‹ Essai sur le duel (volume 2)Chapitre 19 sur 49 · DE L OFFENSE · texte numérisé non relu

DE L OFFENSE

11 est difficile de définir Toflense. Tel homme à qui on dira une grossièreté ne s'en formalisera pas ; tel autre, pour une simple contradiction, se formalisera; celui-ci prendra pour une injure grave ce qui n'est qu'une impolitesse ; celui-là, au contraire, ayant frappé un homme au visage , dira qu'il a été d'abord grièvement insulté, et voudra encore choisir ses ai^ mes. La plus grande difficulté est de classer l'injure, parce qu'elle est telle qu'on la sent, et on la sent de mille manières différentes. Il faut donc nécessairement, pour mettre une ligne de démarcation entre les offenses, en séparer l'injure réellement grave, celle qui attaque l'honneur ; et la plus grave de toutes , an coup frappé au visage. S'il faut , en certaine occasion, bien de la retenue, cette retenue est comptée et pour ainsi dire récompensée par l'avantage qu'elle donne sur l'agresseur.

Un fils ne peut guère être impartial lorsqu'il croit son père offensé ; il est plus que jamais nécessaire de

— Solaire passer son ardeur par la filière froide des témoias; et pour qu'il puisse prendre sa défense, il faut que son père ait été bien réellement et bien gravement offensé ; qu'il n'ait pas provoqué l'offense par une offense égale; qu'il ait raison > et enfin que l'agreflsion sgit flagrante et facile à établir. Cette de* mande d'une réparation, de la part d'un fils, doit être appréciée à sa juste valeur par les témoins, qui peuvent refuser, qui doivent refuser ce duel, si l'insulte n'est pas flagrante.

DU DUEL ET DE l'aPPEL.

L'homme qui se bat, se bat nécessairement pour venger une injure, ou pour donner k son adversaire satisfaction de l'injure que lui-même a faite. Si elle est sans raison , c'est un tort qui n'appartient qu'à lui, dont il est seul juge ; pour l'expier, il compromet sa vie. Mieux vaudrait, sans doute, avouer ses torts afin de s'épargner des regrets. Mais ce serait un tort plus grand encore , fût-ce même de la part d'un frère, que de vouloir tirer vengeance de celui qui donne satisfaction ou qui la reçoit, et que le sort des

armes favorise. Trop souvent on a vu des témoins, des amis , demanaer compte du sang répandu, êb^ mander même, par avance, à en répandre encore, ce qui est assez pour influer sur le moral du combattant Pour être équitable, en semblable occasion, ce serait le cas , pour celui qui reçoit cette double attaque, d'avoir recours aux duels des temps passés, et de faire revivre Tusage des seconds. Il est tout aussi rationnel que des étrangers soient les champions de tel ou tel, que de se battre, sans raison, avec tel ou tel , parce qu'on a eu affaire à son ami. Cette injuste provocation tendrait nécessairement k perpétuer une querelle à l'infini. Ce n'est plus une réparation qu'on demande , c'est la vie de l'homme qui s'est bravement conduit et qui finirait infailliblement par succomber.

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