L'IMAGE ET SON RAPPORT AU MOUVEMENT
les hommes les invoquent comme Tunique source de leurs connaissances? Ce que mon œil voit, ma main le touche, mon oreille Tentend *. »
Quand Tirnage s'exagère ainsi jusqu'à se poser hors de nous, elle ne se distingue plus de la sensation. Ce que nous cherchons, ce n'est pas cette matière rigide, qui s'oppose et s'impose à nous, c'est une apparence souple et mobile, une matière spirituelle, qui tienne à la fois des choses et de la pensée. Dans l'état normal, l'image n'est-elle pas cette matière spirituelle? Etant l'état de l'esprit, qui répond à la connaissance de l'objet, n'est-elle pas quelque chose de l'objet et quelque chose de l'esprit? Dès lors, n'avons-nous pas les éléments d'un monde qui tout à la fois est nature et pensée?
L'image, c'est la sensation spiritualisée. D'abord elle est moins vive, moins distincte. Les sensations présentes qui la contredisent et la nient la font reconnaître comme intérieure. Les perceptions sont nettement dessinées, les images ont des contours vagues et fuyants : on ne sait où elles commencent, où elles finissent, et il suffit parfois d'y insister pour qu'elles se modifient. Mais ce qui surtout importe, c'est que l'image, ne vivant que de la vie intérieure, en une mesure dépend de nous, peut être évoquée, transformée par la volonté. La sensation s'impose; un bruit violent se fait entendre, je ne puis m'y soustraire. L'image est plus dans ma dépendance. Je puis la repousser, me détourner d'elle, y insister, l'achever par l'attention que je lui prête. Sans doute elle ne se présente pas toujours au premier appel de la volonté ; mais il y a un art de l'évoquer, en se tournant vers les images qui lui sont associées. Ce qui ajoute au prix de l'image, c'est qu'elle n'est pas enfermée dans une forme inflexible, c'est que sans cesse elle se modifie. Dans la perception, les sensations tou-