‹ Essai sur le duelChapitre 40 sur 44 · DE BQBSSIEURS LES PRELATS SUR CETTE MATIERE · texte numérisé non relu

DE BQBSSIEURS LES PRELATS SUR CETTE MATIERE

N0US9 desirans satisfaire à l'obligation que le S. Esprit nous a imposée de régir TEglise de Dieu, de pourvoir charitablement aux nécessitez du prochain, et de procurer le salut des âmes autant qu'il nous sera possible ; Apres avoir veû la déclaration faite par plusieurs Gentilshommes de refuser toutes sortes d'appels, et de ne se jamais battre en Duel pour quelque cause que ce puisse estre ; et en suite le Jugement rendu par Messieurs les Maréchaux de France sur ladite Déclaration , avons jugé à propos d'approuver la généreuse et Chrétienne conduite des uns et des autres, touchant ladite Déclaration et ledit Jugement , et de fulminer en même temps de nouveaux anathêmes contre l'insolence et la barbarie des Duels : la Nature en a de l'horretir, la Raison les

condamne, des Loîx civiles et celles de l'Eglise détestent ces noires fureurs, et le Ciel est armé de ses plus rigoureuses vengeances pour punir des crimes si monstrueux.

Ce sont ces cruels excès qui causent en même tems le deshonneur des Loix, l'opprobre de la Nature humaine, l'injure de la Religion, la honte du Christianisme, l'afibiblissement de l'Etat, le scandale des peuples, la colère du Ciel, et la perte des âmes.

N'est-ce pas éteindre les sentimens de l'humanité, et se dépouiller des lumières de la raison, de vouloii» détruire son semblable, et s'exposer soy-même au danger de se perdre, pour venger une passion farouche qui semble iniiter la fulreur des tigres , ou pour établir un Point d'honneur imaginaire, qui fait une discipline sanguinaire et cruelle de l'homicide , qui donne des règles au meurtre , et déguise l'assassinat en méthode et mesure , pour séduire bien souvent les plus lâches esprits et les plus foibles courages.

Le Dectet du Pape Estienne défend la mauvaise coutume de prouver son innocence par l'eau bouil^ lante et par le fer chaud ; et saint Thonias juge fort à propos que c'est en même temps condamner les Duels. En effet , quelle apparence de commettre au sort des armes sa réputation, sa vie, son éternité, puisque ittême bien souvent il arrive par un |tiste

Jà^ikêÀï à:é HWn , ^tiélet^lùs kdMt et !ê inoihà tifùidë tôiiibe âôUs lé hré!s du |)lus foiblè.

Qtié ièô PHnôèâ donc ëî TeS Mâgisbats arment lettir âillbHtë dMne iibtiteilè tîgùëttr t)burtioîrcîrd1tifâtiiîé téi CHâdîâtèiirs, qtiî au inét)rîé dti Chrfisttanfeme sëittfcleftt vôUlbii* Fâîrë i^vivt-ë lé Pàgahîsttie et lldô- Mrië. Tbtiîs diriëÈ que nottà respiî^bhs encore i'hàlèîhé fcotttàgîèuse de cés sïecîeâ malheureux ; dans lës^iiéis on i^àcrifibit àux Idoles lé sang et la tie deâ hUinâinâ. Ô trittcës , Ô Jtigeiâ , ô Grands dé la terre, qui eàtës ieS Atbîtreà de là fortutie des hommes ; isî par les Lbîi civiles tôUs derei procurer que les pâUvrëi sbiéiiî Sëcoùrtiè des âlliïiens qUi leUr sont necélssaires; quel compte aurez vous à rendre devant Dieu;

si tbûs né travàtliei ëbmme Votts ie ponfeï , k tarir

les iburcés de satig , qui M llàigâge de 1-EcHtUré , sont celles de tous lés ëriittiéS ?

L^USagé dti sang étoît expressément défendu bhéZ lëS flëbtéùt pour dèul raisons principales * la premiere, ^out abolir ridolatrieî et la seconde, pour cbhdainnër la cruauté. DîeU seul doit estre le matbe dé la vie dés hommes, et le sang des animaux de voit estré resëhré dans les sacrifices pour recbnnoître le souverain domaine de Dieu, et racheter la vie des hommes pécheurs par reflusibn du sang des victimes î Maïs sous les loix de TEvangilé , le Prophète Isaîe nous prédit que lés combats , les guerres et le

cMs^ diiitéïit éëssër sbus la ptà± de l'Eglise , et

SOUS Templre du Messie , qui est le vray Salomon pa-' cifique; ce sang ne doit estre versé que pour la gloire de Dieu et le soutien du Trône, pour accroître les couronnes de la Religion et celle de TEstat, pour les avantages de la foy, et pour les interests de nôtre légitime Monarque. Ce sang que l'insolence des duellistes, et le silence des Juges répand indignement, demande une autre vengeance , qui doit donner de la terreur à ceux qui ont quelque sentiment de la crainte de Dieu. La voix du sang qui se répand sur la terre porte sa clameur jusques dans le Ciel, et encore davantage la voix du sang du Fils de Dieu^ qui crie bien mieux que celle d'A.bel, comme l'explique saint Grégoire.

Si donc le spectacle d'un Dieu mourant fait impression sur nos cœurs, et si l'image de son cruel martire n'est point e£facée de nos mémoires, condamnons pour jamais les duels, ayans horreur de ces détestables pratiques , qui font sacrifier aux démons un sang précieux, qui doit estre ménagé pour le service d'un Dieu , lequel, par un excès d'amour qui n'a rien de pareil, a prodigué le sien pour éteindre nos crimes et nos ingratitudes , et en même temps levons les mains au Ciel pour attirer les bénédictions de Dieu sur cette illustre noblesse , qui a renoncé si chrétiennement à ces fausses maximes, pour embrasser avec religion parfaite celles de l'Evangile. Assurez-vous, Messieurs , que cette louable reputatioh

cjuô Votlë avez àôcftiise , digûé de là grâildetii^ de \6i courages , ne perdra rien de son lustre par un écrit si généreux qu est celui que vous avez signé pour renoncer aux duels. Vostre honneur est dans les mains de Dieu, qui en sera un fidèle dépositaire, puisque vous estes fidèles aux interests de sa gloire. Nous espérons que nôtre grand Roi , dont les qualitez merveilleuses ont fait dés sa première jeunesse Fadmiration de tous les peuples, va consacrer les premières années de sa majorité et donner un nouvel éclat à . sa Couronne par l'estime qu'il fera de vos vertus. Nous sommes assurez que Dieu bénira ses armes et ses conseils, quand il choisira des personnes comme vous pour leur donner des emplois honorables- La capacité des Ministres des Rois est toujours assez grande , quand la probité s'y rencontre. La principale pièce des Conseils et du cabinet, c'est la fidélité ; et ceux-là sont toujours fidèles à leurs Princes , qui sont fidèles à Dieu.

C'est l'approbation que nous sommes obligez de donner à vôtre conduite. C'est le témoignage public de l'estime et du respect que nous avons pour le jugement rendu par Messieurs les Maréchaux de France. Ce sont les vœux et les souhaits que nous voulons continuer d'ol&ir aux autels , pour obtenir une gloire immortelle à tous ceux qui travaillent pour détourner les fléaux de Dieu , qui nous menacent , si nous ne travaillons puissamment pour abolir

les crimes 9 et pour empêcher les Doels. Dioané à Paris le yingt-huitiéme aoust mil six cens cinquante^ on.

< J. F. Archevêque de Paris, i. F. P. Coadjuteur

• de Paris. fL de Savoye Archevêque Duc de T^TÎnit »F. Evêque d'Amiens. S. Evèque de ScnsscuM^ \^ » Evêque de Biez. G. Evêque d'Ëvreux. A* E^^qiM » de Grâce et Yence. P. Evêque de Toulon. ^« £v^ 1 » que d'Avranches. H. Evêque du Puy et Comte de

• Yelley. J. Evêque de Lavaux. G. Cvêqqe de Gcwr* » tance. Ed. Evêque de Bayeux. G. Evêque d'Aire. »J. Evêque de Clermont H. Evêque de Léon* F. » Evêque de Glandéve. D. Evêque de Meaux* P* £?è-«

• que de Perigueux. J. Evêque de Maçon. F. ËvèquQ 9 de Ghâlon. Ant. ancien Evêque de DoL

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