire l'histoire des républiques antiques, il y avait encore une grande difficulté, un grand danger : dans le monde moderne, et surtout en Allemagne, il s'était établi peu à peu une séparation profonde et comme un complet divorce entre la pensée et l'action, entre la science et la vie. Pour nous faire connaître et comprendre ces hommes qui ont tant agi, qui ont tant payé de leur personne sur les champs de bataille et à la tribune, au pouvoir, dans l'exil, dans la défaite et dans le triomphe, mais toujours dans la pleine lumière de la vie publique, sufflt-il d'avoir passé de longues et paisibles années

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à lire et à rêver dans son cabinet ? Vous étiez indifférent ou tout au moins forcément étranger aux affaires de votre temps et de votre pays ; vous n'aviez ni droits ni devoirs civiques ; vous n'aviez jamais pris part ni même assisté aux luttes des partis, aux ardentes compétitions que suscitent, dans un Etat libre, l'ambition du pouvoir, le désir d'assurer le succès de telle ou de telle opinion, de telle ou de telle réforme ; vous n'aviez pas eu l'occasion d'éprouver, ni comme acteur, ni comme curieux et attentif spectateur, ce que peut la parole sur les hommes assemblés, comment certains mots les remuent jusqu'aux entrailles, de quelle manière se soulèvent et s'apaisent les colères de la foule, comment s'établissent, à travers les multitudes, ces grands courants électriques dont aucune volonté particulière ne saurait changer la direction ou rompre l'effort, comment se prennent alors, dans les réunions populaires, de brusques et étranges résolutions, dont s'étonnent parfois, au bout de peu de temps, ceux même qui s'y sont le plus vivement associés. Vous ignoriez tous ces secrets, que peut seule enseigner l'expérience, et vous vous proposiez d'expliquer et d'apprécier le caractère, de raconter la vie du plus mobile, du plus sensible,du plus passionné, et, qu'on me passe le

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mot, du plus nerveux de tous les peuples, du peuple athénien ! Votre régime, les habitudes d'esprit que vous deviez à votre siècle et à votre milieu, pouvaient faire des métaphysiciens ou même de prodigieux érudits; mais des historiens, jamais. C'est ainsi qu'ont vécu les Eant, les Malebranche, les Spinosa, ainsi que les Ëckhel, les Ducange, les Meursius, dans une retraite où ne pénétrait pour ainsi dire aucun bruit du dehors, où on ne s'inquiétait guère des intrigues diplomatiques, des batailles rangées et des conquêtes princières. Mais, pour ne parler ici que de l'antiquité, ceux qui nous l'ont, à vrai dire, révélée les premiers, ceux qui nous ont fait voir, sur l'Agora grecque ou sur le Forum latin, des hommes semblables à nous , soumis aux mêmes besoins, sujets aux mêmes faiblesses, mus par les mêmes ressorts, ceux qui en étudiant le budget des cités anciennes, les ont ainsi comme rapprochées des sociétés modernes , où les questions économiques tiennent une si grande place, les Niebuhr et les Mommsen, les Bœckh', les Grote et les Michelet, était-ce des solitaires désintéressés de l'action, insoucieux des agitations et des luttes contemporaines? Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'être entré, comme Niebuhr, dans le conseil des rois , d'avoir pris part ,

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comme Mommsen et Grole , aux délibérations des parlements. Pour se mettre en état de comprendre les vertus et les vices du citoyen d'Athènes et de Rome , la véhémence de ses passions , son âpre amour de la patrie, le jeu complexe des institutions qu'il s'était données, c'est assez désormais d'être de son temps et de son pays. Il n'est pas aujourd'hui de peuple chez qui les guerres de la Révolution et de l'Empire n'aient éveillé ou surexcité le sentiment patriotique, il n'en est pas à qui les maux de la conquête n'aient fait savoir combien on peut haïr l'étranger et ce que cette haine peut inspirer d'atroce et de grand. Il n'est pas non plus aujourd'hui' d'esprit sérieux et cultivé que laissent froid les efforts tentés par nos pères pour donner à la justice et à la raison un peu plus de part au gouvernement de ce monde; il n'en est pas qui, par sa naissance et son éducation ou par ses propres réflexions, ne soit attaché à quelque parti, ou du moins à quelque opinion politique. Tous d'ailleurs, ceux qui ont agi par eux-mêmes comme ceux qui sont restés jusqu'ici en dehors des affaires publiques, ont, sur les péripéties par lesquelles passent les peuples et les constitutions, sur les lois qui président à leur développement et à leur* chute, des clartés qui man-

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quaient à nos aïeux. Nous savons, au moins en théorie, ce qui prépare les révolutions, quelles fautes les rendent inévitables, quelles réactions provoquent leurs violences et quelles déceptions les suivent souvent, combien un peuple a de peine à revenir au but que, dans un élan inconsidéré, il a dépassé du premier bond, de quelle manière ces terribles convulsions agissent sur la moralité humaine, ce qu'il faut enfin à une nation de calme persévérance et d'énergie patiente pour supporter cette noble fatigue du gouvernement de soi-même. L'expérience des deux ou trois générations qui nous ont précédés a été assez douloureuse et assez chèrement achetée pour que nous en profitions, — ne fut-ce que pour écrire l'histoire.

Mais, dira- ton , on n'a pas attendu notre époque pour saisir et mettre en lumière les grands côtés du génie et de la politique de Rome ; lisez Machiavel et Montesquieu I Gela est vrai , quoique seulement dans une certaine mesure et avec des restrictions. Depuis le seizième et même le dix-huitième siècle, l'étude des monuments figurés et le déchiffrement des palimpsestes , la numismatique et surtout l'épigraphie, ont mis à la disposition des historiens beaucoup de documents tout à fait nouveaux , beaucoup de tex-

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tes inédits ; en même temps , des documents ancien- Demeot connus, une lente et graduelle élaboration faisait sortir bien des renseignements y bien des indices que Ton n'avait pas su en tirer tout d'abord. A ce supplément d'information sont venues s'ajouter les leçons des événements , cette expérience collective dont chacun reçoit aujourd'hui sa part en naissant. Faut-il s'étonner si, dans de telles conditions et avec de tels secours , on peut , de notre temps , sans être un Machiavel ou un Montesquieu, pénétrer, mieux encore que ces grands hommes, les causes secrètes et profondes des révolutions romaines , en mieux marquer l'enchaînement et la suite nécessaire , tracer enfin , des principaux acteurs de ces grands drames , de plus vivantes images et des portraits plus parlants ?

Pour ne citer qu'un exemple , combien l'on avait mal réussi , jusqu'à nos jours , à nous faire comprendre le caractère et le rôle de Gicéron, à nous rendre cette physionomie si aimable, si fine et si mobile, cette nature si riche , si variée , si pleine d'apparentes contradictions ! Tantôt on nous présentait une figure idéale qui, nous le sentions, manquait de réalité et ne pouvait être ressemblante ; tantôt c'était une indigne caricature que l'on voulait nous faire

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accepter. Ce n'étaient que panégyriques naïfs dont s'offensaient les esprits un peu déliés , ceux qui n'aiment pas à être pris pour dupes, ou sévérités excessives , cruelles moqueries qui blessaient d'honorables sympathies et alarmaient la conscience des honnêtes gens. Consultez le nouvel historien que Gicéron vient de trouver en France , et vous sentirez la différence , vous comprendrez le progrès ! Nous n'avons plus ici d'exagérations laudatives ou calomnieuses , plus de tons heurtés et de disparates choquantes , mais une habile et discrète peinture où les nuances sont harmonieusement fondues, où la multiplicité des détails n'empêche pas de saisir les grands traits du modèle et son expression dominante. On se trouve ainsi en présence d'une àme élevée , sensible , délicate , peu faite pour les jours de troubles et de violence où elle se trouve jetée, mal préparée à d'aussi rudes secousses , dépaysée et comme égarée au milieu d'un peuple grossier , d'un temps dur et mauvais, éprise enfin d'un idéal politique auquel les émeutes du Forum, l'avidité et les calculs personnels des nobles , l'ambition des généraux , les coups d'Etat du génie, infligeaient à chaque instant de tristes démentis et d'amères défaites ; on admire, tout en le plaignant , ce vif et brillant esprit pour qui son

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étendue et sa pénétration même étaient un danger et une souffrance. Si, dans ses lettres même et dans les récits des historiens, Cicéron montre souvent tant d'incertitude et d'indécision, c'est qu'il connaît trop bien les vices de son propre parti , les faiblesses et les arrière-pensées des chefs auxquels l'attachent d'anciens engagements. Cicéron n'ignorait pas combien la populace était lâche et vénale , le Sénat corrompu et tyrannique ; il n'avait confiance ni dans le mérite , ni dans le désintéressement de Pompée ; il savait que César, vers qui l'attirait une naturelle sympathie, voulait régner. Il n'avait donc d'illusion et d'espoir que par accès ; il n'était pas assez dupe pour ne jamais hésiter , comme Caton , pour ne pas se demander souvent avec angoisse de quel côté était le droit, à qui appartenait l'avenir. Cependant il n'en est pas moins resté, jusqu'au bout, dans le camp de ceux qui se disaient et se croyaient les défenseurs de la république et de la liberté. Dans la lutte suprême, l'éloquence et l'énergie du vieillard ont semblé grandir ; quand il a succombé sous les fautes de ses amis et sous la force des choses , sa mort a été un dernier sacrifice à cette patrie qu'il, avait tant aimée , un grand exemple laissé à la postérité. Qui donc aura la prétention d'exiger davantage, et qui pourrait refuser

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de s'incliner devant cette noble et touchante figure, depuis qu'une main d'artiste l'a replacée dans son vrai jour ?

Il serait aisé d'insister , et de montrer combien les Gracques , Sylla, César , et tant d'autres ont gagné à être étudiés de plus près , dans un nouvel esprit , à la lumière d'instructives comparaisons. D'ailleurs , aujourd'hui même, il reste encore dans le champ de l'histoire romaine bien des découvertes à faire, bien des institutions à expliquer , bien des personnages à mettre en leur vraie place. Cependant , à tout prendre , on peut dire que, dès longtemps , Rome a été

mieux connue et mieux comprise que la Grèce , différence qui subsiste encore aujourd'hui. C'est ainsi que , jusqu'au moment où furent apportés en Angleterre les marbres d'Elgin , amateurs , érudits , artistes , tous ceux qui faisaient profession d'admirer et d'imiter les chefs-d'œuvre antiques , parlaient parfois du style grec , mais auraient été bien embarrassés pour le définir : c'était les monuments de Rome que l'on regardait comme les vrais types de l'architecture classique , c'est de l'art romain que se sont surtout inspirés la renaissance italienne et notre dixseptième siècle. Il ne faut point s'en étonner ; nous tenons par plus de liens et plus de racines à Rome

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qu'à la Grèce. C'est sur les ruines du monde romain que s'est élevé l'édifice du monde moderne ; ce sont les débris de la civilisation romaine qui ont formé , au moyen âge , les premières assises des constructions nouvelles. Pour ne parler que de la France, ne trouvons-nous pas partout chez nous , de quelque côté que nous nous tournions , la trace de Rome , la persistante influence de son génie ? Ce sont les mots latins qui forment le fond de notre idiome ; pendant bien des siècles , c'est en latin que nous nous sommes essayés à penser, et , de ce long commerce avec la langue de la théologie et du droit , notre langue a gardé une ineffaçable empreinte. C'est à l'école des maîtres latins que se sont formés nos grands écrivains classiques ; jamais on n'a su en France autant de grec qu'aujourd'hui. Le dix-septième siècle professait pour la littérature grecque un respect qui touchait à la superstition ; mais il ne la connaissait , à de très-rares exceptions près , que par des traductions , et par quelles traductions i Le dix-huitième siècle la raillait , la bafouait. Notre art , pendant sa première période, si justement appelée romane, n'avait été qu'un prolongement , et , dans une certaine mesure, un développement de la tradition romaine ; plus tard , quand il a voulu , lors de la

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décadence du style ogival , remonter jusqu'à l'antiquité, il a pris pour modèles les palais , les temples , les théâtres , les ponts , les aqueducs que Rome a partout laissés sur le sol de l'Italie et de la Gaule. Notre droit , tel qu'il est formulé dans nos codes , n'est qu'un compromis entre le droit romain et le droit coutumier , qu'une adaptation plus ou moins heureuse des principes posés par les grands jurisconsultes romains aux exigences et aux besoins de la société moderne. Quant à nos instincts et à nos habitudes politiques , à nos théories de gouvernement, à notre pratique administrative, est-il nécessaire d'insister, et de montrer quels emprunts, peutêtre excessifs , nous avons faits à la Rome impériale ? Cet effort d'imitation et d'assimilation a commencé , dès le lendemain de l'invasion barbare ,. avec les premiers Mérovingiens ; il s'est poursuivi , pendant tout le moyen âge , sous l'influence des hommes d'église et des légistes , ministres de nos rois ; Louis XIV , la Convention, Napoléon ont travaillé dans le même sens ; il est encore aujourd'hui toute une école qui fait sans cesse appel aux souvenirs de Rome , et qui provoque étourdiment des comparaisons que le prince aussi bien que le peuple ont tout intérêt à repousser. Cette tradition ininterrompue , cette transmission

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et cette transfusion de principes et d'idées, toutes ces ressemblances, tous ces rapports expliquent comment Rome nous a été de bonne heure et nous est encore plus aisément accessible qu'Athènes. Il y a encore , de cette différence , une autre et dernière raison qu'il importe de signaler. Rome a vécu bien plus longtemps qu'Athènes ; les institutions y ont pris, avec les années, une forme plus stable et plus arrêtée , des caractères plus fixes et plus nettement déterminés ; les maximes du droit public et privé s'y sont déposées , siècle après siècle, dans des monuments législatifs bien plus nombreux et bien mieux coordonnés, dont une bien plus grande quantité nous est parvenue, conservée, soit dans les auteurs, soit sur le marbre et le bronze. Nous avons donc bien moins d'éléments entre les mains pour comprendre et restituer le mécanisme des institutions athéniennes, pour rétablir la série des règles auxquelles élaient soumis les rapports des citoyens entre eux et avec l'Etat. Or, comme pour augmenter la difficulté , il se trouve, et nous aurons plus d'une occasion de Je montrer , que la constitution athénienne était moins simple , plus complexe que celle de Rome.

Ceci ne veut pas dire qu'il y eût à Athènes un plus ^ grand nombre de magistrats qu'à Rome. Dans le der-

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nier siècle de la république , Rome , avec ses consuls , ses censeurs , ses préteurs , ses édiles curules et plébéiens , ses tribuns du peuple , ses questeurs , sans parler du vigintivirat , avait certainement plus de magistrats proprement dits qu'Athènes. Mais , à Rome , chacun de ces magistrats avait des fonctions parfaitement définies. Les Romains avaient eu le temps d'introduire dans leur constitution , grâce à un long usage , tous les rouages utiles ; d'appliquer avec rigueur à Faction du gouvernement le grand principe de la division du travail. Tout avait été prévu ; tout s'accomplissait suivant un programme dans lequel on ne saurait signaler aucune lacune considérable. Il n'y avait pas de service public de quelque importance dont la loi n'eût chargé un magistrat ordinaire.

Il n'en allait pas de même à Athènes. La démocratie athénienne , si on la compare à l'aristocratie romaine , n'a eu qu'une bien courte vie. Entre les réformes de Clisthènes et la mort de Démosthènés, il n'y a pas deux cents ans, et encore est-ce seulement vers le milieu du siècle suivant , après Aristide, Périclès et Ephialte, que la constitution a reçu sa forme définitive , et que la démocratie est en pleine possession d'elle-même. De cette épo- ^

jom INTRODUCTION.

que jusqu'au moment où rindépendance d'Athènes succomba sous Técrasante puissance de la Macédoine , sous l'effort de deux hommes de génie , il n'y a place que pour quatre générations. Ce sont là, pour un peuple 9 de bien étroites limites. Aussi semble4-il^ à première vue , qu'il soit toujours resté dans la constitution athénienne quelque chose d'incomplet et d'inachevé , que toutes les nécessités n'aient pas été prévues , que la compétence des magistrats réguliers ne répondit pas à tout ce que pouvait attendre de son gouvernement une société riche et civilisée. On se demande comment il pouvait y avoir quelque suite dans la politique et l'administration , comment les choses pouvaient marcher avec des corps que chaque année le sort renouvelait entièrement , avec des magistrats tous annuels , et dont une partie était aussi désignée par le sort. Il faut redoubler d'attention pour arracher à Athènes son secret , pour distinguer ce qui fait l'originalité de sa constitution et de sa vie politique.

Il n'y a point à Athènes le même rapport qu'ailleurs entre le titre officiel , entre la dignité extérieure des grandes magistratures publiques, et leur part d'action efficace , de pouvoir réel. L'esprit démocratique veut que chaque citoyen , pourvu

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qu'il soit honnête et brave, pourvu qu'il ait toujours exactement rempli ses devoirs civiques, puisse devoir à l'impartialité du sort l'honneur de donner son nom à l'année , d'offrir aux dieux les hommages de la république, ou de présider un tribunal ; mais les Stratèges , qui commandent en face de l'ennemi les flottes et les armées d'Athènes , sont des magistrats élus , choisis parmi les ofQciers qui se sont déjà distingués à la guerre ; mais pour les finances , la marine , ïes travaux publics , on délègue , sous divers noms, des hommes plus ou moins spé-^ cîaux , en les investissant d'une autorité qu'ils peuvent garder nombre d'années. C'est le sort qui élève à l'Ârchontat, qui fait entrer dans les tribunaux, dans le Sénat des Cinq-Cents ; mais la dokimasie , cette sévère enquête à laquelle sont soumis , devan*t les juges , ceux dont le hasard a désigné le nom, tend à corriger les erreurs du sort. Chaque année voit se succéder de nouveaux Archontes, et leurs attributions n'ayant qu'une médiocre importance, l'inconvénient est faible ; mais les Stratèges peuvent être indéfiniment réélus ; mais , comme promoteurs et rédacteurs des décrets , les conseillers ordinaires du peuple , les Orateurs, comme on les appelle, peuvent, pendant un laps de temps plus ou moins long, quel-

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quefois pendant toute leur vie , exercer sur la direction des affaires une influence prépondérante. Le développement de l'empire maritime d'Athènes et les besoins d'une administration chaque jour plus compliquée font reconnaître Tinsuffisance des vieilles magistratures ; sur la proposition de quelque orateur , on se hâte de créer quelque commission permanente ou temporaire qui , sous un titre modeste, veille aux intérêts nouveaux et s'acquitte de la tâche imposée. Ce peuple, que l'on peint si mobile, si épris du changement , est profondément attaché à d'antiques associations héréditaires, le genos, la phratrie; ce peuple égalitaire éprouve, pour les fils de ces familles qui ont une légende et une histoire, pour les gens de haute race , une sorte d'admiration instinctive qui le porte à lés élever tout d'abord aux plus hautes charges ; ce peuple , que l'on dit si capricieux , si ingrat pour ceux qui le servent , ne sait point retirer son estime et sa confiance à ceux qui l'ont conquise par la dignité de leur vie , par le désintéressement de leur politique , par la persistance de leur volonté ; c'est ainsi que Nicias , malgré son extrême médiocrité , fut, pour le malheur d'Athènes, maintenu jusqu'au bout dans les grands commandements , et que Phocion , qui passa sa vie à contredire

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ses concitoyens et à railler même leurs meilleurs sentiments , fut élu quarante-cinq fois Stratège.

Tout ce système de compensations, de corrections , d'additions faites par la force des choses et par rintelligence du peuple à la lettre de la loi , voilà ce que n'avaient pas saisi, avant MM. Grote et Duruy, les modernes historiens d'Athènes. Quand ils avaient cherché, chez les auteurs anciens, tout ce que ceuxci nous apprennent de la constitution athénienne, nos érudits n'avaient pas su lire entre les lignes ; ils n'avaient pas démêlé le jeu de ces influences librement acceptées qui , sans prétendre empiéter, s'exerçaient , sur l'Agora , à côté des magistratures officielles , et qui représentaient cet élément de continuité sans lequel un Etat n'aura jamais ni grandeur ni durée. Ils s'étonnaient de ne pas trouver ici la même précision , la môme rigueur qu'à Rome , d'aussi exactes classifications , des règlements aussi détaillés ; c'est qu'ils n'avaient pas senti combien le génie athénien avait d'élasticité et de souplesse , quelles ressources il improvisait rapidement, au fur et à mesure des besoins , par quels tempéraments il réussissait à concilier les principes en apparence les plus opposés , par quels sous-entendus , par quelles corrections tacites il remédiait sans bruit aux plus gra-

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ves défauts de sa constitutîoD. Si les Athéniens avaient été tels que les montrait un auteur qui a jadis fait école, Mitford, la démocratie athénienne, loin de laisser au monde tant de noms illustres , tant d'exemples admirés , tant d'incomparables chefsd'œuvre , loin d'avoir deux siècles de puissance et de gloire, n'aurait pas vécu vingt ans.

Ce simple raisonnement , que l'on aurait dû faire depuis longtemps , a suffi pour avertir des esprits plus ouverts , plus avisés , tels que celui de M. Grote. Il y avait là un fait, la grandeur d'Athènes , dont témoigne toute l'antiquité ; or, à moins de donner un démenti à toute expérience et de faire abstraction de toute logique, ce fait demeurait inexplicable si les Athéniens avaient été réellement ces fous , parfois amusants et spirituels, mais toujours sans mémoire, sans cœur et sans cervelle, contre qui poètes comiques, philosophes et rhéteurs épuisaient à l'envi leurs railleries et leurs invectives. A moins de ne plus reconnaître aucune proportion entre la cause et l'effet, pouvait-on croire que les auteurs de tant de grandes choses fussent des enfants étourdis , fants^sques , crédules à l'excès , changeant d'idée et de passion à chaque lune nouvelle, passant leur vie à juger , comme le héros d'Aristophane et de Racine ,

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des procès ridicules , à se faire berner , sur la place publique > par des orateurs , effrontés charlatans , et À frapper d*exil ou de mort leurs plus fidèles servi leurs, leurs meilleurs généraux? A qui voulait se rendre compte des destinées et de la fortune d'Athènes y rhistoire , telle qu'elle était uniformément pré sentée, offrait des données évidemment contradictoires ; si on les acceptait sans examen , le problème était insoluble. Du jour où furent éveillés les soupçons de la critique , c'en était fait du portrait de fantaisie que Ton avait jusqu'alors accepté de confiance. L'histoire d'Athènes , à mesure qu'elle devint plus exacte^ plus vraie, plus intelligible , gagna en intérêt, parut plus attachante et plus instructive. Tandis que la dure et cruelle Sparte , avec son âpre génie et son inhumaine discipline, perdait à être mieux connue , les recherches qu'inaugurèrent avec lant d'éclat les Bœckh et les Grote ont toutes profité à la considération du peuple athénien , à la gloire d'Athènes.

La matière est-elle épuisée , ne reste-t-il plus rien à faire pour donner à tous ceux qui se sentent instinctivement attirés vers la brillante cité, vers la mère de tant de beaux génies , de meilleures raisons de l'estimer et de l'aimer ? Je ne l'ai point pensé .

INTRODUCTION

Corame Tindique le titre de l'ouvrage qui a fondé sa réputation , M. Bœckh s'est occupé surtout de Téconomie politique des Athéniens ; il a montré comment naissait et se répartissait chez eux le capital , quel était le rapport entre la production et la consommation , quelles étaient les sources ordinaires et extraordinaires des revenus de TEtat et comment celui-ci administrait et dépensait les sommes que Timpôt, sous toutes ses formes, faisait entrer dans le trésor. M. Bœckh connaît admirablement tous les textes anciens qui peuvent jeter quelque lumière sur ce sujet ; il sait tirer parti du moindre mot , de la moindre allusion ; en même temps il est au courant des théories les plus solides de la science moderne ; il possède et il applique les principes posés par les Adam Smith et les Jean-Baptiste Say. En s'aidantdes exemples que fournit la comptabilité financière des grands Etats de l'Europe contemporaine , un Allemand a pu établir , beaucoup plus nettement que n'auraient su le faire Périclès ou Lycurgue, le budget d'Athènes , dresser le tableau comparatif de ses recettes et de ses dépenses ; en s'appuyant sur des lois économiques qui sont indépendantes du temps y de la race et du climat, il a pu , ce qu'aucun ancieo n'aurait même songé à entreprendre , juger les prin-

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cipales combinaisons financières auxquelles Athènes eut successivement recours , déterminer quels étaient leurs avantages et leurs inconvénients, et dans quel sens chacune d'elles devait agir sur la moralité publique et privée , sur la prospérité et les destinées de la cité. Pendant qu'il poursuit cet examen et qu'il recompose cet ensemble, que d'ingénieuses dispositions le critique trouve à signaler , parmi bien des erreurs, inévitables résultats de l'inexpérience générale ! Il est curieux de voir comment , guidés par leur rare bon sens, les Athéniens avaient deviné tout d'abord certaines vérités économiques que les sociétés modernes ont méconnues bien longtemps , et dont quelques-unes même ne sont pas encore partout acceptées. Ni Rome , ni durant tout le moyen âge et même plus tard encore, presque tous les Etats européens n'ont pas cessé d'altérer leurs monnaies ; or , la république athénienne ne s'est jamais livrée, depuis Solon , à cette honteuse et maladroite spéculation ; elle a compris que la conduite la plus honnête était, après tout , la plus habile et la plus profitable. Pendant plusieurs siècles, le titre de la monnaie athénienne n'a pas plus varié qu'au moyen âge celui du florin toscan ; aussi , comme le prouvent à la fois les témoignages anciens et les riches dépôts de mé-

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dailles athèDiennes retrouvés dans toute l'Europe orientale et jusque sur les bords de la Baltique, les tétradrachmes attiques étaient universellement recherchés par le commerce. Ce qui est plus frappant, c'est qu'il n'y eut jamais à Athènes ûxation du taux légal de Tintérôt. Les Athéniens avaient senti que l'argent est une marchandise dont la valeur se règle , comme celle des autres denrées , par le rapport entre l'offre et la demande , principe que la loi française se refuse encore à admettre , en l'an de grâce 1865 , malgré l'accord et les réclamations de tous les économistes.

L'histoire économique d'Athènes avaitété exposée, dès 1817, par M. Bœckh, et les recherches de ce savant, quoique semblant ne porter que sur un point tout spécial, sur une question nettement limitée, avaient incidemment fourni ou tout au moins préparé la solution de beaucoup d'autres problèmes analogues ; on ne peut étudier les finances d'un Etat sans examiner et discuter son système politique et administratif. M. Grote trouva donc là de précieux matériaux quand il entreprit de donner à son pays une histoire complète de la Grèce, histoire où Athènes occupe naturellement la première place, figure presque toujours au premier plan. C'est, suivant

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TexpressioD d'un ancien, Dicéarque, la vie tout entière de la Grèce, êioç 'EX^aXo;, que M. Grote a voulu faire tenir dans le tableau si vaste et si bien ordonné qu'il a tracé, année après année, d'une main infatigable et d'un ferme crayon. Il n'est point de faits, de quelque ordre qu'ils soient, auxquels ne s'ouvre un si large cadre; finances et droit civil, arts et lettres, religion et philosophie, tout est indiqué, signalé, résumé ; rien n'est omis de ce qui est indispensable pour que nous puissions nous représenter, autant que cela est possible à pareille distance, un citoyen de la Grèce indépendante et surtout un citoyen d'Athènes, pour que nous comprenions quelles habitudes héréditaires s'imposaient à lui dès l'enfance, quels sentiments faisaient battre son cœur, quelles associations d'idées dominaient son esprit , prési* daient à toute sa conduite et lui dictaient en quelque 4Sorte ses actions.

D'ailleurs, comme cela arrive dans toutes les histoires générales, dans celles-là surtout qui ont pour objet l'antiquité , ce qui occupe le plus, d'espace , €6 qui est raconté avec le plus de détail dans l'ouvrage anglais, c'est l'histoire politique proprement dite , ce sont les événements de l'Agora ou des champs de bataille, l'attitude, les paroles, les

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actions de ces grands acteurs qui jouent en public les premiers rôles ; c'est, en un mot, tout ce qui exerce sur les destinées d'un peuple une influence directe, immédiate, facilement appréciable. Gomment faire autrement quand on suit à la trace les Hérodote, les Thucydide, les Xénophon, pour qui, comme pour leurs disciples et imitateuiis romains, la vie privée n'existe point, les poètes et les artistes ne comptent pas, mais pour qui la scène est tout entière remplie par le peuple souverain et par ceux qui le représentent et le dirigent, par les magistrats auxquels il délègue son autorité et qui agissent en son nom, par les orateurs dont la voix le remue et le détermine à l'action? Pour tout ce qui est de la constitution athénienne, de ses origines et de son développement, des différentes phases qu'elle a traversées, du caractère de chacun des hommes qui l'ont successivement modifiée, de la part qui revient à chacun dans l'œuvre collective de la grandeur et de la puissance d'Athènes, on pourra compléter et rectifier sur certains points secondaires les assertions et les jugements de M- Grote ; mais, je le crois fermement, les recherches subséquentes feront mieux apprécier encore le sens et la pénétration de l'éminent historien. Quelques détails pourront être révisés

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et corrigés; Teasemble subsistera. Dès mainte- Dant, rhistoire d'Athènes est devenue claire et intelligible : on y trouve enfin un rapport exact entre la cause et Tefifet, entre les institutions que se donna le peuple et les travaux qu'il accomplit, les succès qu'il obtint, la gloire que lui accorde l'unanime témoignage des siècles. Pourquoi n'est-ce pas à la démocratie française que reviennent l'honneur d'avoir pris cette initiative, le mérite d'avoir fait cette réparation, d'avoir rendu cette tardive justice à sa généreuse devancière , à la démocratie athénienne?

La littérature et la philosophie d'Athènes, le mouvement, les progrès, les découvertes de la pensée athénienne ont été aussi étudiés, à divers points de vue, dans des ouvrages dont plusieurs comptent parmi les titres les plus sérieux de l'érudition, de la critique et du goût français. Mais il est tout un côté du génie athénien qui me parait avoir été laissé dans l'ombre ; il est une de ses formes les plus curieuses, une de ses expressions les plus intéressantes qui ne semble pas avoir obtenu jusqu'ici, surtout en France, toute l'attention qui lui était due : je veux parler du droit attique, de la . série des dispositions législatives par lesquelles Athènes a déterminé les rapports de

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