‹ Essai sur le génie dans l'art (volume 2)Chapitre 4 sur 90 · DU GENIE DANS L INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

DU GENIE DANS L INTELLIGENCE

la pensée se reconnaît et se rassérène; l’esprit s’organise en même temps que le monde.

Sans doute, dès qu’elle a été formulée, déduite par les philosophes, la loi des causes finales est souvent mise en doute. La pensée réfléchie arrête le mouvement spontané de la vie. Mais ceux mêmes qui nient la réalité des causes finales expliquent le principe par une intervention du sentiment dans la connaissance : l’homme juge le monde d’après lui-même et pour le comprendre lui impose des lois, dont l’empire est limité à la pensée. Nous n’avons pas à nous prononcer sur la valeur objective de la loi des causes finales, nous étudions seulement les tendances subjectives qui produisent cette croyance spontanée. N’est-elle qu’une illusion? En fait, le monde permet la pensée, et les idées qui le représentent s’organisent dans l’unité de la conscience. Si déplus, comme on a tenté de l’établir ^ le mécanisme ne garantit nullement l’ordre relatif, qui seul rend la connaissance possible, tout homme affirme implicitement la loi des causes finales, par cela qu’il croit à la permanence des genres et des lois dans la nature. Dans ses procédés comme dans ses principes l’induction comprendrait la finalité.

Si le monde permet la pensée, que cette pensée semble imparfaite ! Si le rythme des choses rend possible le rythme de la vie, que cette vie semble contrariée ! que d’êtres en lutte ! que d’idées qui se combattent ! que de batailles sanglantes se livrent dans les choses et deviennent en nous des problèmes douloureux ! On a dit que, si nous ne vivons pas dans la perpétuelle admiration du monde, c’est que nous nous habituons à ses merveilles; tout aussi bien pourraiton dire que, si nous ne vivons pas dans un deuil sans fin, c’est que nous sommes distraits du mal comme du bien, des laideurs comme des beautés. Tout à la vie, nous ressemblons

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