Méthode et entretiens d’atelier, par Th. Couture, p
2. Th. Rousseau d’après Ph. Burty, Maîtres et petits maîtres.
exécutants sûrs cT eux-mêmes, on verra combien la main est obéissante, prompte à bien dire sous la dictée de l’esprit, et quelles nuances de sensibilité, d’ardeur, de finesse, d’esprit, de profondeur passent par le bout de leurs doigts, que ces doigts soient armés de l’ébau choir, du pinceau ou du burin f « Le grand cadre demande les grands sentiments, desquels découle une façon large, élevée et des colorations héroïques 2. » Allez des effets à la cause, des lignes et des couleurs à l’esprit qui les combine pour se manifester. Ou plutôt si, avant toute réflexion, vous ne sentez pas que ces lignes sont nobles, fières ou voluptueuses, que ces couleurs sont tendres, sombres ou ardentes, essayez d’autre chose, ne perdez pas un temps toujours précieux à écouter une langue que vous n’entendez pas.
C’est une naïveté de demander à Raphaël la couleur des Vénitiens; autant lui demander de n’être pas. Quand, après avoir traversé les galeries de Dresde, vous arrivez au petit sanctuaire, où la dévotion germanique a dressé la madone de Saint-Sixte, c’est d’abord line déception. Vous venez de voir Ribera, Rembrandt, les Vénitiens ; Véronèse vous a laissé les yeux tout chauds, tout vibrants de son orchestration puissante. Devant la peinture de Raphaël, sale. Jaune, aux couleurs ternes comme d’une aquarelle mal lavée, vous éprouvez d’abord une douleur physique, l’irritation de vous désenchanter les yeux. Prenez patience, laissez votre regard jouer avec l’arabesque magique de ces lignes qui s’opposent et se répondent. C’est une autre langue, plus poétique peut-être, moins matérielle à coup sûr, et non pas une langue de statuaire, immobile, abstraite et froide. Certes, c’est une langue pittoresque que* cette langue légère, pleine de grâce, qui avec l’opposition de deux lignes, de deux mouvements (celui du genou qui avance et celui du voile qui tourne), enlève ainsi