‹ Essai sur le génie dans l'art (volume 2)Chapitre 34 sur 90 · Th. Fechner, Vorschule cler Æsthetik · texte numérisé non relu

Th. Fechner, Vorschule cler Æsthetik

l’oeuvre d’art 253

rothée achevé, ils avouent que l’œuvre dément toutes leurs théories.

La pensée réfléchie se retrouve et ses lois. dans Tœuvre d’art, mais elle est incapable de la créer : telle est la double conclusion qui s’impose. Dans l’art, la science n’est pas réfléchie, mais instinctive. Pour le génie, la loi ne se distingue pas de la liberté. Si la science est présente à son œuvre, ce n’est pas qu’il l’y mette du dehors, c’est qu’elle est comprise en lui, c’est qu’il est cette science vivante et se réalisant elle-même. Le musicien ne compte pas les vibrations des sons; il ignore les rapports numériques que suppose l’harmonie. De longs calculs se résument pour lui en un plaisir immédiatement senti. Rubens a appliqué la loi des couleurs complémentaires avant qu’elle fût formulée : il lui a suffi de peindre sa sensation.

Nous sommes ainsi ramenés à l’activité synthétique et spontanée qui concentre tout ce que l’analyse développe et morcelle. Le génie, c’est l’unité de l’esprit vivant, c’est le concours de tous ses pouvoirs en un même acte. Les lois de l’intelligence sont en lui des tendances qui se réalisent sous l’impulsion du désir; elles ne président pas à son action, elles y sont vivantes. Dans la beauté, le Verbe se fait chair. Si dans la sciénce il y a quelque chose de l’art, si dans l’art il y a toute une science, c’est que l’art et la science expriment la vie. Si le génie ne peut être suppléé par la réflexion, s’il est au delà de l’analyse et de la conscience, c’est qu’il est l’esprit vivant toute sa vie à la fois, agissant sans décomposer son action. L'inspiration, cet état de fièvre bienfaisante, où tout semble se faire de soi-même, c’est le concert de tous les phénomènes internes, c’est la vie heureuse, complète, où dans le libre jeu des facultés tout conspire, l’imagination et l’entendement, les lois rationnelles et les exigences de la sensibilité. Volontiers nous imaginons la loi comme étrangère à l’activité qu’elle contraint; c’est que nous comprenons des

ESSAI SUR LE GÉNIE DANS L’aRT

éléments multiples qui se contrarient et s’opposent. L’art, c’est la vie; mais dans l’art la vie n’est plus une lutte, un effort, un conflit. Le génie est le succès de la nature; sans violence, par une sorte de grâce persuasive, il concilie les éléments contraires, les images et les idées, le plaisir sensible et le contentement intellectuel, ce qui nous plaît et ce qui nous élève, ce qui nous tente et ce qui nous convainc. Le génie, c’est l’esprit atteignant son apogée au moment où il dépasse la réflexion et redevient nature. Le beau, c’est la création d’un monde, où la chose même semble penser, devient esprit; c’est le sensible devenu rationnel, c’est la science devenue sentiment, c’est le pressentiment et comme la vision de la réalité véritable dans l’apparence qui ne semblait pouvoir que la dissimuler.

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